LIVRE PREMIEU
Quatre amis , dont la ixinnoissative avoU commencé par le Parua&se. lièicni une espèce de socJëtti <jue j'appellerois académie si leur nombre eût été plus grand , et qu'its eussent aulâul legai'dé les muscs que le plaisir. Ij preniière chose qu'ils fii-ent, ce fut du bannir d'entre eui les conversations réglées , et tout ce qui sent sa conféi^nce académique. Quand ils se liouvoient ensemble et qu'ils avoiem bien parlé de leurs divertissements, i le hasard les Taisoit loiiiLer sur quelque point de science ou de belles-lettres, ils pi-olitoicnt de l'occasion : c'étoJt toutefois sans s'arrélei' trop long-temps à une même matière, voltigeant de propos autre, comme des abeilles qui rencontt' en leur cbeiuin diverses sortes de fleurs. L'eo^ vie, la mab'jjnité, ni la cabale, u'avoient de voix parmi eux. Ils adoixûcnt les ouvrages des anciens, ne refusoient point ii ceux des modernes les lotjnnges qui leur sont dues, parloîent dus lents avec modestie, et se donnoîcot des avis sincères lorsque quelqu'tin d'eux tomboil dans la maladie du siècle , et faisuil un livre, qui arrivoit laiement'.
Polypbile y étoit le plus sujet (c'est le que je donnerai û l'un de ces quatre aniîs ). aventures de Psjclié'lui aboient semblé fort
boit J
toutes le» formes que l'on lui donne. C'est àl (piopies pour êtie contées afpéablcmenl. Il y
travailla lon{;4rnips sans cd parler ù personne; eu6n il coflUQuniqna son dessein uses iruisai non pas pour leur demander s'il o niais comment ils irouvoient ù propos qu'il coo? , tinuÂt. L'un lui donna un avis, l'auUe un autre : de tout csia il ne prit que ce qu'il lui plut. Quand l'ouvraj^'e fut achevé , il demanda jour et rentleï-vous pour le lire. ^~
Âcanllic ne manqua pas, selon sacoutuiM ^ pron^^uie promenade en quelque li llurs iw^^^Êc, qui fût éloigné, ^ oii |>eti i gens entnHrot : on ne les vieiidroit point inle rompre; ilsécouteroient cette lecture avec m
I FouUiac * m Ici <» me ti Uiiom Inllmi nt^ccnlrcBollcjtii. BMlns. HotlâK. Mlul.nt
«nu Oc liilyiiliilE . lire do gnc,
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LES AMOURS DE PSYCHÉ
de bruit et plus de plaisir. Il aimoit extrêmement les jardins, les fleurs, les ombrages. Polyphile lui ressembloit en cela ; mais on peut dire que celui-ci aimoit toutes choses. Ces passions, qui leur remplissoient le cœur d'une certaine tendresse, se répandoienl jusqu'en leurs écrits , et en formoient le principal caractère. Us penchoient tous deux vers le lyrique , avec cette différence qu'Acanthe avoit quelque chose de plus touchant, Polyphile de plus fleuri. Des deux autres amis, que j'appellerai Ariste et Gelaste , le lyemier étoit sérieux sans être incommode ; l'autre étoit fort gai.
La proposition d'Acanthe fut approuvée.
Ariste dit qu'il y avoit de nouveaux embellissements à Versailles : il falloit les aller voir, et partir matin , afin d'avoir le loisir de se promener après qu'ils auroient entendu les aventures de Psyché. La partie fut incontinent conclue : dès le lendemain ils l'exécutèrent. Les jours étoient encore assez longs, et la saison belle: c'étoit pendant le dernier automne.
Nos quatre amis, étant arrivés à Versailles de fort bonne heure, voulurent voir, avant le dtner, la ménagerie : c'est un lieu rempli de plusieurs sortes de volatiles et de quadrupèdes, la plupart très rares et de pays éloignés. Ilsadmirèrent en combien d'espèces une seule espèced'oiseaux se multiplioit , et louèrent l'arlifice et les diverses imaginations de la nature, qui se joue dans les animaux comme elle fait dans les fleurs. C« qui leur plut davantage, ce furent les de-^ moiselles de Numidie% et certains c^aux pécheurs qui ont un bec extrémementlong, avec une peau au-dessous qui leur sert de poche. •Leur plumage est blanc, mais d'un blanc plus clair que celui des cygnes; même de près il paroit camé, et tire sur la couleur de ■>se vei*s la racine. On ne peut rien voir de plus beau. C'est une espèce de cormorans *.
