‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 481 sur 670 · MADAME · texte numérisé non relu

MADAME

DE VOTBB àLTBSSB,

Le très liamblc et très obéimant serviteur,

DE LA FONTAIXK.

PRÉFACE

J'ai trouvé de plus grandes difficultc^ dans cet ouvrage qu'en aucun autre qui soit sorti de ma plume. Cela surprendra sans doute ceux qui le liront : on ne s'imaginera jamais qu'une fable contée en prose m'ait tant emporté de loisir; car pour le principal point, qui est la conduite, j'avois mon guide ^ il m'étoit impossible de m'^arer. Apulée me fournissoit la matière; il ne restoit que la forme, c'est-àdire les paroles : et d'amener de la prose à quelque point de perfection, il ne semble pas que ce soit uue chose fort malaisée; c'est la langue naturelle de tous les hommes. Avec cela , je confesse qu'elle me coûte autant que les vers; que si jamais elle m'a coûté, c'est dans cet ouvrage. Je ne savois quel caractère choisir : celui de l'histoire est trop simple ; celui du roman n'est pas encore assez orné ; et celui du poème l'est plus qu'il ne feut. Mes personnages me demandoient quelque chose de galant: leurs aventures, étant pleines de merveilleux en beaucoup d'endroits, me denumdoient quelque chose d'héroïque et de relevé. D'employer l'un en un endroit , et l'autre en autre , il n'est pas permis : l'unifonnité de style est la règle la plus étroite que nous ayons. J'avois donc besoin d'un caractère nouveau , et qui Mt mêlé de tous ceux-là : il me le falloit réduire dans un juste tempérament. J'ai cherché ce tempérament avec un grand soin : que je l'aie ou non rencontré, c'est ce que le public m'apprendra.

Mon principal but est toujours de plaire : pour en venir là , je considère le goût du siècle. Or, après plusieurs expériences, il m'a semblé que ce goût se porte au galant et à la plaisanterie : non que l'on méprise les passions; bien loin de cela, quand on ne les trouve pas dans un roman , dans^un poème , dans une pièce de théâtre , on se p^k|j|e leur ^ sence ; mais dans un conte comme oi|Pni , qui est plein de merveilleux, à la vérité, mais d'un merveilleux accompagné de badineries, et propre à amuser des enfants, il a fallu badiner depuis le commencement jusqu'à la lin; il a fallu chercher du galant et de la plaisanterie. Quand il ne l'auroit pas fallu, mon inclination m'y portoit , et pent-éfre

y suis-je tombé en beaucoup trendroiU oobIr h raison et la bienséance.

Voilà assez raisonné sur le genre d*écrire qwf ai choisi : venons aux inventions. Presque tomes sai d'Apulée , j'entends les principales et les meflleBci. n y a quelques épisodes ôe moi , comme ravêotoRé la grotte , le vieillard et les deux betigèreb, le tmpb de Vénus et son origine, la description des ciin. et tout ce qui arrive à Psyché pendant le v)oyi|E qu'elle y fait , et à son retour jusqu'à la coodmm de l'ouvrage. La manière de conter est aii«i dewi, et les circonstances, et ce que disent les primM» «ges. Enfln ce que j'ai pris de mon aoteor ert h conduite et la fable; et c'est en effet le prine^, le plus mgénieiix , et le meilleur de beanoonp. Avec cela j'y ai changé quantité d'endroits , selon la libolé ordinaire que je me donne. Apulée fiiit servir hf ché par des voix dans un lien où rien ne doK b» quer à ses plaisirs , c'est-à-dire qa'il loi fidc gsikr ces plaisirs sans que personne paroisse. Premii»ment, cette solitude est ennuyeuse; outre edi, elle est effroyable. Où est l'aventurier et le bmc (|ui toucheroit à des viandes lesquelles d'elles-mêmes se présenter? Si un luth joooit seul , il me feroit fuir, moi qui aime extrémenealli musique. Je fais donc servir Psydié par des npo^k» qui ont soin de l'Iiabiller, qui l'eutretienncnt 4e choses agréables, qui lui donnent des conwMto et des divertissements de toutes les sortes.

