PAR LA FONTAINE ET CHAMPMESLE
Le mamiflcrit de cette pièce ne s'est jamais retroQYé. Elle a été composée d'après deux contes de La Fontaine , le Poirier, qui est le second de la Gageure des trois Commères, imité de Boccace, et le Villageois qiA cherche son veau , tiré des Cent Nouvelles mmveUes de la reine de Navarre.
Noos ne connoltrions de cette pièce que le titre , sans l'extrait suivant , qui a été donné par Grandval.
Les acteurs étoient un gentillâtre, sa femme, leur servante , Ricato leur fermier, et le flis de Rîcato. Après quelques scènes , nécessaires pour l'exposition du sujet , Ricato , qui a inutilement cherché un veau qu'il a perdu , monte sur un arbre pour découvrir de plus loin. J^ gentillâtre arrive avec sa servante, et , croyant n'être vu ni entendu de personne, il lai conte des douceurs , et veut l'embrasser. A chaque beauté qu'il découvre en elle , il s'écrie :Ah, ciel! que vois-je / que ne vois-je p€L8 ! Ricalo , impatienté d'entendre répéter ces exclamations, s'écrie à son tour : Notre bon seigneur, qui voyez tant de choses , ne voyet^ous point mon veau ? Le gentillâtre , fâché d'avoir été surpris, et craignant qu'on n' apprenne â sa femme ce qu'il faisoil là avec sa servante , ne se déconcerte pourtant paâ , et ordonne à celle-ci d'aller vite dire à madame de le venir trouver dans ce même lieu. Elle y vient, et il lui fait les mêmes caresses et lui tient les mêmes discours qu'à sa servante. Peu après, Ricato rapporte à la dame ce qu'il a vu; mais, à tout ce qu'il lui dit, elle répond toujours : C'éfoif moi. Jarni! réplique Ricato , vous me feriez enrager ! un mari n'est point si sot à Veniour de sa femme, T^a servante, songeant à un établissement solide , et désirant épouser le fils du fermier, parcequ'il est jeune et
riche , trouve le moyen de lui parier, et feit en suite qu'il lui touche dans la main. Après quoi elle Im persuade qu'ils se sont donné une foi mutoelle , que leur mariage est conclu , et qu'il ne peut phis s'ea dédire. Le jeune innocent résiste un peu ; mais la femme du gentillâtre, à laquelle les rapports de Ricato ont fait concevoir quelques soupçons sur la coodoite de son mari et de sa servante, veut que ce mariage ait lieu ; et c'est par lui que se termine la pièce.
Elle eut six représentations de suite dans sa nouveauté; la première le 22 août 1089, après Vences- Jas , et la dernière le I " septembre , apr^ fyhigènie. Elle en auroit eu davantage sans l'accident qui arriva à La Thorillière , chargé du rôle dn jeune paysan : il se blessa à une jambe , et fut obligé de garder quelque temps la chambre. On reprit le Veau perdu le 8 avril de l'année suivante , et il eut encore sqH représentations; la dernière le 20 avril suivant, après Andromaque. La mort de la dauphine causa une nouvelle interruption. On reprit ensuite cette pièce le 6 mai suivant , et on la donna pour la dernière fois , avec part d'auteur, le 8 du même mob, après Pénélope. Elle resta ensuite quelque temps au courant du répertoire, et fut jouée pour la dernière fois le samedi 20 avril 1097.
Le gentillâtre étoit joué par Le Comte , acteur médiocre , mais estimé de sa troupe, dont il fut le trésorier, qui avoit débuté au Théâtre François en \ 680 , et qui , après avoir obtenu sa retraite en 4 704 , mourut le 8 janvier 4707. La femme du gentillâtie étoit représentée par mademoiselle Durien, actrice bien faite et assez jolie : elle se nommoit Anne Petit, et étoit la s(rur ainée de mademoiselle Raisin. Elle fut reçue en 4685 :elle mourut en janvier 4737.