• La demoiselle de N amidie est VarcUa HrÊjÊjÊ^^wniHaiÊ^ remarquable par sa taille svelte , son con na^^^^^MmXeKÊ plumes blanclMt affilées qui lui tombent a^^^^Ê^u de la tête. Ces oiseaux ressemblent à nos grues; mlBn en a formé un genre à part , sous le nom d'Jnthropotdes , parcequ'ils imitent les gestes de l'homme et aiment & se donMp en spectacle. Ils se trouvent en Afrique ; mais ils sont rares ; etles seules observations que nous ayons sur ce qui les concerne ont été faites sur ces mêmes individus amenés sous Louis XIV à la ménagerie de Versailles, et dont La Fontaine parle ici.
•C'étoient d(|[ pélicans, et la description que I^ Fc donne est fort emcte : il est assez étonnant qu'il n'ait]
Comme nos gais avoient enoore du loinr, li firent un tour à Torangerie*. La beauté et k nombre des orangers et des autres plantes qt*m y consente ne se sauroit exprimer. U y aidde ces arbres qui a résisté aux attaques de col hivers.
Acanthe, ne voyant personne autour de U que ses trois amis (celui qui les oonduisoitélflil éloigné); Acanthe, dis-je, ne se putteurde Imiter certains couplets de poésie que les antni se souvinrent d'avoir vus dans un ouvrage des façon.
Sommet-Dons, dit41, en Prorenoe?
Quel amas d'arlires toajotm verts Triomphe id de rinclémeiioe Des aquilons et des hirers ?
Jasmins dont nn air dons s'exhale , Flenrs que les vents n'ont pu tendr, Aminte en blancheur tous égale ; Et ?ous m'en faites sou?enir.
Orangers , arbres que j'adore , Que T0« parfums me semblent doux !
Est-il dans l'empire de Flore Rien d'agréable comme tous?
Vos fruits aux écoroes solides ^ Sont im Téritable trésor; Et le jardin des Hespérides N'aToit point d'autres pommes d'or.
Lorsque votre automne s'avance.
On voit encor votre printemps ; L'espoir avec la jouissance ^ Logent chez vous en même temps.
Vos fleurs ont embaumé tout l'air que je respire : Toujours un aimable zéphyre Autour de vous se va jouant.
Vous êtes nains; mais tel arbre géant.
Qui déclare au soleil la guerre.
Ne vous vaut pas , Bien qu'il couvre un arpent de terre Avec ses bras.
La nécessité de manger fit sortir nos gens de ce lieu si délicieux. Tout leur dîner se passa à s'entretenir des choses qu*ils avoient vues, et à parler du monarque pour qui on a assemblé taat
leur nom . plwi ancien que lui dans la langue firançoise, et qri se trouve dans Belon.
I Depais l'époque à laquelle La Fontaine écrivit , roraosoie ^ Versailles a été fort embellie par la construction dHinf au- Lsnifique serre en souterrain , faite sur les dessins de J. H. Maaffiard,enllS5et16M.
de beaux ubjeu. Aprèsavoir loué ses principales rertus, les lumières de son esprit, ses qualités lénûques, la science de commander; après, lis-je, l'avoir loué tort long-temps, ils revinrent h leur premier entretien, et dirent i]u< liter seul peut i^nlinuelleinent s'appliquer londuite de l'univers. Les hommes ont besoin le quelque relâche. Alexandre faisoit la dcbau- 'die; Auguste JoNoil; Scipion et Lœlius s'amu- , soient souvent à JËterdes pierres plalessur l'eau : itre monarque se divertît à (aire bâtir des niais , cela est di^e d'un roï. U y a même une ItUité générale; car, par ce moyen, les sujets Muvenl prendi'e part aux plaisirs du prince, il voir avec admiration ce qui n'est pas fait pour nx. Tant de beaux jardins et de somptueux kli6ces sont In gloire de leur pays. El que ne Dsent point les étrangers ! Queiiedii-a jiointla Wstérilé quand elle verra ces chefs-d'œuvre te tous les arts l
liPsreflexionsdenosquatre amis tinirent avec leur repas. Ils letournèr'ent au château; virent les dedans, que je ne décrirai point, ce seroil
(nue œuvre infinie. Entre autres beautés, ils s'arrêtèrent lonf;-teiiips à considérer le lit, la tapisserie et les sièges don t on a meublé la chambre et le cabinet du roi. C'est un tissu de la Chine, plein de Kgures qui contiennent toute la religion de ne pays-là. Faute de bi-achmane, nos quatre amis n'y comprirent rien.
