‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 503 sur 670 · ADONIS. POEME · texte numérisé non relu

ADONIS. POEME

de leur ralùoel aiu dliiojlét que j'ai couluine de Il n'e)l poa besoin i|ue je In Dumnic, on Mit que c'ul l'Amour et VéDut; cespuiioanres oalmoiai 'enoemis qa'ello n'en ont janul» em. ISons sommes en e où ou «coule asseï riToreliIemenl lout ce qui celte ramille ; ponr moi qui lai dots les pluB dûii enti quej'ai paiiirà jiuqa'ki , j'ai cru ne pouioir moiiii (|ue de raconter aei aienlurei de la ra(,«D la plus qu'il m'cal poHJble.

ADONIS

POÈME

D*ai ]>a!i entrepris de chanler dans ces. vers li ses ciifants vainqueurs de l'univers , les haiciuet tours qu'tlector ne piti dt^fendrej les combats «les dieux aux rives du Scaniandre : KsojeUsout trop hauts, et je manque de voii; n'ai jamais dianlè que l'ombrage des bois.

Echo, les zéphyrs , el leurs molles haleines . v«l tapis des prés et l'argent des fontaines. Cot parmi les foréls qu'a vécu mon héros; ^est dons les bois qu'Amour a troublé son repos.

en sa bveur de tnyrie s'est parée ; ytù voidu céléltrer l'amant de Cylliérée, léania , dont U vie eut des temtes si conrts , fui pleuré des ttis , qui fut plaint des Amours.

inie, c'est i vous que j'offre cet ouvrage; BsdianscHiset mes vœux, tout vous doit rendre liomp Itearcux si j'osois compter â l'univers [mage :

% tourments iufiuis que pour vous j'ai soufferts !

fnand vous me permettrez de chauler votre gloire, land vos yeux , renommés par plus d'une victoire, Hv laisseront vanter le pouvoir de leurs traits, tet l'empire d'Amour accru par vos attraits , ift TOUS peindrai si belle et si pleine de cliaimes, ^tjue chacun l>énira le sujet de mes larmes. ^'VoiU l'unique but où tendent mes souhaits. Cependant recevez le don que je vous bis ; Ne le dédaignez pas : lisez cette aventure. Dont, pour vous divertir, j'ai tracé la peinture. Aux monts idalicns un bois délicieux De ses mbns chenus semble toucher les cieux. Sous ces ombrages verts loge la Solitude. U le jeune Adonis, exempt d'imiuiétude , Loiii du bruit des cités, s'exerçolt à chassCT, Ne croyant pas qu'Amour put jamais l'y blesser. A peine son menton d'un mol duvet s'ombrage , Qu'anx plus fiers animaux il Bwiitre son courage. Ce n'est pas le seul don qu'il ait reçu dea cieux :

Il semble être formé pour le plaisir des yeux.

Qu'on ne nons vante point le ravisseur d'Hélène .

Ni celui qui jadis aimoit une ombre vaine ,

Ni tant d'autres tiéros fameux par leurs appas ;

Tous ont cédé le pris au flis de Cyniras >.

Déjà la Renommée , en naissant inconnue ,

Nymphe qui cache cnGn sa léle dans la nue ,

Par un cliamiant récit amusant l'univers,

Va parler d'Adonis i cent peuples divers ,

A ceux qui sont sous l'Oorse, aux voisins de rAun>n:

Aux filles du Sarmale, aux pucelles du More.

Paplios siu" ses autels le voit presque élever.

Et le cœur de Vénus ne sait où se sauver.

L'image du héros , qu'elle a toujours présente ,

Verse au fond de son ame une ardeur violente :

Elle invoque son fils . elle implore ses traits.

Et tilclie d'assembler tout ce qu'elle a d'attraits.

Jamais on ne lui vil un tel dessein de plaire ;

Rien ne lui semble bien , les Grâces ont beau bire. ]

Enfin , s'aocompagnant des plus discrets Amours .

Aux monts idaliens elle dresse son conrs.

