‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 176 sur 670 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Une et deax fois il en mangea :

Mais, qaand ce vint à la troisième , La seole odeor le dégoAta.

Il voulut sur une antre viande Mettre la main ; on rempècha.

Monsieur, dit-on , nous le commande :

Tenez-voos-en à ce mets-là :

Vous l'aimez : qu'avez-vous à dire?

M'en voilà soiU, reprit le sire.

Eh quoi ! toujours pâtés au bec !

Pas une anguille de rôtie !

Pâtés tous les jours de ma vie !

J'aimerois mieux du pain tout sec.

Laissez-moi prendre un peu du vôtre, Pain de par Dieu , on de par l'antre; Au diable ces pâtés maudits !

Ils me suivront en paradis , Et par-delà , Dieu me pardonne !

Le maître accourt soudain au bruit ; Et , prenant sa part du déduit ' :

Mon ami , dit-il , je m'étonne Que d'un mets si plein de bonté Vous soyez si tôt dégoAté.

Ne vous ai-je pas ouï dire Que c'étoit votre grand ragoût ?

Il font qu'en peu de temps, beau sire, Vous ayez bien changé de goût.

Qn'ai-je fait qui fût plus étrange ?

Vous me blâmez lorsque je change Un mets que vous croyez friand, Et vous en laites tout autant!

Mon doux and, je vous apprends Que ce n'est pas une sottise, En Dut de certains appétits, De changer son pain blanc en bis :

Diversité, c'est ma devise.

Quand le maître eut ainsi parlé.

Le valel ftil tout consolé.

Non que et dernier n'eût à dire Qodqiie diose encor là-dessus :

Car, après tout , doit-il suffire D'alléguer son plaisir sans plus?

J*aime le change. A la bonne heure !

On vous l'accorde ; mais gagnez , S'il se peut, les intéressés ; Cette voie est bien la meilleore :

Suivez-la donc. A dire vrai , Je crois que l'amateur du change De ce conseil tenta l'essai.

On dit qu'il parloit conune un ange,

• DhrertineiMnt.

De mots dorés usant toujours.

Mots dorés font tout en amours , C'est une maxime constante.

Chacun sait quelle est mon entente :

J'ai rebattu cent et cent fois Ceci dans cent et cent endroits :

Mais la chose est si nécessaire Que je ne puis jamab m'en taire , Et redirai jusques au bout :

Mots dorés ' en amours font tout.

Ils persuadent la donzelle, Son petit chien , sa demoiselle , Son époux quelquefois aussi.

C'est le seul qu'il falloit ici Persuader : U n'avoit l'ame Sourde à cette éloquence; et, dame!

Les orateurs du temps jadis N'en ont de telle en leurs écrits.

Notre jaloux devint commode :

Même on dit qu'il suivit la mode De son maître, et toujours depuis Cliangea d'objets en ses déduits*.

Il n'étoit bruit que d'aventures Du chrétien et de créatures.

Les plus nouvelles sans manquer Etoient pour lui les plus gentilles :

Par où le drôle en put croquer' n en croqua^; femmes et filles, Nymphes, grisettes, ce qu'il pat.

Toutes étoient de bonne prise; Et sur ce pohut , tant qn'U vécut, Diversité fut sa devise.

Xn. LES LUNETTES.

J'avois juré de laisser là les nonnes :

Car, que tonjours on voie en mes écrits

Même sujet et semblables personnes,

Cela ponrroit fetiguer les esprits.

Ma muse met guimpe sur le tapis;

Et puis quoi ? guimpe , et puis guimpe sans cesse;

Bref, toujours gMimpe , et guimpe sous la presse.

C'est un peu trop. Je veux que les nonnains

Fassent les tours en amour les plus fins ;

Si ne faut-il pour cela qu'on épuise

Tout le sujet. Le moyen? c'est nn fait

Par trop fréquent; je n'aurois jamais Mi :

n n'est greffier dont la plume y suffise.

Si j'y tâchois, on ponrroit soupçonner

Que quelque cas m'y fcroit retourner,

Tant sur ce point mes vers font de rechutes.

> C'eit-è-dire de l'argeot 3 Rn put séduire.

«SetpiaWn.

4nenflédiiMt.

CONTES ET NOUVELLES

Toujours souvient à Robin de ses Ailles '. Or apportons à cela quelque fin ; Je le prétends, cette tâche ici faite.

Jadis s'étoit introduit un blondin

Chez des nonnains, à titre de fillette.

n n'avoit pas quinze ans que tout ne f At ;

Dont le galant passa pour sœur Colette ,

Auparavant que la barbe lui crût.

