‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 498 sur 670 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

k ^et de ficelle , un |)aniei% avec deux deniers.

9 Vous avez besoin de toutes ces choses, |)Oursuivit la tour. Que la profondeur de cette cave ne vous effraie point, quoiciue vous ayez pi'ès de mille marches a descendre : cette lampe vous aidera. Vous suivrez à sa lueur un chemin voûté qui est dans le fond , et qui vous conduira jusqu'au bord du &i\\. Il vous faudra donner ù Caron un de ces deniers pour le passage, aussi bien en revenant qu*en allant. C*est un vieillard qui n'a aucune considération i)our les belles , et qui

^ ne vous laissera pas monter dans sa barque sans

^ payer le droit. Le fleuve passé, vous rencontrerez un skne boiteux et n*en pouvant plus de vieillesse, avec un misérable qui le chassera. Celui-ci vous priera de lui donner, par pitié , un peu de ficelle, si vous en avez dans votre panier, afin de lier certains paquets dont son ànc sera charge. Gardez-vous de lui accorder ce qu*il vous demandera. C*est un piège que vous tend Vénus. Vous avez b(;soin de votre ficelle a une autre chose ; car vous entrerez incontinent dans un labyrinthe dont les routes sont fort aisées à tenir en allant ; mais , ({iiand on en revient, il est impossible de les démêler ; ce que vous ferez toutefois par le moyen de celte ficelle. 1^ porte de deçà du labyrinthe n'a point de portier ; celle de delà en a un : c est un chien qui a trois gueules, plus grand qu'un ours. Il discerne, ù Todorat, les morts d'avec les vivants; (ar il se rencontre des personnes qui ont affaire aussi bien que vous en ces lieux. I^e portier laisse [KIsser les premiers , et étrangle les autn» d(;vant qu*ils passent. Vous lui empâterez ses trois (pieules en lui jetant dans chacune une de vos boules de cire, autant au retour. Elles auront aussi la force de l'endormir. Dès que vous serez sortie du labyrinthe, deux démons des Champs- Elysées viendront au-devant de vous , et vous conduiront jusqu'au trônedeProserpine. Adieu, charmante Psyché , que votre voya{,^ vous soit heureux!

Psyché remercie la tour, prend le panier avec l'équipage, descend dans la cave; et, pour abréger, elle arrive saine et sauve au-delà du labyrinthe , malgré les spectres qui se présentèrent sur son passage.

Il qc sera |)as hors de pro[)os de vous dire qu'elle vit sur les bords du Styx gens de tous

états arrivant de tous les côtés. U y avoit dans la barque, lorsque la belle passa, un roi, un philosophe, un général d'armée, je ne sais combien de soldats, avec quelques femmes, Le roi se mit à pleurer de ce qu'il lui falloit quitter un séjour où étoient de si beaux objets. Le philosophe, au contraire, loua les dieux de ce qu'il en étoit sorti avant que de voir un objet si capable de le séduire , et dont il pouvoit alors approcher sans aucun péril. Les soldats disputèrent entre eux à qui s'asseoiroit le plus près d'elle, sans aucun respect du roi , ni aucune crainte du généial , qui n'avoit pas son bâton de commandement. La chose alloit à se battre, et à renverser la nacelle, si Caron n'eût mis le holà à coups d*aviron. I^ics fcnmies environnèrent Psyché, et se consolèrent des avantages qu'elles a voient perdus, voyant que notre héroïne en i^erdoit bien d'autres : car elle ne dit à personne qu'elle fût vivante. Son habit étonna pourtant la compagnie, tous les autres n'ayant qu'un drap.

Aussitôt qu'elle fut sortie du labyrinthe, les deux démons Tabonlèrent, et lui firent voir les singularités de ces lieux. Elles sont tellement étranges , que j*ai Ijesoin d'un style extraordinaire pour vous les décrire.