Son char, qui trace en l'air de longs traits de lu- I

A bientôt aciievé l'amoureuse carrière. [mi6re^

Elle trouve Adonis près des bords d'un ruisseau;

Couché sur des gazons, il r6ve, au bruit de l'eau.

Il ne vwt presque pas l'onde qu'il considère :

Mais l'éclat des beaux yeux qu'on adore en CythéH

L'a liienidt retiré d'un penser si profond.

Cet objet le surprend , l'élonne , et le confond;

Il admire les traits de la lille de l'onde.

Un long Ussu de fleurs, ornant sa tresse blonde , |

Avoit abandonné ses cheveux aux lépbyrs ;

Son écharpe, qui vole au gré de leurs sougurs.

Laisse voir les trésors de sa gor^ d'nlbillre.

Jadis en cet état Mars en fut idolAtre ,

Quand aux champs de l'Olympe on célébra des jeux

Pour les Tilans débits par son bras valeureux.

Rien ne maiHgne à Venus, ni les lis, ni les roses.

Ni le mélange exquis des plus aimables choses,

Ni ce charme secret dont l'reil est enchanté,

Ni la grâce , plus belle encor que la beauté.

Telle on vous voit , Aminte : une ^ace fidèle

Vous peut de tous ces Iraila présenUr mi modèle;

Et , s'il foUoit juger de l'objet le plus doux.

Le sort seroit douteux entre Vénus et vous,

• Selm U traliUM) U |>lui [unimuM . Ailouii lut le Enilt du j Ruminerce liice^rtiKui île Hinrh* t«ec un ptn Çtoin. ( Vujrsi (iTldr. MfUma.. liv. X.Cib. i. v. 903.) »t^, tabhLini, nuiimie Kmpwi I* fillttdeCfnln.. mtn d'A^noI*. Une aaln trKlliioanaiiiiwltTbct»lap«nd'Ad[>U)i RuInunlMdlKBl qus co ptavdUHI roi d'Aairte 1 ce ([ul prouve que celte bblB a uneonslDcortciitile. (vajrMApori'i'dan. Ht. Ui. Sl>i "■■» «knmKbatïU.Sarrat »i Opplen. Wn/KM.III, v. US: Lu- | t\at . <h la néetit dt SprU , c. VI t et Ptndi ~ " v.Vetm

ADONIS

Tandis que le héros admire Gythérée , Elle rend par ces mots son ame rassurée : Trop aimable mortel , ne crains point mon aspect ; Que de la part d'Amour rien ne te soit suspect : En ces lieux écartés c'est lui seul qui m'amène. Le ciel est ma patrie, et Paphos mon domaine. Je les quitte pour toi ; vois si tu veux m'aimer. Le transport d'Adonis ne se peut exprimer. O dieux ! s'écria-t-il, n'est-ce point quelque songe? Pnis-je embrasser l'erreur on ce discours me plonge ! Charmante déité; vous dois-je ajouter foi? Quoi ! vous quittez les deux , et les quittez pour moi ? U me seroit pennis d'aimer une immortelle ! Amour rend ses sujets tons égaux , lui dit-elle ; La beauté , dont lei traits même aux dieux sont si doux , Est quelque chose encor de plus divin qne nous. Nous aimons , nous aimons , ainsi que toute chose : Le pouvoir de mon fils de moi-même dispose : Tout est né pour aimer. Ainsi parle Vénus; Et ses yeux éloquents en disent beaucoup plus , Us persuadent mieux que ce qu'a dit sa bouche. Ses regards , trucliemeiits de l'ardeur qui la touche, Sa beauté souveraine , et les traits de son fils, Ont contraint Mars d'aimer : que peut faire Adonis ? U aime , il sent couler un brasier dans ses veines ; Les plaisirs qu'il attend sont accrus par ses peines : Jl désire , il espère , il craint , il sent un mal A qui les plus grands biens n'ont rien qui soit égal. Yénus s'en aperçoit, et feint qu'elle l'ignore : Tous deux de leur amour semblent douter encore; Et , pour s'en assurer, chacun de ces amants Mille fois en un jour fait les mêmes serments. Quelles sont les douceurs qu'en ces bois ils goûtèrent ! O vous de qui les voix jusqu'aux astres montèrent , Lorsque par vos chansons tout l'univers charmé Vous ouït célébrer ce couple bien-aimé.

