‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 354 sur 670 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ACHILLE , PHOENIX , ARBATE.

PIIŒNIX.

Dois-je croire , seigneur, qu'Ulysse ait vainement Essayé d'adoucir votre ressentiment?

On eût plus : vous partez , votre flotte nous quitte. Les Grecs n'ont, après tout, rien fait qui le mérite. Mais vos amis , mais moi ; car Phœnix en ceci Prétend avoir à part ses Uitérôts aussi. Je vous ai dans mes bras porté dès votre enfance. Quand vous eûtes passé ce temps plein d'innocence , Une jeunesse ardente exigeoit d'autres soins; Je les pris avec fruit : vos Cedts en sont témoins. Le succès de ces soins devoit , en récompense , Donner à mes conseils chez vous plus de créance; C'e^t le prix que j'en veux. Peut-être vous croyez Par quelque amour pour moi me les avoir payés. Il est vrai , vous m'aimiez pendant votre jeune âge : Aujourd'hui j'en demande un nouveau témoignage. Ceux ([ue vous m'en donniez, quand d'un air gracieux, Enfant , vous ne tourniez que sur moi seul vos yeux ; Ceux que j'en recevois , lorsque votre jeunesse , En ne me cachant rien, me combloit d'altesse. Ne me suffisent pas aujourd'hui que je voi

De ce fetal courroux les Grecs se prendre à moL « Que na lui donnoit-il une humeur moins faroocbeTt Voilà ce que l'on dit d'une commune bouche; Et de tous les ms^heurs prêts à tomber sur nooi, C'est votre gouverneur qu'on accuse , et noo vm.

ACHILLE

Je n'ai point oublié vos soins et votre zèle : J'en conserve dans l'ame un souvenir fidèle; Mais ne prétendez pas que, contre mon hooiKar, L'amour que j'ai pour vous me fléchisse le cœur. Si vous en attendiez de pareils témoignagoi. Vous deviez m*ènseigner à souffrfar les ootnges. L'avez-vous fait ?

PHŒNIX

Seigneur, j'ai feit ce qoe j'ai dâ; Et vous n'avez que trop à mes vœox réponds. J'approuve la fierté; mais enfin, les injures Se peuvent réparei^: elles ont leurs mesores.

ACHILLB.

Un cœur comme le mien ne leur en peut donner.

PHŒNIX

Il le doit ! la grandeur consiste à pardonner; Jamais ce sentiment n'a de gloire flétrie. Je ne vous vouloîs point alléguer la patrie^ Me flattant Vun crédit que je devrob avoir. Et voulant sur votre ame éprouver mon poonoi^; Je dédaignols aussi les adresses d'Ulyne. Honteux qu'il nous falliH employer FarUfioe , Sans ce secours les Grecs vous parlent par ma voix: «Nous venons, disent-ils, implorer vos eqiloits, a Seigneur ; ils nous sont dus, et nos pn^res exemples «Ont accru la valeur qui vous promet des temples.*

ACHILLE

Je ne dois qu'à vous seul. En vain devant les yeax On me met du public l'intérêt spécieux : Comme si Sparte étoit la Grèce tout entiètt! Les lieux où Ménélas a reçu la lumière , Ceux encore où l'on voit ces frères obéis. Ont eu part à l'outrage, et non point mon pays. Cependant j'accourus pour eux à cette guerre ; Pour eux je vins cliercher la mort en cette terre. Je n'avois nul sujet de haïr les Troyens : Paris m'a-t-il ravi mes amours , ni mes biens? Agamemnon l'a fait; c'est Argos , c'est Mycène, Qui devraient ressentir les efTels de ma haine. Laissons-les : leur monarque est encor trop heureux Que je n'apporte ici nul obstacle à ses vcrax. A l'entour de ces murs je vous laisse combattre; Les dieux les ont bâtis , nous voulons les abattre.

PHŒNIX

Ces mêmes dieux les ont à périr condamnés. Et puis , cette raison qu'à tort vous me donnez. S'il faut vous en parler sans que l'on dissimole. Dans le cœur des l^umams jette peu de scrupule.

ACHILLE, ACTE II, SCËNE IIL

Enfin , quand ces raisons ne vous poonroîent UNidier, Songez au long repos qu'on peut tous reprodier. Lorsque chacun de nous à l'envi se signale, Que les soldats onl même une ardeur sans ^le, Adiille est dans sa tente , et donne à Brisas Les moments qu'il devroit donner à son pays.

