‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 31 sur 670 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

FABLE PREMIÈRE

Mcheron et Mercure.

Votre godt a servi de r^le à mon ouvrage : Tai tenté les moyens d'acquérir son suffrage. Vous voulez qu'on évite un soin trop curieux,

' U Footaine * dans les deux premières éditions de ses iàtla , OMI d'une licence accordée aux poètes de son temps, avoit doMéme syllabe de plus au mot culbutants, et aToit écrit eu- MKmto. Dans la troisième édition de 4678, in^2, l'imprimeur ffAttUbutants, selon la vraie orthographe ; mais La Fontaine coRi^ ce mot dans Terrata de sa troisième édiUon , et remit nkbmtants, afin de donner à son vers le nombre de syllabes lénnire. Dans Mcot et dans les deux premières éditions du Actioonaire de l'Académie firant;oise , on trouve culbuter. U vaMe qu'on ne derroit écrire culebuta* ou culehutant que p»lcenoe poétique.

'liooi croyons que ces initiales signifient tAM.le chevalier ittmdlttm. Nous nous sommes trompés lorsque, dans la pre- ■itreéditknder/rl^folre de la vie et de* ouvrages de Jja f^ftMmt, nous avons interprété ces initiales : A fhtmseiqneur ^ t»dimalde Bouillon ; eues ne peuvent avoir cette significate. pirisqn'eUes se trouvent dans la première édition des UiAcn diioire auteur, publiée en 4668 , et quel'abbé de Bouillon, duc 'AftreC , ne reçut le diapeau de cardinal que le 4 aoQt 4669. Le ■nM Adry a commis la même erreur. Voyex les Fables de im '^Mitotae.édit. deBiHNMi,l806,in-ia,p. 414.

Et des vains ornements l'efTort ambitieux; Je le veux comme vous : cet effort ne peut plaire. Un auteur gâte tout quand U veut trop bien faire. Non qu'il faille bannir certains traits délicats : Vous les aimez, ces traits; et je ne les hais pas. Quant au principal but qu'Esope se propose.

J'y tombe au moins mal que je puis.

Enfin, si dans ces vers je ne plais et n'instruis, U ne tient pas à moi; c'est toujours quelque chose. Conmie la force est un point Dont je ne me pique point, Je tâdie d'y tourner le vice en ridicule, Ne pouvant l'attaquer avec des bras d'Hercule. C'est là tout mon talent; je ne sais s'il suffit.

Tantôt je peins en un récit La sotte vanité jointe avecque l'envie, Deux pivots sur qui roule aujourd'hui notre rie.

Tel est ce chétif animal Qui voulut en grosseur au bœuf se rendre égal. J'oppose quelquefois, par une double image, Le vice à la vertu , la sottise au bon sens,

Les agneaux aux loups ravissants, La mouche à la fourmi; faisant de cet ouvrage Une ample comédie à cent actes divers,

Et dont la scène est l'univers.

Hommes , dieux , animaux , tout y fait quelque rôle : Jupiter comme un autre. Introduisons celui Qui porte de sa part aux belles la parole : Ce n'est pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.

Un bûcheron perdit son gagne-pain , C'est sa cognée; et la cherchant en vain. Ce fut pitié là-dessus de l'entendre.

Il n'avoit pas des outils à revendre : Sur celui-ci rouloit tout son avoir.

Ne sachant donc où mettre son espoir.

Sa face éloit de pleurs toute baignée : O ma C(^née ! ô ma pauvre cognée !

S'écrioit-il : Jupiter, rends-la-moi; Je tiendrai l'être encore un coup de toi. Sa plainte fut de l'Olympe entendue.

Mercure vient. Elle n'est pas perdue.

Lui dit ce dieu; la connoltras-tu bien.' Je crois l'avoir près d'ici rencontrée.

Lors une d'or à l'homme étant montrée.

Il répondit : Je n'y demande rien.

Une d'argent succède à la première; Il la refuse. Enfin une de bois.

Voilà, dit-il, la mienne cette fois :

Je suis content si j'ai cette dernière. Tu les auras, dit le dieu, toutes trois : Ta bonne foi sera récompensée.

En ce cas-là je les prendrai, dit-il.

L'histoire en est aussitôt dispersée;

FABLES

Et boquillons ' de penlre leur oulU ,

Et de crier pour se le faire rendre.

