‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 47 sur 670 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

FABLE XVIL La Tète et la Queue du Serpent.

Le serpent a deux parties

Du genre hamain ennemies,

Tête et queue; et toutes deux

Ont acquis un nom fameux

Auprès des Parques cruelles :

Si bien qu'autrefois entre elles

Il survint de grands débats

Pour le pas.

tète avoit toujours marché devant la queue.

La queue au ciel se plaignit, Et lui dit :

Je fais mainte et mainte lieue

Gonune il plait à celle-ci :

Croit-elle que toujours j'en veuille user ainsi ^^

Je suis son humble servante.

On m'a faite, Dieu merci,

Sa sœur et non sa suivante.

Tontes deux de même sang,

Traitez-nous de même sorte :

Aussi bien qu'elle je porte

Un poison prompt et puissant».

Enfin , voilà ma requête :

Cest à vous de commander

Qu'on me laisse précéder,

A mon tour, ma sœur la tête.

Je la conduirai si bien.

Qu'on ne se plaindra de rien.

Lje del eut pour ses vœux une bonté cruelle. SoQTent sa complaisance a de médiants effets. n devroit être sourd aux aveugles souhaits. 11 ne le fut pas lors>; et la guide' nouvelle,

Qui ne voyoit, au grand jour.

Pas plus clair que dans un four,

Donnoit tantdt contre un marbre ,

<toU pM de même du temps de notre poète ; Molière , Boileau , et lacioe , offrent de fréquents exemples de U déclinaison de ce participe. Ce ne fut que vers I6S0 que l'Académie se détermina A M pios le décliner. Voyez Raynouard . Journal des savants, ■■«1824. p. 149.

* Erreur dliisloire naturelle : malgré le proverbe in couda MMNNii, il n'y a point de poison dans U queue des serpents.

*lors pour alors est d'un usage fréquent dans nos premiers poâei; Marot. Malherbe, et Racan, en fournissent de nomkrcu eiemples.

>Le mot gtddê étoit autrefois féminin, ainsi qoe plusieurs ■MUsdériTéi de l'espagnol ou de l'italien . appartenant à l'art flditabe ; mait du temps de La Fontaine ce mot n'étoit plus oqployé an féminin que pour rappeler les titres d'anciens oufr^Mawétiqiies, tels cpie ia Guide des pécheurs, etc. CepeadMÉcechingeBient d'uMge étoit , à cet égard , asseï récent ; le dictionnaire de Nicot, imprimé en 1606, tait encore

fVM»

Contre un passant , contre im arbre :

Droit aux ondes du Styx elle mena sa sœur.

Malheureux les Etats tombés dans son erreur !

FABLE XVm.

Un AnUnal dans la Lune ',

Pendant qu'im philosophe ' asstnre Que toujours par leiurs sens les hommes sont dupés ,

Un autre philosophe ' jure

Qu'ils ne nous ont jamais trompés.

Tous les deux ont raison ; et la philosophie Dit vrai quand elle dit que les sens tromperont Tant que sur leur rapport les hommes jugeront ;

Mais aussi , si l'on rectifie L'image did l'objet sur son éloignement ,

Sur le milieu qui l'envhronne.

Sur l'organe et sur l'instrument ,

Les sens ne tromperont personne.

La nature ordonna ces choses sagement : J'en dirai quelque jour les raisons amplement. J'aperçois le soleil : quelle en est la figtu% ? Ici-bas ce grand corps n'a que trois pieds de tour; Mais si je le voyois là-haut dans son séjour. Que seroit-ce à mes yeux que l'œU de la nature ? Sa distance me fait juger de sa grandeur; Sur l'angle et les côtés ma main la détermme. L'ignorant le croit plat ; j'épaissis sa rondeur : Je le rends immobile ; et la terre chemine. Bref, je démens mes yeux en toute sa machine : Ce sens ne me nuit point par son illusion.

