LIVRE
donné un de déesse en la plaoe. Les affliolionsy le travail, la crainte, le peu dereiMis et de, nourriture , avoient toutefois diminué ses appas; si bien que, sans une force de beauté extraordinaire, ce n'auroit plus été que l'ombre de cet objet qui avoit tant fait parler de lui dans le monde. Bien lui prit d'avoir des charmes à moissonner pour le temps et pour la douleur, et encore de reste pour elle. Le plus cruel de son aventure étoit les craintes qu'on lui donnoit. Tantôt elle entendoit dire que Vénus la faisoit chercher par d'autres gens; quelquefois même qu'elle éioit tombée entre les mains de son ennemie, qui, à force de tourments , l'avoit rendue méconnoissabie.
Un jour elle eut une telle alarme, qu'elle se jeta dans une chapelle de Gérés, comme en un asile qui de bonne fortune se présentoit. Cette chapelle étoit près d^un champ dont on venoit de couper les blés. Là les laboui*eurs des entrons ofFroient tous les ans les prémices de leur récolte. Il y avoit un grand monceau de javdies à l'entrée du temple. Notre bergère se prosterna devant l'image de la déesse; puis lui mit au bras un chapeau de fleui's, lesquelles elle venoit de cueillir en courant et sans aucun choix : c 'étoit de ces fleurs qui croissent parmi les blés. Psyché avoit oui dire aux sacrificateurs de son pays qu'elles plaisoienl à Gérés , et qu'une personne qui vouloit obtenir des dieux quelque chose ne devoit point entrer dans leurs maisons les mains vides. Après son offrande , elle se remit à genoux , et fit ainsi sa prière.
Divinité la plus nécessaire qui soit au monde, Boorrioedes hommes, protége-moi contre celle qae je n'ai jamais offensée : souffre seulement que je me cache pour quelques jours entre les javelles qoi sont à la poite de ton temple, et que je vive du blé qui en tombera. Cythérée se plaint de ce que son fils m'a voulu du bien ; mais puisqu'il ne m'en veut plus, n'est-ce pas assez de satisfaction pour elle , et assez de peine pour moi? Faut-il que la colère des dieux soit si grande? S'il est vrai que la Justice se soit retirée parmi eux, ils doivent considérer rinno<cence d'une |)ersonne qui leur a obéi en se mariant. Ai-jecoritniipu Toraclc? ai-jc usé d'aucun artifice pour nio fain^ aimer? puis-je mais si un dieu me voit? quaiidjem*enfermeroisdansuno
tour, ne me verroit-il pas? Tant s en faut qu en l'épousant je crusse faire du déplaisir à sa mère; car je croyois épouser un monstie. Il s'est trouvé que c'éloit l'Amour, et que j'avois plu à ce dieu. C'est donc un crime d'être agréable! llélas! je ne le suis plus , et ne l'ai jamais été par ma faute. Il ne se trouvera point que j'aie employé ni afféterie ni paroles ensorcelantes. Vénus a encore sur le cœur l'indisci^étion des mortels qui ont quitté son culte pour m'honorer. Qu'elle se plaigne donc des mortels ; mais de moi , c'est une injustice. Je leur ai dit qu'ils me faisoient tort. Si les hommes sont imprudents , ce n'est pas à dire que je sois coupable.
C'est ainsi que notre bergère se justifioit à Gérés. Soit quc'Ies déesses s'entendent, ou que celle-ci fût fâchée de ce qu'on l'avoit appelée nourrice, ou que le Ciel veuille que nos prières soient véritablement des prières, et non des apologies, celle de Psyché ne fut nullement écoutée. Gérés lui cria de la voûte de sa chapelle qu'elle se retirât au plus vite, et laissât le tas de javelles comme il étoit; sinon Vénus en auroit l'avis. Pourquoi rompre en faveur d'une mortelle avec une déesse de ses amies? Vénus ne lui en avoit donné aucun sujet. Qu'on dit tout ce qu'on voudroit de sa conduite, c'étoit une bonne femme qui lui avoit obligation , à la véi'ité , ainsi qu'à Bacchus ; mais elle le savoit bien reconnoitre , et le publioit par-tout.
