LIVRE III
Ni d'antre part pour les carnages ' :
Ib ne pooTciieiit joolr, qa'en treroMant, de leurs biens. La paix se oonclot donc : on donne des otages; Les loups, leurs looreteaiix; et les brebis, leurs chiens. L'édiange en étant fait aox formes ordinaires^
Et réglé par des commissaires , An bout de quelque temps que messieurs les louTats ' Se Tirent loups parfaits et friands de tuerie, Dft TOUS prennent le temps que dans la bergerie
Messieurs les bergers n'éloîent pas , Élmii^t la moitié des agneaux les plus gras^ Les emportent aux dents, dans les bois se retirent. Ik aroient averti leurs gens secrètement. Les chiens, qui, sur leur foi , reposoient sArement,
Furent étranglés en dormant:
Cela fut si tôt fait qu'à peine ils le sentirent. ToQt fut mis en morceaux; un seul n'en échappa.
Nous pouvons conclure de là Qall fout faire aux méchants guerre continuelle. La paix est fort lionne de soi; J'en conviens : mais de quoi sert-elle Avec des ennemis sans foi ?
FABLE XIV
Le Lion devenu vieux.
Le lion, terreur des forêts, Chargé d'ans et pleurant son antique prouesse, F&t enfin attaqué par ses propres sujets.
Devenus forts par sa foiblesse.
Le cheval s'approchant lui donne un coup de pied; Leloop , un coup de dent ; le bœuf, un coup de corne. Le malheureux lion, languissant, triste, et morne, Peut à peine rugir, par l'âge estropié. 0 attend son destin, sans faire aucunes plaintes; Quand voyant l'âne même à son antre accourir : Ah! c'est trop, lui dit-il, je voulois bien mourir; lUie'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes K
* Ctarmage ne s'emploie ordinairement qa'au 8ini;iiUer ; mais, Hipé l'anerUoD d'un habOe grammairien, nowi fiensons qu'on pntfJBMi flhrtbien se servir de ce mot au pluriel , et œ vers en Mnit on heureux exemple.
* Dans les formes. Aux formes est pour et fomut , style de pntiqne.
* On disoit dans notre ancien langage louvat, lovel, loviau, pour un louveteau ou un petit loup.
4 n semble que La Fontaine ait craint d'ontrager la m^esté du Boa en nous le montrant supportant le dernier des opprobres ; il n'a bit qu'indiquer le tableau qui dans Phèdre termine cette ta- Ue ! Caicibut fronUm exUrit. Ainsi c'est de l'auteur ancien foe nous vient l'expression proverbiale dont l'application est si Mqoeote , le coup de pied de l'dne.
FABLE XV
Philomèle et Progné.
Autrefois Progné l'hirondelle
De sa demeure s'écarta.
Et loin des villes s'emporta Dans cm bois où chantoit la pauvre Pliilomèle. Ma sœur, lui dit Progné , comment vous portez-vous ? Voici tantôt mille ans que Ton ne vous a vue : Je ne me souviens point que vous soyez venue, Depuis le temps deTlirace', habiter parmi nous.
Diles-moi, que pensez-vous faire?
Ne quitterez- vous point ce séjour solitaire? Ah! reprit Philomèle, en est-il de plus doux? Progné lui repartit : Eh quoi ! cette musique
Pour ne chanter qu'aux animaux ,
Tout au plus à quelque rustique I Le désert est-il fait pour des talents si beaux? Venez faire aux cités éclater leurs iner^'eilles.
Aussi bien, en voyant les bois, Sans cesse il vous souvient que Térée* autrefois.
Parmi des demeures pareilles, Exerça sa fureur sur vos divins appas.
Et c'est le souvenir d'un si cruel outrage Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous ftuis pas :
En voyant les hommes, hélas!
Il m'en souvient bien davantage.
FABLE XVI
La Femme noyée.
Je ne suis pas de ceux qui disent : Ce n'est rien,
C'est une femme qui se noie.
Je dis que c'est beaucoup; et ce sexe vaut bien Que nous le regrettions, puisqu'il fait notre joie. Ce que j'avance ici n'est point hors de propos ,
Puisqu'il s'agit, en cette fable,
D'une femme qui dans les flots Avoit fini ses jours par un sort déplorable.
Son époux eu cherchoit le corps
Pour lui rendre, en cette aventure.
Les honneurs de la sépulture.
U arriva que sur les bords
> Depuis le temp« que vous étiex en Thrace. Ellipse qui n'est que la traduction élégante de l'eipression fu$à B/sâx^v de l'antcur grec, n est remarquable que notre poète a mieux saisi le sens de son original que le savant TTrwhit, dont l'erreur a été rectifiée par son éditeur dans une excellente note. Voyez Aîsth piea fabulœ, édition In-S». Lipsic , 4SI0, page czc. — Rochefort . Notice* de* MantueriU , lome II . page 699.
* Térée . roi de Thrace . ayant , dans un bois écarté . outragé rt cruellement mutilé Philomèle, sœur de Progné . sa femme, les deux ssun s'en vengèrent en tuant le fils de ce prince et en le lui donnant à manger. Philomèle (ut changée en roMÏgnol , et Progné en hirondelle. Ovio. . Meiamorph. . lib. VI . 15.