Il seroit long , et même inutile , d'examiner lei endroits où j'ai quitté mon orighial , et pourquoi je l'ai quitté. Ce n'est pas à force de raisonnemeat qu'on fait entrer le plaisir dans l'ame de ceux qui lisent : leur sentiment me justifiera , quelque téoîéraireque j'aie été, ou me rendra condanmahie, ^ Quelque raison qui me justifie. Pour bien fUre, il faut considérer mon ouvrage , sans relation à ee qu'a fait Apulée , et ce qu'a fait Apulée , sans relation à mon livre , et là-dessus s'abandonner à son goât.

Au reste , j'avoue qu'au lieu de rectîGer Toncfe dont il se sert au conunencemenl des aventures de Psyché, et qui fait en partie le nœud de la bble, j'en ai augmenté l'inconvénient, faute d'avoir rendu cet oracle ambigu et court , qui sont les deux qualités que les réponses des dieux doivent avoir, et qu'A m'a été impossible de bien observer. JernesuisaMi mal tiré de la dernière, en disant que cet crade contenoit aussi la glose des prêtres; car les prêtres n'entendent pas ce que le dieu leur fait dire : toutefois il peut leur avoir inspiré la paraphrase vm bien qu'il leur a inspiré le texte , et je me sau^-crai encore par - là. Mais sans que je cherche ees petites subtilités , quiconque fera réflexion sur la phose trouvera que td Apulée ni moi n'avons fiuOi.

cuuvieiu qu'il fauL leuir l'oprit ai iiu^eiiit >»«urtes tleiiarratioiu, cumiiie dans lei pitres Ihédlre ; ou ae liait jamais dccou\Tir la fin dts iienienU; on duil bieu les préparer, luab ou ntle» préienir. Je conviens encore qu'il faut ché apprélieude que son mari ne soil un . l'out cela e«t apparemment contraire i <toiit il s'agit , et ne l'est pas en effcl:car anttretnrat la suspension des esprits et l'artifice celte fable ne consistent pas à empêcher que le lecteur ne s'aperçoive de la véritjiblequaliléduniari ^'an donne à Payche ; il sullU que Psyché i^more iqui est celui qu'elle a ('pousé, et que l'on soit en ' ' 'le verra cet époux , par quels elle le verra , et quelles seront les agitations «le son ajiR après qu'elle l'aura vu. En nu mot , le ]|4aî£ir que doit donner celle fïble à ceux qui la lisent , M n'est pas leur incertitude à l'(<gard de la qualité de ce mari , c'est l'incertitude de Psyché seule : il ne IJhal pas que l'on croie un seul inomenl qu'une si personne ait été livrée i la passion d'un , ni niénie qu'elle s'en tienne assurée ; ec seinrit nn trop grand sujet d'indignation au lecteur. Cetlc belle doit trouver de ta douceur dans la convermUdu et dans les careiiscs de son mari , et de Tuis à autres appréhender que ce ne soit im démou uu un enchanteur; mais le moins de teni|)S que cette jiensé« lui peut durer jusqu'à ce qu'il soit besoin de {jrc- |Mrvr la catastrophe , c'est assurément le plus à {ru- |MM. Qu'on ne dise point que l'oracle l'empëcliebien (te l'avoir. Je confesse que cet oracle est très clair |Hiar nous; mais il pouvoit ne l'être pas pour Psyc)ie : elle vivuit dans un siMe si innocent, que les gei» d'alors (louvoient ne pas cuiinuitre l'Anii'Ur

quoi on doit prendre carde ; et par ce moyeu il n'y aura plus d'olôeciit»! i me Taire pour ce point-là.

Asseï d'autres fautes me seront reprochées sans doute ; j'en demeurerai d'accord , et ne prétends |h-i£ que monouvragesoit accompli : j'ai Idcliê seulement de lïirc en sorlequ'il plat , et que même on y irou- *lt du solide aussi bien que de l'agréable.

Cest pourcela que j'y ai cnchânédesversen beaucoup d'endroits , elquclijues autres enrichissements , comme le voyagedes quatre amis, leur dialogue toucjttntlacompassion et lerire, la description ileseull-rs, celle d'uw partie de Versailles. Celle dernière n'est pats toot-à-fait confuriue i l'état présent des lieux^ je Ita si décrits en celui uii dans ikux ans un les pourra voir. 11 se peut faire que inon^uvrage ne vivra pas si lonff-temp^î mais quelque iwu d'assurance qu'ail un ■nt«nr qu'il entretiendra mijuurlaposlérllé'il doit toujours NC la |iro|H»rr autant qu'il lui vul iNtssiltR'; cl essayer de faire les choses |>>uir uni iisa)^. (

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