‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 199 sur 670 · LES FILLES DE MINÉE · texte numérisé non relu

LES FILLES DE MINÉE

SUJET TIRÉ DBS METAMORPHOSES D'OVIDB.

Je chante dans ces vers les filles de Minée , Troupe aux arts de Pallas dès l'enfance adonnée , Et de qui le travail fil entrer en courroux Bacchus , à juste droit de ses honneurs jaloux. Tout dieu veut aux humains se faire reconnoltre : On ne Toit point les cbampi répondre aux soins du maître , Si dans les jours sacrés , autour de ses gu^rets, Il ne marelie en triomphe à l'iiomieur de Cérès.

La Grèce étoit en jeux pour le fils de Sémèle. Seules on vit trois sœurs condamner ce saint zèle :

' Louani^.

* yinet, château célèbre que Henri n , eu 15S2, Gt construire pour Diane de Poitiers , par Philibert de Lorme , son architecte. Les sculptures ayoient été exécutées par Goujon, et les arabesques et les peintures sur verre par Jean Cousin. Ce chitean étoit situé sur la rivière d'Eure , au confluent de celle de l'Avre, ii trois lieues et un quart au nord^est de Dreux , dans le déparioment d'Eure«t-Loir. 11 est ai^ourdliui détruit : et quelques débris intéressants de cotte superbe construction furent transportés à Paris . au Musée des monuments françois. ( Voyez Le Noir, Musée des monuments françois, t. IV, p. 49 et SS.) Lorsque La Fontaine écrivoit . ce châtcata ap|>artenoit au duc do Vendôme , et avoit le titre de principauté. Le duc y reçut lo danphin en 16S8, et y fit alors représenter 4cis et Galntée , Ir dernier des opérai de LaOl.

CONTES ET NOUVELLES

Alcitlioé, rainée, ayant pris ses fuseaux , Dit anx aotrw : Qw donc! toojoandetdieiix noofeaox ! L'Olympe ne peat plos contenir tant de têtes. Ni l'an foonilr de jours assez pour tant de fêtes. Je ne dis rien des yobux dus aux traTaux divers De ce dieu qui purgea de monstres l'unÎTers : Mais à quoi sert Bacchus , qu'à causer des querelles , Affoiblir les plus sains, enlaidir les plus belles, Souvent mener au Styx par de tristes chemins? Et nous irons chômer la peste des humains ! Pour moi , j'ai résolu de poursuivre ma tâche. Se donne, qui voudra, ce jour-ci du relâche; Ces mains n'en prendront point. Je suis encor d'avis Que nous rendions le temps moins longpar des récils : Toutes trois, tonr-à-tour, racontons quelquehistoire. Je pourrois retrouver sans peine en ma mémoûre Du monarque des dieux les divers changements; Mais, comme chacun sait tons ces événements, Disons ce que l'Amour inspire à nos pareilles : Non toutefois qu'il faille , en contant ses merveilles. Accoutumer nos cœurs à goûter son poison; Car, ainsi que Bacchus, il trouble la raison. Récitons-nous les maux que ses biens nous attirent. Aldthoé se tut , et ses sœurs applaudirent. Après quelques moments, haussant un peu la voix :

