‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 419 sur 670 · TIMANTE, MARINETTE · texte numérisé non relu

TIMANTE, MARINETTE

HARINETTE.

Que voîs-je ? ètes-vous fou , Timante? ignorez-vous A quel point est féroce un Florentin jaloux ? Vous êtes son rival. Transporte de colère, Il fait de vous tuer sa principale affaire; Et, loin d'envisager ces périls évidents, Vous venez dans sa cliainbre ! Où donc est le bon

TIMANTE. [sens?

Oui , je sais tout cela , Marinette ; mais j'aime. Voyant sortir d'ici le brutal Harpagâme , J'ai voulu profiter...

MARINETTE

Vous ne savez donc pas Qu'à peine il est sorti qu'il revient sur ses pas ? Occupé seulement de l'âpre jalousie , Rien ne peut l'assurer; de tout il se défie. S'il faut, en revenant , qu'il vous trouve en ces lieux...

TIMANTE

Va , va , j'ai mes raisons pour paroitre à ses yeux. Mais , de grâce , instruis-moi de ce que foit Hortense, î)e tout ce qu'elle dit, de tout ce ({u'eUe pense. Ilarpagéme toujours poursuit-il ses projets? La tîent-il enfermée encor?

MARINETTE

Plus que jamais.

Pour la soustraire aux yeux de votre seigneurie , Il met tout en usage , aitifice , industrie. I7ne chambre , où le jour n'entre que rarement , Est de la pauvre enfant l'unique appartement. Autour règne une épaisse et terrible muraille , De briques composée , et de pierres de taille. Un labyrinthe olisrur, pénible à traverser. Offre, avant que d'entrer, sept portes à passer : Chaque porte , outre un nombre infini de ferrures,

' 11 y a dans In éditions ordinain*» sa serrante ; ce qui semble dire la servMite «l'Aftathc . mère d'Ilaqngème . Dans l'édition d'Adrien Moftjens i\ y a sei-vamU d'Harpagème. La lecture de b pitxc prouve qiie m Marinette est aux fnp^ d'Ilarpas^me . elle est liicn réellement la «uivanta d'Hurtense.

Sous différents ressorts a quatre ou cinq serrures , Huit ou dix cadenas, et quinze ou vingt verrous. Voilà le plan du fort où ce bourru jaloux Enferme avec grand soin la malheureuse Ilortense. Encor ne la rroit-il pas trop en assurance. Pour mettre sa personne à l'abri du danger, Seul il la voit , rhabille , et lui sert à manger; Seul il passe en tout temps la journée avec elle , A la voir tricoter, ou blanchir sa dentelle. Parfois , pour lui fournir des passe-temfis plus doux. Il lui dit les devoirs de l'épouse à l'époux; Ou bien , pour l'égayer, prenant une guitare , n lui racle à l'oreille un air vieux et bizarre. La nuit, pour empocher qu'on ne le trontre en rien , Une cloison sépare et son lit et le sien. Le bruit d^e araignée alors qu'elle tricote. Une mouche qui vole, une souris qui trotte. Sont éléphants pour lui , qui l'alarment. Soudain Du liaut justiues en bas, un pistolet en main, Ayant par ses clameurs éveillé tout le monde, Il court , il cherche , il nVle , il fait par-tout la ronde. Non, le diable, ennemi de tous les gens de bien; Le diable bien nommé diable , et qui ne vaut rien , Est moins jaloux, moins fou, moins méchant, moins biiarre. Moins envieux, moins loup, moins vilain, moins avare. Moins iUïélérat , moins chien,moins traltre,moins lutin , Que n'est, pour nos péchés, ce maudit Florentm.

TIMANTE

Le malheureux ! l'on sait comment il traite Ilortense: Par mes soins la justice en a pris connoissance. Je puis par un arrêt tromper sa passion ; Mais je crams de le mettre en exécution.

MARINETTE

S'il falloit qu'il en eût la moindre connoissance. Le poignard aussitôt vous priveroit d'IIortense. Parlant sur ce chapitre, il nous a dit cent fois. Qu'avant que se soumettre à la rigueur des lois Il choisiroit plutôt le parti de la pendre, Et qu'il aimeroit mieux l'étouffer que la rendre.

TIMANTE

Cette lettre pourra traverser ses desseins. Je feindrai de la mettre à ses yeux en tes mains. Te priant de la rendre entre celles d'IIortense. Toi, pour ne point man|uer aucune inlelligence. Tu la refuseras avec emportement.

MARINETTE

J'entends. Mais ganlez-voiis de lui dans ce moment ; n feit faire, dit-on, un ressort qu'il nous caclie: A l'achever dans peu scm serrurier s'attache ; Déjà....

TIMANTE

liC serrurier s'en est ouvert à moi.

Cest un homme d'iionneur : il m'a donné sa foi « i Moyennant quelque argent quej'ai su lui promettre.

LE FLORENTIN, SCÈNE IIL

De concert avec lui j'ai dicté cette lettre. Poar punir d'un jaloux les désirs déréglés , Je viens exprès....

MÀRINETTE.

Il entre....

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