SÉMIRE
Perfide que je suis ! infortuné Sémire !
Les bruits qu'en ces hameaux je répands tous les jours
Soulageront-ils mon martyre ?
Que me sert de troubler d'innocentes amoars ? J'aime Astrée , et je tente un dessein téméraire. Je détruis son amant; mais que fais-je pour moi? Ce qui le rend suspect de violer sa foi
Me rend-il capable de plaire?
Au seul d'Astrée en vain j'ai versé cent poisons. L'implacable dépit , les injustes soupçons ,
L'aveugle et la sourde colère, La jalousie , au repos si contraire ,
Enfants de l'art dont je me sers , M'ont eu vain procuré le secours des enfers. Quel fruit aura ton crime , infortuné Sémire? Les mensonges divers à quoi tu donnes cours ' Soulageront-ils ton martyre!
Que te sert de troubler d'innocentes amours ?
Je me venge, il sufRt; je fais des misérables. N'est-ce pas un bien assez doux ?
Achevons; puis retirons-nous En des déserts inhabitables.
Amants, heureux amants, dont je détruis la foi, Puissiez-vous devenir plus malheureux que moi !
Je vois déjà cette bergère en larmes : Ce doit être l'effet des dernières alarmes Par qui mon imposture a séduit sa raison. L^MSons sur son esprit agir notre poison.
^tii.