BALLET
AVERTISSEMENT DE L'EDITEUR
La traduction en yen de l'Eunuque de Térenoe, le premier des onyraget que La Fontaine ait ll?ré à l'imprevion , prou? e qu'il aongeoit à diriger vers le théâtre le talent qu'il se sentoit pour la poésie : la yie joyeuse et dissipée de sa jeunesse oontribuoit encore à fortifier cette résolution; et la petite pièce que nous publions pour la première fois, et dont l'existence même étoit inconnue, démontre que notre poète essaya d'abord de composer des comédies sur les aventures joyeuses qui ont depuis fourni matière à sesoontes, comme Ters la fin de sa carrière fl se complut à arranger pour la scène, conjointement avec Gbampmeslé, ceux de ses contes qui a?oient en le plus de succès.
Un pauvre savetier de la vUle de Château-Thierry, dont la fenmie étoit jolie , afoit acheté à crédit un demlmuid de Ué, et avoit donné en paiement un biOet à terme. L'échéance arrivée, le vendeur du blé pressa le savetier de le payer, et en même temps fl chercha à cajoler la femme de son débiteur : celle-d en avertit son mari , qui lui dit de donner rendei-voas au galant, et de tout lui promettre, à condition que le billet lui seroit rendu; puis de tousser, mais de tousser fort, au moment critique. Tout fut exécuté ponctuellement comme le sai aller l'fevoit prescrit. Au signal convenu fl sortit de la eaobette où fl se trouvoit; le vendeur du blé, troublé dans l'exécution de son projet, fut forcé de dissimuler, et n'osa plus réclamer le paiement d'une créance dont il avoit lait la remise, et dont fl avoit Uvré le titre, par des motifs qu'A ne vouloit pas divulguer. Ce fut le savetier qui se vanta du stratagème qui lui avoit si bien réussi.
La chose parut si plaisante à La Fontaine, qu'fl composa sur ce sujet une espèce de baUet en vers, accompagné de chant, de danses et de laxzi, et qu'A la joua avec ses jeunes amis pour réjouir la société de Château-Thierry, n ne s'en tint pas là , et depuis fl inséra , dans le premier recuefl de contes qu'A publia quelques années après , la narration de cette aventure*. Quant à la pièce, U la rangea parmi les compositions de sa jeunesse qu'fl avoit condamnées à l'onbli; elle s'est retrouvée dans les papiers de ce TallcmaDtdes Réaux, frère de l'abbé Tallemant, académicien , bcan-frère de Ramboufllet de la Sablière ,
* Voyei p. 141 de cette édition.
que j'ai suffisamment fiiit connoltre daot la nottoe nr h vie de ce dernier, mise en tète de l'édition in-8» de ses madrigaux.
Nous devons la découverte de ces scrits de ThUemant à M. de Monmerqoé , auquel partiennent, et qui nous les a oommoniqDéiy pouvant être utfles à notre édition.
Une note qui est de la main de Tallemant dea nous apprend que la petite pièce des Rieurs dn Richard, ^ se trouve dans ces mannscrita» est de la Fontaine. Cette preuve seule suffiroit pour qu'elle est l'ouvrage de notre poète, puisque des Réaux étoit intimement lié avec lui , et qu'A le seul qui dans son journal manuscrit , inUtnlé fllsltriette, nous ait transmis des anecdotes sor sa jeaaaHa : mais d'autres preuves confirment encore odto-là. Ea effet, parmi les acteurs qui sont désignés immma sTélMÉ prêtés à jouer cette petite ilntse, sont desparenla oa ém amis de La Fontaine, qui ont été nentioaiiés daaa as lettres déjà publiées. C'est on M. de Bressay , doat le nom de fiunUle étoit Josse , et qui étoit cousin de La Fontaine par les femmes , ainsi que nous l'apprend om note généalogique sur les Bressay, dressée par niadeaMiseUe de La Fontaine, arrière petite-fifle da ùdNdlBle, pour établir les droits de La Fontaine à la suooessioD des Bressay, note que nous avons sous les yeux, eo ayaal pris copie dans les papiers que M. Héricart de Ttey nous a conunnniqnés. C'est encore un M. de La Haye» désigné plusieurs fois par La Fontaine comme on des plus aimables habitants de Château-Thierry, et comme honoré de la confiance particulière de la duchesse de Boufllon. C'est enfin un M. de La Barre qui porte le n^éme nom que le curé qui baptisa La Fontaine : or fl est bien présumable qu'il étoit neveu ou parent de cet ecclésiastique. La distribution des rôles prouve anni jusqu'à quel point La Fontaine et ses jeunes compagnons aimoient les caricatures , puisque Bressay représenloit le femme du savetier, et qu'un M. Fermier étoit diargé da rAle d'un âne.
