‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 495 sur 670 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

la cour. Ces divinités «ituient la Colère , la Jar»e el l'Ecvie; munsit-es soiais de l'abymc , (pitoyables licteurs qui ne marchoieDl point leurs fouets, et dont la vue seule ëtoit un ipplice. Venus s'en alla par un autre endroil. Quand Psyché se vit dans les airs, en si oiaucompaguie que celle-lH, un u-eniblemenl saisit ; sts cheveu\ se héi-isscrent, la voix lui ■ura au gosier. Elle fut long-temps sans ivoîr palier, iuiinubilc, changée en pierre, plutôt statue que personne vcriiablemeni rnve : un l'auroft crue morte, sans quelques lupirs qui lui échappèrent. Les diverses peides condamnes lui passèrent devant les yeux ; son imaginaiion les lui figura encore |dua cruelles qu'elles ne sont : il n'y en eut point (jue la ci-ainle ne lui Ht souffrir par avance. Cnfin , se jetant aux pieds de ces trois furies : Si quelque pitié , dit-elle , loge en vos cœurs , ne me faites pas languir davantage : dites-moi à quel tourment je suis condamnée. Ne vous auroil-on point donné ordre de me jeter dans b mer? Je vous en épargnerai la peine, si vous voulez , et m'y précipiterai moi-même. Les trois filles de l'Achcron ne lui nipondirent rien , et se vonlentërent de h regarder de travers. Elle étoit encore à leurs genoux lorsque le i'^MtUt. Il posa sa charge co un désert , dans l'arrière-eour d'un palais que Vénus avuit ' it bâtir entre deux montagnes, ù mi-chemin l'Amailionu; et de Papbos, Quand Cythércc lit tasse des embarras de sa cour, elle se relit en ce lieu avec cinq ou six de ses contidenies. Là, qui (|ue ce soit ne l'alloit voir. Des médisants disent toutefois que quelques amis particuliers avoient la clef du jardin,

Vénus éUHt déjà arrivée quand le char parut. Les trois salelUtes menèrent Psyché dans la dKUObre où la déesse se rajustoit. Cette même crainte qui avoit fait oublier à notre bergère la bsrangue qu'elle avoit faite, lui en rafraldiil la mémoire. Bien que les gi'andes passions troubien! res|)r'it , il n'y a l'icn qui rende cloquent comme elles.

Notre infortunée se prosterna û quati-e pas de la déesse , et lui parla de la soi'te : Reine des Amoui-s cl des Grâces , voici cette malheureuse esclave que vous cherchez. Je ne vous demande |»our récompense de l'avoir Uvree que la pen

mission de vous regarder. Si ce n'est point crilége à une misérable mortelle comme je suis de jeter les yeux sur Vénus, et de raisonner sur les charmes d'une déesse , je trouve que Tavei^ glement des hommes est bien grand d'estimer en moi de médiocres apj>as , après i)ue les vdues leur uni paru. Je me suis opposée inuUlement ù celte folie : ils m'ont rendu des honneurs que j'ai refusés, et que je ne méritois pas. Votre tils s'est laisse prévenir en ma faveur par les rapports fabuleux qu'on lui a fôils. Les destins m'ont donnée à lui sans me demander mon consentement. En tout cela j'ai failli , puisijue vous me jugez cou[iable. Je devois cacher des trails qui étoient cause de tant d'erreui-s, je devois les défigurer ; il fitlloit mourir, puisque vous m'aviez en aversion : je ne l'ai pas feit. 0^ donnez-moi des punitions « sévères que vous voudrez, je les souffrirai sans murmure; trop heui'euse si je vois votre divine boudie s'ouvrir pour prononcer l'arrêt de ma destinée

Oui, Psyché, repartit Vénus, je vous en doi nerai le pbisir. Votre feinte humilité ne touche point. Il falloit avoir ces sentimenu dire ces choses devant que vous fussiez en ma puissance. Lorsque vous étiez à couvert des atteintes de ma colèi-e, votre miioir vous disoit qu'il n'y avoit rien à voir après vous : niaiuia<^ nant que vous me ci'aiguez, vous me trouvex belle. Nous verrons bientât ([ui remporleia Tavaniage. Ma beauté ne saurott |)érir, et la vôtre dépend de moi : je la détruirai quand il me plaira. Commen<,'ons par ce corps d'albâtre dont mon lils a publié les merveilles, et qu'il appelle le temple de la blancheur. Prenez vos scions, tilles de la Nuit, et me l'empourprez a| bien, que cette blancheur ne trouve pas iiiéi un asile en son propie temple.