Ce fut beaucoup de dé(daisir à Psyché de se voir excluse d'un asile où elle auroit crji être mieux venue qu'en pas un autre qui fût au monde. £n efl'et, si Cérès, bienfoisanle de son naturel et qui ne se piquoit pas de beauté, lui refusoit sa protection , il n'y avoit guère d'apparence que les déesses tant soit peu galantes et d'humeur jalouse lui accordassent la leur. D'y intéresser des dieux, c'étoit s'exposer à quelque chose de pis que la persécution de Vénus : il falloit savoir auparavant quelle sorte de reconnoissance ils exigeroient de la belle. Encore le plus à propos étoit-il de ne s'adresser qu'aux divinités de son sexe, tant pour empêcher la médisance que [)Our ne donner aucun ombrage à son maii. Junon là-dessus lui vint en l'esprit.
Psyché crut qu*y ayant quelque sorte d'émulation entre Cythérée et celte déesse, et pour
LES AMOURS DE PSYCHÉ
le crédit et pour la beauté, la reine des dieux seroit bien aise de trouver une occasion de nuire à sa concurrente, suivant l'usage de la cour, et le serment que font les femmes en venant au monde.
Il ne fut pas difficile à notre bergère de trouver Junon : la jalouse femme de Jupiter descend souvent sur la terre, et vient demander aux mortels des nouvelles de son mari.
Psyché l'ayant rencontrée lui chanta un hymne où il nétoit fait mention que delà puissance de cette déesse; en quoi elle commit une faute : il valoit bien mieux s*étendre sur sa beauté ; la louange en est tout autrement agréable. Ce sont les rois que l'on n'entretient que de leur grandeur : pour les reines , il fout les féliciter d'autre chose , qui veut bien faire. Aussi l'épouse de Gupidon fut-elle éconduite encore une fois. La différence qu'il y eut fut que celle-ci se passa quelque peu plus mal que la première. Car, outre les considérations de Cérès, Junon ajouta qu'il falloit punir ces mortelles à qui les dieux font l'amour, et obliger leurs galants à demeurer au logis. Que venoientils faire parmi les hommes? conmie s^il n'y avoit pas dans le ciel assez de beautés pour eux ! Non qu'elle en pariât pour son intérêt, se souciant peu de ces choses, et ne craignant du côté des charmes qui que ce fût.
La reine des dieux ne disoit pas tout : il y avoit encore une raison plus pressante que cela, comme on pourroit dire quelque étincelle de ce feu dont on n'avertit les voisins que le moins qu'on peut. Une femme judicieuse ne doit point désobliger le fils de Vénus : sait-elle si quelque jour elle n'aura point affaire de lui? Apparemment le courroux du dieu duroit encoj*e contre Psyché : ainsi le plus sûr étoit de ne point entrer dans leurs différends.
Notre bergère, rebutée de tant de côtés, ne sut plus à qui s'adresser. Il resloit véritablement Diane et Pallas ; mais Tune et Fautrc , ayant fait vœu de virginité, n*auroient pas les prièrea d'une femme pour agréables , et croiroient souiller leurs oreilles en les écoutant.
Toutefois, comme Diane rendoitdes oracles, la bergère crut que pour le moins cette déesse ne seroit pas si farouche que de lui en refuser un, et eue ne lui demanderoit autre chose.
