‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 15 sur 670 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Fit enquête nouvelle , et y pour plus fie lumière ,

Entendit une fourmilière.

Le point n'en put être éclairci.

De grâce, à quoi bon tout ceci?

Dit une abeille fort prudente.

Depuis tantôt six mois que la cause est pendante ,

Nous voici comme aux premiers jours.

Pendant cela le miel se gâte.

Il est temps désormais que le juge se hâte :

N'a-t-il point assez léché l'ours * ?

Sans tant de contredits , et d'interlocutoires ,

El de fatras, et de grimoires,

Travaillons , les frelons et nous :

On verra qui sait faire , avec un suc si doux ,

Des cellules si bien bâties.

Le refus des frelons fit voir

Que cet art passoit leur savoir ; Et la guêpe adjugea le miel à leurs parties.

PhU à Dieu qu'on réglât ainsi tous les procès ! Que des Turcs en cela l'on suivit la méthode ! I^ simple sens commun nous tiendroit lieu de code :

Il ne faudroil point tant de frais ;

Au lieu qu'on nous mange, on nous gruge;

On nous mine par des longueurs; On fait tant , à la fin , que l'huilre est pour le juge,

Les écailles pour les plaideurs *. .

FABLE XXn.

Le Chêne et le Roseau,

Le chêne un jour dit au roseau :

Vous avez bien sujet d'accuser la nature ; Un roitelet pour vous est un pesant fardeau :

Le moindre vent qui d'aventure

Fait rider la face de Teau ,

Vous oblige à baisser la tête ; Opendant que mon front , au Caucase pareil , Non content d'arrêter les rayons du soleil ,

Brave l'effort de la tempête.

Tout vous est aquilon , tout me semble 7éph}T. Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage

Dont je couvre le voisinage ,

Vous n'auriez pas tant à souffrir;

Je vous défendrais de l'orage :

Mais vous naissez le plus souvent Sm les humides bords des royaumes du vent. 1^ natin^ envers vous me semble bien injuste. Votre compassion, lui répondit l'arbuste,

> Exprfflsioa proverbiale , fondée sur une erreur popfvlaire . et qui veut dire ici : N'a-Ml pas assez sucé les [virties en prolongeant ieprocàt?

> Voyei ct-aprta Wjtc IX . Cable ii.

Part d'un bon naturel; mais quittez ce souci:

Les venu me sont moins qu'à vous redoutables ; Je plie , et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici

Contre leurs coups épouvantaliles

Résisté sans courber le dos; Mais attendons la fin. Comme il disoit ces moU, Du bout de l'horizon accourt avec furie

Le plus terrible des enfants Que le nord eût portés jusque-là dans ses flancs.

L'arbre tient bon; le roseau plie.

Le vent redouble ses efforts ,

Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel étoit voisine. Et dont les pieds touchoient à l'empire des moris.

Page 1