Du ciulieau ils passèrent dans les jardins, et prièrent celui qui le^ conduisoit de les laissd^ dans la grotte ■ jus«|u'ù ce que la chaleur fùl adoucie; ils avoient fait apporter des sièges. Leur billet venoit de si bonne jiarl , qu'on leur accorda ce qu'ils dcniandoient : même afin de Rendre le lieu plus frais, on en fit jouer les Mux. La face de celte grotte est composée , en ^Jehor&, de (rois arcades, qui font autant de Iporles grillées'. Au milieu d'une des arcades H un soleil , de qui les rayons servent de bareaux aux portes ' : il ne s'est jamais rien in-
• n ■'«gll Ici de u griHlE Ûe T^thr* . qui (tqnli t éU liébIw. nul* ilnntil rtlmc une ilncrlptlMi ifui mI 1p mvillear MnmenUli'e de cdle de notre pofte.' Vayn DfirrtpMan 4( ta nlU Ot rtrtaiUa: à partâ. dt l'ftnprliftmV tlnyale. n, In-liHa. LelnK.qufnldB Pdllblea.a nnK|MKC*. cl
DO(Bbre il» pluKtm nt de vingt
• Calraii porto étnlenl en ter: etici mlfté Knvéci pirle Ure, enten. Vuyri|>lindie lliIrtarfrirrlpUm, elc. •Ce«nr<HH «ri)lent ilônh ■ et «minr ih^tutriil bnum'i mi
venté de si à propos, ni de si plein d'art, i dessus sont tiois bas-reliefs.
Dan» l'on , le dieu dn jour acM»e ta «irrifero. l.E Eculpleur a marqué cet longs trails de Jumiifv , Ceirajoiudonll'édol.dai» leiains'épancbanl, PeiDld'imii riche lïmalMi» porleada MUcbaDl'. On toit aiu deux cùltx le peuple d'Amalhonle I*n>parer le chemin lur de» dauphioi qu'il monle*. Chaque amour A l'eavl semble se réjouir De l'apprncbedu dieu dont Télhyi Ta jouir, Des tr^iupei de icphyra dons la airs le pramèoeal . Le* Iritoui emprmt* »iir les floU todi el VieDuenl '. Le dedans de la erotto ttl lel , que les regarda , iDcertalnB de leur choii , conraai de loutei parti *. Tant d'urnemenli diren , locu capablea de plaire , FunI accorder le prii taolût au sUtoaire, Et lanlAl A celui dont l'art iDdusIrieui Des tnSsora d'Ampbilrile a reiétu cea licoi. I.a toute cl le paré sont d'ua rare ascenililige : Cet cailloQi que la mer poutie lur .son ritage. Ou qu'enferme en MU sein le tcrmlrc i^émenl. DilTiireots en couleur, font maint compartiment'. Au haut de lii piliers d'une légale structure, Sii masques de rocaille, a groleaqucCtgure. Songes de l'art, démon* biiarrement forgâ, An-detaiu d'une iiirhe eu (are sont rang«a '. De raille raretta la uiche est loule pleine: Un triton d'un cùtë , de l'autre une «irèoe , Ont ctiacao une oooque en leurs miini de rocher; Lear soanie pousse un jet qui va loin t'épaneber\
couclunt ■ quand le soleil frappult dessus . Ut bk^nl na mafMque. el piruitw4ent de TMIatries Iraltt de lumlti*.
• o lin-ralkelda wlell qui ne cuuebe dus la mer, Ht Glrlnl Vauopstsl de BnueUcs. Vajn la planclie III il« U ill frijiUon gettùe pir le FÛIn en IB73.
■ CniirUt* ainniin. qui te Jouent svei niiHcnl iioitre i>ii<daaiDns ronds tiir la |iltnlhe «i (>Ioirnl du mené Kulpleuripie les twi-reUed. Viqreclesgl che« V el ïl it«|» duorli'flim.