Aussi bien s'en rendoit-il en un lieu tout proche : ce ne seroit pas pour elle un fort gnad détour. Le lieu étoit à rentrée d'une forêt atrémement solitaire et propre à la chasse. îhat y avoit un temple dont elle feisoit une de ib maisons de plaisir. On faisoit environ deax mille pas dans le bois ; puis on rencontrât clairière qui servoit comme de parvis au pie. Il étoit petit, mais d'une fort beUe ardîtecture. Au milieu de la clairière on avoit phoé un obélisque de marbre blanc, à quatre faces, posé sur autant de boules , et âevé sur un piédestal ayant de hauteur moitié de celle de Fobélisque. Sur chaque côté du plinthe qui regardoit directement, aussi bien que les faces de la pyramide, le midi, le septentrion» le couchant et le levant , étoient entaillés ces mois :
< Qui que tu sois, qui as sacrifié a l'Amour ou A l'Hyménée, garde-toi n'BsnuK dans mon sanctuaire. >
Psyché, qui avoit sacrifié à Tun et à Faotre, n'osa entrer dans le temple ; elle demeura à h porte, où la prétresse lui apporta cet oracle : ' < Gesse d'être errante : ce que tu cm-
GHES A DES AILES : QUAND TU SAURAS COIB LUI MARCHER DANS LES AIRS, TU SERAS BD- REUSE. >
Ces paroles ne démentoient point l'ambiguité et l'obscurité ordinaire des réponses que font les dieux. Psyché se tourmenta fort pour en tirer quelque sens , et n*en put venir à booL Que le Ciel , dit-elle, me prescrive ce qu*il voudra , il faut mourir, ou trouver l'Amour. Noos ne le saurions trouver ; il faut donc mourir : allons nous livrer à notre ennemie; c'en est le moyen. Biais l'oracle m*a assurée que je quelque jour heureuse : allons nous jeter pieds de Vénus ; nous la servirons, nous eodih rerons patiemment ses outrages ; cela l'émouvra à compassion ; elle nous pardonnera , nons recevra pour sa fille , fera ma paix eile-méme avec son fils.
C'étoient là les plus belles espérances du monde, et bien enchaînées, comme vous voyes: un moment de réflexion les détniisoit toutes.
Psyché se confirma toutefois dans son dessein. Elle s'informa du plus prochain temple de Cythérée, résolue, si la déesse n'y étoit présente , de sembarquer et d'aller en Cyprc
On lui dit qu'à tiuisuii qpiati'e joiimees de lit il en avoit un fort fiameus et fort fix<(|ucaté, irtaot pour inscription :
A LA DÉESSU: DBS GhACES.
Apparemment Vénus s'y plaisoit, et y tcnoit Hivenl en personne son tribunal, \-u les miqui s'y faisuienl , et le grand concours de fens qui y accouioient de tous les cillés. H y aïoit Hiénic qui se vantoieut de l'y avoir vue plusieurs bis.
Piotre bergère se met en chemin , plus lieu- (^ lui sembloit , que devant l'oracle : car Ile savait du moins ce qu'elle avoit envie de faire ; sorliroit d'irrésolution et d'incertitude , lui sont les pires de tous les maux ; pourroit l'Ajitour, n'y ayant pas d'apparence ipie 1 mère vlnl si souvent en un lieu sans l'y amcer. Supposé <iuc la pauvre épouse n'eût celle Itisfaction qu'en présence d'une lielle-mère qui la haissoit, et qui, bien loin de la recon- IK>Hrv pour sa bru , la iraiteroit en esclave ; c'étoil toujours quelque chose : les affaires pourruient changer; la compassion, la vue de la belle, son humilité, sa douceur, le peu de IIfaerié de l'entretenir, tout cela seroit capalile de rallumer le désir du dieu. En lout cas elle le verruil , et c'éioit beaucoup : toutes peines lui scruieni douces , quand elles lui pourroienl procurer un quart d'heure de plaisir.