Le roi des dîeux ne sait auquel entendre.

Son fils Mercure aux criards vient encor;

A chacun d*eux il en montre une d*or.

Chacun eût cru passer pour une bête

De ne pas dire aussitôt : La voilà!

Mercure , au lieu de donner celle-là ,

Leur en décliarge un grand coup sur la tête.

Ne point mentUr, être content du sien, C'est le plus sûr : cependant on s'occupe A dire faux pour attraper du bien.

Que sert cela? Jupiter n*est pas dupe.

FABLE IL

Le Poi de terre et le Pot de fer.

Le pot de fer proposa

Au pot de terre un voyage.

Celui-ci s'en excusa ,

Disant qu'il feroit que sage'

De ganter le coin du feu :

Car il lui falloit si peu ,

Si peu que la moindre chose

De son débris seroit cause :

Il n'en reviendroit morceau.

Pour vous , dit-il , dont la peau

Est plus dure que la mienne,

Je ne vois rien qui vous tienne.

Nous vous mettrons à couvert,

Repartit le pot de fer :

Si quelque matière dure

Vous menace d'aventure,

Entre deux je passerai ,

Et du coup vous sauverai.

Cette offre le persuade.

Pot de fer son camarade

Se met droit à ses côtés.

Mes gens s'en vont à trois pieds

Clopin dopant comme ils peuvent.

L'un contre l'antre jetés

Au moindre hoquet' qu'ils treuventi.

Le pot de terre en souffre; il n'eut pas fait cent pas Que par son compagnon il fut mis en éclats,

Sans qu'il eiU lien de se plaindre.

' On dUoit autrefois boquet pour bosquet, et boquiUm pour bosquUlon, apprcnU bûcheron qui traTiille aux bowioets. « Qu'il feroit fort sagement. Ancienne locution. « Tu fais que

• sageûe confeaier la vérité arant qu'on te donne la géhenne

• pour te la Caire dire. > Amyot, traduct. de Phitarque, rU de Marc'Antoine , chap. xii.

s Achoppement , secouiae , par métonymie. On diaoit autrefois MoquêUr pour neconcr fortement.

4 Trouvent.

Ne nous associons qu'aveoque nos égaux; On bien il nous faudra craindre Le destin d'im de ces pots.

FABLE m.

Le petit Poisson et le Pêcheur,

Petit poisson deviendra grand , *

Pourvu que Dieu lui prête vie; Mais le lâcher en attendant.

Je tiens pour moi que c'est folie :

Car de le rattraper il n'est pas trop certain.

Un carpeau , qui n'étoit encore que fretin, Fut pris par un pécheur au bord d'ime rivière. Tout fait nombre , dit l'homme en voyant son iiotin ; Voilà commencement de chère et de festin :

Mettons-le en notre gibecière.

Le pauvre carpillon lui dit en sa manière : . Que ferez-vous de moi ? je ne saurois fonmir

Au plus qu'ime demi-bouchée.

Lai&sez-moi carpe devenir :

Je serai par vous repêchée; Quelque gros partisan m'acliètera bien cher :

Au lieu qu'il vous en faut chercher

Peut-être encor cent de ma taille [viilk

Pour faire un plat : quel plat ! croyez-moi , rien qi Rien ({ui vaille ! eh bien ! soit , repartit le pêdieor Poisson , mon bel ami , qui faites le prêcheur, Vous irez dans la poêle; et, vous 3^ beau dire.

Dès ce soir on vous fera fi

rous^^ I

Un Tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux Tn l'aanu L'un est sAr; l'autre ne l'est pas.

FABLE IV

Les Oreilles du Liètre,

Un animal cornu blessa de quelques coups

Le lion, qui, plein de courroux.

Pour ne plus tomber en la peine.

Bannit des lieux de son domaine Toute bête portant des cornes à son front. Chèvres, béliers, taureaux, aussitôt délogèrent;

Daims et cerfs de climat changèrent :

Cbactm à s'en aller fut prompt.

Un lièvre, apercevant l'ombre de ses oreiDes,

Craignit que quelque inquisiteur N'allât interpréter à cornes letu' longueur. Ne les soutint en tout à des cornes pareilles. Adieu, voisin grillon, dit-il; je pars d'ici : Mes oreilles enfin seroient cornes aussi; I Et quand je les aurois plus courtes qu'une antnidie

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