'Cn tnHi{»do triions et de nJrMe* hat^relbili carrés mir la pllnlht^ en liaui ki de (1is|i» cM dâ^ . qui . sur aun i-har. se pnk^ioit dans U mer. Ui etoltf 1 du mttae tcul|ileur que les pnS^MeDli. Vur«f plauctio tV ds • U d«jfHptiv)t.fT*T^aua> parle paire, en tflïx.
t vb-l-vindi» Irek |iuilei 11 y avoll dm enloncemenli t<par& ixir liait Krm in>*ih ou pilten laoliS: Apollon ^IdtdtiB l'fialancement Ai milieu . et les cheviui dan* les deux nirrs. Voyei II pbru^e vu de la description dont l'IotUuM ust i fut dufo'HlcttlagrolUai-vfydtlioUgiavpfiiinnarbrrblaiu, ^1 leprAnMul Ir laltU an milim du v^m/ifirj di JlilItfM, t ehttaux pantili pur In IHIont: gravit par h ~"
let. WM la (bii
•^n^ par dn bandes de dItlihnA 1
iCfM-s-dlnr an jet d'eau <pil Imnbo» dsoi unncoiullln de 1 DiATlirp. voTei F^lium . psjpi S de la éaeriplim , ti \f jilsa . , cheiVIU. IX.X.XI, XU et XIII. sniti>e* |ur le POIr 110,101» rc|irrsenlent les plllm omis de cai|uUlap« ri il* 1
LES AMOURS DE PSYCHÉ
« Au baut de cbaque nicbe un hama répand i'ondc : Le masque la Tomlt de sa gorge profonde ' ; Elle retombe en nappe , et compose un tissu Qu'un autre bassin rend sitôt qu'il l'a reçu. Le bruit, Téclat de l'eau, sa blancheur transparente. D'un ToUe de cristal alors peu différente. Font goûter un plaisir de cent plaisirs mêlé. Quand l'eau cesse , et qu'on Toit son cristal écoulé» La nacre et le corail en réparent l'absence : Morceaux pétrifiés, coquillage, croissance , Caprices infinis du basard et des eaux, Heparoissent aux yeux , plus brillants et plus beaux. Dans le fond de la grotte une arcade est remplie De marbres à qui l'art a donné de la Tie. Le dieu de oes rocbers , sur une urne penché , Goûte un morne repos , en son antre couché. L'urne Terse un torrent; tout l'antre s'en abreuTC ; L'eau retombe en glacis , et fait un large fleuTC'. J'ai pu jusqu'à présent exprimer quelques traits De ceux que l'on admire en ce moite palais : Le reste est au-^lessus de mon foilile génie. Toi qui lui peux donner une force infinie , Dieu des Ters et du jour, Phébus , inspire-moi : Aussi bien désormais fiaint-il parier de toi. Quand le soleil est las , et qu'il a fait sa tâche , n descend chez Téthys , et prend quelque relâche : C'est ainsi qne Louis s'en Ta se délasser D'un soin qne tous les jours il fout recommencer. Si j'étois plus savant en l'art de bien écrire , Je peindrois ce monarque étendant son empire : Il lanceroit la foudre ; on Terroit à ses pieds Des peuples abattus , d'autres humiliés.
Je Iakie «s sujets aux maîtres du Parnasse i Et pendant que Louis , peint en dieu de la Tbrace» Fera bruire en leurs yers tout le sacré vallon. Je le célébrerai sous le nom d'ApoUon ^
Ce dieu , se reposant sous ces voûtes humides, Est assis au milieu d'un chœur de néréides 4. Toutes sont des Vénus, de qui l'air gracieux I«i'entre point dans son cœur, et s'arrête à ses yeux. Il n'aime que Téthys , et Téthys les surpasse. Chacune , en le servant , fait office de grâce : Doris verse de l'eau sur la main qu'il lui tend;
Chloé dans un bassin reçoit l'eau qu'il répand
>Ge masque, au moyen d'un lien de Beur. étoit soutenu d'une main par le triton et la sirène. Dans un cadre étoit le chiflre du rui'surmonté de la couronne de France.
«On ne voit ({ue dans la planche VII de la description cette figure de fleuve. £lle étoit placée dans une arcade au-dessus de l'enfoncement du milieu et du groupe où est Apollon. Félibien ( pages 6 et 7 ) dît que l'aviron tenu par le dieu-fleuve étoit en
nacre. a
'Apollon étoit le dieu-soleil , et l'on doilrte raipelcr que
Louis XIV a voit pris pour emblème im soleil.* ,
4 Ce groupe, dans la cUsciipiion, bit le sujet de la planche XVI . belle estampe qui a été dessinée (lar Pierre Honier, et gravée par ÉdcUnck en 1678. L'intitulé porte : Le soleil, après aroir achevé son cours . descend chez Téthys , où six des nymphes sont occupées à le servir et à lui offrir totUes sortes de rafraichissements. La figure d' A|K)llon est de Giranlon.