Polyphile se tut à ces mots; et, après quelques moments de silence, il reprit d'un ton moins familier :

Le n))aiiiiie des morts a plus d'une avenue : Il n'est route qui soit aux humains si connue, Des (|uatre coins du monde on se rend aui enfers ; Tisipbone les tient incessamment ouTerIf. La faim , le di^sespoir, les douleurs, le looft flgc , MîMieut par tous endnntB à rc triste passape ; El quand il est franchi , h» fllles du Destin Fik*nt au\ habitants une nuit sans malin. Orph('*e a toutefois mOritt^ par sa lyre D<* voir impunément le ténéhreui empire. l*s>ehé par ses apfMs obtint môme faveur: IMuton sentit |)onr elle un moment de feneur : Proser|>ine rrai^nit de se voir détrônée, Kt la lM)!le de fard â l'insUmt fut donnée. L'esclave île Vénus , sans froide et sans wcours . Arriva dans les lieux où le Styx fait «m cours. Sa cruelle ennemie eut soin que le Cerbère Lui lauçilt des regards enflammés décolère. Par les nMinstr«*s d'enfer rien ne fiit é|)argné. F.lle vit ce qu'en ont tant d'auteurs enseipmé. Mille spectres hideux, les hydres ( les harpies. Les triples t^éryoof , lea mAnct des IMtyes .

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LES AMOURS DE PSYCHÉ

Présentoient è ses yeux maint Ijintdme trompeur

Dont le oorpe retournoit aussitôt en vapeur.

Les cantons destinés aux ombres criminelles ,

Leurs cris, leur désespoir, leurs douleurs éternelles,

Tout l'attirail qui suit tôt ou tard les méchants,

La remplirent de crainte et d'horreur pour ces champs.

Là , sur un pont d'airain , l'orgueilleux Salmonée,

Triste chef d'une troupe aux tourments condamnée,

S'efforçoit de passer en des lieux moins cruels.

Et par-tout rencontroit des feux continuels.

Tantale aux eaux du Styx portoit en vain sa bouche ,

Toujours proche d'un bien que jamais il ne touche :

Et Sisyphe en sueur essayoit vainement

D'arrêter son rocher pour le moins un moment.

Là les sœurs de Psyché, dans l'importune glace

D'un miroir que sans cesse elles avoient en fiice,

Revoyoient leur cadette heureuse, et dans les bras.

Non d'un monstre effrayant , mais d'un dieu plein d'appas.

En qudque lieu qu'allât cette engeance maudite.

Le miroir se plaçoit toujours à l'opposite.

Pour les tirer d'erreur, leur cadette accourut ;

Biais ce couple s'enfuit sitôt qu'elle parut.

Non loin d'elles Psyché vit l'immortelle tâche

Où les cinquante sœurs s'exercent sans relâche.

La belle les plaignit, et ne put sans trémiv

Voir tant de malheureux occupés à gémh*.

Chacun Irouvoit sa peine au plus haut point montée :

Ixion souhaitoit le sort de Prométhée ;

Tantale eût consenti, pour assouvir sa faim.

Que Pluton le livrât à des flammes sans fin.

En un lieu séparé Ton voit ceux de qui l'ame

A violé les droits de l'amoureuse flamme.

Offensé Gupidon , méprisé ses autels,

Reftiié le tribut qu'il impose aux mortels.

Là sonflre un monde entier d'ingrates, de coquettes:

Là Mégère punit les langues indiscrètes,

Surtout ceux qui , tachés du plus noir des forfaits ,

Se sont vantés d'un bien qu'on ne leur fit jamais.

Par de cruels vautours l'inhumaine est rongée;

Dans un fleuve glacé la volage est plongée;

Et l'insensible expie en des lieux embrasés,

Aux yeux de ses amants, les maux qu'elle a causés.

Ministres , confidents , domestiques perfides ,

Y lassent sous les fouets les bras des Euménidcs.

Près d'eux sont les auteurs de maint hymen forcé.

L'amant chiche, et la dame au cœur intéressé;

La troupe des censeurs , peuple à l'amour rebelle ;

Ceux enfin dont les vers ont noirci quelque belle.