Dans Thèbes, reprit-elle , on conte qu'autrefois Deux jeunes cœurs s'aimoieiit d'une ^ale tendresse : Pyrame , c'est l'amant , eut Thisbé pour maîtresse. Jamais couple ne fut si bien assorti qu'eux : L'un bien fait, l'autre belle, agréables tons deux , Tous deux dignes de plaire, ils s^aimèrent sans peine ; D'autant plus tôt épris, qu'une mvincible haine Divisant leurs parents ces deux amanls unit , Et concourut aux traits dont l'Amour se servit. Le hasard , non le choix , avoit rendu voisines Leurs maisons, où régnoicut ces guerres mtestines : Ce fut un avantage à leurs désirs naissanls. Le cours en commença par des jeux innocents : La première étincelle eut embrasé leur ame , Qu'ils ignoroient encor ce que c'étoit que flamme. Chacun favorisoit leurs transports mutuels; Mais c'étoit à l'iiisu de leurs parents cruels. La défense est un charme : ou dit qu'elle assaisoime Les plaisirs,et sur-tout ceux que l'Amour nous donne. D'un des logis à l'autre , elle instruisît du moins Nos amants à se dire avec signes leurs sohis. Ce léger réconfort ne les put satisfaire ; Il fallut recourir à quelque autre mystère. Un vieux mur enlr'ouvert séparoit leiu^ maisons; Le temps avoit miné ses antiques cloisons : Là souvent de leurs maux ils déploroient la cause; \jcs paroles {^assoient, mais c'étoit |)eu de chose. Se plaignant d'un tel sort , Pyrame dit un jour :

Chère Tliisbé, le ciel veut qu'on s'aide en amour; Nous avons à nous voir une peine infinie; Fuyons de nos parents l'injuste tyrannie : J'en ai d'autres en Grèce; ils se tiendront bencnx Que vous daigniez diercher un asile chez eux; Leur amitié , leur bien , leur pouvoir, font m'ÎDfile A prendre le parti dont je vous sollicite. C'est votre seul repos qui me le fait choisir; Car je n'ose parler, hélas ! de mon désir. Faut-il à votre gloire en foire un sacrifice? De crainte des vains bruits faut-il que je langniase? Ordonnez : j'y consens; tontine semblera doox : Je vous aime , Thisbé , moins pour moi que poor vo«. J'en pourrois dire autant, lui repartit l'amante: Votre amour étant pure, encor que véhémente. Je vous suivrai par-tout; notre commun repos Me doit mettre au-dessus de tous les vains propos: Tant que de ma vertu je serai satisfaite , Je rirai des discours d'une kmgue hidisoiète. Et m'abandonnerai sans crainte à votre ardeur. Contente que je suis des soins de ma pudeur. Jugez ce que sentit Pyrame à ces paroles. Je n'en fais point ici de peintures frivoles : Suppléez au peu 'd'art que le ciel mit en moi; Vous-mêmes peignez-vous cet amant hors de aoL Demain, dit-il , il fout sorlhr avant l'aurore ; N'attendez point les traits que son char foit édon. Tenez- vous aux degrés du terme de Cérës ; Là, nous nous attendrons : le rivage est tout piès, Une barque est au bord; les rameurs, le ventmtae, Tout pour notre départ montre une hâte extrême; L'augure en est heureux, notre sort va changer; Et les dieux sont pour nous ,'si je sais bien juger. Thisbé consent à tout : elle en donne pour gage Deux baisers, par le mur arrêtés au passage. Heureux mur ! tu devois servir mieux leur désir; Ils n'obtinrent de toi qu'une ombre de plaishr. Le lendemain Thisbé sort , et prévient Pyrame; L'impatience , hélas ! maltresse de son ame , La fait arriver seule et sans guide aux degrés. L'ombre et le jour luttoient dans les champs azurés. Une lionne vient , monstre hnprimant la cramte; D'un carnage réceilt sa gueule est toute temtei Thisbé fuit; et son voile, emporté par les airs. Source d'un sort cruel , tombe dans ces déserts. La lionne le voit, le souille, le déchire; Et , l'ayant teint de sang, aux forêts se retire. Thisbé s'étoit cachée en un buisson épais. Pyrame arrive, et voit ces vestiges tout frais. O dieux ! que de?ient-il 7 Un finoid court dans ses veines. Il aperçoit le voile étendu dans ces plaines. Il le lève ; et le sang, joint aux traces des pas , L'empêche de douter d'un funeste trépas. Thisbé ! s'écria-t-il , Thisbé, je t'ai p^uc !

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