‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 29 sur 670 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

De ces dards joints ensemble an seul ue s'éclata. Foibles gens , dit le père , il faut que je vous montre Ce que ma force peut en semblable rencontre. On crot qu'il se moquoit; on sourit, mais à tort : n sépare les dards, et les rompt sans effort. Voof voyez, reprit-il, l'effet de la concorde : Soyci joints , mes enfants , que l'amour vous accorde. Tant qne dura son mal , il n'eut autre discours. Enfin te sentant près de terminer ses jours , Mo chers enfents , dit-il , je vais où sont nos pères ; këea : promettez-moi de vivre comine frères; Qoe j'obtienne de vous celte grâce en mourant. Chacon de ses trois fils l'en assure en pleurant. Oprend à tous les mains ; il meurt. Et les trois frères Trouvent un bien fort grand , mais fort mêlé d'af^ires. Cd créancier saisit, un voisin foit procès : D*abord notre trio s'en tire avec succès. Leur amitié fut courte autanttpi'elle étoit rare. Le sang les avoit joints ; l'intérêt les sépare : L'ambition, l'envie, avec les consultants, Dans la succession entrent en même temps. On en vient au partage , on conteste, on chicane : Le juge sur cent points tour-^-tour les condamne. (Ûnciers et voisins reviennent aussitôt, Geox-là sur une erreur, ceux-ci sur un défaut. Les frères désunis sont tous d'avis contraire : L'on vent s'accommoder, l'autre n'en vent rien faire. Tons perdirent leur bien, et voulurent trop tard Profiter de ces dards unis et pris à part.

FABLE XIX

U Oracle et V Impie,

Vouloir tromper le ciel, c'est folie à la terre. Le dédale des cœurs en ses détours n'enserre Hien qui ne soit d'abord éclairé par les dieux : Tout ce que l'homme fait, il le fait à leurs yeux, Xéme les actions que dans l'ombre il croit faire.

Tapllen, qui sentoit quelque peu le fagot' , £t qui croyoit en Dieu , pour user de ce mot ,

Par bénéfice d'inventaire ' ,

Alla consulter Apollon.

Dès qu'il fut en son sanctuaire :

Geipe je tiens, dit-il, est-il en vie ou non?

n tenoit un moineau, dit-on,

' Biprenioo proverbiale . pour dire , qui niéritoit d'être brûlé

*Ceit44iire qak condition , et qu'autant que cela ne le gé- Bmit fo rien , et ne lui coûteroit ncun sacrifice. Le bénéfice '^'i'ttentaire eitl le droit confén* par la loi de n'accepter un hénUfOeqol condition de n'en payer les dettes vi les dtarges que ^>"|«i'à h ooncurreiiGc des biens inTeotoriés.

Prêt > d'étoufler la pauvre béte,

Ou de la lâcher aussitôt ,

Pour mettre Apollon en défont.

Apollon reconnut ce qu'il avoit en tête : Mort ou vif, lui dit-il , montre-nous ton moineau ,

Et ne me tends plus de panneau :

Tu te trouverois mal d'im pareil stratagème.

Je vois de loin; j'atteins de même.

FABLE XX

U Avare qui a perdu son trésor.

L'usage seulement fait la possession.

Je demande à ces gens de qui la passion Est d'entasser toiy ours , mettre sonune siu* sonune , Quel avantage ils ont qoe n'ait pas un autre homme. Diogène là-bas est aussi riche qu'eux , Et l'avare ici-liaut comme lui vit en gueiLX. L'homme au trésor caché , qu'Esope nous propose , Servira d'exemple à la chose.

Ce malheureux altendoit Poor jouhr de son bien une seconde vie; Ne possédoit pas l'or, mais l'or le possédoit. Il avoit dans la terre une somme ôifouie , Son cœur avec , n'ayant autre déduit '

Que d'y ruminer joiu* et nuit , Et rendre sa chevance ^ à lui-même sacrée. Qu'il allât ou qu'il vînt, qu'il biU ou qu'il mangeât, On l'eût pris de bien court , à moins qu'U ue songeât A l'endroit où gisoit cette sonune enterrée. Il y fit tant de tours qu'un fossoyeur le vit. Se douta du dépôt , l'enleva sans rien dire. Notre avare un beau jour ne trouva que le nid. Voilà mon homme aux pleurs : il gémit, il soupire ,

Il se tounnente, il se déchire.

Un passant lui demande à quel sujet ses cris. —

C'est mon trésor que l'on m'a pris. — Votre trésor ! où pris ? — Tout joignant cette pierre. —

Eh ! sommes-nous en temps de guerre Pour l'apporter si loin ? N'eussiez-vous pas mieux feit De le laisser chez vous en votre cabinet

Que de le changer de demeure?

Vous auriez pu sans peine y puiser à toute heure. — A toute heure, bons dieux! ne tient-il qu'à cela?

L'aient vient-il comme il s'en va ?

Je n'y touchois jamais. — Dites-moi donc , de grâce , Reprit l'autre, pourquoi vous vous affligez tant : Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent ,

Mettez une pierre à la place ;

Elle vous vaudra tout autant.

' c'est ainsi qu'a écrit La Fontaine.

> Autre plaisir.

> Son bien.

jj». r '

FABLE XXL

VaSil du Mattre.