5 Ce sont les flgures marquées no IV dans la planche ; elles sont de Giraixlon.
A loi laver les pieds Mélicerte s'appUipie ■ ;
Delphire entre ses bras tient un vase à l'antiqne;
Qimène auprès du dieu pousse en vain des ioapin*:
Hâas ! e'est un tribut qu'elle envole am léphyni
Elle rougit parfbis, parfois baisse la vue;
( Rougit , autant que peut rougir une statue :
Ce sont des mouvements qu'au défaut du seulpteor
Je veux faire passer dans l'esprit du lecteur.)
Parmi tant de beautés , ApoUon est sans flamme;
Celle qu'il s'en va voir seule occupe son ame.
n songe au doux moment où , libre et sans téBioiBS,
11 reverra l'objet qui dissipe ses soins.
Oh! qui pourroit décrire en langue du Parnasse
La majesté du dieu , son port si plein de gr«oe ,
Cet air qne l'on n'a point ches nous antres mortds.
Et pour qui l'âge d'or Inventa les auteb!
Les coursiers de Phébus , aux flambantes narines •
Respirent l'ambrosie en des grottes voisiiies.
Les tritons en ont soin : l'ouvrage est si parfiiit »
Qu'As semblent panteler du chemin qu'ils ont fait \
Aux deux bouts de la grotte , et dans deux enfonçons»
Le sculpteur a placé deux charmantes flgures :
L'une est le jeune Acis 4, aussi beau que le jour.
Les accords de sa flûte hispirent de l'amoar :
Debout contré le roc, une jambe croisée
Il semble par ses sons attira* Galatée ' ;
Par ses sonst et peut-être aussi par sa betnté.
Le long de ces lambris un doux charme est perlé.
Les oiseaux, envieux d'nne telle harmonie»
Épuisent ce qu'ils ont et d'art et de génie.
Philomèle, à son tour, veut s'entendre louer.
Et chante par ressorts que l'onde ftiit jooer*.
Écho même répond; Echo, toujours hdtease
D'une voûte ou d'un roc témoin de sa tristesse.
L'onde tient sa partie. Il se forme un concert
Où PhilomMe, l'eau, la flûte, enfin tout rert.
Deux lustres de rocher de ces voûtes descendent»
En liquide cristal leurs branches se répandent:
^'onde sert de flambeaux 7 ; usage tout nouveau.
> Cette figure est celle du no ni sur la planche. Elle ert anisideGirardon.
> Ce sont les ligures à la droite d* ApoUon et à gaudie de la gravure. Les trois femmes en arrière sont du sculpteur Thouns Regnaudin , de Moulins.
» Voyez les planches XVII et X\1II de la descriptkm : Il première gravée en 1673 jiar Bernard Picaiil , la seconde eo fG76 par Etienne Baudet. Elles sont intitulées : Growpe ie nuirbre blanc représentant deux chevaux du soleil et deta tritons qui les pansent. Le groupe de la planche XVII. cpii étoit dans l'enfoncement , à droite du spectateur, a été bit par les icttiptcurs Gaspar et Ballhazar de Marcy, de Cambny ; c^ lui de gauche , ou de la planche X VIII , par Jules Guérin , Parisien.
4 Sujet de la planche XIX dans la description. Cette planche a été gravée par Édelinck. L'inUlulé est statuo d'Acis. Cette statue est de Baptiste Tubi , Romain.
5 Sujet de la planche XX. gravée par Édelinck, Inittulés statue de Galatée, Elle a été faite par Baptiste Tubi , Bonato.
6 li est question ici de l'orgue que l'eau par sa cluite bîsuit jouer, et dont l'emplacement est maniué sur la planche de la description.
7 Voyez dans la description la planche XIV, intitulée ehan-
fociin» a lu prwUgiier I'obu :
table de {aipe un jel part en fiuoe ;
en pcries rptomhe, en ïapeur, ea rmée.
kVRiirt impéluoui dunl il va l'i^sntnnl
frapper le lamlirâ bd crislal jailliwanl.
Ile cl moins tfolenle eit la belle cnHanuDM.
\\grt ton poids , dans le ptomb rearmnéc , Sort aiM on fracas qni marque ion dépit. Et plan am «coulanb, plos il les riloardil.
)eti, dont la pluls h l'enloin- ic pariage, ■tniOleat ésalemeni l'impnidenl et le sage. Craindre ou ne craindre pas i cbacun est égal : Chacun se trouve en hotte au liquide criital. Plut la jets MHit confia , plus lear beauté se montre.
croise, sejoinl, l'éraKe, so rencontre.
