‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 210 sur 670 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

GNATON.

Que le pouvoir est grand du bel art de flatter ! Qu'on vdt d'honnêtes gens par cet art subsister! Qu'il s'offire peu d'emplois que le sien ne surpasse! Et qu'entre l'homme et l'honmie il sait mettre d'es- Un de mes compagnons, qu'autrefois on a vu [pace! Des dons de la fortune abondamment pourvu, Qui , tenant table ouverte , et toujours des plus braves , Vouloit être servi par un inonde d'esclaves; Devenu maintenant moins superbe et moins lier, S'estimeroit heureux d'être mon estafier. Naguère en m'arrêtant il m'a traité de maître : Le long temps et l'iiabit me l'ont fait méconnollre : Autant qu'il étoit propre, aujourd'liui négligé, Je l'ai trouvé d'abord tout triste et tout changé. Est-ce vous ? ai-je dit. Aussitôt il me conte Les mallieurs qui causoient son cliagrin et sa honte; Qu'ayant été d'humeur à ne se plaindre rien , Ses dents avoient duré plus longtemps que son bien , El qu'uu jcAne forcé le rendoit ainsi blême. Pauvre homme ! n'as-tu pomt de ressource eu toi- Ai-je réi)ondu lors; et ton cœur al)attu [même? Manque-t-il au besoin d'adresse et de vertu? ipare à ce teint frais ta peau noire et tlétrie; mt , et je n'ai rien que par mon industrie, que d'eu avoir pour gagner un repas, .es morceaux tout rôtis ne le chercheront pas. Enlin veux-tu dincr n'ayant plus de marmite, Imite mon exemple, cl fais-toi parasite; Tu ne saurois choisir un plus noble métier. Gardez-en, m'a-t-il dit, le prolit tout entier : On ne m'a jamais vi^ni flatleur, ni parjure :

Je ne saurois souffnr ni de coups, ni d'uijnre; Et, lorsque j'ai d'un bras senti la pesanteur, Je n'en suis point ingrat envers mon bienCûteor. D'ailleurs faire l'agent, et d'amour s'entremettre, Couler dans une main le présent et la lettre, Préparer les logis, faire It compliment; Quand monsieur est entré, sortir adroitement, Avoir soin que toujours la porte soit fermée. Et manger, comme on dit, son pain à la fumée: C'est ce que je ne puis , ni ne veux pratiquer. Adieu. Moi de sourire, et lui de s'enfMqiier. Il s'en trouve, ai-je dit, qu'à bien nuMi» on oblige, Et c'est là le vieux jeu qu'à présent je corrige. On voit parmi le monde un tas de sottes gens Qui briguent des flatteurs les disoours obligeinli: Ceux-làme duisent ' fort ; je fuis ceux quisont chîdie^ Et cherche les plus sots , quand ils sont les plus riches Je les repais de vent, que je mets à liant prix; Prends garde à ce qui peut allécher leurs esprits; Sais toujours applaudir, jamais ne contredire, Etre de tous avis, en rien ne les dédire ; Du blanc donner au noir la couleur et le nom; Dire sur même point tantôt oui , tantôt vxm. Ce sont ici leçons de la plus flne étoffe. Je commente cet art, et j'y suis philosophe : Le livre que j'en fais aura, sans contredit, Plus que ceux de Platon , de vogue et de crédit Nous nous somuies quittés, remettant la dispute. J'ai quelque ordre important qu'il faut que j'exécotei De la part d'un soldat, que je sars à présoit. Je vais trouver Thaïs, et lui faire un présent; Il est tel que mon ame en est presque tentée : C'est une jeune esclave à Rhodes achetée : L'âge en est de seize ans , l'embonpoint d'un peu plos; La taille en marque vingt. Et pour moi je condos Qu'elle soit, et pour cause, en vertu d'hyménée, Aux désirs d'un époux bientôt abandonnée. Ou je crains fort d'en voir quelque autre possesseur. Ce grand abord de gens au logis de sa sœur, Le scrupule des noms d'ingrate et de cruelle , De ces cœurs innocents la pitié criminelle, . Cenl autres ennemis d'un honneur mal gardé , Maniuent le sien perdu , du moins fort hasardé. Mais entre eux le débat : n'étant point ma parente^ La suite m'en doit être au moins indifférente : L'exposant au danger sans crainte et sanssoud, Je m'en vais la quérir dans un lieu près d'ici; Ei plût à quelque dieu qu'en passant par la rue Du rival de mon maître elle fîit aperçue ! Voici son Parmenon qui s'avance à propos; Pour peu qu'il tarde ici , nous en dirons deux mots.

' Couviennenl.

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