‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 153 sur 670 · QUI SECOUE DE L* ARGENT ET DES PIERRERIES · texte numérisé non relu

QUI SECOUE DE L* ARGENT ET DES PIERRERIES

La clef du cofFre-fort et des cœurs , c'est la même.

Que si ce n'est celle des cœurs.

C'est du moins celle des faveurs:

Amour doit à ce stratagème

La plus grand'part de ses exploits.

A-t-il épuisé son carquois.

Il met tout son salut en ce charme suprême. Je tiens qu'il a raison ; car qui hait les présents ?

Tous les humains en sont friands , Princes , rois , magistrats. Ainsi , quand une belle

En croira l'usage permis, Quand Vénus ne fera que ce que fait Thémis ,

Je ne m'écrierai pas contre elle.

On a bien plus d'une querelle

A lui faire sans celle-là.

Un juge mantouan belle femme épousa*

Il s'appeloit Anselme ; on la nommoit Argie :

Lui , déjà vieux barbon ; elle , jeune et jolie ,

Et de tous charmes assortie.

L'époux , non content de cela ,

Fit si bien par sa jalousie, Qu'il rehaussa de prix celle-là qui d'ailleurs

Méritoit de se voir servie

Par les plus beaux et les meilleurs.

Elle le fut aussi : d'en dire la manière,

Et comment s'y prit chaque amant , Il seroit long : suffit que cet objet charmant Les laissa soupu-er , el ne s'en émut guère.

Amour établissoit chez le juge ses lois ,

Quand l'état mantouan, pour chose de grand poids.

Résolut d'envoyer ambassade au saint-père.

Comme Ansehne étoit juge, et de plot magistral,

Yivoit avec assez d'éclat,

Et ne manquoit pas de prudence ,

On le députe en diligence.

Ce ne fut pas sans résister Qu'au choix qu'on fit de lui consentit le bon homiiie

L'affaire éloit longue à traiter;

Il devoit demeurer dans Rome Su mois , et plus encor ; que savoit-il oombien ? Tant d'honneur pouvoit nuûre au conjugal lien.

Longue ambassade et long voyage

Aboutissent à cocuage.

Dans celte crainte , notre époux

Fit cette liarangue à la belle :

On nous sépare, Argie : adieu; soyez fidèle

A celui qui n'aime que vous.

Jurez-le-moi; car, entre nous.

J'ai sujet d'être un peu jaloux.

Que fait autour de notre porte

Cette soupirante cohorte ?

Vous me direz que jusqu'ici

La cohorte a mal réussi :

Je le crois; cependant, pour plus grande assome

Je vous conseille en mon absence De prendre pour séjour notre maison des champs.

Fuyez la ville et les amants.

Et leurs présents;

L'invention en est damnable; Des machines d'amour c'est la plus redoutable :

De tout temps le monde a vu Don

Être le père d'Abandon.

Déclarez-lui la guerre; et soyez sourde, Argie,

A sa sœur la Cajolerie.

Dès que vous sentirez approcher les bkmdûis. Fermez vite vos yeux , vos oreilles , vos mains. Rien ne vous manquera , je vous fais la maltresse De tout ce que le ciel m'a donné de richesse : Tenez, voilà les clefs de l'argent, des papiers;

Faites-vous payer des fermiers ;

Je ne vous demande aucun compte :

Suffit que je puisse sans honte Apprendre vos plaisirs; je vous les permets tous,

Hors ceux d'amour, qu'à votre époux Vous garderez entiers pour son retour de Rome.

C'en étoit trop pour le bon homme ; Hélas ! il permettoit tous plaisû^ , hors un point

Sans lequel seul il n'en est point.

Son épouse lui fit promesse solennelle

D'être sourde , aveugle et cruelle ,

Et de ne prendre aucun présent ; Il la retrOQveroit , au retour , toute telle

Qu'il la laissoit en s'en allant ,

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