SCÈNE IIL DAPHNÉ, CLYMÈNE
DAPHNÉ
Je vous ai tous deux entendus :
Heureuse, lî Tharsis ne me pressoit pas plus !
LBUCIPPE.
Puis-je interrompre le silence Qu'en ces paisibles lieux peut-être vous diercbez? Me le permettez- vous ?
DAPHNÉ
Oui , Leucippe, approchez; On ne craint pas votre présence :
Venez me consoler de celle de Tharsis.
LEUCIPPE
Et qu'ordonnerezryous de mes propres soacb? Mon rival ne peut plaire à l'objet qu'il adore , Un sentiment jaloux ne me peut alarmer : C'est beaucoup; mais que dis-je? ah ! ce n'est rien encore: Vous savez bien haïr, mais pourriez-vous aimer?
DAPHNÉ
J'ai souffert votre amour, répondez-vous Tous-méme.
LEUCIPPE
O dieux ! qu'ai-je entendu? quelle gloire suprême! Quel bonheur ! Doux transports qui venez me saisir, Exprimez, s'il se peut , ma joie êl mon plaisir,
Et votre juste violence.
Princesse, après l'aveu qui vient de me chamier.
Je ne sais rien pour m'exprimer.
Que le lan^ge du silence.
DAPHXÉ ET LEUCIPPE, ensemble.
O bienheureux soupirs , favorables moments Où l'un et l'autre cœur, plein de doux sei^tiinents,
Aime , et le dit, et se fait croire !
Les dieux , dans leurs ravissements ,
Les dieux , au milieu de leur gloire , Sont moins dieux (luclquefois que ne sont les amants.
LEUCIPPE
Je bénis mon destin, et cependant Pénée Favorise mon rival.
DAPHNÉ
Quand il auroit pour lui le dieu même Hyménée , Ce n'est pas son bonheur qui fera votre mal.
LEUCIPPE
Et mon bien ?
DAPHNÉ
Attendez la réponse d'Ismèle :
Peut-être elle sera favorable à nos vœox. Allez : il reviendra quelque moment heureux ; Daphné craint qu'on ne trouve un amant avec elle.
DAPHNE , demeurée setde.
Que notre sexe a d'ennemis î i A combien de tyrans le Destin l'a soumis !