Psyché se flaitoit ainsi : pauvre infortunée qui ue songcoit pas combien les haines des femmes sont violentes! Uélas ! la belle ne &avoit guère ce que le destin lui pn^parait. Le GuDur Ini battit pourtant d^>s qu'elle approcha de la contrée oii éloit le lejnpie. Long-temps devant que l'on y arrivât, on respiroil un aii' embaumé, tant à cause des personnes qui ve- WHent offrir des parfums k la déesse , et qui ëtoicnt parfumées elles-mêmes, que parccque le chemin étoit bordé d'orangers, de jasmins, de myrtes . ei tout le pays parsemé de fleurs.
On dccouvroit le UMnple de loin , quoiqu'il fût situé dans une vallée; mais cette vallée étoit spacieuse, plus longue que large, ceinlc de coteaux moneilleuscmont agréables. Ils éloient mêlés de bois, de champs, do prairies, d'habilAtioQs qui se R'ssentoient d'un long lahiie. Vénus avoit obtenu de Mars une sauvegarde ^ pour tous ces heux. Les animaux mâme ne s'y
E IL i'Si
faisoient point la guerre; jamais de loups {jamais d'autres pièges que wux que l'Amour hiil lendre. Dès qu'on avoit atteint l'âge de disccrneiiienl, on se laisoit enregistrer dans la confrérie de ce dieu : les Hlles à douze ans, les gar^'ons k quinze. H y en avoit à qui l'amour venoit devant la raison. S'il se renconiruit une indifférenle , on en purgi-oit le pays ; sa famille etoit séquesti'ée pour un certain temps : le clergé de la iléesse avitil soin de puriiicr le canton où ce pi-odige éloit survenu. Vuilâ quant aux mœurs ei au gouvernement du jiays. il ationduit en oiseaux de joli plumage. Quelques tourterelles s'y rcncontruient : ou en coui|)tuit jusqu'à trois espèces: tourterelles oiseaux» tourterelles nymphes, cl tourterelles bergères^ La seconde espace étoit rare.
Au milieu de la vallée couloit un canal de n)6me longueur que la plaine , large comme un tlouvc, et d'une eau si transparente, qu'un atome se fût vu au fond ; en un mot , vrai cris* lai fondu. Force nymphes et force sirènes s'y jouoienl ; on les prenoit à la main. Les personnes riches avoient coutume de s'embarquer sur ce canal, qui les conduisoit jusqu'aux degrés du parvis. Ils louoieni je ne sais combien d'Amours : qui plus, qui moins, selon la charge qu'avxut le vaisseau; chaque Amour avoit sou cygne, qu'il atteloit à la l>arque; et, monté dessus, il te conduisoit avec nu ruban. Deux autres nacelles suivoîent, l'une chargée de musique, l'autre de bijoux et d'oranges douces. Ainsi s'en alloit la barque fort gaiement.
De chaque cdté du canal s'élendoil une prairie verte comme fine émei-aude , et bonlée «l'ombrages délicieux.
Il n'y avoit point d'autres chemins : ceux-là éloient tellement A-équentés, que Psyché jugea k propos de ne marcher que de nuit. Sur le point du jour elle arriva it un lieu nommé deux sépultures. Je vous en dirai la raison , ce<|uc l'origine du temple en dépend.
On roi de Lydie, appelé Philochart-s , piÈ autrefois les Giirs de lui donner femme. Il ne lui impoi-toit de qudlc naissance*, pourvu que la beauté s'y trouvât : une fille est noble quand elle est hclie. Ses ambassadeurs disoioni que leur prince avoil le goût exlrèmemenl délicat.
Ou lui envoya deux jeunes iïlks ; l'une s'a^
ir le
peloit MyriiSy l'autre Megano. Celle-ci étoit fort g^rande, de belle taille, les traits du visage très beaux , et si bien proportionnés qu'on n'y trouvoit que reprendre; l'esprit fort doux. Avec cela, son esprit, sa beauté, sa taille, sa personne, ne touchoient point, faute de venus* qui donnât le sel à ces choses. Myrtis, au contraire, excelloit en ce point-là. Elle n'avoit pas une beauté si parfaite que Megano : môme un médiocre critique y auroit trouvé matière de s'exercer. En récompense, il n'y avoit si petit endroit sur elle qui n'eût sa venus, et plutôt deux qu'une , outre celle qui animoit tout le corps en général. Aussi le roi la préfera-t-il à Megano, et voulut qu'on la nommât Aphrodisée, tant à cause de ce charme que parceque le nom de Myrtis sentoit sa bergère, ou sa nymphe au plus , et ne sonnoit pas assez pour une reine.