A cet ordre si cruel Psyché devint pAle tomba aux pieds de la déesse, sans donner aucune marque de vie. Cythéree se sentit cmue ; mais quelque démon s'op[H)$a à ce mouvement de piiié, et la fit wilir.

Dès qu'elle fut hors, les minisDes de sa i geance prirent des branclies de myrte: et bouchant les oreilles ainsi que les yeux, «Ile* déchirèrent l'haliit de notre bei^èi'e : innocent liabit, hélas! cvlle <iui l'avoit donné lui ctoyoii jH-ocurer un sort que tout le monde envicroit.

LES AMOURS DE PSYCHÉ

Psyché ne reprit ses sens qu'aux premières atteintes de la douleur. Le vallon retentit des cris qu'elle fut contrainte de faire : jamais les échos n'avoient répété de si pitoyables accents. H n'y eut aucun endroit d'épargné dans tout ce beau corps, qui devant ces moments- là se pouvoit dire en effet le temple de la blancheur : elle y régnoit avec un éclat que je ne saurois vous d^ peindre.

Là les Ils lui MiToient de trône et d'oreillers : Dei escadrons d'Amours , cliei l^yché llBuniliers ,

Furent cbassés de cet asile.

Le pleurer leur fiit inutile :

Rien ne put attendrir les trois flUes d'enfer; Leurs cœurs furent d'acier, leurs mains furent de fer. La belle eut beau souffrir: il fallut que ses peines Allassent jusqu'au point que les sœurs inhumaines Craignirent que Glothon ne 8ur?lnt à son tour.

Ah ! trop impitoyable Amour!

Eu quels lieux étois-tu ? dis , cruel ! dis , barbare ! C'est toi , c'est ton plaisir qui causa sa douleur ; Oui , tigre ! c'est toi seul qui t'en dois dire auteur; Psyché n'eût rien souffert sans ton courroux bizarre. Le bruit de ses clameurs s'est au loin répandu ;

Et tu n'en as rien entendu !

Pendant tous ces tourments , tu dormois, je le gage;

Car ta brûlure n'étott rien :

La belle en a souffert raille fois davantage

Sans l'avoir mérité si bien.

Tu devois venir voir empourprer cet albâtre; n finlloit amener une troupe de Ris :

Des souffrances d'un corps dont tu fus idolâtre

Vous TOUS seriez tous divertis.

Hélas ! Amour , j'ai tort : tu répandis des larmes Quand tu sus de Psyché la peine et le totinuent; Et tu lui fls trouver un baume pour ses charmes

Qui la guérit en un moment.

Telle fut la première peine que Psyché souffrit. Quand Cythérée fut de retour , elle la trouva étendue sur les tapis dont celte chambre étoit ornée y près d'expirer et n'en pouvant plus. La pauvre Psyché fit un effort pour se lever, et tûcha de contenir ses san{}lots. Cythérée lui commanda de baiser les cruelles mains qui lavoient mise en cet état. Elle obéit sans tarder, et ne témoi{;na nulle répugnance. Comme le dessein de la déesse n'étoit pas de la faire mourir sitôt, elle la laissa guérir.

Parmi les servantes de Vénus il y en avoil une qui tiahissoit sa maîtresse, et qui alloit redire à TAmour le traitement que Ton faisoit à Psyché, et les travaux qu'on lui imposoit. L'Amour ne manquoit pas d'y pourvoir. Cette

fois-la il lui envoya un baume exoeUeni pir celle qui étoit de l'intelligence, avec ordre de ne point dire de quelle part, de peur que P&yché ne crût que son mari étoit apaisé, ^ qu'die n'en tirât des conséquences trop avantagenao. Le dieu n'étoit pas encore guéri de sabrùlare, et tenoit le lit. L'opération de son baume irriia Vénus, à rinsu de qui la chose se coodoisoit, et qui , ne sachant à quoi imputer œ mirade, résolut de se défaire de Psyché par une autre voie.

Sous l'une des deux montagnes qui omh vroient à droite et à gauche cette maison, ëkÉ une voûte aussi ancienne que Tunivers. Là scnd*doit une eau qui avoit la propriété de rajeumr; c'est ce qu'on appelle encore aujourd'hui h fontaine de Jouvence. Dans les premiers tenpi

du monde il étoit libre à tous les morieb (Tt

aller puiser. L'abus qu'ils firent de ce Irénr obligea les dieux de leur en ôter Tusage. Piston, prince des dieux souterrains, conunitàli (prde de cette eau un dragon énorme. D m dormoit point, et dévoroit ceux qui éloient i téméraires que d'en approdier. Quelques hames se hasardoient , aimant mieux mourir qae de prolonger une carrière où il n*y avoit pin ni beaux jours ni amants pour elles.

