I.es attendoient , pourvu que hardiment
Sans redouter la mort ni les supplices,
Ils fissent chose agréable à Mahom ,
Sentant leur prince en toute occasion.
Par ce moyen leur prince pouvoit dire
Qu'il avoit gens à sa dévotion,
Déterminés, et qu'il n'étoit empire
Plus redouté que le sien ici-bas.
Or ai-je été prolixe sur ce cas Pour confirmer l'histoire de Féroudc.
Féronde étoit un sot de par le monde , Riche manant , ayant soin du tracas, Dîmes et cens , revenus et ménage D'un abbé blanc. J'en sais de ce plumage
( C'est-i^Ure que . quoique ce fussent des tendrons . ils étoieni «fuffîsamment forts pour iiouvoir en Jouir; expression métaphorique emimintée au \ocabulaire des diasseurs.
* En masse . on foule épaisse , en Krande quantité.
«Ainsi. 4 Le ton proph^.
CONTES ET NOUVELLES
Qui valent bien les noirs y à mon avis , En tàïi que d'être aux maris secourablesy Quand forte tâche ils ont en leur logis, Si qu'U y font moines et gens capables. An lendemain celui-ci ne songeoit, Et tout son fait dès la veille mangeoit. Sans rien garder, non plus ga'un droit apôtre; N'ayant autre œuvre , autre emploi , penser autre , Que de chercher où gisoieni les bons vins, Les bons morceaux , et les bonnes commères , Sans oublier les gaillardes nonnains , Dont il faisoit peu de part à ses frères. Féroude avoit un joli diaperon ' Dans son logis, femme sienne : et dit-on Que parentelle étoit entre la dame Et notre abbé; car son prédécesseur.
Oncle et parrain , dont Dieu veuille avoir l'ame , . En étoit père, et la donna pour femme A ce manant, qui tint à grand honneur De l'épouser. Chacun sait que de race Communément fille bâtarde chasse*.
Celle-ci donc ne lit mentûr le mot.
Si n'étoit pas l'époux homme si sot Qu'il n'en eût doute* et ne vit en l'aflaire Un peu plus clair qu'il n'étoit nécessaire. Sa femme alloit toujours cliez le prélat, Et prétextoit ses allées et venues Des soins divers de cet économat.
Elle alléguoit mille affaires menues ; C'étoit un compte , ou c'étoit un achat; C'étoit un rien , tant peu plaignoit sa peuie ; Bref il n'étoit nul jour en la semaine, Nulle heure au jour, qu'on ne vil en ce lieu La receveuse. Alors le père en Dieu Ne manquoit pas d'écarter tout son monde. Ifais le mari, qui se doutoit du tour, Bompoit les chiens ^ , ne manquant au retour D'imposer mains sur madame Féronde :
One * il ne fut un nioms commode époux. Esprits ruraux volontiers sont jaloux , Et sur ce point à chausser difficiles^ , N'étant pas faits aux coutumes des villes. Monsieur l'abbé trouvoit cela bien dur, Comme prélat qu'il étoit, parlant homme
> Une Jolie femme. Le chaperoo étoil un oraemenl de la ooUhire des femmes.
* Expression proverbiale. Bon chien chasse de race, c'est-^ dire ressemble à ses auteurs.
sc'e8t-à-direUt>ubloit, interrompoit cette intrigue; exprcsskn métaphorique tirée du Tocabulaire des chasseurs. Au propre, rompre les chiens, c'est passer à travers pendant qu'ils courent, et interrompre leur course, ou les appeler, pour les cropccber de continuer la chasse. 4 Jamais.
s Expre»ion proverbiale , pour dire qu'ils sont di0icilcj( ."i accommoder , à sHisblre.
Fuyant la peine, aimant le plaisir par, Ainsi que fait tout bon suppôt de Rome. Ce n'est mon goiit; je ne veux de plein saut Prendre la ville, aimant mieux l'escalade; En amour dà, non en guerre : il ne f^ut Prendre ceci pour guerrière bravade, Ni m'enrôler là-dessus malgré moi.
Que l'autre usage ait la raison pour soi. Je m'en rapporte, et reviens à l'histoûre Du receveur, qu'on mit en purgatoire Pour le guérbr; et voici comme quoi.
Par le moyen d'une poudre endormante, L'abbé le plonge en im très long sommeil. On le croit mort ; on l'enterre ; l'on citante. Il est surpris de voir, à son réveil , Autour de lui gens d'étrange manière; Car il étoit au lai^ dans sa bière , Et se pouvoit lever de ce tombeau Qui conduisoit en un profond caveau.
D'abord la peur se saisit de notre homme. Qu'est-ce cela ? songe-t-il? esl-il mort? Seroit-ce point quelque es|)èce de sort ? Puis il demande aux gens comme on les nomi Ce qu'ils font là, d'où vient (fue dans ce lieu L'on le relient; et qu'a-t-il fait à Dieu? L'un d'eux lui dit: Console-toi, Féronde; Tu te verras citoyen du haut monde Dans mille ans d'hui ', complets et bien comp Auparavant il faut d'aucuns péchés Te nettoyer en ce saint pui^atoire :
Ton anie un jour plus blanche que l'ivoire En sortira. L'ange consolateur Doime , à ces mois , au pauvre receveur Huit ou dix coups de forte discipline , Eu lui disant : C'est ton humeur mutine , Et trop jalouse, et déplaisante à Dieu , Qui te relient pour mille ans en ce lieu. Le receveur, s'élant frotté ré|)aule , Fait un soupir : Mille ans ! c'est bien du tein| Vous noierez que l'ange étoit un drôle , Un frère Jean , novice de léans ».
Ses compagnons jouoient chacun un rôle Pareil au sien dessous un femt habit.
Le receveur requiert pardon , et dit :
Las! si jamais je rentre dans la vie.
Jamais soupçon, ombrage, et jalousie, Ne rentreront dans mon maudit esprit :
Pourrois-je point obtenir celte grâce ?
On la lui fait espérer, non sitôt; l^orcc est qu'un an dans ce séjour se passe ; Là cependant il aura ce qu'il faut Pour sustenter son corps, rien davantage,
' A compter d'aiyourd'hui. '^ De ce lieu.