Les gens de sa cour, afin de plaire à leur prince , appelèrent Megano Anaphrodite. Elle en conçut un tel déplaisir, qu'elle mourut peu de temps après. Le roi la fit enterrer honorablemoit.
Aphrodisée vécut fort long-temps , et toujours heureuse, possédant le cœur de son mari tout entier : on lui en offrit beaucoup d'autres qu'elle refusa. Gomme les Grâces étoient cause de son bonheur, elle se crut obligée à quelque reconnoissance envers leur déesse, et persuada à son mari do lui faire bâtir un temple, disant que c'étoil un vœu qu'elle avoit lait.
Philocharès approuva la chose : il y consuma
> Faute de grâce, d'agrément, Richelet» daas son Dictionnaire (Genève, 1679 , in-40, page IIG). dit que le mot venu* ae prend au figuré, et qu'en parlant du style et du lanjçage il signifie agrément, l>eauté. Puis il cite celte phrase du Gilles BoUeau de l'Académie françotsc . dans sa Béponse à Costar, 1659, in^o: « Voilà , monsieur, cet air inimitable . cette gaieté « et cette vé9tus (|ue tous ne trouvez pas dans les écrits de I Balzac. > On n'emploie plus ce mot en ce sens , mais on fait quelquefois usage de celui de cénusté, ipic Hiclielet n'admettoit qu'avec réserve dans son Dictionnaire , ne tix)uvant pas d'exemple qu'il eût été employé i>ar aucun bon écrivain. L'Académie françoise a rejeté ^^ement ces deux mots , et on ne les trouve ni dans la première ni dans la deniicre édition de son Dictionnaire. On peut consulter la discussion qui eut lieu à ce si^ct entre Ménage et le père Bouliours. Voyez Ménage, sur (a Langue française, 1073, iii-12, p. 538, ou [i. 409 de la première édition du même ouvrage, 1(772, in-1'2. — Bouhoui-s. Doutes sur la Unujue française, 1675, seconde édition , p. 6 et 7. — Rt Remarques nauvrlles sur la langue française, troisième édition, 1692, p. 3-23. — Et enfin Ménage, Sur la langue française, seconde partie. 1676, ch.64, p. 233.
DE PSYCHÉ
tout ce qu'il avoit de richesses ; puis ses nijflto y contribuèrent. La dévotion fut si grande, que les femmes consentirent que Ton vendit leon colliers, et, n'en ayant plus, elles sui\ireiii' Texemple de Khodope.
Myrtis eut la satisfaction de voir, avant qae de mourir, le parachè>'ement de son vœu. Ele ordonna par son testament qu'on lui faàtlt n tombeau le plus près du temple qu'il se poirroit, hors du parvis toutefois , joignant le dM>min le plus fréquenté. Là ses cendres seitMat enfermées , et son aventure écrite à reodnoitk plus en vue.