Un cerf, s'étant sauvé dans one étable à bœu&,

Fut d'abord averti pair eux

Qu'il cherchât un meilleur asile.

Mes frères, leur dit-il, ne me décelez pas : Je vous enseignerai les pâtis les plus gras; Ce service vous peut quelque jour être utile,

Et vous n'en aurez point regret.

Les bœufs, à toutes fins, promirent le secret. Il se cache en un coin, respire, et prend courage. Sur le soir on apporte herbe fraîche et fourrage,

Comme l'on faisoit tous lès jours :

L'on va, l'on vient, les valets font cent tours, L'intendant même; et pas un d'aventure

N'aperçut ni cor, ni ramure.

Ni cerf enfin. L'habitant des forêts Rend déjà grâce aux bœufe , attend dans cette étable Que, chacun retournant au travail de Gérés, Il trouve pour sortir un moment favorable. L'un des bœufs ruminant lui dit : Cela va bien; Mais quoi ! l'homme aux cent yeux n'a pas fait sa revue :

Je crains fort pour toi sa venue; Jusque-là, pauvre cerf, ne te vante de rien. Là-dessus le maître entre et vienC faire sa ronde.

Qu'est ceci? dit-il à son monde; Je trouve bien peu d'herbe en tous ces râteliers. Cette litière est vieille; allez vite aux greniers; Je veux voir désormais vos bêtes mieux soignées. Que coAte-t-il d'ôter toutes ces araignées? Ne sauroit-on ranger ces jougs et ces colliers? Eu regardant à tout, il voit une autre tête Que celles qu'il voyoit d'ordinaire en ce lieu. Le cerf est reconnu : chacun prend un épieu;

Chacun donne un coup à la bête.

Ses larmes ne sauroient la sauver du trépas. On l'emporte, on la sale, on en fait maint repas

Dont maint voisin s'éjouit ' d'être.

Phèdre sur te sujet dit fort élégamment :

Il n'est, pour voir, que l'œil du maître. Quant à moi , j'y mettrois encor l'œil de l'amant.

FABLE XXIL

L'A louette et ses Petits , avec le Maître d^un champ.

Ne t'attends qu'à toi seul ; c'est nu commun proverbe. Voici comme Esope le mit En crédit :

' Se réjouit. S'éjouireal encore dans le dicUonnaire de Nicot, IfiOO , in-foUo ; nuis on ne trouve plui ce mot dans la première édiUuo du Dictionnaire de l'Académie francoife.

Les alouettes fout leur nid

Dans les blés quand ils sont eu herbe,

C'est-à-dire environ le temps Que tout aime et que tout pullule dans le monde.

Monstres marins an fond de l'onde.

Tigres dans les forêts, alouettes aux champs.

Une pourtant de ces dernières Avoit laissé passer la moitié d'un printemps Sans goûter le plaisir des amours printaniènk A toute force enfin elle se résolut D'imiter la nature, et d'être mère encore. Elle bâtit un nid, pond, couve, et fait édore, A la hâte : le tout alla du mieux qu'il put. I^es blés d'alentour mûrs avant que la nitée *

Se trouvât assez forte encor

Pour voler et prendre l'essor.

De mille soins divers l'alonette agitée S'en va chercher pâture, avertit ses enfants D'être toujours au guet et faire sentinelle.

Si le possesseur de ces champs ' Vient avecque * son fils , comme il viendra , dit-elle , Écoutez bien : selon ce qu'il dira,

Chacun de nous décanôpera. ^ Sitôt que l'alouette eut quitté sa famille. Le possesseur du champ vient avecque son fils. Ces blés sont mûrs, dit-Q : allez chez nos amis Les prier que chacun, apportant sa faucille. Nous vienne aider demain dès la pointe du jour.

Notre alouette de retour

Trouve en alarme sa couvée.

L'un commence * Il a dit que, l'aurore levée. L'on fit venir demain ses amis pow Mider. S'il n'a dit que cela , repartit l'alouette , Rien ne nous presse encor de changer de retraite; Mais c'est demain qu'il faut tout de bon écouter. Cependant soyez gais; voilà de quoi manger. Eux repus, tout s'endort, les petits et la mère. L'aube du jour arrive , et d'amis point du tout. L'alouette à l'essor ^ , le maître s'en vient faire

Sa ronde ainsi qu'à l'ordinaire.

Ces blés ne devroient pas, dit-il, être debout. Nos amis ont grand tort, et tort qui se repose^ Sur de tels paresseux , à servir ainsi lents.

> La nichée. Le mot nitée est en usage dans ({uelques | vincG9.

* .4vecque est ici de trois syllabes , licence firéquente dan Fontaine , et que tous les poètes de ce temps se pennettoieni

3 < Ainsi dit-on un oiseau être allé à l'essor ^ quand il a p l'amont suivant le vent. > Nicot, Thrésor de la langue fit çoyse , in-folio, 4606 , p. 2G0. Cette définiUon de Nicot eipU paifaitement l'expression de La Fontaine ; et ces mots Valou à l'essor veulent dire que l'alouette s'éleva en l'air, et vob vaut le vent.

4 C'c»t-à-dire U a tort aussi celui qui se repose etc. Les ex pies de ces sortes d'ellipses sont tt««iucnt9 dau<s La. Fostai

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