‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 46 sur 670 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

\jà gent qui porte crête aa spectacle acconrut;

Plus cTune Hélène ao beau plnma^ Fut le prix du yaînqueur. Le vaincu disparut : Il alla se cacher au fond de sa retraite.

Pleura sa gloire et ses amours, Ses amours qu'un rival , tout fier de sa défaite, Possédoit à se» yeux. Il voyoit tous les jours Cet objet rallumer sa haine et son courage; n aiguisoit son bec , battoit l'air et ses flancs ,

Et, s'exerçant contre les vents,

S*armoît d'une jalouse rage.

Il n'en eut pas besoin. Son vainqueur sur les toils S'alla percher, et chanter sa victoire.

Un vautour entendit sa voix :

Adieu les amours et la gloire; Tout cet orgueil périt sous l'ongle du vautour.

Enfin, par un fatal retour,

Son rival autour île la poule

S'en revint faire le coquet.

Je laisse à penser ^el caquet;

Car il eut des femmes en foule.

La Fortune se ptalt à faire de ces coups : ToQt vainqueur insolent à sa perte travaille. DéfioDS-nous du Sort, et prenons garde à nous Après le gain d'une bataille.

FABLE XIV

Liagratitude et V injustice des Hommes envers

la Fortune,

Tn trafiquant sur mer, par bonlieur, s'enrichit, n triompha des >'ents pendant plus d'un voyage : Cknfire, banc, ni rocher, n'exigea de péage B'mcim de ses ballots; le Sort l'en affranchit. Sur tous ses compagnons Atropos et Neptune HttueiUirent leurs droits, tandis que la Fortune Prenoit soin d'amener son marchand à bon port. Factairs, associés, chacun lui fut fidèle, fi ^Fendit son tabac , son sucre , sa cannelle ,

Ce qu'il voulut, sa porcelaine encor :

U hne et la folie enflèrent son trésor;

Bref, il plut dans son escarcelle.

On ne parloit chez lui que par doubles ducats; Et mon homme d'avoir chiens, chevaux, et carrosses :

Ses jours déjeune étoient des noces, ^n aea ami, voyant ces somptueux repas, U dit : Et d'où vient donc un si bon ordinaire? — Et cToù me viendroit-il que de mon savoir-faire ? •fen'en doi8rienqu'àmoi,qu'àmes soins, qu'au talent l^risqœr à propos, et bien placer l'argent. U profit lui semblant une fort douce chose , fi risqua de nouveau le gain qu'il avoit fait ;

Mais rien, pour cette fois, ne lui vint à sonhait.

Son imprudence en fut la cause :

Un vaisseau mal frété périt au premier vent; Un autre , mal pourvu des armes nécessaires.

Fui enlevé par les corsaires;

Un troisième au port arrivant.

Rien n'eut cours ni débit : le luxe et la folie

N'étoient plus tels qu'auparavant.

Enfin ses facteurs le trompant , Et lui-même ayant fait grand fracas, chère lie'. Mis beaucoup en plaisirs, en bâtiments beaucoup ,

U devint pauvre tout d'un coup.

Son ami, le voyant en mauvais équipage. Lui dit : D'où vient cela? — De la Fortune , hélas ! Consolez-vous, dit l'autre; et, s'il ne lui plaît [las Que vous soyez heureux, tout au moins soyez sage.

Je ne sais s'il crut ce conseil ; Mais je sais que chacun impute, en cas pareil.

Son bonheur à son industrie; Et si de quelque échec notre faute est suivie ,

Nous disons injures au Sort.

Chose n'est ici plus commune.

Le bien, nous le faisons; le mal, c'est la Fortune : On a toujours raison, le Destin toujours tort.

FABLE XV

Les Devineresses.

C'est souvent du hasard que nait l'opinion ; Et c'est l'opinion qui fait toujours la vogue.

Je pourrois fonder ce prologue Sur gens de tous états : tout est prévention , Cabale, entêtement; point ou peu de justice. C'est un torrent : qu'y faire? il faut qu'il ait son cours :

Cela fut, et sera toujours.

Une femme, à Paris, faisoit la pythonisse: On l'alloit consulter sur chaque événement ; Pcrdoit-on un chiffon, avoit-on un amant. Un mari vivant trop , au gré de son épouse , Une mère fâcheuse, une femme jalouse;

Chez la devineuse * on couroit Pour se faire annoncer ce que l'on desiroit.

Son fait consistoit en adresse :

Quelques termes de l'art, beaucoup de hanliesse, Du hasard quelquefois , tout cela concouroit , Tout cela bien souvent faisoit crier miracle.

'Chère succulente et joyeuse. Cette expreasioo de chère lie est familière à nos vieux conteurs. Voyez Rabelais , ranta^ gruel,l\\H.

a Pour devineresse. On trouve dans Marot le mot devineur, il est de la lanpiiie ; mais devineuse est de l'invention de notre poi'Ie.

FABLES

Enfin y quoique ignorante à vingt et trois carats ',

Elle passoit pour un oracle.

