L'EUNUQUE, ACTE IV, SCÈNE V
De m'en priver deux jours hier an soir je promiiy Et crus qa'allant trouyer aux champs quelques amis , Ils pourroient de ce temps adoucir l'amertume ; Mais à nul autre objet mon œil ne s'accoutume y De nul antre entretien mon esprit n'est charmé. Je pourrois vivre un siècle avec elle enfermé ; Vivre sans elle un jour m'est un trop grand supplice y Et je ne suis pas sûr que ceci s'accomplisse , Sans que vous y perdiez la fleuri vos amis. Si de ce long exil un jour ne m'est remis , Je ne donnerois pas un denier de ma vie. Pour le -souffrir je crois que tu m'es trop amie: Fais valoir cet ennui qui cause mon retour ; Dis que Thrasonponr elle a beaucoup moins d'amour. Qu'il prescrit trop de lois et se rend incommode . Je t'abrège ceci , pour l'étendre à ta mode. Voilà ce -qu'il m'a dit, et tiens qu'il a raison. Plutôt que de me voir caresser par Thrason, J'aimerois cent fois mieux que l'autre m'eût battue. Le soldat est trop vain , sa présence me tue : Il n'a qu'une chanson dont il nous étourdit; Et, hors de ses exploits , c'est un homme interdit; Puis , «pi'on soit toute à lui : ma foi l'on s'y dispose.
thaïs.
Que veai(4n ? jusqu'ici ma sœur en est la cause.
PYTHIE
Ne dissimulez -plus , vous avez votre sœur. Mais devrois-je parler -avecque tant d'ardeur Pour ce donneur d'eunuque à la mode nouvelle?
THAÏS
Peut-être en le donnant l'a-t-il cru pins fidèle.
PYTHIE
Envoyez-le quérir, vous l'entendrez parler.
thaïs.
Gomment, s'il vient ici, le pourra-t-on celer?
pythie.
Quand Thrason le saura, vous avez votre compte.
THAÏS
Je ne saurois tromper sans scrupule et sans honte. Qu'on cherche toutefois Phédrie et son présent.
PYTHIE
Vos gens le trouveront au logis à présent ; Dorie aura bientôt traversé cette rue.