FABLES
Du fleuve aatear de sa disgrâce , Des gens se promenoîent ignorants Faccident.
Ce mari donc leur demandant S'ils n'avoient de sa femme aperçu nulle trace : Nulle , reprit l'un d'eux ; mais cherchez-la plus bas;
Suivez le fil de la rivière.
Un autre repartit : Non , ne le suivez pas;
Rebroussez plutôt en arrière :
Quelle que soit la pente et l'inclination
Dont l'eau par sa course remporte,
L'esprit de contradiction
L'aura fait flotter d'autre sorte.
Cet honune se railloit assez hors de saison. Quant à l'humeur contredisante , Je ne sais s'il avoit raison; Mais que cette humeur soit ou non lie défaut du sexe et sa pente , Quiconque avec elle naîtra Sans faute avec elle mourra , Et jusqu'au bout contredira , Et, s'il peut, encor par-delà.
FABLE XVIL
ÊM Belette entrée dans un grenier,
Danioiselle l)elette , au corps long et fluet ' , l^ntra dans un grenier par un trou fort étroit :
Elle sorloit de maladie.
Là, vivant à discrétion,
La galande fit chère lie ' ,
Mangea , rongea : Dieu sait la vie , Fit le lard qui périt en cette occasion !
La voilà, pour conclusion.
Grasse, maflue^ et rebondie.
Au bout de la semaine, ayant dîné son soûl, Elle entend quelque bruit, veut sortir par le trou , Ne peut plus repasser, et croit s'être méprise.
Après avoir fait quelques tours.
C'est, dit-elle, l'endroit : me voilà bien surprise; J'ai passé par ici depuis cin<i ou six jours.
Un rat, qui la voyoit en peine.
Lui dit : Vous aviez lors la panse un peu moins pleine.
> Vab. La Fontaine a écrit flouet, selon l'oitbo^u^phe usitée de son temps. M. Auger, dans son édUion de Molière , Avare , acte I , scène VI , tome VII, page 37, à ces mots : « Voilà de mes damoiseaux fiotuti , > a ratemi l'ancienne orthographe . et a fut à ce si^et la remarque suivante : « Ce mot vient de /loi*, qui dans notre ancien langage signifie tendre , délicat, suave, mot que les peintres ont retenu et emploient encore, i— Quant an mot qui rime avec fluet , voyez livre III , fibie viii.
s Chère Joyeuse , fit bonne chère. Cette expression de ekérê lif se rencontre fMquemmcnt dans nos vieux auteurs.
> liC visagf' bouffi.
Vous êtes maigre entrée, il faut maigre sortir. Ce que je vous dis là, l'on le dit à bien d'antres; Mais ne confondons point , par trop approfondir, Lenrs affaires avec les vôtres.
FABLE XVm.
Le Chat et le vieux Rat.
J'ai lu, chez un conteur de febles.
Qu'un second Rodilard ' , l'Alexandre des chats,
L'Attila , le fléau des rats,
Rendoit ces derniers misérables :
J'ai lu , dis-je , en certain auteur.
Que ce chat exterminateur, Vrai Cerbère, étoit craint une lieue à la ronde : Il vouloit de souris dépeupler tout le monde. Les planches qu'on suspend sur un léger appui ,
La mort-aux-rats, les souricières,
N'étoient que jeux au prix de lui.
Comme il voit que dans leurs tanières
Les souris étoient prisonnières , Qu'elles n'osoîent sortir, qu'il avoit beau chercher. Le galant fait le mort, et du haut d'un plancher Se pend la tète en bas : la bête scélérate A de certains cordons se tenoit par la patte. Le peuple des souris croit que c'est diâtiment , Qu'il a fait un larcin de rôt ou de fromage , Egratigné quelqu'un, causé quelqne dommage; Enfin, qu'on a pendu le mauvais garnement.
Toutes , dis-je , unanimement , Se promettent de rire à son enterrement, Mettent le nez à l'air, montrent un peu la tête ,
Puis rentrent dans leurs nids à rats ,
Puis ressortant font quatre pas ,
Puis enfin se mettent en quête.
Mais voici bien une autre fête :
Le pendu ressuscite ; et , sur ses pieds tombant ,
Attrape les plus paresseuses.
Nous en savoas plus d'un , dit-il en les gobant : C'est tour de vieille guerre ; et vos cavernes creuses Ne vous sauveront pas, je vous en avertis :
Vous viendrez toutes au logis.
II prophétisoit ^rai : notre maître Mitis*, Pour la seconde fois, les trompe et les affine ^
Blanchit sa robe et s'enfarine;
' La FonUûne n'oublie rien. U a parlé, dans la seconde (aMc du deuxième livre , du céMbre chat Rodilard. Celui-ci est donc Rodilard second du nom , Bodilard H.
* MitiM , qui en latin signifie doux, est un surnom qui ooavieiu bien à la mine hypocrite du chat.
3 Les Joue. Le mot affiner n'est plus usité dans ce sens ; mate on l'employoit encore , avec cette signification , du temps de La Fontaine , puisqu'on le trouve dans Nicot , qui dte cet exemple i ■ Affiner un trompein*. • eircumventorem cireumwmire.