‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 355 sur 670 · ACHILLE, ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACHILLE, ACTE II, SCÈNE V

Cependant, songe à toi dans cette âpre carrière : Je ne sais pas le seul qui t'en fais la prière; Tes jours touchent encor d'autres cœurs que le mien : Reviens TÎctorieux du combat; mais revien.

PATROCLB.

Le sort en est le maître, il feut le laisser faire. Qu'on soit dans les combats prudent ou téméraire , On tombe également; et souvent le danger S'acharne sur celui qui veut se ménager. Mais le danger n'est pas ce qu'il faut qu'on regarde : La dépouille dUeCtor vaut bien qu'on se hasarde.

ACHILLB.

Ami , pourquoi ce choix ? Qui t'oblige aujourd'hui , Parmi tant de guerriers , de n'en vouloir qu'à lui ?

PATBOCLB,

Quoi, son bras tous les joon aux Grecs le fera cnindre, Tous les jours nous aurons de nouveaux mortsà plain- Yous absent , sur lui seul chacun aura les yeux , [dre , Et je le pourras voir sans en être envieux ! Lui seul de ces remparts empêchera la prise!

ACHILLB.

Ami, te dis-je encor, laisse cette entreprise. Ce n'est pas que je mette en doute ta vertu; Mais connois-Ui cet homme! enfin le connois-tu?

PATBOGLB.

Oui, seigneur, je me jette en un péril extrême; Mais je prétends aussi me connottre moi-même. On m'a vu quelquefois affronter des guerriers : Aujourd'hui que j'aspire à de nouveaux lauriers , Gliercherai-je Paris ?

ACHILLB.

Qui te l'a dit? Tu passes De la terreur des Grecs aux âmes les plus basses.

PATROCLB.

Donnez-moi votre armure, Hector me cherchera.

ACHILLB.

J'en doute; mais sur toi chacun s'attachera.

PATROCLB.

Elle redoublera ma force et mon courage.

ACHILLE

Si tu crois en pouvoir tirer quelque avantage,

(à Arhate.) Je te l'accorde.... Arbate, il faut la lui donner. (à Patrocle.) {Arbate sort. )

Prends garde , encore un coup , de trop t'abandonner. Pousse les Phrygiens, redouble leurs alarmes; Ne te va pomt aussi jeter seul dans leurs armes. Reviens , pour ton ami , ménager de tes jours : Si tu ne l'es pour moi^ gois-le pour tes amours , Sois-le enfin ; c'est à niéi d'en répondre à Lydie. Notre commun bonlieur va rouler sur ta vie.

PATROCLB.

Mes jours sont-iis si chers, seigneur; et savez- vous Si l'on vous avouera d'un sentiment si doux ?

Je me flatte pourtant. Prot^ez ce que j'aime. Nous avons à Lydie ôté le diadème; J'aidai les conquérants à lui ravir ses biens : Mort ou vif, je la veux récompenser des miens. Tout est en votre main : tenez-lui lien de fttre.

ACHILLB.

Tu t'en acquitteras toi-même.

PATROCLB.

Je l'espère.

Quel que soit le démon dont ce mur s'appuiera , Vous me regarderez , et cela suffira.

Je reviendrai tantôt mettre aux pieds de Lydie Le succès ^orieux d'une action hardie; Smon , votre devobr est de la consoler.

ACHILLB.

Patrocle , embrasse-moi ! je ne te puis parler.... La voici. Ton dessein , sans doute , est connu d'elle; Arbate l'aura dit.

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