Philocharès , qui lui survécut , exécoia celle volonté. Il fit élever à son épouse un mausolée digne d'elle et de lui aussi; car son oomr y (k^ voit tenir compagnie à celui d'Apbrodisée. El, pour rendre plus célèbre la mémoire de oett chose, et la gloire de Myrtis plus grande, oi transporta en ce lieu les cendi*es de Meguoi Elles furent mises dans un tombeau presqv aussi superbe que le premier, sur Tautre oitlé du chemin : les deux sépulci*es se regardoieM. On voyoit Myrtis sur le sien, entourée d'Amours qui lui accommodoient le corps etla tte sur des carreaux. Megano, de l'autre part,* voyoit couchée sur le côté, un bras sous la téie, versant des larmes, en la posture où dleéui morte. Sur la bordure du mausolée où repoBoit la reine des Lydiens, ces mots se lisoient :
«Ici REPOSE Myrtis, qui parvint a u
ROYAUTÉ PAR SES CHARMES, ET QUI EN ACQIjIT U
SURNOM D* Aphrodisée. »
A Tune des faces , qui regardoit le diemii, ces autres paroles étoient :
cVoUS QUI ALLEZ VISITER CE TEHPLB, All£-
TEZ UN PEU, ÉCOUTEZ-MOI. De SIMPLE BERCtU QUE j'ÉTOIS NÉE , JE ME SUIS VUE REINE. Ce QUI M*A PROCURÉ CE BIEN , CE n'eST PAS TA5T U BEAUTÉ QUE CE SONT LES GRACES. J'aI PLU, H CELA SUFFIT. C'eST CE QUE J'aVOIS A VOUS DIRE.
Honorez ma tombe de quelques fleurs; n,
POUR récompense , VEUILLE LA DÉESSE DEsGrI- CES QUE VOUS PLAISIEZ ! »
Sur la bordure de Tautre tombe étoient ces paroles :
< Ici sont les cendres de Mei;ano, Qti n
PUT (.ACNEK LE COEUR QU'eLLE CONTESTOIT, quoiqu'elle El T une beauté ACCOMPLIE. »
, b htx du iuiiil>eau lus aulrcs [taroles se »ntroienl :
Si les rois me m'ont aihéb , ce n'est pas ; jk kk fusse ass^ belle pour hériter que
OIEl'X m'aiMASSEKT ; MAIS JE n'ÉTOIS PAS,
-o:«, ASSEZ JOLIS. Cela SE PEUT-IL? Oui,
A SB PEUT, ET SI BtE» gU*OH ME PRÉFÉRA MA
VACHE. Elle EN acquit le surnom d'Apbro ÏK , moi celui d'Anaphroditb. J'eh suis
ITE pE DÉPLAISIR. AdiEC, PASSANT; lE KE TE lE.tS PAS DAVANTAGE. SoiS PLUH HEUREUX : JE n'ai ÉTÉ, ET NE TE METS POINT RN PEINE DONNER DF^ LARVES A MA HÉHOtRC. Si JE FAIT LA JOIE DE PERSONNE, DU MOINS NE ;-JE TROUBLER LA JOIE DE PERSONNE AUSSI.'
lyché ne laissa pas de pleiii-er. Me{jano , 41e , je ne comprends f ien ii ton aventure, veux que Myrtiseûtdes grâces: n'est-ce pas avdr aussi i|uc d'élre belle eumine lu élois? au . M<^no : ne rel'use point mes larmes , lis accoutumée d'en verser. Elle alla ensuite r des fleurs sur la tombe d'Aplirodîsée. etie cérémonie étant faite, le jour se trouva > Cl and pour lui faire amsidérer le templa m aise, L'aicliiicclure en éloit cx<]uise, et it autant de {|race que do maj(%té. l.'ait^hie 8'étoit servi de l'ordre ioniigue it cause de âégnace. De tout cela il résulbHt une véque je ne saurois vous dépeindre. 1^ fronrépondoit incrveilleusi-nient bien au Sur le tympan du fronton se voyoit la uance de CytlK^rec en N{^res de Itaul lelief. R ëloil assise dans une conque, en l'état ne personne qui vicndrciit de se l>aî{}ner, et ne t'eroit que sortir de l'eau. Une des Gralui épreîgDoit les cheveux encoi-e Uiul mouil- : une autre lenoîl des habits tout prêts (Miur lui vétjr dès que la troisième auioil achevé ressuyer. La di«sse rt'j^ardoil son tils , qui laçoît déjà l'univers d'une de ses flèches. X Nrènes tiraient la conque ; mais, comme B machine étoit {grande , le Zêphyrc la pousun peu. Des tégions de Jeux cl de Ris se int'noientdansk<satrG:carVénus naquit avec son »|uipa{;e , toute {-raude, toiiie fbniK^-, me prête â recevoir de l'amour et à en <lniir. I.es gens do Paphos se voyoïent de loin r la rive, tendant leK mains , les levant au , et ravis d'admifaiion. Ia-s colonnes et l'en-