Mon ame , en toute occasion , Développe le \raï caché sous l'apparence;

Je ne suis point d'intelligence Avecque mes re^ds peut-être un peu trop prompts, Ni mon oreille ^ , lente i n\'apporter les sous. Quand l'eau courbe un bâton, ma raison le redresse :

La raison décide en maltresse.

Mes yeux , moyennant ce secours , Ne me trompent jamais en me mentant toujoiirs. Si je crois, leur rapport , erreur assez conunime , Une tête de femme est au corps de la lune. Y peut-elle être ? non. D'où vient donc cet objet ? Quelques.lieux inégaux font de loin eti efTet.

> Le chevalier Paul Neal , un des membres de la Société royale de Londres, crut avoir aperçu au travers de son télescope un éléphant dans la lune ; mais on découvrit bientôt que cet éléphant n'étoit qu'une souris qui s'étoit glissée entre les deux verres du télescope. Ce fait suggéra i La Fontaine . sur les ei^ reurs de nos sens , des réflexions philosophiques auxquelles il lui a plu de donner le titre de fable.

* Démocritc.

3Bpicure.

I i Ni avec mon oreille. Ellipse.

FABLES

La luiie nulle part n'a sa sur&ce unie : Montaense en des lieux , en d'autres aplanie , L'ombre avec la lumière y peut tracer souvent

Un homme, un bœuf, un éléphant.

Naguère l'Angleterre y vit chose pareille. La lunette placée , un animal nouveau

Parut dans cet astre si beau ;

Et chacun de crier merveille. Il étoit arrivé là-haut un changement Qui présageoit sans doate un grand événement. Savoit-on si la guerre entre tant de puissances N'en étoit point l'efTet? Le monarque accourut : Il favorise en roi ces hautes connoissances. Le monstre dans la lune à son tour lui parut. C'étoit une souris cachée entre les verres : Dans la lunette étoit la source de ces guerres. On en rit. Peuple heureux ! quand pourront les Fran- Se donner, comme vous, entiers à ces emplois ! [ çois ' Mars nous fait recueillir d'amples moissons de gloire : C'est à nos ennemis de craindre les combats , A nous de les chercher, certains que la Victoire , Amante de Louis, suivra par-tout ses pas. Ses lauriers nous rendront célèbres dans l'histoire.

Même les Filles de Mémoire Ne nous ont point quittés ; nous goûtons des plaisirs : La paix fait nos souhaits , et non point nos sonpu's. Charles* en sait jouir : il sauroit dans la guerre Signaler sa valeur, et mener l'Angleterre A. ces jeux qu'en repos elle voit aujourd'hui. Cependant s'il pouvoit apaiser la querelle , Que d'encens ! est-il rien de plus digne de lui ' ? La carrière d'Auguste a-t-elle été moins belle Que les fameux exploits du premier des Césars ? O peuple trop heureux ! quand la paix viendra-t-elle Nous reudre,comme vous, tout entiers aux beaux-arts ?

> L'Angleterre étoit en paix avec toutes les puissances, tandis que la France faisoit alors à-la-fois la guerre à la Ilollande , à l'Espagne , et à l'Empire. *

* Cliarles II. roi d'Angleterre.

s On voit par ces vers que cette fable a été composée vers le commencement de l'année 1677. Alors les puissances se trouvoient épuisées par la guerre . et desiroient la paix. L'Angleterre, qui seule étoit restée neutre, devint, par cette raison, l'arbitre des négociations qui se poursuivoient à Nimlgue. Toutes les parties belligérantes invoquoient sa médiation : mais <3)arles II se trouvoit fort embarrassé , parcequc ses liaisons apcrétes avec Louis XIV lui bisoient désirer de prescrire des conditions qui fuissent avantageuses à ce monarque, et que d'un autre \DÔté il craignoit l'opinion du peuple angbis, si , trahissant les intérêts de l'Angleterre, il ne favorisoit pas les lutions alliées et coalisées contre la France.

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