Cet entre-temps ne fut sans fruit : le sire

L'employa bien: Agnès en profita.

Las! quel profit! j'eusse mieux fait de dire

Qu'à sœur Agnès malheur en arriva.

Il lui fallut élargir sa ceinture,

Puis mettre au jour petite créature

Qui ressembloit conune deux gouttes d'eau ,

Ce dît l'histoire, à la sœur jouvenceau.

Voilà scandale et bruit dans l'abbaye ;

D'où cet enfant est-il plu ? comme a-t-on ,

Disoient les sœurs en riant, je vous prie.

Trouvé céans ce petit champignon?

Si ne s'est-il après tout fait lui-même.

La prieure est eu un courroux extrême :

Avoir ainsi souillé cette maison !

Bientôt on mit l'accouchée en prison;

Puis il fallut faire enquête du père.

Comment est-il entré, comment sorti?

Les murs sont hauts , antique la tourière.

Double la grille , et le tour très petit.

Seroit-ce point qnelque garçon en fille ?

Dit la prieure, et parmi nos brebis

N'aurions -nous point, sous de trompeurs habits,

Un jeune loup? Sus, qu'on se déshabille;

Je veux savoir la vérité du cas.

Qui fut bien pris? ce fut la feinte ouaille :

Plus son esprit à songe? se travaille,

Moms il espère échapper d'un tel pas.

Nécessité, mère de stratagème.

Lui fit.... eh bien? lui fit en ce moment

Lier.... eh quoi ? Foin ! je suis court moi-même :

Où prendre un mot qui dise honnêtement

Ce que lia le père de l'enfant ?

Comment trouver un détour suffisant

Pour cet endroit ? Vous avez ouï dire

Qu'au temps jadis le genre humain avoit

Fenêtre au corps, de sorte qu'on pouvoit

Dans le dedans tout à son aise lire :

Chose commode aux médecms d'alors.

Mais si d'avoûr une fenêtre au corps

Étoit utile, une au cœur au contraire

Ne l'étoit pas , dans les femmes sur-tout;

> Eipression proverbiale . pour dire on revient toujours 4 sch premières inclinations.

Car le moyen c|u'on pfit venir à bout De rien cacher ? Notre commune mère , Dame nature, y pourvut sagement Par deux lacets de pareille mesure.

L'homme et la femme eurent également De quoi fermer une telle ouverture.

La femme fut lacée un peu trop dm :

Ce fut sa faute ; elle-même en fut cause , N'étant jamais à son gré trop bien close. L'homme au rebours ; et le bout du tissa Rendit en lui la nature perplexe.

Bref, le lacet à l'un et l'autre sexe Ne put cadrer, et se trouva, dit-on , Aux femmes court, aux honunes un peu long. Il est facile à présent qu'on devine Ce que lia notre jeune imprudent :

C'est ce surplus , ce reste de machine. Bout de lacet aux hommes excédant.

D'un brin de fil il l'attacha de sorte Que tout sembloit aussi plat qu'aux nonnains ; Mais, fil ou soie , il n'est bride assez forte Pour contenir ce que bientôt je crains Qui ne s'échappe. Amenez-moi des saints ; Amenez-moi, si vous voulez, des anges; Je les tiendrai créatures étranges, Si vingt nonnains, telles qu'on les vît lors. Ne font trouver à leur esprit un corps : J'entends nonnains ayant tous les trésors De ces trois sœurs dont la fille de l'onde Se fait servir; clilches ' et fiers appas Que le soleil ne voit qu'au nouveau monde, Car celui-ci ne les lui montre pas.

La prieure a sur son nez des lunettes , Pour ne juger du cas légèrement. Tout à l'entour sont debout vingt nonneCtes, En un habit que vraisemblablement N'avoient pas fait les tailleurs du couvent. Figurez-vous la question qu'au sire On donna lors : besoin n'est de le dire. Touffes de lis , proportion du corps , Secrets appas, embonpoint , et peau fine, Fermes tétons , et semblables ressorts , Eurent bientôt fait jouer la machine ; Elle échappa, rompit le fil d'un coup, Comme un coursier qui romproit son lîooa, Et sauta droit au nez de la prieure , Faisant voler lunettes tout-à-l' heure Jusqu'au plancher. Il s'en fallut bien peu Que l'on ne vit tomber la lunetière *. Elle ne prit cet accident en jeu.

> C'est-à-dire appas qui sont chiches ou avares d'eai-méra el qui ne se montrent pas.

> La porteuse de lunettes. Ce mot est ici détourné de ritable sens.

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