‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 155 sur 670 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

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Pour qui ménagez-Tons les trésors de l'amour ? Pour oelui qui , je crois , ne s'en servira guère ; Vous n'aurez pas grand'pelne à fêter son retour.

La feusse vieille sut tant dire , Que tout se réduisit seulement à douter Des merveilles du chien et des cliarmes du sire.

Pour cela l'on les fît monter :

La belle étoit au lit encore.

L'univers n'eut jamais d'aurore

Plus paresseuse à se lever.

Notre feint pèlerin traversa la ruelle [saints.

Gonune un homme ayant vu d'autres gens (|ue des Son compliment parut galant * et des plus fins :

Il surprit et chahna la belle.

Vous n'avez pas, ce lui dit-elle,

La mine de vous en aller

A Saint-Jacques de Compostelle.

Cependant y pour la régaler.

Le cliien à son tour entre en lice.

On eût vu sauter Favori

Pour la dame et pour la nourrice ,

Mais pomt du tout pour le mari.

€e n'est pas tout; il se secoue :

Aussitôt perles de tomber,

Nourrice de les ramasser.

Soubrettes de les enfiler.

Pèlerin de les attacher

A de certains bras, dont il loue 1^ blancheur et le reste. Enfin il fait si bien ,

Qu'avant que partir de la place

On traite avec lui de son chien.

On lui donne un baiser pour arrhes de la grâce

Qu'il demandoit : et la nuit vint.

Aussitôt que le drôle tint

Entre ses bras madame Argie, H redevint Atis. La dame en fut ravie :

Cètoit avec bien plus d'honneur

Traiter monsieur l'ambassadeur.

[bre.

Cette nuit eut des sœurs, et m^me en très bon nom- Chacon s'en aperçut; car d'enfermer sous l'ombre

Une telle aise , le moyen?

Jeunes gens font-ils jamais rien

Que le plus aveugle ne voie?

A quelques mois de là , le saint-père renvoie Anselme avec force pardons.

Et beaucoup d'autres menus dons.

Les biens et les honneurs pleuvoient sur sa personne.

De son vice-gérant il apprend tous les soins:

' Ici . dans le* éditions originales. XeiooKgaiant est écrit par un d: nais à tort , selon la régie de Vaiigeiai. Voyei k noie . pai^ 166.

Bons certificats des voisini.

Pour les valets, nul ne loi donne

D'éclaircissements sur cela.

Monsieur le juge interrogea

La nourrice avec les soubrettes,

Sages personnes et discrètes;

Il n'en put tirer ce secret.

Mais , comme parmi les femelles

Volontiers le diable se met,

Il survint de telles querelles, La dame et la nourrice eurent de tels débats.

Que celle-ci ne manqua pas A se venger de l'autre, et déclarer l'afbiiie: Dût-elle aussi se perdre, il fallut tout conter.

D'exprimer jusqu'où la colère Ou plutôt la fureur de l'époux put monter,

Je ne tiens pas qu'il soit possible.

Ainsi je m'en tairai : on peut par les effets Juger combien Ansehne étoit homme sensible.

II choisit un de ses valets , 1^ charge d'un billet , et mande que madame Vienne voir son mari malade en la cité. 1^ belle n'avoit point son village quitté : L'époux alloit, venoit, et laissoit là sa femme. Il te faut en chemin écarter tous ses gens. Dit Anselme au porteur de ses ordres pressants, \jk perfide a couvert mon front d'ignominie : Pour satisfaction je veux avoir sa vie.

Poignarde-la : mais prends ton temps , Tâche de te sauver : voilà pour ta retraite ; Prends cet or : si tu fais ce qu'Anselme souhaite,

Et pimis cette oflense-ià , Quelque part «lue tu sois, rien ne te manquera.

Le valet va trouver Argie ,

Qui par son chien est avertie.

Si vous me demandez comme un chien avertit ,

Je crois que par la jupe il tire;

Il se plaint, il jappe, il soupire, Il en veut à chacun : pour peu qu'on ait d'esprit ,

On entend bien ce qu'il veut dire.

Favori fit bien plus; et tout bas il apprit

Un tel péril à sa maîtresse.

Partez , pourtant , dit-il , on ne vous fera rien : Reposez-vous sur moi ; j'en empêcherai bien

Ce valet à l'aine traîtresse.

Ils étoient en chemin, près d'un bois qui servoit

Souvent aux voleurs de reftige :

I^ ministre cruel des vengeances du juge Envoie un peu devant le train qui les siiivoit y

Puis il dit l'ordre qu'il avoit.