Se rompt , se prédpitc i travers les roelicrs , Et lut, comme alambics, dlilfller leun planchers. PHclici , enfmiccmenti , rien ne terl de refuge. Ha muse est iaipuisianle h pendre te d«1uge. Quand d'une voli de ter je rrappcrois les cieui, ne pouiioù nombrerlei channesde ces lleui'.
Les qtiaire amis ne voulurent point élre HiiUés ; ils prièrent celui qui leur fiiisoit voir Ek grotte de résener ce plaisir pour le bourgeois r ou pour r\llemand , et de les placer en quelque I coin oii Us fussent il couvert de l'eau. Ils furent traiuis ooinine ils souliailoicnl. Quand leur conducteur les eut quittés, ils s'assîrentù l'entoiir de Polypbile , qui prit son cahier ; cl , ayant toussé pour se nettoyer la voix, il commença par ces \ers :
Ledienqa'oaiHHniiic Amour n'est pas ei emptd 'aimer :
A aûn Qamtkean qutlijaerois il se britlu ;
Et ri «ei naits ont eu la force d'entamer
Les oœon de Pluton et d'Hercule ,
delleri Ht coquillugf r.t dt roealllt . gravide par ChaDican . «■ l«re. on voit r«o i|iii JaUlll d« chaîne t«l)«cTie.
■ ta dewrlplioa de la Fonlaiiui cal ai oucte , que ocU* de NlOiien, en ouïe (iai;cs in-folio . a'Rn ippivnil pu |ijiu. Cette deacriptloo de Féllblm a M réimprimée daus l'oinraee Inti- Brii I Kteuell det dacriptioui de priittiirtttt d'auti'a ouvra- ÇÊ» /ait» pour U roi. Paris. ieW.la-13, piseSUàSIT. Ce volcïmeal sani gratures : maislt ya il U pagelM no plan du eMtean rt du petit pare q>n noua indiqua Ueu oO b gnilte Aoli riM*. C«Oe ^tn u'aliie plus depnli long-lempa. QnoiqD'iilh! Mlmedriplnf HrandMntcrtFiUnde vereallhs . Lduh \lv la fl( détruire ! ragriiiHlLBCiiient du rhlteau tendit ce sacrifice né- •oatra. SUeBiplaoea t'alleiuova du nord, dans laijtKlIe on ynllqna an* ctaa|>rllD. qui eit devenue le vule salon d'UorculH. ' u III ( la chapelle iin'on volt aclarlkment ent <té achcui groupu d'A|>nlkui , arec ses counieis et «s ojm-
.degi
in.e( ■!
inult celle gratte . fat Irauporlé d
nalienniile, etloujoun du temps do Louis XtV, i
[74Mnn«otMda cUtoau , dans un petit bgaqucl ilniple et Irisif
«1 Idiinit ver* le lit jnl , e« i|ul tiduotl un u«ulr»Mna avec l'atU
^rle qu'il représente, tnfln . m )nR. U. d-Vn^irilIlurani re
Mintcr tout ce ijrcHip.' ï l'i'it«rfHiw d» cuucliinl . ri Ir II
I pUixi sui un roihcr arllficiel. c:técniéd'd|ir(t1('>deHiiL)ili
JI n'est pas Incouit^ulcul Qu'étant aveugle, étourdi, téméraire,
ItMidessc eu les maniant; Je n'ï vois tien qui ne le poine Wre ; Témoin Paicbé, dont je veui vnos conter Lagluiroollet malbeun, cliantés par Apulée. Cela vaut luen la peine d'érouler ; L'aventure eu esldgualéc.
