‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 204 sur 670 · L'EUNUQUE, ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

L'EUNUQUE, ACTE I, SCÈNE I

Mais il n'est pas besoin d'eieoser ne mépris; Vont B^éeoàtez que trop un discours qui vous flatte.

PHÉDEIE.

Qaoî ! je poarrois enoor brûler ponr oette ingrate Qoi, pour prix de mes vœux, pourfruitdemes travaux, Me ferme son logis et l'ouvre à mes rivaux! Non , non, j*ai trop de cœur pour souffrir cette injure. Que Thaïs à son tour me presse et me conjure, Se serve des appas d'nn ceil toujours vainqueur, M'ouvre non-seulement son logis , mais son cœur, J'aimecois mieux mourir qu'y rentrer de ma vie. D'assez d'autres beautés Athènes est remplie : De ce pas à Thaïs va le foire savoir, Et lui dis de ma part....

PAaMBNON.

Adieu jusqu'au revoir.

PHKOaiB.

Non , non , dis-lui plutôt adieu pour cent années.

PARMENON.

Peat-étre pour cent ans prenez-vous cent journées ; Peut-être pour cent jours prenei-vous cent moments : Car c'est souvent ainsi que comptent les amants.

pii^oaiE.

Je saurai désormais compter d'une autre sorte.

PARMBNON«

Ponr s'éteindre sitôt votre flanmie est trop forte.

PHéuniE.

Un si juste dépit peut l'éteindre en un jour.

PARMEXON.

Pins ce dépit est grand, pkis il marque d'amour. Croyez-moi , j'ai de l'âge et quelque expérience : Vous rirez tantôt voir, rempli d'impatience; L'amour l'emportera sur cet affront reçn ; Et ce puissant dépit', que vous avez conçu , S'eflaoera d'abord par la moindre des larmes Que d'un œ-il quasi sec, mais d'nnœîïiJeîn deebarmes, En pressant sa paupière , elle iera'sorlir; Savante en l'art des pleurs, conmie en l'art i» mentir. Et n'acoDSSz que vous si Thaïs en abuse , Qni , dès le premierinot de pardon et d'excuse , Loi dliez bcmnement l'état de votre cœur ; Qoe bientôt du dépit L'anx>ur s'est fait vainqueur; Que tons en seriez mort s'il avôit fallu feindre. Quoi! denxjooniansvousToir? Ah!c'ettt^op8ecootrain- Je n'en puis plus, Thaïs : vous êtes mon désir, [dre. Mon seul objet, mon tout : loin de vous, quel plaisir ? Cela dit , c'en est fait , votre perle est certaine. Cette femme aussitôt , Une , adroite , et hautaine, Saura mettre à proGt votre peu de vertu , Et triompher de vous , vous voyant abattu. Vous n'en pourrez tirer que des promesses vaûies , Point de soulagement ni de fin dans vos peines , Rien que diacoon trompenn , rien que feux inoonstants. C'est pourquoi s^ngez-y tandis qu'il en est temps :

Car, étant rembarqué , prétendre qu'elle agisse Plus selon la raison que sekm son capriee, C'est fort mal reconnaître et son sexe et l'amour , Ce ne sont que procès , que querelles d'un jour. Que trêves d'un moment , ou quelque paix fourrée , Injure aussitôt faite, aussitôt réparée, Soupçons sans fondement , enfin rien d'assuré. Il vaut mieux n'aimer plus , tout bien considéré.

PH1^.DRIE.

L'amour a ses plaisirs aussi bien que ses peines.

PARMENON.

Appelez-vous ainsi des faveurs incertaines? Et si près de l'afTront qui vous vient d'arriver, Faites-vous cas d'un bien qu'on ne peut conserver ?

PIIÉDRIE.

Si Thaïs dans sa flamme eût eu de la constance , J'eusse estimé ce bien plus enoor qu'on ne pense ; Et , bornant mes désirs dans sa possession , J'anrois jusqu'à l'hymen porté ma passion.

PARHBNON.

Vous , épouser Thaïs ! Une fenrnie inconnue , Sans amis , sans parents , de tous biens dépourvue , Veuve , et contre le gré de ceux de qni la voix , Dans cette occasion , doit régler votre choix ! Ce discours, sans mentir, me suiprend et m'étonne. Je n'ai pas entrepris de blâmer sa personne : Elle est sage ; et l'accoeil qu'en ont tons ses amants N'aboutit , je le crois , qu'à de vains compliments. Mais....

PHÉDRIE.

n suffit , le reste est de peu d'hniKnrlance. Thaïs, quoique étrangère, est de noble naissance. 4)u'iniporte qu'un époux ait régné sur son cœur ? Sa beauté , toujours même , est encor dans sa fleur. Quant aux biens, ce souci n'entre point en * mon ame; Et je ne prétends pas me vendre à quelque femme Qui , m'ayant acheté ponr me donner la loi , *Se croiroit en pouvoir de disposer de moi. En l'état où les dieux ont mis notre famille , Je dois estimer l'or bien moms qu'un œil qui brille. Aussi le seul devoir a contraint mon désir. Sans que je laisse aux miens le pouvoir de choisir. Sans doute à l'épouser j'eusse engagé mon ame : Ne cachons point ici la moitié de sa flanune : C'est à tort que des miens j'allègue le pouvoir, £J,t je cède au dépit bien plus qu'à mon devoir.

PARMENON.

Vous cédez à l'amour plus qu'à votre colère ; Ce courroux implacable en soupirs dégénère; Vous faisiez tantôt peur, et vous faites pitié. Votre cœur, sans mentir, est de bonne amitié ; Ce qu'il a su cliérir, rarement il l'abhorre :

' var. d«i«.

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