IX. LE DIABLE EN EPÎFER
Qui craint d'aimer a tort, selon mon sens, S'il ne fuit pas dès qu'il voit une belle. Je vous connois, objets doux et puissants; Plus ne m'irai bnMer à la chandelle.
Une vertu sort de vous^ ne sais quelle, Qui dans le cœur s'introduit par les yeux : Ce qu'elle y fait, besoin n'est de le dire; On meurt d'amour, on languit , on souphne : Pas ne tiendroit aux gens qu'on ne fit mieux. A tels périls ne faut qu'on s'abandonne. J'en vais donner pour preuve une personne Dont la beauté fit trébucher Rustic.
Il en avint un fort plaisant trafic :
Plaisant fut-il , au péché près , sans faute ; Car pour ce point, je l'excepte, et je Tdte, Et ne suis pas du goAt de celle-là Qui , buvant frais ( ce fut , je pense , à Rome }. Disoit : Que n'est-ce un péché qne cela ! Je la condamne, et veux prouver en somme Qu'il fait bon craindra, encor que Ton soit sain Rien n'est plus vrai : si Rustic avoît craint , Il n'auroit pas retenu cette fille, Qui , jeune et simple , et pourtant très gentille , Jusques au vif vous l'eut bientôt atteint.
Alibech fut son nom, si j'ai mémoire; Fille un peu neuve , à ce que dit l'histoire. Lisant un jour comme quoi certains saints , Pour mieux vaquer à leurs pieux desseins. Se séquestroient , vivoient comme des anges , Qui çà , qui là , portant toujours leurs pas En lieux cachés, choses qui, bien qu'étranges. Pour Alibech avoient quelques appas :
Mon Dieu ! dit-elle , il me prend une envie D'aller mener une semblable vie.
Alibech donc s'en va sans dire adieu ; Mère , ni sœur, nourrice , ni compagne N'est avertie. Alibech en campagne Marche toujours , n'arrête en pas un lieo ; Tant court enfin qu'elle entre enunboissombn Et dans ce bois elle trouve un vieillard. Homme possible autrefois plus gaillard , Mais n'étant lors qu'un squelette et qu'une ombr Père , dit-elle , un mouvement m'a pris, C'est d'être sainte , et mériter pour prix Qu'on me révère, et qu'on chôme ma fête. Oh ! quel plaisir j'aurois, si tous les ans, La palme en main , les rayons sur la tête , Je recevois des fleurs et des présents ! Votre métier est-il si difficile ? Je sais déjà jeûner plus d'à demi.
Abandonnez ce penser inutile,