‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 186 sur 670 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Il Ta chez lui songer à cette âfliire : Rien ne lui peut débrouiller le mystère.

Trois jours n'étoient passés entièrement Que revoici chez Alis notre belle.

Vous n'avez pas, madame, lui dit-elle, Encore vu, je pense, notre amant; De plus en plus sa poursuite s'augmente. Madame Alis s'emporte, se tourmente :

Quel malheureux! Puis, l'autre la quittant, Elle le mande. Il vient tout à l'instant. Dire en quels mots Alis fit sa harangue, Il me faudroit une langue de fer; Et, quand de fer j'aurois même la langue , Je n'y pourrois parvenir : tout l'enfer Fut employé dans cette réprimande.

Allez, Satan; allez, vrai Lucifer, Maudit de Dieu. La fureur fut si grande , Que le pauvre homme, étourdi dès l'abord , Ne sut -que dire. Avouer qu'il eût tort , C'étoit trahir par trop sa conscience.

Il s'en retourne, il rumine, il repense, Il rêve tant , qu'enfin il dit en soi : Si c'étoit là quelque ruse d'Aminte!

Je trouve, hélas ! mon devoir dans sa plainte. Elle me dit : O Cléon ! aime-moi , Aime-moi donc , en disant que je l'aime. Je l'aime aussi , tant pour son stratagème Que pour ses traits. J'avoue en bonne foi Que mon esprit d'abord n'y voyoit goutte ; Mais à présent je ne fois aucun doute : Aminte veut mon cœur assurément.

Ah ! si j'osois , dès ce même moment Je l'irois voir ; et , plein de confiance , Je lui dirois quelle est la violence, Quel est le feu dont je me sens épris. Pourquoi n'oser? ofTense pour offense, L'anHHir vaut mieux encor que le mépris. Mais si l'époux m'attrapoit au logis !... Laissons-la faire , et laissons-nous conduire.

Trois autres jours n'étoient passés encor,

Qu' Aminte va chez Alis , pour instrtûre

Son cher Cléor du bonheur de son sort.

Il faut, dit-elle, enfin que je déserte;

Votre parent a résolu ma perte ;

n me prétend avoir par des présents :

Moi , des présents , c'est bien choisir sa femme.

Tenez, voilà rubis et diamants;

Voilà bien pis; c'est mon portrait , madame :

Assurément de mémoire on l'a fait,

Car mon époux a tout seul mon portrait.

A mon lever, cette personne hoûnête

Que vous savez, et dont je tais le nom ,

S'en est venue , et m'a laissé ce don.

Votre parent mérite qu'à la tête

On le lui jette , et , s'il étoit ici...

Je ne me sens presque pas de colère.

Oyez ' le reste : il m'a fait dire aussi

Qu'il sait fort bien qu'aujounl'hui pour affiiire

Mon mari couche à sa maison des champs;

Qu'incontinent qu'il croira que mes gens

Seront couchés et dans leur premier somme.

Il se rendra devers mon cabinet.

Qu'espère-t-il? pour qui me prend cet homme?

Un rendez-vous! est-il fol en effet?

Sans que je crains de commettre Géronte ,

Je poserois tantôt un si bon guet ,

Qu'il seroit pris ainsi qu'au trébuchet,

Ou s'enfniroit avec sa courte honte.

Ces mots finis, madame Aminte sort.

Une heure après , Cléon vint ; et d'abord

On lui jeta les joyaux et la boite :

On l'auroit pris à la gorge au besoin.

Eh bien! cela vous semble-t-il honnête?

Mais ce n'est rien , vous allez bien plus loin.

Alis dit lors , mot pour mot , ce qu' Aminte

Venoit de dire en sa dernière plainte.

Cléon se tint pour dûment averti.

J'aimois , dit-il , il est vrai, celte belle;

Mais, puisqu'il faut ne rien espérer d'elle,

Je me retire, et prendrai ce parti.

Vous ferez bien; c'est celui qu'il faut prendre.

Lui dit Alis. Il ne le prit pourtant.

Trop bien , minuit à grand'peinè sonnant.

Le compagnon sans faute se va rendre

Devers l'endroit qu'Ammte avoit marqué.

Le rendez-vous étoit bien expliqué ;

Ne doutez pas qu'il n'y fût sans escorte.

La jeime Aminte attendoit à la porte :

Un profond somme occupoit tous les yeux ;

Même ceux-là qui brillent dans les deux

Étoient voilés par une épaisse nue.

Comme on avoit toute chose prévue ,

Il entre vite, et sans autre discours

Ils vont... ils vont au cabinet d'amours.

Là le galant dès l'abord se récrie ,

Comme la dame étoit jeune et jolie ,

Sur sa beauté ; la bonté vint après;

Et celle-ci suivit l'autre de près.

Mais, dites-moi de grâce , je vous prie,

Qui vous a fait aviser de ce tour ?

Car jamais tel ne se fit en amour :

Sur les plus fins je prétends qu'il excelle ,

Et vous devez vous-même l'avouer.

Elle rougit, et n'en fut que plus belle.

• tfcoutex.

CONTES ET NOUVELLES

Sur son esprit, sur ses traits y sur son zèle, Il la loua. Ne fit-il que louer?

Page 1