Vénus avoit obligé Mercure, par ses caresses, de prier, de la part de cette déesse , toutes les puissances d'enfer d'effrayer tellement son ennemie par la vue de ces fantômes et de ces supplices, qu'elle en mourût d'appréhension, et mourût si bien , que la chose fût sans retour, .et qu'il ne restât plus de cette beauté qu'une ombre légère, Api-ès quoi, disoit Cythérée, je permets à mon fils d'en être amoureux , et de

l'aller ti'ouver aux enfers pour lui renounkr ses caresses.

Cupidon ne manqua pas d'y pourvoir; et, dès que Psyché eut passé le labyrinthe, H h fit conduire, comme je crois vous avoir dit, par deux démons des Champs-Elysées : ceux-li m sont pas méchants. Ils la rassurèrent, et hiiapprirent quels étoient les crimes de ceux qH*À voyoit tourmentés. La belle en demeora toile consolée, n'y trouvant rien qui eût du ra|iport à son aventure. Après tout , la faute qo*dk avoit commise ne méritoit pas une teDe punilioi. Si la curiosité rendoît les gens malheureux jvqu'en l'autre monde, il n'y auroit pas d'avaolip à être femme.

En passant auprès des Champs -Élyséa, comme le nombre des bienheureux a de tcM temps été fort petit. Psyché n'eut pas de pehf à y remarquer ceux qui jusqu'alors avoient tt valoir la puissance de son époux, gens dnft^ nasse pour la plupart. Ils étoient sous de ban ombrages, se récitant les uns aux autres kan poésies , et se donnant des louanges continiidki sans se lasser.

Enfin la belle fut amenée devant le tribonl de Pluton. Toute la cour de ce dieu demean surprise. Depuis Proserpine ils ne se somenoient point d'avoir vu d'objet qui leur eût tMché le cœur, que celui-là seul. Proserpine mène en eut de la jalousie; car son mari regardât déjà la belle d'une autre sorte qu'il n*a coutune de faire ceux qui approchent de son tribunal, et il ne tenoit pas à lui qu'il ne se défit de cet air terrible qui fait partie de son apanage. Sm^ tout il y avoit du plaisir à voir Rhadamantese radoucir. Pluton fit cesser pour quelques moments les souffrances et les plaintes des milheureux, afin que Psyché eût une audience pbs favorable.

Voici à-peu-près comme elle parla, adressant sa voix tantôt à Pluton et à Proserpine conjointement , tantôt à cette déesse seule :

Vous 8008 qui toat flécbit, dcHtés dont les km

Traitent également les bergers et les roîs ;

Ni le désir de ¥oir, ni celui d'être Toe,

Ne me font visiter une cour inconnue :

J'ai trop appris , hélas ! par mes propres malheoir.

Combien de tels plaisirs engendrent de douleurs.

Vous Yoycz devant tous l'eselifs inibrtaiiéc

^1 dm larniK saas Ra V< tal peu pour saa courroi P fout chercher eacon un

tecac1lrait>, fiiliHqn'nniDeiedODne.

B porle TotK nom ; et c'e«l ce qui m'élonnc.

u ofTeiuei poiol , déCMe aui traits li dam : •'•peivoil auti qu'il n'esl pa> (ait poor tons. 81» brd es) cboie aui diïesso facile; « peut lieiUir cet tri est inutile.

BtÊÎ mot qui doii Ucher. en l'étal où je suit , Jk rtporer le locl que m'aat fait lea ennuia. litj'ai qiiilU le coin d'uM Itcaalé tala\e. ■ nalure nnivciit n'e«l que Irop liltârale.

I quo niei Iraîti , i pnbenl mas écUl , iTnuseiil jainaii paru qneiUiu ce lriit« 4111^

r* la encioieDt : qae met wran «tnent fotki ! )c me rcpoi d'eipérances (rircilc*.

^onr ro'aiina : je l'aimai uni lu voir [ ie le Ti> , il l'entuil , rien ne put l'émouToir ;

le préd|rita du comlile de la glufre.

■ Sonrenin de cet lempi , mrle^ de nu mt^moire . f OucoD tait ce igiii tuiL Maintcnsnl dans ces lieui Dr olilcnir uii fard ri prcdeui.

