‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 27 sur 670 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Il s*aperçoil qu'il u'a lire Du fond (les eaux rien qu'une bélc.

Il l'y replonge, et va trouver QucJque homme afin de le sauver.

FABLE VIIL

VHwime et VldoU de hm.

Certain païen chez lui gardoit un dieu de bois, [leoesdieax quisontsourds , bien qu'ayants ' desoreil- Le païen cependant s'en promettoit merveilles, [les :

II lui coâtoit autant que trois :

Ce n'étoit que vœux et qu'offrandes, Sacrifices de bœu& couronna de guirlandes.

Jamais idole, quel qu'il* fiH,

N'avoit eu cuisine si grasse; Sans que, pour tout ce culte, à son hôte il échiU Succession, trésor, gain au jeu, nulle grâce. Bien plus, si pour un sou d'orage en quelque endroit

S'amassoit d'une ou d'autre sorte , L'homme en avoit sa part; et sa bourse en souflroit : La pitance du dieu n'en étoit pas moins forte. A la fin , se fôchant de n'en obtenir rien , II vous prend un levier, met en pièces l'idole, \jt trouve rempli d'or. Quand je t'ai fait du bien, M'as-tu valu, dit-il, seulement une obole? Va, sors de mon logis, cherche d'autres autels.

Tu ressembles aux naturels

Malheureux, grossiers et stopides :

On n'en peut rien tirer qu'avecque le bâton. Plus je te remplissois , plus mes mains étoient vides : J'ai bien lait de changer de ton.

FABLE IX

L$ Geai paré des plumes du Paon.

Un paon muoit : un geai prit son plumage;

Puis après se l'accommoda ; Puis parmi d'autres paons tout fier se panada ,

Croyant être un beau personnage.

Quelqu'un le reconnut : il se vit bafoué.

Berné, sifQé, moqué, joué, Et par messieurs les paons plumé d'étrange sorte; Mène vers ses pareils s'étant réfugié,

n fut par eux mis à la porte.

Il est aiMz de geais à deux pie<ls comme lui ,

' UIMaiiie met encore ici au [Muriel le participe préseuf.

* Latailaine fait ici idole masculin . et Comrille fournit auMî ■n oonple semblée; cependant Ménage, dariH m» Remarf iMf tur Malherbe , nous api>ren(l que , nu^nic du teni(»9 de oolR poêle, ruMgo avoit fixé ce mot au féminin, malgré la raiwitl'élyiiiologie qui auroil dA le rendre masculin.

Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui.

Et que l'on uonune plagiaires.

Je m'en tais, et ne veux leur causer nul ennui :

Ce ne sont pas là mes affoires.

FABLE X

Le Chameau, et les BdtaiU flottants.

Le premier qui vit nn chameau

S'enfuit à cet objet nouveau; Le second approcha; le troisième osa faire

Un licou pour le dromadaire.

L'accoutumance ainsi nous rend tout femilier : Ce qui nous paroissoit terrible et singulier

S'apprivoise avec notre vue

Quand ce vient à la continue.

Et puisque nous voici tombés sur ce sujet :

On avoit mis des gens au guet, Qui , voyant sur les eaux de loin certain objet ,

Ne purent s'empêcher de dire

Que c'étoit nn puissant navire.

Quelques moments après, l'objet devint bniloi ,

Et puis nacelle, et puis ballot,

Enfin bâtons flottants sur l'onde.

J'en sais beanconp de par le monde A qui ceci oonviendroit bien :

r>e loin , c'est quelque chose ; et de près , ce n'est rien .

FABU; XL

iM Grenouille et le liât.

Tel, comme dit Merlin , cuide ' engeigner ' autrui ,

Qui souvent s'engeigne ^ soi-même ^ J'ai regret que ce mot soit trop vieux ai^îourd'hui ; Il m'a toujours semblé d'une énergie extrême. Mais afin d'en venir au dessein que j'ai pris : Un rat plein d'embonpoint , gras , et des mieux noiir - Et qui ne connoissoit l'avent ni le carême , [ris ,

I Croit , pense , s'imagine.

* Tromper, séduire. On disoit aussi enganner, et plus anciennement enQignier.

3 Vab. Dans la réimpression de IG92, sous la date de 467S. l'imprimeur, ne comprenant pas ce mot . a mis à oe vers et au vers précédent enseigner, au lieu û' engeigner,

4 Cette phrase se trouve dans le Premier volume de Merlin . qui est le premier de la Table ronde , etc. , petit iu-4o gothique sans date, imprimé à Paris . dans la grande rue Saint- Jar- «pies. à l'enseigne de la Rose blanche, feuillet XLII, réclame 1. ij. Dans la table , le Nommaire du cliapitre auquel cette (ibrase a|>l>artient est rédigi* de la niauién' suivante : « Comme Mprliii prit congé du roy, etsen vint à son maislre Biaise , et lui conipt.i la manière de celte table. • La phrase en (piestion y est aiiLHi conçue : < Ainsi advient-il de plusieun. car trh enidvnt engiguer ung aulro , qui s'cngigncut eulx mesiucs. •

FABLES

Sur le bord d'un inarais égayoit ses esprits. Une grenouille approche, et lui dît en sa langue : Venez me voir chez moi ; je vous ferai festin.