Polyphile toussa encore une fois après cet " exorde; puis, chacun s'iitanl prépare de nouveau pour lui donner plus d'attention . il commença ainsi &on histoire :
lx)i'S'|ue les villes de la Grèœ ëtoient ear 1 i:ore suumises à des rois, il y en eut un qtâ^ l'qjnant avec beaucoup de bonheur, se vit ihhi seulement aimé de son peuple, niais nuaii recherché de tous ses voisins. C'étoità qui gagneroit son amitié, c't^loit à qui vivroit aveclui dans une parfaite correspondance; et cela, |)arcequ'il avoit trois tilles a marier. Toutes trois étoient plus considérable» par Imirs attraits que par les états de leur père. Les deux aînées ei sent pu passer pour les*])lus belles filks û monde , si elles n'eussent point «u de cadcltl mais véritablement cette cadette leur nuiso fort. Elles n'avoient que ce défaut-là : défattî quic'loil|;rand, ân'en point mentir i car Psyct (c'i»t ainsi que leiir jeune su^ur s'appeloit), PsyJ cbé,dis-jc. possédoit tous les appas que l'iiD gination peut se figurer, et ceux ou l'imafpni lioD même ne peut atteindre. Je ne m'amusera point à cliercher des comparaisons jusque dai tes astres fioui' vous ta reprci^enter assez digi ment : c'éti.)it tpielqtie diose au-dessus de toul ce(a,ei qui ne se sauroit exprimer jtar les lis, lus i-uses, l'ivoire, ni le corail. Elle étoit U'Ile enfin (|ue le meilleur poète auroil «le la |)eine ù en l^ire une pareille. En cet état, il ne se faut pas étonner si la reînedeCythère en devint jalouse. Cette déesse apprchendoit , et non sans raisott^ qu'il ne lui falliU renoncer à l'empire de h . beauté, et que Psyché ne la détrt^nAt : t comme .on est toujours amoureux des choaca.4 nouvelles, chacun couruit à cette nouvdie V^ utis. Cytbéréesc voyait réduitr aux seules llesdl son domaine ; encuro une bonne |>artie «' Amours, anciens babiuints de ces (les bieiilie
peintre flotarR. Ce groupe romic enoore anionrd'hui tout t nrtncnldiibugi|nut tuniusouiknoindu Aoctrr MteU il-.ipollen.
LES AMOURS DE PSYCHÉ
reuses, la quittoient-ils pour se mettre au service de sa rivale. L'herbe croissoit dans ses temples, qu'elle avoit vus naguère si fi*équentés : plus d'offrandes, plus de dévots, plus de pèlerinages pour Tbonorer. Enfin la chose passa si avant, qu'elle en fil ses plaintes à son fils, et lui représenta que le désoixire iroit jusqu'à lui.
Hoo fils, dit-elle , eo lui baisant les yeux , La fllle d'un mortel en veut à ma puissance ; Elle a juré de me chasser des lieux Où l'on me rend obéissance :
Et qui sait si son insolence N'ira pas jusqu'au point de me Touloir ôter Le rang que dans les cienx je pense mériter ?
Paphoi n'est plus qu'un séjour importun : Des Grâces et des Ris la troupe m'abandonne ; Tons les Amours , sans en excepter un , S'en Tont servir cette personne.
Si Psyché veut notre couronne , n but la lui donner ; elle seule aussi bien Fait en Grèce à présent Totre olflce et le mien.
L'un de ces jours je lui rois pour époux Le plus beau , le mieux C^de tout l'humain lignage , Sans le tenir de rot trailrni de tous , Sans tous en rendre aucun hommage.
11 naîtra de leur mariage Un antre Gupidon , qui d'un de ses regards Fera plus mille fois que vous avec to« dards.
Prenei^y garde ; il tous y faut songer : Rendei-la malheureuse ; et que cette cadette , Malgré les siens , épouse un étranger * Qui ne sache où trouver retraite , Qui soit laid , et qui la maltraite , Iji fasse consumer en regrets 8u(>erflus, Tant que ni tous ni moi nous ne la craignions plus.
Ces extrémités où s'emporta la déesse marquent merveilleusement bien le naturel et l'esprit des femmes : rarement se pardonnent-elles l'avantage de la beauté. El je dirai en passant que l'offense la plus irrémissible parmi ce sexe, c'est quand l'une d'elles en défait une autre en pleine assemblée ; cela se venge ordinairement comme les assassinats et les trahisons. Pour revenir à Vénus , son fils lui promit qu'il la vengeroit. Sur cette assui*ance, elle s'en alla à Gythère en équipage de triomphante. Au lieu de passer par les airs, et de se servir de son char et de ses pigeons, elle entra dans une conque de nacre , attelée de deux dauphins. La cour de Neptune l'accompagna. Ceci est proprement matière de poésie : il ne siéroit guère bien à la prose de (iécrire une cavalcade de
dieux marins : d'ailleurs je ne pense pat qa'oi pût exprimer avec le langage ordinaire ce qm la déesse parut alors.
C'est pourquoi nous dirons en langage rimé Que l'empire flottant en demeura charmé. Cent tritons la suiTant jusqu'au portdeGytlière» Par leurs divers emplois s'efforcent de lui plaira. L'un nage à l'entour d'elle, et l'autre au fond des Lni cherche du corail et des trésors DOUTesoi. L'un lui tient un miroir fiiit de cristal de rodie; Aux rayons du soleil Tautre en défend l'approche. Palémon , qui la guide , érite les rocben : Glauque de son cornet fait retenth: les mers : Téthys lui fait ouïr un concert de sirènes. Tous les Tents attentifs retiennent leurs haleiiM». Le seul Zéphyre est libre , et d'un sonflle amoureui n caresse Vénus, se joue à ses chereux ; Contre ses fétements parfois il se oourronoe. L'onde, pour la toucher, à longs flots s'eni Et d'une égale ardeur chaque flot à son tour S'en Tient baiser les pieds de la mère d'Amour.
