PAR LA FONTAINE ET CHAMPMESLÉ
AVERTISSEMENT DE L'EDITEUR
Le chevalier de Mouhy, dans V Abrégé de VHistoire du TKédtre français , prétend que cette pièce étoit d'abord en trois actes ; et le dnc de La Yallière , dans sa Bibliothèque du Théâtre francoiSy dit qu'elle étoit en deux. Quoi qu'il en soit, elle fut jonée pour la première fois le lundi 25 juillet 1685 , après la tragédie de Ginna : elle eut treize représentations; la dernière le lundi 20 août, après la tragédie d'Héradius. Suivant la coutume , on laissa reposer quelque temps cette comédie , et elle ftit reprise le 8 janvier 1686 : depuis elle resta au courant du répertoire, où elle se trouve encore. C'est une des petites pièces en un acte que le public accueille avec le plus de plaisir, sur-tout quand le rôle d'Hortense est joué par une actrice capable d'en faire ressortir tout l'esprit et la flnesse. C'est à quoi paroit, à ce qu'on nous assure, avoir merveilleusement réussi mademoiselle Raisin , qui joua ce rôle dans l'origine. Cette actrice avoit alors vingt-trois ans: elle étoit grande, bien faite, pleine de grâces naturelles; ses yeux étoient charmants : elle avoit la bouche un peu grande; mais ce défaut étoit compensé par des dents parfaites et d'une admirable blancheur. EUe étoit fille de Pitel de Longchamps , acteur de province, et parut très jeune sur le théâtre. A rége de quinze ans elle passa à Londres avec son père et la troupe dont il étoit entrepreneur: elle brilla beaucoup à la cour d'Angleterre, et attira même l'attention du roi Charles II. Depm's elle fut aimée du dauphin; et Louis XIV, en 1 701 , la fit renoncer au théàtre/en lui faisant une pension viagère de dix mille livres. Elle mourutle 50 septembre 1 72 1 , par les suites d'une chute, et fut très regrettée des pauvres , qu'elle se plaisoità assister.
Les éditeurs de La Fontaine et des collections de pièces de théâtre ont suivi, en réimprimant cette pièce, l'édition donnée en 1701 par Adrien Moeljens: ils paroissent avoir tous ignoré qu'il en existoit une édition beaucoup plus correcte, donnée probablement par Jean -Baptiste Rousseau , dans un recueil publié à Amsterdam en 1754 , intitulé i'i^rfs dramatiques choisies et restituées par M. *'\ Nous transcrirons ici en entier l'avertissement que l'édi-
teur de ce recueil , quel qu'il soit 9 a mil entête de II pilft duF/or0iitin(p.5l9).
« La petite comédie du Florentin a toujours pâvé pov un chef-d'oBuvre; et à dire vrai noua n'en afoos aocae qui puisse lui être préférée, ni pour llnvenUoii, ■ pour l'agrément du style. La scène des oonfldeiioes ■»> tout est peut-être ce que nons atons de plm et de plus comique sur notre théâtre. CcpeDilent,i gré tout le mérite qu'elle s'y eataoqnls, il ne sTeo voit point qui ait été jusqu'ici aussi Mltnilée anr le papier par les altérations, les Unîtes de langue , les omisâons, et les barbarismes que l'igoonuioe des édttenrty alaiaé glisser presque d'un bout à l'autre, n est de l'intérêt di public qu'un ouvrage pour leqod il a tAnnign^ i^t d'estime paroisse enfin sous ses véritables traits; etedri de la vérité demande aussi qu'on restitue an même wvrage son véritable père, qui n'a jamais été antre qae le mari de cette célèbre actrice dont le fameoz Dcspréanx fWt une mention si honorable dans son épRn à M. Racine, et que l'inimitable La Fontaine n'a psi moins illustrée dans les beaux vers qu'il lui adresH ai commencement de sa nouvelle de Belphégor. > n y a tout lieu de présumer, d'après la fin de cet avcr tissement , que l'éditeur des Pièces choisies a dû aux héritiers ou à un des amis de Champmeslé une copie pha correcte de cette pièce du Florentin , ce qui lui a dooaé lieu de croire que Champmeslé en étoit l'unique aulnr. Mais il suffit de lire cette pièce , versifiée d'une nuudèR si vive, si spirituelle, si originale, et de la Gompanr aux comédieB en vers de Champmeslé , pour être convaincu qu'elle n'a pas été écrite par lui. D'après ce qd a été dit par le chevalier de Mouhy et le doc de La Vdlière , il paroîtroit que Champmeslé avoit d'abord composé une pièce sur ce sujet , en trois ou deux actes , d que La Fontaine la réduisit en un acte , la versifia de aoiveau en entier, et la mit ensuite en état de paroltre anc succès sur le théâtre.
Nous avons suivi le texte du Becueil de Pièces choisks, et nous avons inséré au bas des pages les variantes As autres éditions.
LE FLORENTIN, SCÈNE L
PERSONNAGES
IIARPAGÈME. Florentin.
IIORTEKSB . pupille d'Harpagème.
TIMANTB. anianl d'IlortenM.
AGATHE, mère d'Harpagème.
HARIffETTE . suivante d'Hortenae '.
UN SBRRURIKB et tes OilÇOlis.