Grands et nobles esprits, chantres incomparables. Mêlez parmi ces sons vos accords admirables. Echo, qui ne tait rien , vous conta ces amours; Vous les vîtes gravés au fond des antres sourds : Faites que j'en retrouve au temple de mémoire Les monuments sacrés, source de votre gloire. Et que, ro'étant formé sur vos savantes mains , Ces vers puissent passer aux derniers des humains ! Tout ce qui nait de doux en ramoureux empire, Quand d'une égale ardeur T un pour Tau tre on soupire. Et que, de la contrainte ayant banni les lois, On se peut assurer au silence des l)ois. Jours devenus moments, moments filés de soie. Agréables soupirs , pleurs enfants de la joie, Vœux, serments et regards, transports, ravissements. Mélange dont se fait le bonheur des amants; Tout par ce couple heureux fut lors mis en usage. Tantôt ils choisissoient l'épaisseur d'un ombrage :

Là, sous des chênes vieux oà leurs chiffres gim Se sont avec les troncs accrus et conservés, Mollement étendus ils consumoient les heures, Sans avoh: pour témoins , en ces sombres demnro , Que les chantres des bois , pour confidents qu'An», Qui seul guidoit leurs pas en cet heureux 9^fnt, Tantôt sur des lapis d'herbe tendre et sacrée Adonis s'endormoit auprès de Gythérée , Dont les yeux, enivrés par des charmes poissHli, Attachoient au héros leurs r^ards langnissanls. Bien souvent ils chantoient les douceurs de leurs pé* Et quelquefois assis sur le bord des fontaines , [ta; Tandis que cent cailloux , luttant à chaque bond, Suivoient les longs replis du cristal vagabond, Voyez, disoit Vénus , ces ruisseaux et leur eoone; Ainsi jamais le temps ne remonte à sa source: Vainemen^pour les dieux il fnit d'un pas léger; Mais vous autres mortels le devez ménager, Consacrant à l'Amour la saison la plus belle. Souvent , pour divertir lenr ardeur mutuelle, Ils dansoient aux chansons , de nymphes enlmrik Combien de fois la lune a leurs pas éclairés, Et , couvrant de ses rais ■ l'émail d'une prairie, Les a vus a Tenvi fouler l'herbe fleurie! Combien de fois le jonr a vu les antres creux Complices des larcins de ce couple amoureux! Mais n'entreprenons pas d'dter le voile sombre De ces plaisirs amis du silence et de l'cmibre.

Il est temps de passer au funeste moment Où la triste Vénus doit quitter son amant. Du bruit de ses amours Paphos est alarmée; On dit qu'au fond d'un bois la déesse charmée. Inutile aux mortels , et sans soins de leurs vcrax. Renonce au culte vain de ses temples fiimeux. Pour dissiper ce bruit, la reine de Cythère Veut quitter pour un temps ce séjour solitaire. Que ce cruel dessein lui causa de douleurs! Un jour que son amant la voyoit tout en pleurs, Déesse , lui dit-il , qui causez mes alarmes , Quel ennui si profond vous oblige à ces larmes? Vous aurois-je offensée , ou ne m'aimez-voos ph»? Ah! dit-elle , quittez ces soupçons superflus; Adonis tâcheroit en vain de me déplaire : Ces pleurs naissent d'amour, et non pas de oolère. D'un déplaisir secret mon cœur se sent atteint : Il faut que je vous quitte , et le sort m*y contraiirt; Il le faut. Vous pleurez ! Du moins , en mon absenee, Conservez-moi toujours un cœur plein de constance; Ne pensez qu'à moi seule, et qu'un indigne choix Ne vous attache point aux nymphes de ces bois: Leurs fers après les miens ont pour vous de la honte.