Gela devoit être beau , dit Gelasie ; mais j merois mieux avoir vu votre déesse au miieB d'un bois , habillée comme elle étoit quand eik plaida sa cause devant un berger. Chacun sourit de ce qu avoit dit Gelaste ; puis Polyplde continua en ces termes :
A peine Vénus eut fait un mois de s^our 1 Cytbère, qu'elle sut que les sœurs de son eanemie étoient mariées; que leurs maris » qû étoient deux rois leurs voisins, les traitoient avec beaucoup de douceur et de téoioignagei d*affection; enfin qu elles avoient sujet de se 'Croire heureuses. Quant à leur cadette * il m lui étoit resté pas un seul amant, elle qui en avoit eu une telle foule que l'on en savoit i peine le nombre : ils s*étoient retires comme par miracle, soit que ce fût le vouloir des dieux, soit par une vengeance particulière de Cupidon. On avoit encore de la vénération , du respect, de l'admiration pour 'elle, si vous voulez; mais on n avoii plus de ce qu'on appelle amour : cependant c'est la véritable pierre de toudie à quoi l'on juge ordinairement des charmes de ce beau sexe.
Cette solitude de soupirants, près d'une personne du mérite de Psyché, fut regardée comme un prodige, et fit craindre aux peuples de h Grèce qu'il ne leur arrivât quelque chose de fort sinistre. En effet, il y avoit de quoi s'étonner. De tout temps l'empire de Cupidon , aussi
bien que celui des flots, a été sujet à des chaogemenls; mais jamais il n'en étxAl an-ivé de semblable * au moins n'y en avoit-tl point d'exemples dans ces pays. Si Psyché n'eùl été que belle, on ne leùl pas trouvé si élrange; nais, cummft j'ai dit, outre la beauté qu'elle posséduit en un souverain de^^ié de perreclion, H ne lui manquoit aucune des {;races nécessaires pour se faii-c aimer : on lui voyait un million d'amours, ci pas un amant.
Après que chacun eut bien raisonné sur ce niracle, Vénus déclara qu'elle en étoit cause; qu'elle s'étoil ainsi vengée par le moyen de son fils; que les parents de Psyché n'avoient qu'à préparera d'autres malheurs, jiarcequesou BHlicnatiun durcroit autant que la vie, ou du autant que la beauté de leur fille; qu'ils ■uroieut beau s'humilier devant ses autels, et que les sacrifices qu'ils iulferoîentseroient inutiles, A moins que de lui sacrifier Psyché même. C'est ce qu'on n'éloit pas résolu de faire : loin ! cela , quelques personnes dirent â la belle que la jalousie de Vénus lui étoit un témoignage bien glorieux , et que ce n'étoii pas être trop malheureuse que de donner de l'envie à une lesse , et à une déesse telle que celle-là. Psyché eût vduIu que et» fleurettes lui eussent été dites par un amant. Bien que sa Berté rcmpéchJlt de témoigner aucun déplaisir, elle ne lit pas de verser des pleurs en secret. Qu'ai-je fait au fils de Vénus? disoit-elle souvent soi-même ; et que lut ont fait mes sœurs, qui contentes ? elles ont eu des amants de reste; moi, qui croyots être la plus aimable, je n'en à plus. De quoi me sert ma beauté ? Les dieux , m me la donnant , ne m'ont pas Tait un si giand ■ni que l'on s'imagine : je leui- en rends la illeure ]>art; qu'ils me laissent au moins un naol , il n'y a Klle si misérable qui n'en ait un : seule Psyché ne sauroit rendre personne sureux ; les cucurs que le hasard lui a donnés , m peu de mérite les lui fait perdre. Comment c puis-je montii'P apriis ct-t nflronl? Va , Psycbë , va te cacher au fond de queiijue désert : les dieux ne t'ont pas faite pour être vue , puîsl'ils no t'ont pas faite pour éti'e ;ûméc. Tandis ({u'elle se plaignoit ainsi , ses parents s'afiligeuientpas moins de leur part; el ne gtouvant ne rrsrmdre à )a laisser sans mari, ils