SCÈNE PREMIÈRE
POLYPHÈME
Que vous êtes heureux , troupeaux ! vous ne songez
Qu'à satisfaire vos envies.
Si l'amour vous contraint d'oublier les prairies,
Vos feux sont bientôt soulagés; Et j'ai pour tout plaisir mes tristes rêveries ; Vain et cruel recours des amants affligés. Que vous êtes heureux, troupeaux! vous ne songez
Qu'à satisfaire vos envies.
J'aime la déité de ces rives fleuries : Hélas ! à quoi mes soins se sont-ils engagés ? J'ai beau lui tout offrir, et prés et bergeries. Ainsi que mes soupirs , mes dons sont négligés. Que vous êtes heureux , troupeaux ! vous ne songez Qu'à satisfaire vos envies.
Mais n'aperçois-je pas celle pour qui je meurs? La voilà , Tinliumaine : autour d'elle Zéphire Soupire ; Son teint de lis et de roses l'attire. Jeune et folâtre dieu , va chercher d'autres fleurs.
Laisse en repos son sein d'albâtre, En vain tu fais la cour à cet objet charmant ; Je dois seul en être idolâtre :
Il n'est pas fait pour un volage amant. Hélas! que me sert-il de l'aimer constamment?