■ Rayon«.

POËME

SaMout de votre sang il me faut rendre compte. Ne chassez point aux ours , anx sangliers , anx lions; Gardez-vous d'irriter tous ces monstres fixons ! Laissez les animaux qui , fiers et pleins de rage , Ne cherchent leur salut qu'en montrant leur courage ; Les daims et les chevreuils, en fuyant devant vous. Donneront à vos sens des plaishrs bien plus doux. Je vous aime , et ma cramte a d'assez justes causes. Il sied bien en amour de craindre toutes choses. Que deviendrois-je, hélas! si le sort rigoureux Me privoit pour jamais de l'objet de mes vceux !... Là , se fondant en pleurs , on voit croître ses charmes. Adonis lui répond seulemekit par des larmes. Elle ne peut partir de ces aimables lieux; Cent humides baisers achèvent ses adieux. O vous, tristes plaisirs où leur ame se noie, Vains et derniers efforts d'une imparfute joie, Moments pour qui le sort rend leurs vceux superflus , Délicieux moments , vous ne reviendrez plus ! Adonis voit un char descendre de la nue : Cythérée y montant disparott à sa vue.

C'est en vain que des yeux il la suit dans les airs. Rien ne s'offre à ses sens que l'horreur des déserts. Les Vents, sourds à ses cris, renforcent leur haleine : Tout oe qu'il fient de foir lui semble une ombre taine. n appelle Vénus, fait retentir le» bois , Et n'entend qu'un éclio qui répond à sa voix. C'est lors que, repassant dans sa triste mémoire Ce que naguère il eut de plaisir et de gloire, Il tiche à rappeler ce bonheur sans pareil : Semblable à ces amants trompés par le sommeil , Qui rappellent en vain pendant la nuit obscure - Le souvenir confus d'une douce imposture. Tel Adonis repense à l'heur qu'U a perdu; Il le conte aux forêts , et n'est point entendu : Tout oe qui l'envûronne est privé de tendresse; Et , soit que des douleurs la nuit enchanteresse Plonge 1» malheureux au suc de ses pavots, Soit que l'astre du jour ramène leurs travaux , Adonis sans reUche aux plaintes s'abandonne, De sanglots redoublés sa demeure résonne. Cet amant toujours pleure, et toqjours les zéphyrs En volant vers Papbos sont chargés de soupirs. La moUe oisiveté , la triste solitude, Poisons dont il nourrit sa noire inquiétude. Le livrent tout entier au vain ressouvenir Qui le vient malgré lui sans cesse entretenir. Enfin, pour divertir l'ennui qui le possède. On lui dit que la chasse est un puissant remède. Dans ces lieux pleins de paix , seul ^vecque l'amour, Ce plaisir occupoit les héros d'alentour. Adonis les assemble , et se plaint de l'outrage [ge. Que cet champs ont reçu d'un sanglier pleio de ra-

Ce tyran des forêts porte par-tout Teffiroi; n ne peut rien souffrir de sâr autour de soi : L'avare laboureur se plaint à sa fomille Que sa dent a détruit l'espoir de la fiiucllle : L'un craint pour ses vergers , l'autre pour ses guérets ; Il foule aux pieds les dons de Flore et de Cérès : Monstre énorme et cruel , qui souille les fontaines , Qui fiiit bruire les monts , qui désole les plaines , Et, sans craindre l'effort des voisins alarmés , S'apprête à recueillir les grains qu'ils ont semés. Tâcher de le surprendre est tenter l'impossible ; Il habite en un fort , épais , inaccessible. Tel on voit qu'un brigand fameux et redouté Se cache apits ses vols en un antre écarté, Fait des champs d'alentour de vastes cimetières, Ravage impunément des provinces entières, Laisse gronder les lois , se rit de leur courroux , Et ne crîriot point la mort qu'A porte au teinde tous: L'épaisseur des forêts le dérobe aux supplices. C'est ainsi que le monstre a ces bois pour complices. Mais le moment fetal est enfin arrivé On , malgré sa fureur, en son sang abreuvé » Des dégâts qu'il a fiits il va payer Tiisure. Hélas! qu'U vendra cher sa mortelle blessure !