L'oracle étoit logé dedans un galetas :

Là, cette fenune emplit sa bourse,

Et, sans avoir d'autre ressource.

Gagne de quoi donner un rang à son mari; Elle achète un office, une maison aussi.

Voilà le galetas rempli D'une nouvelle hôtesse, à qui toute la ville, Femmes, filles, valets, gros messieurs, tout enfin Alloit, comme autrefois, demander son destin; Le galetas devint l'antre de la Sibylle. L'autre femelle avoit achalandé ce lieu. Cette dernière femme eut beau faire, eut beau dire, Moi devine"! on se moque : eh! messieurs, sais-je lire ? Je n'ai jamais appris que ma croix de par Dieu. Point de raisons : fallut deviner et prédire,

Mettre à part force bons ducats, Et gagner malgré soi plus que deux avocats. IvC meuble et l'équipage aidoient fort à la chose : Quatre sièges boiteux, un manche de balai. Tout sentoit son sabbat et sa métamorphose.

Quand cette fenune auroit dit vrai

Dans une chambre tapissée.

On s'en seroit moqué : la vogue étoit passée

Au galetas; il avoit le crédit.

L'autre femme se morfondit.

L'enseigne fait la chalandise \ Tai vu dans le palais une robe mal mise

Gagner gros : les gens l'avoient prise Pour maitre tel , qui trainoit après soi Force écoutants. Demandez-moi pourquoi.

FABLE XVL

Le Chat, la Beleite, et le petit Lapin.

Du palais d'un jeune lapin

Dame belette, un beau matin ,

S'empara : c'est une rusée.

Le maitre étant absent , ce lui fut chose aisée. Elle porta chez lui ses pénates un jour Qu'il étoit allé faire à l'aurore sa cour

Parmi le thym et la rosée.

Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,

'Expression proTerbiale. ponr dire presque enUèrement, presque complètement, de même que Tor à vingt-trois carats» qui est presque enUèrement pur.

a Pour devineresse^ On dit devin ; mais devine ne se dit pas plus que devinruse, si ce n'est parmi le peuple, dont notre poète emprunte ici le langage pour s^outer à Tilhision. Remarquons qu'il met ce mot dans la bouche d'une femme qui ne sait pas même lire.

' Hal>itude d'acheter chez un marchand.

Jeannot lapin retourne aux soutorains séjours. La belette avoit mis le nez à la fenêtre. O dieux hospitaliers! que vois-je ici paroltre? Dit l'animal chassé du paternel logis.

Holà ! madame la belette.

Que l'on déloge sans trompette.

Ou je vais avertir tous les rats du pays. La dame au nez pointu répondit que la terre

Etoit au premier occupant.

C'étoît un beau sujet de guerre, Qu'un logis où lui-même il n'entroit qu'en rampant f

Et quand ce seroit un royaume , Je voudrois bien savoir, dit-elle, quelle loi

En a pour toujours fait l'octroi •A Jean, fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume ,

Plutôt qu'à Paul , plutôt qu'à moi.

Jean lapin allégua la coutume et l'usage : Ce sont, dit-il , leurs lois qui m'ont de ce logis Rendu maitre et seigneur, et qui , de père en fils. L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis. Le premier occupant, est-ce une loi plus sage?

Or bien , sans crier davantage , Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis ■ . C'étoit un chat, vivant comme un dévot ermite.

Un chat faisant la chattemite *, Un saint homme de chat, bien fourré, gros el gras,

Arbitre expert sur tous les cas.

Jean lapin pour juge l'agrée.

Les voilà tous deux arrivés

Devant sa majesté fourrée.

Grippeminaud^ leur dit : Mes enfants, approchez, Approchez; je suis sourd, les ans en sont la cause. L'un et l'autre approcha , ne craignant nulle chose. Aussitôt qu'à portée il vit les contestants ,

Grippeminaud, le bon apôure , Jetant des deux côtés la griffe en même temps. Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.

Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois Les petits souverains se rapportants ^ aux rois.

< Nom comique tiré de Rabelais. « Nous avons ici « près la < Villaumère, un vieux poète; c'est Raminagrobis, lequel en « seconde nopce épousa la grande gourre dont naquit la belle « Basoche. > rantugruel , liv. III . ch. xxi. Ce nom ponrroit bien être plus ancien que Rabelais. Dans Bidpal il y a un chat qui se nomme Boumi, Katila and Dimna . or the Fables of Bidpaî, translated from the arabic; by W. Knatchbiill, 1819. in-So, p. 275.

* Voyez ci«aprè8 , liv. IX , fable xiv ; et dans Rabelaii . lîr. lY . ancien prologue, t. n.

3 Autre nom burlesque emprunté de Rabelais, Pantagmtl, liv. y, chap. Il . intitulé : < Gomment nous panasmet le giiii> « chet habité par Grippeminaud, archiduc des diatt fourra.»

4 Vab. ^e rapportant Cette leçon est celle de toutes les éditions modernes s la ndtre est celle de tontes let.éditioDS odglnalos. Si elle forme aujourd'hui une faute gramonlicale, 8a*fli

Page 1