Cinq ou six jours étant écoulés , Cythérée A à son esclave : Va-t'en tout-à-riieui*e à la footaine de Jouvence , et m'en rapporte une cmchée d'eau. Ce n'est pas pour moi , comme ti peux croire, mais pour deux ou trois de mes amies qui en ont besoin. Si tu reviens sans apporter de cette eau , je te ferai encore souffrir le même supplice que tu as soufibit.

Cette suivante , dont j'ai parlé , qui étoit aux gages de Cupidon , l'alla avertir. Il lui oummanda de dire à Psyché que le moyen d'endormir le monstre étoit de lui chanter quelques longs récits qui lui plussent premièrement, el puis l'ennuyassent; et sitôt qu'il dormiroit, qu'elle puisât de leau hardiment.

Psyché s'en va donc avec sa cruche. On n'osoit approcher de l'antre de plus de vingt pas. L'horrible concierge de ce palais en occupoit h plupart du temps l'entrée. 11 avoit Tadresse de couler sa queue entre des broussailles, en sorte (|u'elle ne paroissoil point; puis, aussitôt qne (|ueU|ue animal vcnoit à passer, fût-ce un cerf,

u cbf>v-al , un Ixi'uf , U: mun-stre la ramenoil p plusieurs rcluui-s, et en onlurlilloii les jambes Bi*oiiimalav<HiUTildf soiidaitioti;' cirlu furcc, n'il leffiisnil irèbtidicr, se jeloît dessus, puis Veare{>atsKoii. Pou de voya{;eui'$s'yirouvuii'nt : IVndroil éluil plus connu et plus difé (|uc le vaisina{;o de Scylla et Charybde. w|uc Psyché alla à cette Foniainp, le iminsire i rèjouissuil au sulril, qui lanlât doroït ses cailles , unlôi les Taisoit pacolirv de cent oou-

Psyché, qui savoit quelle dislance il falloit laisser entre lui et elle, car il ne puuvoit s'é- Kniln* fmi loin , le Sort l'ayant aiiaclié avec r<les diaîm-s de diamant: Psyché, dis-je, ne I s'officaya pas beaucoup : elle étoît aaouliimrâ Là voir des riragons. Kilo caclia I'! mieux qu'il riuî ^t possible lia cruche, et commença mélo- [ dicusement vc récit :

Braiton. hcdUI Angau , 6 la gnrso ttMDto . Je «lis nmM([èn' dn <limi :

II« m'ont enro;i^ en cr* Iti'ui TanoDurtr i]u« liieiilûl unejcriTic Wipcnlc, Xt «loi ctiaBS« tu Hileîl de luulnir caoune lui ,

p«rt«Ger ton vioplol.

1^ te iSuia cnouyor II (nirdcotlc v)c; lur l'entpm mmiiiiKnio.

gfnlildraBon, i|ui' ledlra)-je encor Qnl Mriiilnuilk Piqut topinlw'' Ton dm rduil cnmnic Qo or :

Tm jtui «ual nambanU romiiK brelM.

Tn la p«iii iwjciuiir laiu il(<pnDiller U prna. ^nctle MldlR d'arilir rhr* Uil reUe eau ! SI tu T«ut t'enrirliir. pvnuet» (|U(> l'on j pnisc; Oo^qu» triliia qu'il ftiillc , Il le trr» porte : Tenniaitiil.pxu'aiulr («IlecoinMiadll^, Oonneroul juiqu'i lour chcmbc.

PsyclK! chanta beaucoup d'autres choses qui D'avoient aucune suîie, et quo les oiscaus de lieux ne purent par cousëijiieRt retenir ni Qous IpJt apj>ren<Ire. Le dragon l'écouta d'abord awi'. un ti'ès grand plaisir. À la fin ît comment ù bâiller, et pois s'endormit. Psyché prend vile Toccasion. Il falloit passer entre le dragon et l'un des lioi'd» de l'entrée : à pi'ine y ivoit-tl assez de place pour une personne, l'eu «'en fallut que la belle, de frayeur qu'elle eut, laissitl tomber sa cruche ; ce qui eut été pire fi la goutte d'huile. Ce dorincur-ci n'étoit

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