Un matin qne l'Aurore au teint frais et riant A peine avoit ouvert les portes d'orient , La jeunesse voisine autour du bois s'assemble : Jamais tant de héros ne s'étoient vus ensemble. Anténor le premier sort des bras du sonmieil , Et vient au rendez-vous attendre le soleil; La déesse des bois n'est point si matinale : Cent fois il a surpris l'amante de Céphale ; Et sa plaintive épouse a maudit mille fois Les veneurs et les chiens, le gibier et les bois. Il est bientôt suivi du satrape Alcamène, Dont le long attirail couvre toute la plaine. C'est en vain que ses gens se sont chargés de rets; Leur nombre est assez grand pour ceindre les forêts. On y voit arriver Broute au cœur. indomptable, Et le vieillard Capys, chasseur infatigable, Qui , depuis son jeune âge ayant aimé les bois , Rend et chiens et veneurs attentife à sa voix. Si le jeune Adonis l'eût aussi voulu crohre , Il n'auroit pas sitôt traversé l'onde noire. Comment l'auroit-il cru , puisqu'on vain ses amours L'avoienl sollicité d'avoir soin de ses jours? Par le beau Callion la troupe est augmentée. Gilippe vient après, fils du riche Acantée. Le premier, pour tous biens, n'a que les dons du coq» ; L'autre, pour tous appas , possède des trésors. Tous deux aiment Chloris , et Chloris n'aime qu'elle : Us sont pourtant parés dtt liveors de la belle. Pblègre aeooari» et Mimai, Palmyrs ans btadschefcoi ,

ADONIS

Le roboBte Crantor aax bras dars et nerveux , Le Lycien Télame, Agénor de Carie , Le vaillant Triptolème , honneur de la Syrie, Paphe expert à lutter, Mopse à lancer le dard , Lycaste, Palémon, Glauque, Hilns, Amilcar; Cent autres que je tais , troupe épaisse et confuse : Mais peut-on oublier la charmante Aréthuse , Aréthuse au teint vif, aux yeux doux et perçants, Qui pour le blond Palmire a des feux innocents ? On ne l'instruisit point à manier la laine; Courir dans les forêts , suivre un cerf dans la plaine , Ce sont tous ses plaisirs : heureuse si son cœur Eût pu se garantir d'amour comme de peur ! On la voit arriver sur un cheval superbe Dont à peine les pas sont imprimés sur l'herbe ; D'une charge si belle il semble glorieux: Et, comme elle, Adon'is attire tous les yeux : D*une fatale ardeur d<ja son front s'allume; n marche avec un air plus fier que de coutume. Tel Apollon marchoit quand l'énorme Python L'obligea de quitter l'ombre de l'Hélicon. Par l'ordre de Capys la troupe se partage. De tant de gens épars le nombreux équipage , Leurs cris, l'aboi des chiens, les cors mÛés de voix. Annoncent l'épouvante aux hôtes de ces bois. Le ciel en retentit, les échos se confondent, De leurs palais voâtés tous ensemble ils répondent. Les cerfé, an moindre bruit à se sauver si prompts, Les timides troupeaux des daims aux larges fronts , Sont contraints de quitter leurs demeures secrètes : Le bois n'a plus pour eux d'assez sombres retraites. On court dans les sentiers , on traverse les forts; Chacun, pour les percer, redouble ses efforts.

Au fond du bois croupit une eau dormante et sale : Là le monstre se plaît aux vapeurs qu'elle exhale; Il s'y vautre sans cesse , et chérit un séjour Jusqu'alors ignoré des mortels et du jour. On ne l'en peut chasser ; du souci de sa vie Bien plus à sa valeur qu'à sa fuite il se fie. Les cors ont beau sonner, l'air a beau retentir; Rien ne sauroit encor l'obliger à partir. Cependant les destins hâtent sa dernière heure. Dryope la première évente sa demeure :

Les autres chiens , par elle aussitôt avertis. Répondent à sa voix , frappent l'air de leurs cris : Entraînent les chasseurs , abandonnent leur quête ; Toute la meute accourt, et vient lancer la béte, S'anime en la voyant , redouble son ardeur: Mais le fier animal n'a point encor de peur.

