‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 231 sur 670 · THAÏS, PYTHIE · texte numérisé non relu

THAÏS, PYTHIE

PYTHIE

Ah ! que j'ai de secrets, madame, à tous conter! Mais ne le dites-pas, vous me feriez querelle. Ma foi , le compagnon nous Ta su donner belle.

THAlS.

Qui?

PTTHIB.

Faut-il demander? Ce beau présent de

Fût-il en Ethopie , ou bien encor plus loin

THAlS.

Tu viens de proférer une étrange parole.

PYTHIE

Chacun n'a pas été comme vous à l'école; Je m'entends.

THAlS.

C'est assez.

PYTHIE

Ced nous doit ravfar.

Vous n'aviez qu'à moitié des gens pour la servir, n falloit un eunuque ; et le bon de l'afTaire Est que l'on n'a pas dit tout ce qu'il savoit foire.

THAb.

Que peut-U avoir Mi?

PYTHIE

Me le demandez-vous ?

THAlS.

Tu fois bien l'innooente en te moquant de nous.

PYTHIE

Je n'en sais rien au vrai ; toutefois je m'en doute.

THAlS.

Ce sont là des discours si clairs qu'on n'y voit goutte.

PYTHIE

Votre sœur a tantôt, pour ne rien déguiser, Laissé prendre à Doris sur sa main un baiser. Savez-vous quel baiser?

thaïs.

Fort froid, je m'imagine.

PYTHIE

En bonne foi , j'ai cra qu'il y prendroit racine : Ce n'étoit point semblant , car même il a sonné. Si par mon serviteur un tel m'étoit donné,

Je n'en fois point la fine, il me rendroit honteuse. Enfin , de ce baiser la suite est fort douteuse.

THAlS.

Tu t'alarmes en vain , c'est marque de respect; Puis cela vienl d'un lien qui ne m'est point suspéet » Les baisers de Doris sont baisers sans malice : U en liRdroit beaucoup pour guérir la jaunisse.

PYTHIE

Pas tant que vous croyez, ou je n'y oonnois rien. Ah ! que n'ahje entendu leur premier entretien ! Mais, au cri de Pamphile étant vite accourue, Comme en quelques endroits la porte étoit fendue, Il m'est venu d'abord un désir curieux D'approcher d'une fente et l'oreiUe et les yeux. Us ont dit quelques mots d'amour, de mariage; Que votre sceur ne peut prétendre davantage; Que Doris est pour elle un assez bon parti; Tant qu'enfin an baiser le tout est abouti.

THAlS.

Ton récit est confus, j'af peine à le eomprendre.

PYTHIE

Aussi ne pouvoit-on qu'à moitié les entendre. Voilà ce que j'en sais , fondez votre soupçon. Doris n'est point esclave , an moms à sa façon : Je ne sais quoi de grand parolt sur son visage : Tels valets ne sont point sans doute à notre usage. A force d'y rêver, mon esprit s'est usé. Madame , si c'étoit qudque amant déguisé ! Telle fourtie en amour souvent s'est publiée.

THAiS.

Ma soeur se seroit-dle à ce point ouMiée? J'ai cru sur sa vertu me pouvoir assurer.

PYTHIE

En ce monde il ne faut jamais de rien jurer :

Les prades bien sonvent nous trompent au langage.

THAlS.

Qu'est devenu Doris?

PYTHIE

D a troussé bagage.

THAlS.

n fisdloit tout au moins l'empêcher de sortir.

PYTHIE

J'étois hors de mon sens, pour ne vous point mentir.

THAlS.

An retour de Phédrie on en saura l'histoire.

PYTHIE

C'est ce que j'oubliob , tant j'ai bonne mémoire : A peine vous sortiez qu'il m'est venu trouver.

THAlS.

Je le croyois aux champs.

PYTHIE

Il en vient d'arriver.

De long-temps , m'a-t-il dit , je connois ton adresse: Tu sais la passion que j'id pour ta maîtresse;

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