La dnme disparoU aux yeux du persoiuiage;

CONTES ET NOUVELLES

Manto la cache en an nuage.

Le valet étonné retourne vers l'époux , Lui conte le miracle; et son maître en courroux Va lui-même à l'endroit. O prodige! ô merveille ! II y trouve un palais de beauté sans pareille : Une heure auparavant c'étoit un champ tout nu.

Anselme , à son tour éperdu , Admire ce palais bâti non pour des hommes,

Mais ai^;)aremment pour des dieux; Appartements dorés, meubles très précieux,

Jardins et bois délicieux :

On auroit peine à voir, en ce siècle où nous sommes. Chose si magnifîque et si riante aux yeux.

Toutes les portes sont ouvertes;

Les chambres sans hôte et désertes; Pas une ame en ce louvre; excepté qu'à la fin Un More très lippu, très hideux, très vilain, S'offre aux regards du juge, et semble la copie

D'un Esope d'Ethiopie.

i^otre magistrat l'ayant pris

Pour le balayeur du logis , Et croyant l'honorer lui donnant cet office : Cher ami , lui dit-il , apprends-nous à quel dieu

Appartient un tel édifice;

Car de dire un roi c'est trop peu.

Il est à moi, reprit le More.

Notre juge^, à ces mots, se prostenie, l'adore. Lui demande pardon de sa témérité.

Seigneur, ajouta-t-il , que votre déité

Excuse un peu mon ignorance.

Certes, tout l'univers ne vaut pas la chevance' Que je rencontre ici. Le More lui répond :

Veux-tu que je t'en fasse un don ?

De ces lieux enchantés je te rendrai le maître,

A certaine condition.

Je ne ris point; tu pourras être

De ces lieux absolu seigneur.

Si tu me veux servir deux jours d'enfant d'honneur.

.... Eulends-tu ce langage?

Et sais-tu quel est cet usage ?

Il te le faut expliquer mieux.

Tu connois l'échanson du monarque des dieux ?

AIVSELHB.

Ganymètle?

LE MORE

Celui-là même.

Prends que je sois Jupin le monarque suprême,

Et que tu sois un jouvenceau :

Tu n'es pas tout-à-£ût si jeune ni si beau.

ANSELME

Ah ! seigneur , vous raillez , c'est chose par trop sûre : Regardez la vieillesse et la magistrature.

• Les richenes, lesbietu.

LE MORE

Moi railler! point du tout.

ANSELME

Seigneur...

LE MORE

Neveox-Copoii

ANSELME

Seigneur... Anselme ayant examiné ce point

Consent à la fin au mystère.

Maudit amour des dons , que ne fais-tu pas fûre En page incontinent son habit est changé : Toque au lieu de chapeau, haut-de-chaussestroni La barbe seulement demeure au personnage.

L'enfant d'honneur Anselme, avec cet équipage Suit le More par-tout. Argie avoit oui Le dialogue entier, en certain coin cachée. Pour le More lippu , c'étoit Manto la fée,

Par son art métamorphosée,

Et par son art ayant bâti Ce louvre en un moment ; par son art feit un. pi Sexagénaire et grave. A la fin, au passage D'une chambre en une autre , Argie à son mari Se montre tout d'un coup : Est-ce Anselme, dh-^

Que je vois ainsi d^isé?

Anselme ! il ne se pent; mon œil s'est abusé. Le vertueux Anselme à la sage cervelle Me voudroit-il donner une telle leçon?

C'est lui pourtant. Oh ! oh ! monsieur notre barib Notre lé^lateur, notre homme d'ambassade , Vous êtes à cet âge homme de mascarade ! Homme de.... la pudeur me défend d'achever. Quoi ! vous jugez les gens à mort pour mon affiu

Vous qu'Argie a pensé trouver

En un fort plaisant adultère !

Du moins n'ai-je pas pris un More pour galant : Tout me rend excusal)le, Atis et son mérite,

Et la qualité du présent.

Vous verrez tout incontinent Si femme qu'un tel don à l'amour sollicite

Peut résister un seul moment.

More, devenez chien. Tout aussit4>t le More

Redevint petit chien encore. — Favori î que Ton danse ! — A ces mots , Favori

Danse, et tend la patte au mari. —

Qu'on fasse tomber des pistoles ! —

Pistoles tombent à foison.

Eh bien ! qu'en dites-vous? sont-ce choses frivol

C'est de ce chien qu'on m'a fait don.

n a bâti cette maison.

Puis faites-moi trouver au monde une excellenc

Une altesse , une majesté ,

Qui refuse sa jouissance

A dons de cette qualité ,

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