ACHILLE

Phcpnix, je tous arrête; on sait quel est Achille. Qu'il aime , et qu'en sa tente il demeure tranquille. Tout est é^ ; j'ai trop établi mon renom : Je rétendrai plus loin. Je veux qu'Agamemnon Me satisfesse enfin , non pbint par des paroles ; Ses excuses, ses dons, ses offres , sont fHvdes. Aussitôt qu'Ilion sera pris ou laissé, 11 verra ce que c'est de m'avofar offiensé. Que tous vos cheb unis embrassent sa défense, J'en ferai d'autant plus éclater ma vengeance. Quiconque entreprendra d'entrer dans nos dâMts Attirera sur soi ma colère et mon bras.

PHŒXIX.

Qu'entends-je? à qoel excès monte votre colère ! Vous attaquez la Grèce, une seconde mère!... O destins ! tpiels forfaits ont mérité ces maux? Nous rejetterez-vous en d'étemels travaux?... Bîenlieoreux Ilion , nous te portons envie ! Je ne vois point les liens déchirer leur patrie. Puisse PlHPnix mourir dès qu*on l'aura vaincu!... Après ce que j'entends, seigneur, j'ai trop vécu. Je m'en reUmme an camp.

ACHILLE

• Quoi ! sitôt? Ah ! mon père , Avez-vous en horreur un fils qui vous révère ? Je pars demain; venez honorer notre cour.... Accordez-moi, dta moms , le reste de ce jour. A renUNir de ces murs tout est calme et tranquille ; Je n'entends aucun bruit au camp, ni dans la ville : L'aurore est avancée ; Hector eût pris ce temps , S*il eôt voulu sortir avec ses combattants. Aux fatigues de Mars donnez quelque relâche : Demain votis reprendrez cette pénible tâche.... Mais que nous veut Patrocle? Û accourt...

SCËKE IL PATROCLE, ACHILLE, PHOENIX, ARBATE.

PATEOCLE.

LesTroyens Ont laissé de leurs murs la garde aux citoyens ; Leurs guerriers vont sortir pour finir la querelle.

• PHŒNIX

A<Ueu , mon fils ; je vais où le danger m*appeUe. Plût aux dieux que ce fût seulement par devoir ! Vous venez d'y mêler eocor le désespoir.

ACHILLE

Ah ! mpn père.... .

PHŒNIX

Est-ce à moi qu'un nom si doux s'adresse? On m'attend : nous allons combattre pour la Grèce ; C'est à vous de nous suivre, ou de m'abandonner. Vous n'avez qu'un moment pour vous déterminer.

(Jlsort.) SCÈNE IIL

ACHILLE , PATROCLE , ARBATE.

ACHILLB.

Dis-moi, me plains-je à tort? L'enlèvement d'Hélène Occupe jusqu'aux dieux; après dix ans de peine, Celui de Briséis est encore à venger.

Maintiendrai-je tm parti qui me laisse outrager? Non. Phœnix toutefois m'a touché , je l'avoue ; Mais que foire ? Un démon de nos pensers se joue. Contre les Phrygiens j'employois mes efforts ; Les dieux ont dans mon offur jeté d'antres tratwports: Car, après tout , j'exerce un courroux légitime.

La plupart de nos chefe ont beau m'en &ire un crime ; L'affront dont leur parti veut être satisfait Importe beaoeonp moins que le t^ qu'on m'a feit. Qu'ils achèvent sans moi l'entreprise de l>oie! Tant qu'ils soient sur le point de devenir sa proie, Qu'Agamemnon l'avoue, et qu'Uion ah mis Dans le dernier malheur mes demiers ennemie, En présence des dieux je le proteste encore. Mon bras refusera le secours qu'an implore. Allons dans nos états attendre ce moment ; Nous serons aujourd'hui spectateurs seulement.

PATROCLE. [phées :

Vous le pouvez, ces champs sont pleins de vos troll n'est point d'actions qui n'en soient étonflëes. Pour moi , me siéroit-il de n'être que témoin D'un combat dont je sais que ma gloire a besoin ? Je n'ai point assez fiill^; mon ccnir doit se le dire. Ce n'est pas que Patrocle aux premiers rangs aspire , Toutefois.... Mais que sert enfin de souhaiter? Pour survivre à soî-méme, il faut exécuter. Des ombres du commun le favori d'Achille, Confondu chez les morts , suivroit la tourbe vÛe! Permettez-lui , seigneur, de se rendre aujourd'hui Digne de l'amitié que vous avez pour lui.

ACHILLE

Va , ton projet est beau : non que ta renommée Parmi les nations ne soit déjà semée ; Tu peux dès à présent ne mourir qu'à demi : Je me fais un honneur de tlfloir pour ami. Suis pourtant ton dessein : je te loue, et moî-même Je me dois applaudir du choix de ce que j'aime. Patrocle et Briséis consolent mes chagrins : Veuillent les dieux unir quelque jour nos destins !

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