‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 185 sur 670 · LE STRATAGÈME · texte numérisé non relu

LE STRATAGÈME

Je ne connois rhéteur ni maître es arts Tel que l'Amour; il excelle en bien dire : Ses arguments, ce sont de doux regards , De tendres pleurs, un gracieux sourire.

La guerre aussi s'exerce en son empire : Tantôt il met aux champs ses étendards ; Tantôt couvrant sa marche et ses finesses , Il prend des cœurs entourés de remparts. Je le soutiens : posez deux forteresses; Qu'il en batte une , une autre le dieu Mars : Que celui-ci fasse agir tout un monde , Qu'il soit armé , qu'il ne lui manque rien; Devant son fort je veux qu'il se morfonde : Amour tout nu fera rendre le sien; C'est l'inventeur des tours et stratagèmes. J'en vais dire un de mes plus favoris: J'en ai bien lu , j'en vois pratiquer mêmes, Et d'assez bons, qui ne sont rien au prix.

La jeune Aminte , à Géronte donnée ,

Méritoit mieux qu'un si triste hyménée :

Elle avoit pris en cet homme un époux

Mal gracieux , incommode , et jaloux.

Il étoit vieux ; elle, à peine en cet âge

On, quand un cœur n'a point encore aimé.

D'un doux objet il est bientôt charmé.

Celui d'Aminte ayant sur son passage

Trouvé Cléon , beau , bien fait, jeune, et sage,

n s'acquitta de ce premier tribut ,

Trop bien peut-être , et mieux qu'il ne fallut :

Non toutefois que la belle n'oppose

Devoir et tout à ce doux sentiment ;

Mais lorsqu' Amour prend le fatal moment.

Devoir, et tout, et rien, c'est même chose.

Le but d'Aminte en cette passion

Étoit, sans plus, la consolation

D'un entretien sans crime, ou la pauvrette

Versât ses soins en une ame discrète.

Je crohrois bien qu'ainsi l'on le prétend;

Mais l'appétit vient toujours en mangeant :

Le plus sûr est ne se point mettre à table.

Aminte croit rendre Cléon traitable :

Pauvre ignorante ! elle songe au moyen De l'engager à ce simple entretien , De lui laisser entrevoir quelque estime. Quelque amitié , quelque chose de plus , Sans y mêler rien que de légitime :

Plutôt la mort empêchât tel abus !

Le point étoit d'entamer cette aflaire.

Les lettres sont un étrange mystère ; Il en provient maint et maint accident; Le meilleur est quelque sûr confident.

Où le trouver? Géronte est honmie à craîndR J'ai dit tantôt qu'Amour savoit atteindre A ses desseins d'une ou d'autre feçoo ; Ceci me sert de preuve et de leçon.

Cléon avoit une vieille parente.

Sévère et prude, et qui s'atUribuoit Autorité sur lui de gouvernante.

Madame Alis ( ainsi l'on l'appeloit ) Par un beau jour eut de la jeune Aminte Ce compliment , ou plutôt cette plainte : Je ne sais pas pourquoi votre parent, Qui m'est et fut toujours indifférent , Et le sera tout le temps de ma vie , A de m'aimer conçu la fantaisie.

Sous ma fenêtre il passe incessamment; Je ne saurois faire un pas seulement Que je ne l'aie aussitôt à mes trousses; Lettres, billets pleins de paroles douces , Me sont donnés par une dont le nom Vous est connu : je le tais, pour raison. Faites cesser, pour Dieu ! cette poursuite : Elle n'aura qu'une mauvaise suite :

Mon mari peut prendre feu là-dessus.

Quant à Cléon , ses pas sont superflus : Dites-le-lui de ma part , je vous prie. Madame Alis la loue , et lui promet De voir Cléon , de lui parler si net Que de l'aimer il n'aura plus d'envie.

Cléon va voir Alis le lendemain :

Elle lui parle , et le pauvre homme nie Avec serment qu'il eût un tel dessein.

Madame Alis l'appelle enfant du diable.

Tout vilain cas , dit-elle, est reniable; Ces serments vains et peu dignes de foi Mériteroient qu'on vous fit votre sauce. Laissons cela : la chose est vraie ou feusse Mais fausse ou vraie, il faut, et croyez-moi. Vous mettre bien dans la tête qu' Aminte Est femme sage , honnête , et hors d'atteinte : Renoncez-y. Je le puis aisément.

Reprit Cléon. Puis , au même moment ,

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