Messire rat promit soudain :

n n'étoit pas besoin de plus longue harangue. £ile alloua pourtant les délices du bain, La curiosité y le plaisir du voyage, Cent raretés à voir le long du marécage : Un jour il couteroit à ses petits-enfants Les beautés de ces lieux, les mœurs des habitants, {)t le gouvernement de la chose publique

Aquatique.

Un point sans plus tenoit le galant empêché : Il nageoit quelque peu , mais il falloit de Taide. La grenouille à cela trouve un très bon remède : Le rat fut à son pied par la patte attadié;

Un brin de jonc en fit Taflaire.

Dans le marais entrés, notre bonne commère S'efforce de tirer son hôte au fond de l'eau , Contre le droit des gens, contre la foi jurée; Prétend qu'elle en fera gorge-chaude « et curée'; C'étoit, à son avis, un excellent morceau. Déjà dans son esprit la galande le croque. Il atteste les dieux; la perfide s'en moque : n résiste; elle tire. En ce combat nouveau. Un milan, qui dans l'air planoit, faisoit la ronde, Vdt d'en haut le pauvret se débattant ^ur l'onde. Il fond dessus, l'enlève, et, par même moyen,

La grenouille et le lien.

Tout en fut; tant et si bien.

Que de cette double proie L'oiseau se donne au cœur joie, Ayant, de cette façon, A soucier chair et poisson.

La rose la mieux ourdie Peut nuire à son inventeur ; Et souvent la perfidie Retourne sur son auteur.

FABLE XIL

Ttibut envoyé par les Animaux à Alexandre.

Une fable avoit cours panni l'antiquité*; Et la raison ne m'en est pas connue.

* Gorge^chaude , en ternie de fiiuooonerie, est U riande chaude ^^'w donne aux oiseaux de proie , et qu'on (trend du gibier qu'ils oui attrapé.

> Curée» en tcnne de vénerie, est la pâture qu'on donne*, aux chiens de diasse, en leur taisant mau^r de la bétc qu'ils uut prise.

•» Nullement. On ne la trouve dans aucun auteur ancien ; mais La Fontaine aura lu cette assertion dans quelque recueil qui contCDoit cette table . et il l'aura crue exacte.

Que le lecteur en tire une moralité; Voici la fable toute nue :

La Renommée ayant dit en cent lieux Qu'un fils de Jupiter, un certain Alexandre, Ne voulant rien laisser de libre sous les cieux^

Coimnandoit que, sans plus attendre,

Tout peuple à ses pieds s'allât rendre, Quadrupèdes, humams, éléphants, vermisseaux ,

Les républiques des oiseaux;

La déesse aux cent bouches, dis-je.

Ayant mis par-tout la terreur En publiant l'édit du nouvel empereur,

Les animaux , et toute espèce lige * De son seul appétit, crurent que cette Ibis

U falloit subir d'autres lois.

On s'assemble au désert : tous quittent leur tanière. Après divers avis, on résout, on conclut

D'envoyer hommage et tribut.

Pour l'hommage et pour la manière.

Le singe en fut chargé : l'on lui mit par écrit

Ce que l'on vouloit qui frtl dit.

Le seul tribut les tint en peine :

Car que donner? il felloit de l'argent.

On en prit d'un prince obligeant.

Qui, possédant dans son domaine Des mines d'or, fournit ce qu'on voulut. Comme il fut (fuestion de porter ce tribut.

Le mulet et l'âne s'offrirent.

Assistés du cheval ainsi que du chameau.

Tous quatre en chemin ils se mirent Avec le singe, ambassadeur nouveau.

La caravane enfin rencontre en un passage Monseigneur le lion : cela ne leur plut point.

Nous nous rencontrons tout à {Hiint, Dit-il ; et nous voici compagnons de voyage.

J'allois offrir mon fait à part; Mais , bien qu'il soit léger, tout fardeau m'embarrase Obligez-moi de me faire la grâce

Que d'en porter chacun un quart :

Ce ne vous sera pas une charge trop grande, Et j'en serai plus libre et bien plus en état En cas que les voleurs attaquent notre bande,

Et que l'on en vienne au combat.

Econduire un lion rarement se prati<iue. 1^ voilà donc admis, soulagé, bien reçu. Et, malgré le héros de Jupiter issu , Faisant chère et vivant sur la l)ourse publique.

Ils arrivèrent dans un pré Tout bordé de ruisseaux, de fleurs tout diapré,

« Esclave de son seul appétit iJge , qui doit un certain dr au seigneur, et est tenu à des obligaUons plus étroites que simple vassal. Saliuste a dit : Pecora quœ natura pam« ffl) ventri obcdientia fitudU Catilina , cap. i.

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