□'en tn^tc pas la faveur singulière :

HaU le nom de l'Aninur se joint à ma prière. Voin coannÎMei ce dieu : qui ne le connolt pas ? S1I deweud pour lou* plaire au fond de ces climali . D'osé boite de fard r«coni|)ensei sa lenioie i I Ainai durent chej loua ht douceurs de sa ilamoie! k Aiuiî tolre bonheur puiuc rendre eniieui V CMoi qui pour a part eut l'empire des deui '.

Cette baraii(ruG eut loutlesuccès que Psyché touvoil souhaiter. Il n'y etit ni tlëmon ni ombre jui ne compatit au malheur de cette affligée, «Iqui ne blÀmàt Vénus. La pitié entra, pour la première fois, au cœur des Furies; et ceux qui avownt tant de sujets de se plaindre eux-mêmes mirent ù part te sentiment de leurs propres maux, pour plaindre l'épouse de Cupidon. Plu- Ion fut sur le point de lui offrir une retraite dans ses éiats ; mais c'est un asile uii tes malheureux n'ont recours que le plus Lird qu'il leur est possible. Proserpîne empêcha ce coup : hjalousiebpossédoit tellement, que, sans considérer qu'une ombre seroit incapable de lui nulro, eue recommanda instamment aux Parques de ne pas trancher à l'étourdie les jours de cette personne , et de prendre si })ien leurs mesures qu'on ne la revit aux enfers que vieille et ridée. Puis , sans tarder davantage, elle mit entre les mains de Psyché une boite bien fermée , avec défense de l'ouvrir, el avec charge d'assurer Venus de son amitié. Pour Pluton , il ne put voir sans déplaisir le d<^part de notre hé-

prcsentqu'onluifaisùil. Souvi vous, lui dit-il, de ce qu'il vous a coûlc d'être curieuse. Allez , et n'accusez pas Pluton de votre destin.

Tant que le pays des morts continua , la boite fut en assurance , Psyché n'avoit garde d'y toucher: elle appréhendoit que, parmi un si grand nombre de gens qui n'avoient que faire , il n' en eitt qui observassent ses actions.

Aussitôt qu'elle eut atteint notre monde , que, m trouvant sous ce conduit souterrain elle crut n'avoir pour témoins que les pierres qui le soutenoient, la voila tentée à son ordinaire. Elle eut envie de savoir quel éloit ce fard dont Proserpîne l'avoil chargée. Ijî moyen de s'en empêcher? Klle«eroit femme, cttaisseruit échapper une leLe occasion de se satisfaire ! A (]ui le diraient ces pierres? Possible personne qu'elle n'étoit descendue sous cette voûte depuis qu'on l'avoit bâtie. Puis ce u'étoit pas une simple curiosité qui la poussoit; c'éloit un désir naturel et bien innocent de remédier au déchet où éioient tombés ses appas. Les ennuis, le hàle, mille autres choses l'avoient tellement changée , qu'elle ne se cunnoissoit plus ellemême. Il falloil abandonner les prétentions qui lui restoieui sur le cœur de son mari, ou bien réparer ces pertes par quelque moyen. Où «■ trottveroit-elle un mdlleur que celui qu'clls avoiten sa puissanw, que de s'appliquer un peu de ce l^rd qu'elle portoit à Vénus? Non qu'elle eût desseiu d'en abuser, ni de plaire à d'autres qu'à son mari ; les dieux le savoient : pourvu seulement qu'elle imposât à l'Atnour, cela suffiroit. Tout artilice est permis quand il s'agit de regagner un époux. Si Vénus l'avoit ente si siiuple que de n'oser toucher à ce fard , elle s'étoit fort trompée : mais, qu'elle y louchAt oti non, Cytbérëe l'en soupçonneroit toujoursc ainsi il lui serait inutile de s'abstenir.

