‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 154 sur 670 · LIVRE IIL · texte numérisé non relu

LIVRE IIL

Sans nul vestige de galant '.

Anselme étant parti , toat aossitôt Argie

S'en alla demeurer aux champs ;

Et tout aussitôt les amants

De l'aller voir firent partie.

Elle les renvoya; ces gens l'embarrassoient,

L'attiédissoient, l'afladissoient,

L'endormoient en contant leur flamme;

Ils déplaisoîent tous à la dame.

Hormis certain jeune blondin

Bien fait et beau par excellence ,

Mais qui ne put par sa souffrance Amener à son but cet objet inhumain.

Sou nom étoit Atis; son métier, paladin.

Il ne plaignit en son dessein

Ni les soupirs ni la dépense.

Tout moyen par lui fut tenté :

Encor si des soupirs il se îùi contenté;

I^ source en est inépuisable;

Mais de la dépense, c'est trop.

Le bien de notre amant s'en va le grand galop;

Voilà mon homme misérable.

Que Ikit-il ? il s'éclipse ; il part ; il va chercher

Quelque désert pour se cacher.

En diemin il rencontre un homme, Un manant, qui, fouillant avecque son bâton , Vouloit faire sortir un serpent d'un buisson.

Atis s'enquit de la raison.

Cest, reprit le manant , afin que je l'assomme.

Quand j'en rentontre sur mes pas ,

Je leur fais de pareilles fêtes.

Ami, reprit Atis, laisse-le; n'est-il pas Créatnre de Dieu comme les antres bétes? n est à remarquer que notre paladin N 'avoit pas cette horreur commune au genre humain Contre la gent reptile et toute son espèce.

Dans ses armes il en portoit ;

Et de Cadmus il descendoit, Celui-là qui devint serpent sur sa vieillesse.

Force fut au manant de quitter son dessein ; Le serpent se sauva. Notre amant à la fin S'établit dans un bois écarté , solitaire : Le silence y faisoit sa demeure ordinaire ,

Hors quelque oiseau qu'on entendoit,

Et quelque écho qui répondoit.

Là le bonheur et la misère Ne se distinguoient point, égaux en dignité Chez les loups qu'hébergeoit ce lieu peu fréquenté.

■ Ici La FooUine a écrit gâtant par on I, pour homme ça- ) l<ml; il rslaajcctir. j

Atis n'y rencontra nulle tranquillité; Son amour l'y suivit; et cette solitude, Bien loin d'être un remède à sou inquiétude,

En devint même l'aliment.

Par le loishr qu'il eut d'y plaindre son tourment, n s'ennuya bientôt de ne plus voir sa belle. Retournons , ce dit-il , puisque c'est notre sort :

Atis, il t'est plus doux encore

De la voir ingrate et cruelle

Que d'être privé de ses traits :

Adieu , ruisseaux , ombrages frais ,

Chants amoureux de Philomèle; Mon inhumaine seule attire à soi mes sens; Eloigné de ses yeux , je ne vois ni n'entends. L'esclave fugitif se va remettre encore En ses fers, quoique durs, mais, hélas ! trop chéris.

Il approchoit des murs qu'une fée a bâtis ,

Quand sur les bords du Mince, à l'heure que l'Aurore

Commence à s'éloigner du séjour de Thétis ,

Une nymphe en habit de reine , Belle , majestueuse , et d'un regard charmant, Vint s'offrir tout d'un coup aux yeux du pauvre

Qui revoit alors à sa peine. [amant,

Je veux, dit-elle, Atis, que vous soyez heureux: Je le veux, je le puis, étant Manto la fée,

Votre amie et votre obligée.

Vous connoissez ce nom fameux; Mantoue en tient le sien : jadis en cette terre

J'ai posé la première pierre De ces murs en durée égaux aux bâtiments Dont Memphis voit le Nil laver les fondements. La parque est inconnue à toutes mes pareilles :

Nous opérons mille men'^eilles :

Malheureuses pourtant de ne pouvohr mourir; Car nous sonunes d'ailleurs capables de souffrir Toute l'infirmité de la nature humaine.

Nous devenons serpents un jour de la semaine.

Vous souvient-il qu'en ce lieu -ci

Vous en tirâtes un de peine?

C'étoit moi, qu'un manant s'en alloit assommer;

Vous me donnâtes assistance :

Atis , je veux , pour récompense ,

Vous procurer la jouissance

De celle qui vous fait aimer.

Alloiv-nous-en la voir : je vous donne assurance

Qu'avant qu'il soit deux jours de temps

Vous gagnerez par vos présents

Argie et tous ses sur^'eillants. Dépensez , dissipez, donnez à tout le monde;

A pleines mains répandez l'or.

