CÉLADON, ASTRÉE
CÉLADON
Hé quoi ! seule en ces lieux, sans songer à la fête
Dont vous serez tout l'ornement i
C'est un triomphe qui s'apprête Pour les dieux et pour vous, aux yeux de votre amant. On n'entend en tous lieux que des chants d'alégresse.
Bergères, bergers, tout s'empresse
De célébrer ce jour charmant.
Cependant vous rêvez : d'où vient cette tristesse ?
ASTBBE.
Berger, vous paroissez aujourd'hui bien paré : De cet ajustement quels yeux vous sauront gré?
CÉLADON
Les vôtres, ma déesse.
Il n'est rien en ces lieux Qui ne s'efforce de vous plaire; Et c'est pour attirer vos regards précieux, Çue ces prés, que ces bois, et cette onde si claire, Étalent ce qu'ils ont de plus délicieux :
l«'astre même qui nous éclaire Ne se montre si beau que pour plaire à vos yeux.
ASTRÉB.
Céladon y bannissez ces discours d'entre nous ; Je sais qu'en votre cœur une autre est pf^^két; £t vos vœux ne sont pas pour Finnocente Astrée.
CÉLADON
Ciel ! mes vœux ne sont pas pour vous !
Dieux puissants qu'ici l'on révèatty Dieux vengeurs des forfaits , je vous atteste tous; Si quelque autre qu' Astrée à mes désirs est dière, Faites tomber sur moi vos plus terribles coups!
ASTRÉE
Sois traître seulement, et ne sois pas impie.
CÉLADON
Juste Ciel ! vous douiez encore de ma foi ! Mais quel est cet objet dont mon àme est ravie?
ASTRÉE
Va, perfide, va, garde-toi D'oser jamais paroltre devant moi.
CÉLADON
Ah! dn moins...
ASTRÉE
Non.
CÉLADON
Quoi ! sans l'entendre Condamner un amant si fidèle et si tendre !
ASTRÉB.
Non, perfide, non, gatde-toi D'oser jamais paroltre devant moi.
CÉLADON
Mon sort est dans vos mains , il font vous satisfiûre, £t puisque votre arrêt me livré au désespoir, J'y cours; et respectant votre injuste colère, Je me fids du trépas un funeste devoir. Vous me regretterez , j'en suis sûr ; et votre ame, Au vain ressouvenir d'une constante flamme
Se laissant trop tard émouvoir.
Me donnera des pleurs que je ne pourrai voir.