Psyché raisonna si bien, qu'elle s'attira un nouveau malheur. Une certaine Appréhension toutefois b relenoit : elle regarrloit b botte, y portoit la main , puis l'en reliroit , et l'y reportoit aussiiAt. Apres un combat qui fut assez long, la victoire demeura, selon sa coutume, «'cette malheureuse curiosité. Psyché ouvrît la boSte en tremblant, et £i peine l' eut-elle ouverte, qu'il ctt sortit tme vapeur fuligineuse, une fu'

ad I

LES AMOURS DE PSYCHÉ

mée noire et pénétrante qui se répandit en moins d'un moment par tout le visage de notre héroïne y et sur une partie de son sein. L'impression qu'elle y fit fut si violente , que Psyché soupçonna d'abord quelque sinistre accident , d'autant plus qu'il ne restoitdans la boite qu'une noirceur qui la teignoit toute.

Psyché alarmée , et se doutant presque de ce qui lui étoit arrivé , se hâta de sortir de cette cave, impatiente de rencontrer quelque fontaine , dans laquelle elle pût apprendre l'état où cette vapeur Tavoit mise. Quand elle fut dans la tour, et qu'elle se présenta à la porte , les épines qui la bouchoient, et qui s'étoient d'ellesmêmes détournées pour laisser passer Psyché la première fois , ne la reconnoissant plus, l'arrêtèrent. La tour fut contrainte de lui demander son nom. Notre infoiOuuée le lui dit en soupirant. Quoi! c'est vous, Psyché! Qui vous a teint le visage de cette sorte? Allez vite vous laver, et gardez bien de vous présenter en cet état à votre mari. Psyché court à un ruisseau qui n'étoit pas loin , le cœur lui battant de telle manière que l'haleine lui manquoit à chaque pas. Enfin elle arriva sur le bord de ce ruisseau, et, s'étant penchée, elle y aperçut la plusbdle More du monde. Elle n'avoit ni le nez ni la bouche comme l'ont celles que nous voyons» mais enfin c étoit une More. Psyché, étonnée, tourna la tète pour voir si quelque Africaine ne se regardoit point derrière elle. N'ayant vu personne , et certaine de son malheur, les genoux commencèrent à lui faillir, les bras lui tombèrent. Elle essaya toutefois inutilement d'efiacer cette noirceur avec l'onde.

Après s'être lavée long-temps sans rien avancer: 0 destins! s'écria-t-elle, me condamnerezvous à perdre aussi la beauté? Cythérée, Gythérée , quelle satisfaction vous attend ! Quand je me présenterai parmi vos esclaves, elles me rebuteront, je serai le déshonneur de votre cour. Qu'ai-je fait qui méritât une telle honte? ne vous suffisoit-il pas que j'eusse perdu mes parents, mon mari , les richesses, la Uberté, sans perdre encore l'unique bien avec lequel les femmes se consolent de tous malheurs? Quoi ! ne pouviez-vous attendre que les années vous vengeassent? c'est une chose sitôt passée que la beauté des mortelles ! la mélancolie seroit venue

au secours du temps. Mais j'ai tort de vous aocuser : c'est moi seule qui suis la cause de mon infortune ; c'est cette curiosité incoirigible qui, non contente de m'avoir ôté les bonnes gricn de votre fils, m'ôte aussi le moyen de les regagner. Hélas ! ce sera ce fils le premier qm mt regardera avec horreur, et qui me fuira. Je l'ai cherché par tout l'univers, et j'appréhende de le trouver. Quoi! mon mari me fuira! mari qui me trouvoit si charmante ! Non, Vénus , vous n'aurez pas ce plaisir ; et, paisqoi m'est défendu d'avancer mes jours , je me retirerai dans quelque désert où personne ne m verra ! j'achèverai mes destins parmi les mh pents et parmi les loups : il s'en trouvera qaeiqu'un d'assez pitoyable^ pour me dévorer.

Dans ce dessein elle court à une forêt voiâe, s'enfonce dans le plus profond , choisit pov principale retraite un antre effroyable. Là tm occupation est de soupirer et de répandre ds larmes : ses joues s*aplatis$ent , ses yeux se lavent; ce n'étoit plus celle de qui Yénos ëkA devenue jalouse : il y avoit au monde telle ner telle qui l'auroit regardée sans envie.