Tallemant des Réaux a encore mis de sa main an titre de la pièce des Rieurs du Beau-Richard l'explication suivante : c Beau- Richard est un carrefbnr de Château- Thierry où l'on se rassemble pour causer. >
En effet, le carrefour de la vUIcde Château-Thierry, formé par la réunion de la Grande-Rue ou me d'Angonléme, de la rue du Pont, et de la rue du Marché, te nomme encore actueUcment la place ou le carrefour da
LES RIEURS DU BEAU-RICIIARD, PROLOGUE
Wehard. Dan» l'emplacemeut acloel d'une nuiison cr, qui bu (ace A la Grande-Rue, eiutoil une chaomniée la CkaptUe de Notre-Vam-da-Botirg . igui ttlniite eo l4tU par un Riclunl-Fier-d'Éptfe, lequel d4 par MO lesliment la Tolonlé d'y être înbiimé. lBpdlDn'aClâdtHruilequepcn4lanl la réTolution, 10: el loua les Tirillards de Chdleau-Tbienr alqoedans leur jeiuiesss les principani habilanli de ilie itolenM'babilude da «e rt^uuirAdîrerHsbcurGa ■, mais particuliÈreoiettt dans les soi nS?sd'été , dans Bfour du Besu-Richard , «t qu'uu ^'asseyolt eut lei M de la chapelle de iNnlre-Damc-dn-Bourg , pour r Ici aTcnluns de la ville et lea noutelles du , DU pour elnior sur Us pasaanli. Cet usage a été parla rCioInlioa, mais il a \&imé ics traces dans ■gc; car lanH|U'uu veut taire entendre qn'no doute Iquelail, ou qu'une anecdote est bn^anlée, un dll itujourd'bnlâ Cbdteau-Tliierry : C'est km wmteUc Ht-fiirhilnt.
« doii pas non plus oublier de Faire remarquer nie du Marché . qu'on nomme aussi rue du Beaud, eil si courte qu'elle e(t cotnmii la conliiiuation nSoat de ce noin , |>arcequ'elle se lerminc d un ■rrefour qui dtiMiuctio sur une 1res grande place enl le mardié , et où par ci)iuA|ueiit se rasicmidc peuple de la ville el des euvironi.
deruien renseignements, qui éclaircisaent d'noe é (f ulisrabanlc le lilrc de la petite pièce qu'où I Dom ont été Fournis par II. Voi , iiiaïrc de Chd- Uerrr, et par M. Tribert, préshtenl du tribunal nière iulance de la méuie ville. Tous deui oui leoipresHaieDl que je ne «aurola trop rccounoltre l^odre aui questions que j'ai eu l'booueur de Ireiaer. Je dois uiËnic au dernier uu calque très B plan de la lille de Cbdloau-Tbierry, dressé en Dur ralignement des rues, oà 11 maison de La M, ctille de la cbapellc de Notro-Dinie-du -Bourg , Ke du ficau-Kichardel duItUrclié, ainsi que tous IH détaili lopographiques, sont dessinés avec prédesortequu,(<raccA tantdt'wiins obligeants, an- Knmenl ne m'a man(|U(> pour l'inlelligcuce de nie de [ji Fontaine , que, comme éditeur de ce }e me Irourois chargé de publier.
