‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 183 sur 670 · I. LA (XOCHETTE · texte numérisé non relu

I. LA (XOCHETTE

Oh ! combien l'homme est inconstant, divers, Foible , léger, tenant mal sa parole !

J'avois juréi même en assez beaux vers. De renoncer à tout conte frivole : Et quand juré ? c'est ce qui me confond; Depuis deux jours j'ai fait cette promesse. Puis fiez-vous à rimeur qui répond D'un seul moment. Dieu ne fit la sagesse Pour les cerveaux qui hantent les neuf sœurs : Trop bien ont-ils quelque art qui vous peut plaire , Quelque jargon plein d'assez de douceurs; Mais d'être sûrs, ce n'est là leur affaire.

Si me faut-il trouver, n'en fût-il point , Tempérament pour accorder ce point; Et, supposé que quant à la matière J'eusse failli, du moins pourrois-je pas Le réparer par la forme , en tout cas ? Voyons ceci. Vous saurez que naguère Dans la Touraine un jeune bachetier....

( Interprétez ce mot à votre guise :

L'usage en fut autrefois familier Pour dire ceux qui n'ont la barbe grise ' ; Ores • ce sont suppôts de sainte église. ) Le nôtre soit sans plus un jouvenceau Qui dans les prés , sur le bord d'un ruisseau , Vous cajoloit la jeune bachelette

I Qui sont Jeimcs , et dont l'éducatioD n'est pas formée, a Maintenant.

Aux blanches dents, aux pieds nus, an eoi

Pendant qu'Io * portant une clochette [gen

Aux environs alloit l'herbe mangeant.

Notre galant vous lorgne une fillette

De ceUes-là que je viens d'exprimer.

Le malheur fut qu'elle éloit trop jeunette.

Et d'âge encore incapable d'aimer.

Non qu'à treize ans on y soit inhabile ;

Même les lois ont avancé ce temps ' :

Les lois songeoient aux personnes de ville,

Bien que l'amour semble né pour les champs.

Le bachelier déploya sa science.

Ce fut en vain : le peu d'expérience ,

L'humeur farouche , ou bien l'aversion ,

Ou tous les trois, firent que la bergère,

Pour qui l'amour étoit langue étrangère.

Répondit mal à tant de passion.

Que fit l'amant ? Croyant tout artifice

Libre en amoiu^, sur le coi ^ de la nuit

Le compagnon détocune une génisse

De ce bétail par la fille conduit.

Le demeurant , non compté par la belle

(Jeunesse n'a les soins qui sont requis),

Prit aussitôt Iç chemin du logis.

Sa mère, étant moins oublieuse qu'elle.

Vit qu'il manquoit une pièce au troupean.

Dieu sait la vie ! elle tance Isabeau,

Vous la renvoie ; et la jeime pucelle

S'en va pleurant , et demande aux échos

Si pas un d'eux ne sait nulle nouvelle

De celle-là, dont le drôle à propos

Avoit d'abord étoupé la clochette :

Puis il la prit ; puis , la faisant sonner.

Il se fit suivre; et tant , que la fillette

Au fond d'im bois se laissa détourner.

Jugez, lecteur, quelle fut sa surprise

Quand elle ouït la voix de son amant.

Belle , dit-il , toute chose est permise

Pour se tirer de l'amoureux tourment.

A ce discours la fille tout en transe

Remplit de cris ces lieux peu fréquentés.

Nul n'accourut. O belles ! évitez

Le fond des bois , et leur vaste silence.

n. LE FLEUVE SCAMANDRE.

Me voilà prêt à conter de plus belle ; Amour le veut, et rit de mon tourment :

» Propre et gentil. • Qu'une vache.

9 II y a dans mon exemplaire de Maucroix une note oui crite du temps . ainsi conçue : < Permettant le mariage des I à douze ans. >

4 C'est-à-dire pendant le calme et la U*anquiliilé de la nuit Fontaine emploie ici subslanUvcment le mot roi, qui est adjectif.

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