toblemeni éloiunt d'un marbre plus blanc qu'albâtre. Sur la frise une table de marbre noir [>onoit pour inscription du lemple :
• A LA DÉESSE DES GrACES. >
Uctil entants à demi couchés sur l'arcbiU'ave laissoient pendre  des cordons une médaille h deux têtes : c'éloient celles des fondateurs. A l'entour de la médaille on voyoit écrit :
< Philocharès, ET Mvrtis Apurodisék, son
ÉPOUSE, ONT dédié CE TEMPLE A VÉNUS. •
Sur diaque l>a$e des deux colonnes les plusproches de la |>or[e , étoient eniailléi ces mots :
< Ouvrage de Ltsimante; • nom de l'aicbitecie apparemment.
Avant que d'entrer dans le lempfe, je vous dirai un mot du parvis. C'éloient des ]H>rtiqDes ou galeries basses; et au-dessus, des appaitemens fort superbes , chambri^dorées , labinets et bains; enfin mille lieux ou ceux qui appoptoîent de l'argent trou voient de (|uot l'employer; ceux qui n'en apportoient point , on les rcnvoyoil.
Psyché, voyant ces merveilles, ne se put tenir de soupirer : elle se souvint du palais dont elle avoit été la mailresse.
(^dedans du temple étoit orné à proportion, Je lie m'arrêterai pas à vous le déctire assez ()ue vous sachiez que toutes soc vœu X , dont toutes sortes de [tersonncs s'étoienE at^uittées, s'y voyoient en des chapelles particulières, pour éviitT la confusion et ne rien cacher de l'architecture du temple. I.à quelques auteurs avoient envoyé <les offrandes pour reconnoissance de la venus ■ que leur avoit départie le Ciel. Us étaient en petit nombre. I.i?9. autres arts, comme la peinture et ses sœurs, en fuurnissoient beaucoup davantage. Mais la multitude venoii di« belles et de leurs amants ; l'un [lourdes laveurs secrètes, l'autre (HUirun mariage, celle-ci pour avoir enlevé un amant ~ cette aulre-lù. Unecariaine Callinicé, qui a'éto^ jusqu'il soixante ans bien mainienue avec ~ Grâces , et encoi-e mieux aven lesPlaiiùrs, ai dimné utielam|te do venninl doré et la peintura! de ses amours. Je ne vous aurois jamais sp<k:ilt^' ces dons ; il s'en irouvoit mt^me de capil»im« , ' duul li-s exploits, comme dit le twn Amynt,
■ Or b jçrici-. — Vliyci cwUwim , p. *».
LES AMOURS DE PSYCHÉ
avoient cette grâce de soudaineté ' qui les rendoit encore plus agréables.
L'architecture du tabernacle n'étoit guère plus ornée que celle du temple» afin de garder la proportion , et de crainte aussi que la vue , étant dissipée par une quantité d'ornements, ne s'en arrêtât d'autant moins à considérer l'image de la déesse , laquelle étoit véritablement un cheM'œuvre. Quelques envieux ont dit que Praxitèle avoit pris la sienne sur le modèle de oelle-là. On l'avoit placée dans une niche de marbre noir, entre des colonnes de cette même couleur : ce qui la rendoit plus blanche, et faisoit un bel efiet à la vue.