Ibélire repréwnt
l«a rétablir son empiri
t grands joun ',
aoQS Indique que le mie de la piice «toit chanlé , cl frologoc tut pulé. n est probable qu'il Fui rédlé par
kn mu cours de justice, qui ipnoienl leurs grands ■qu'elles jugeuivolniraordinaveineal.
L'année est fertile en bons tours; Jeunes gens , apprcoex A rire.
Tout devient risible icUias.
Ce D'est que Tarce el comédie ; On ne peut quoii faire un pas, Ni tourner le pied qu'on en rie.
Qui ne riroit des précieni?
Qui ne riroit de ces coquettes En qui tout est niistérieui.
Et qui fout tant les guillemetles ' l Elles parlent d'un certain ton , Elles oui un certain langage Dont aumit ri l'alné Dilou, Lui qui passuil pour honimc »age.
D'elles pourtant il no s'agit En la présente comédie :
Un bon bourgeois s' j radoiidl Pour une femme asseï jolie, a Failca-moi votre ftirorl , Lui dit-il , et laissci-moi taire, s La Femme en parie a son mari , Qui répond , sougoaul A l'aFfaire ; a Ma Femme, il vous but l'abnser.
Car c'est un bommeunpcu crédnte Sons l'espérance d'un baiser.
Faites-lui rendre ma cédule.
DA;hirei-la de bout en bout.
Car la somme en est asaet grande.
Tonsseï après : ce n'est pas tout; l'oDiBci si baul qa'on voua enteude.
Il ue faut pas tarder beaucoup , De crainte de quelque infortune; Tousses, toiHseï encore nu coup, Et tousses plutdt deux fois qu'une. ■ Ainsi tut dit , ainsi Fiil fait.
Eawriatn urin l'époui demeure, L« galant vient (risque' et de hait', L.a dame tousse A lemps et heure.
Le mari soi'l diligemment , Le gulaul songe à s'aller pendre; liais il ; sunge seulement.
Cela n'est pas trop A reprendre.
Tout les galaols craignent la Urai , Elle a souvent troublé la fête.
tSous parlons aussi comme époui.
Autant nous en pend A la tête.
■ Lci impertincnK!' , les Innocentes.
• Joli. niigaa. délibéré.
1 C*cst-t-dire U vicol actil. empreué, nt hait .fom dr bm hait, signifie de bun gré, tDutJoyeas. Ce vieux mat sr Iroiivu encote dans Kicsl {Thrétor de ta t/ngat ffmfoyif. I60fl, in-fiilio] , mut on uv le Uvutb plus dmt te illclimmam de Hi- Gbckl. imprimé en IDW]; il CM (irobablcmcnt rcsié dans le palolichinip«iois.>l. BuqDeiUn. dans son dkliuaaaire. bit venir ce mol de Ularittu . en basse latinité haita , et II écrit hail et
LES RIEURS DU BEAU-RICHARD
PERSONKAGfiS.
ACTBUBft.
LE 9àWWnEtL, Dl Li HATB.
LA FJBMlfB DIT SATETIBR , Db Bbissât, dégidié eo lonme.
UN MABCHAND DB VLÈ . Ll BbroII.
UN NOTAIRE , Db Li BlllB.
m« mmiviRR irr fsniv AitfK | COBOOW . pour te Meunier. UN MEUNIER ET SON ANE. jj^^^,^^^^,^^^
DEUX GRIBLEURS ,
Db La babib et Lb Tblubb.
Le théâtre représente la place da marché de Châlean-TMerry. On 7 distini{iie, anr te devant , te boutique d'un aaTetier , peu éloignée du comptoir d'un marchand de blé.