L'Amour commençoit alors à sortir; et, comme il étoit guéri de sa colère aussi bien qie de sa brûlure , il ne songeoit plus qu'à Psyché. Psyché devoit faire son unique joie ; il detok quitter ses temples pour servir Psyché : rêsDlutions d'un nouvel amant. Les maris ont de ces retours, mais ils les font peu durer. Ceniari> ci ne se proposoit plus de fin dans sa passioi, ni dans le bon traitement qu'il avoit résolu de faire à sa femme. Son dessein étoit de se jelff à ses pieds, de lui demander pardon, de U protester qu'il ne retomberoil jamais en de telles bizarreries. Tant que la journée durohi s'entretenoit de ces choses : la nuit venue, I continuoit , et continuoit encore pendant toi sommeil. Aussitôt que l'aurore commençoit i poindre, il la prioit de lui ramener Psydié; car la fée l'avoit assuré qu'elle i*eviendroit des enfers. Dès que le soleil étoit levé , notre épou quittoitlelit, afin d'éviter les visites de sa mère, et s'alloit promener dans le bois oii la belle ÉtUO' pienne avoit choisi sa retraite : il le trooifoit

' Assez sensible à la piUé. Le mot pltoyofrfo s'emploie «• tueUcmcnt rarement dam ce sens, qui est cependant ie «a» propre.

|irupi-e j cntreienii' les i-évoii(« t\'un amaïK. Lin jour l*sycbé a'etoit eoduniiie à l'entrett de sa cavemc. Elle éloil couchée sur lo calé . le visage luumé vers la terre, son mouchoir dessus, cl encore un bras sur le mouchoir pour |ilus {;ntndv |ireiiiution , et pour s'empa^cher (iliu assurément dï^tre vue. Si cllv eiU pu s'envelopper de i^nébrcs , elle l'auioit fait. L'auu-e bras einit couché le long de la cuisse ; il n'avoit pas la mi^me romleur (]u'autrcft}is : le tnayen qu'une personne ijui ne vivoit que de fruits sauvages, el lac[udle ne inangeoit lien qui ne Fût mouillé de ses pleurs , eût de l'emlKinpoîni? la (IHie^tesse cl la lilancheur y étoient loigours. l.'Aniour l'aperçut de loin : il sentit un tresaaiilement qui lui dit que cette personne étoit l*syché. Vlus il approchoil , et plus il se conlir- ■nuit dans ce sentintent ; car quelle auti-e qu'elle aiiroit et] une taille si bien formée? Quand il se trouva asM-Ji prés i>our considérer le bras et (a vain , il n'en douta plus : non que la niaifp^ur rarn>titt ; mais il juQPoit bien qu'une perine affligée ne pouvoitétre en meilleur éial. surprise de ce dieu ne l'ut jias petite ; pour joie , je voua la laisse à imaginer. Un aiiiant le nos rumanciers auroieni fait seroil demeuré heures à considérer l'objet de sa passion l'oser toucher, ni seulement interrompre •onuneil : l' Autour s'y (uitd'unc autre mail s'agenouilla d'abord auprès de \*6) cité, lui souleva une main , laquelle il étendit t>ur puis , usant <lc l'auluritë d'un diou el celle d'un mari , il y impriaia deux baisiTs. Psyché étuit si Fort abattue, qu'elle s'éveilla ilement au second baiser. Dis qu'elle apei'- It l'Amour, elle ce leva, s'enfuît dans son lire, s'alb cacher â l'eudroit k plus profond, •ni émue qu'elle ne savoit à quoi se ré- Iro. L'état uii elle avoit vu le dieu, celte ilurc de suppliant , ce baiwi' riont la chaleur lui laisoil connultre <|ue c'cloii un véritabU? baiser d'Amour, et non un baiser de simple ga- ' iaiiUn-ie, tout cela l'cnhardJssuit : mais tlo se Btontrer ainsi noire et défigurée à celui dont rilu vouloit regagner le cœur, il n'y avoit pas d'apparence.

Cependant l'Amour s'étoit approché de lu caverne; et, repensant à l'éliène lie cette personne qu'il avoit vue, il croyoit s'élrc lrum|)é, et se

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