A Tun des côtés du sanctuaire on avoit élevé un trône où Vénus, à demi couchée sur des coussins de senteurs , recevoit , quand elle venoit en ce temple, les adorations des mortels , et distribuoit ses grâces ainsi que bon lui sembloit. On ouvroit le temple assez matin, afin que le peuple fût écoulé quand les personnes qualifiées entreroient.
Cela ne servit de rien cette journée-là ; car dès que Psyché parut, on s'assembla autour d'elle. On crut que c'étoit Vénus qui , pour quelque dessein caché ou pour se rendre plus femilière, peut-être aussi par galanterie, avoit un habit de simple bergère. Au bruit de cette merveille , les plus paresseux accoururent incontinent.
La pauvre Psyché s'alla placer dans un coin du temple, honteuse et confuse de tant d'honneurs dont elle avoit grand sujet de craindre la suite, et ne pouvoit pourtant s'empêcher d*y prendre plaisir. Elle rougissoit à chaque moment, se détournoit quelquefois le visage, témoignoit qu'elle eût bien voulu iaii*e sa prière : tout cela en vain; elle fut contrainte de dire qui elle étoit. Quelques uns la crurent; d'autres persistèrent dans l'opinion qu'ils avoient.
La foule étoit tellement grande autour d'elle, que quand Vénus arriva, cette déesse eut de la peine à passer. On l'avoit déjà avertie de celle aventure; ce qui la fit accourir le visage eu feu comme une Mégère, et non plus la reine des Grâces, mais des Furies. Toutefois, de peur de sédition , elle se contint. Ses gardes lui ayant
< Vof ee ci-dcs8iu , p. 436.
fait faire passage, elle s'alla placer sur son irftie, où elle écouta quelques suppliants avecasseide distraction.
La meilleure partie des hommes étoit <fe' meurée auprès de Psyché avec les fenunes ki moins jolies, ou qui étoient sans prétentinet sans intérêt. Les autres avoient pris d'abord le parti de la déesse ; étant de la politique, parai les personnes de ce sexe qui se sont mises sv le bon pied, de faire la guerre aux survanDtes^ comme à celles qui leur ôtent , pour ainsi dire, le pain de la main. Je ne saurois vous assurer bien précisément si elles tiennent cette ooi* tume-là des auteurs, ou si les auteurs la tiesnent d'elles.
Notre bergère n'osant approcher, la déew la fit venir. Une foule d'honunes raccompagn; et la chose ressembloit plutôt à un triomphe qu'à un hommage. La pauvre Psyché n'éloit nullement coupable de ces honneurs : au cmtraire, si on l'eût crue, on ne i*auroit pas regardée : elle faisoit , de sa part, tout ce qu'ne suppliante doit faire. La présence de VéonslB avoit fait oublier sa harangue. Il est vrai qu'elle n'en eut pas besoin : car, dès que Vénus h vit, à peine lui donna-t-elle le loisir de se prosterner : elle descendit de son trône. Je vous veux, dit-elle, entendre en particulier : v^iez à Fit phos; je vous donnerai place en mon char.
Psyché se défia de cette douceur ; mais quoi! il n'étoit plus temps de délibérer ; et puis c'étoit à Paphos principalement qu'elle espéroit revoir son époux.
De crainte qu'elle n'échappât , Vénus h fit sortir avec elle ; les hommes donnant mille bénédictions à leurs deux déesses, et une partie des femmes disant entre elles : C'est encore trop que d'en avoir une : éiablissons paroi nous une république où les vœux , les adonlions, les services, les biens d'Amour, seront en commun. Si Psvché s'en vient encore une fois amuser les gens qui nous serviront à quelque chose , et qu'elle prétende réunir ainsi tous les cœurs sous une même domination , il nous la faut lapider. On se moqua des républicaines, et on souhaita bon voyage à notre bergère.
Cythérée la fit monter effectivement sur son char ; mais ce fut avec trois divinités de sa suite peu gracieuses : il y a de toutes sortes de gens