Vous n'en manquerez point : c*est pour vous le trésor Que Lucifer me garde en sa grotte profonde.

CONTES ET NOUVELLES

Votre belle saura quel est noire pouvoir. Même, pour m'approcher de cette inexorable ,

Et vous la rendre favorable ^

En petit cliien vous m*allez voir

Faisant mille tours sur l'herbetle; Et , vous y en pâerin jouant de la musette , Me pourrez à ce son mener chez la beauté

Qui tient votre cœur enchanté.

Aussitôt fait que dit; notre amant et la fée

Changent de forme en un instant :

Le voilà pèlerin chantant comme un Orphée , El Manto petit clilen faisant tours et sautant.

Ss vont au château de la belle.

Valets et gens du lieu s'assemblent autour d'eux : Le petit chien fait rage , aussi fait l'amoureux ; Chacun danse , et Guillot fait sauter Perronnelle.

Madame entend ce bruit, et sa nourrice y court. On lui dit qu'elle vienne admirer à son tour Le roi des épagneux , charmante créature ,

Et vrai miracle de nature.

Il entend tout, il parle, il danse, il fait cent tours :

Madame en fera ses amours ; Car , veuille ou non son maître , il faut qu'il le lui

S'il n'aime mieux le lui donner. [ vende ,

La nourrice en fait la demande.

Le pèlerin , sans tant tourner , Lui dit tout bas le prix qu'il veut mettre à la chose;

Et voici ce qu'il lui propose :

Mon chien n'est point à vendre , à donner encor

Il fournit à tous mes besoins : [moins :

Je n'ai qu'à dire trois paroles.

Sa patte entre mes mains fait tomber à l'instant ,

Au lieu de puces, des pistoles, Des perles , des rubis , avec maint diamant : C'est un prodige enfin. Madame cependant

En a, comme on dit , la monnoie.

Pourvu que j'aie cette joie De coucher avec elle une nuit seulement , Favori sera sien dès le même moment.

La proposition surprit fort la nourrice.

Quoi ! madame l'ambassadrice !

L^n simple pèlerin! madame à son chevet Pourroit voir un bourdon ! Et si l'on le savoit ! Si cette même nuit quelque hôpital avoit

Hébergé le chien et son maître !

Mais ce maître est bien fait, et beau comme le jour;

Cela fait |>asser en amour

Quelque bourdon que ce puisse être.

A lis avoit changé de visage et de traits : On ne le connut pas ; c'éloient d'autres attraits. La nourrice ajoutoit : A gens de cette mine

Comment peut-on refuser rien ?

Puis celui-ci possède un cliien Que le royaume de la Chine Ne paieroit pas de tout son or.

Une nuit de madame aussi , c'est un trésor.

J'avois oublié de vous dire Que le drôle à son chien feignit de parler bas:

Il tombe aussitôt dix ducats

Qu'à la nourrice offre le sire.

Il tombe encore un diamant :

A lis en riant le ramasse.

C'est, dit-il , pour madame; obligez-moi , de grac De le lui présenter avec mon compliment.

Vous direz à son excellence Que je lui suis acquis. La nourrice, à ces mots.

Court annoncer en diligence

Le petit cliien et sa science ,

Le pèlerin et son propos.

Il ne s'en fallut rien qu'Argie Ne battit sa nourrice. Avoir l'effronterie De lui mettre en l'esprit une telle infamie ! Avec qui ? Si c'étoit encor le pauvre Atis! Uélas! mes cruautés sont cause de sa perte. Il ne me proposa jamais de tels partis. Je n'aurois pas d'un roi cette cliose soufferte,

Quelque don que l'on pût m'offrir; Et d'un porte-bourdon ' je la pourrois souffrir.

Moi qui suis une ambassadrice !

Madame , reprit la nourrice ,

Quand vous seriez impératrice ,

Je vous dis que ce pèlerin A de quoi marchander, non pas une mortelle.

Mais la déesse la plus belle.

Atis, votre beau paladin.

Ne vaut pas seulement un doigt du personnage.-

Mais mon mari m'a fait jurer.... — Kt quoi? de lui garder la foi du mariage! Bon! jurer? ce serment vous lie-t-il davantage Que le premier n'a fait? qui l'ira déclarer? Qui le saura? J'en vois marcher tête levée, Qui n'iroient pas ainsi, j'ose vous l'assurer. Si sur le bout du nez tache pouvoit montrer

Que telle chose est arrivée.

Cela nous fait-il empirer D'un ongle ou d'un cheveu? Non , madame, il fai

Bien habile pour reconnoitre [et

Ikiuche ayant employé son temps et ses appas , D'avec bouche qui s'est tenue à ne rien faire.

Donnez- vous , ne vous donnez |>as ,

Ce sera toujours même affaire.

' D'un péterin.

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