Le coursier d'Adonis , né sur les bords du Xanthe, Ne peut plus retenir son ardeur violente : Une jument d'Ida l'engendra d'un des Vents;

Les forêts l'ont nourri pendant ses pKaim n ne craint point des monts les puitsanles bnièni, Ni l'aspect étonnant des profondes rivières, Ni le penchant affreux des rocs et des vaUni; D'haleine en le suivant manquent les aqnikMK. Adonis le retient pour mieux suivre la

Enfin le monstre est joint par deux dilcDS dBttk Vient du vite Lâaps , qui fat l'miiqiie prix [ns Des larmes dont Céphale apaisa sa Procris : Ces deux chiens sont Mélampe et Tardente Sfiiqt Leur sort fut différent, mais non pas leor Par l'homicide dent Mélampe est mis à nnort; Sylvage au poil de tigre attendoit même soit, Lorsque l'un des chasseurs se présente à la bête. Sur lui tourne aussitôt l'effort de la tenopèle : Il connolt, mais trop tard, qu'il s'est trop Son visage pâlit, son sang devient glaoé; L'image du trépas en ses yeux est empreinte: Sur lei traits des monrants la mort n'est pas ni Sa peur est pourtant vaine , et , sans être blnéi Du monstre qui le heurte il se sent Nisus, ayant cherché son saint sor on Rit de voirce chasseur plus froid qœnV Mais lui-même a sujet de trembler à son toor. Le sanglier coupe l'artire; et les lienz d\ Résonnent du fracas dont sa cbate Nisus encore en l'air fidt des vœux poor sa vie. Conterai-je en détail tant de paissants efEorts, Des chiens et des chasseurs les différenlesnorti, Leurs exploits avec eux cachés sons Tombre mnt^. Seules vous les savez , ô filles de Mémoire : Venez donc m'inspirer ; et, conduisant ma vda, Faites-moi dignement célébrer ces exploits. Deux lices d'Anténor, Lycoris et Niphale, Veulent qu'aux yeux de tous leur ardenr se 9| Le vieux Capys lui-même eut soin de les Au sanglier l'une et l'autre est ■ prête à se Unoer. Un mâtin les devance , et se jette en leor plan; C'est Phlégon, qui souvent aux loups donne la diMC Armé d'un fort collier qu'on a semé de dons, A l'oreille du monstre il s'attache en ooorroax : Mais U sent aussitôt le redoutable ivoire; Ses flancs sont décousus ; et , pour comble de gloire, Il combat en mourant , et ne vent point làdier L'endroit où sur le monstre U vient de s'attacher.

Cependant le sanglier passe à d'antres trophéei: Combien voit-on sous lui de trames étonfKes! Combien en coupë-t-il! Que d'hommes temnés! Que de chiens abattus , mourants , morts , et blesâ! Chevaux , arbres , chasseurs , tout éprouve sa rage.

' Soiécisme que La Fontaine aorolt pa focHcncMt éiiff*

POÈME

Tel passe un tourbillon , messager de Torage; Telle descend la fondre, et d'un soudain fricas Brise, bnMe, détruit, met les rochers à bas. Crantor d'un bras nerveux lance un dard à la béte : Elle en frémit de rage, écume, et tourne tête, £t son poil hérissé semble de toutes parts Présenter au chasteur une forêt de dards. Il n'en a point pourtant le cœur touché de crainte. Par deux fois du sanglier il évite l'atteinte ; Deux fois le monstre passe, et ne brise en passant Que l'épieu dont Crantor se couvre en cet instant. Il revient au chasseur : la fuite est inutile ; Crantor aux environs n'aperçoit point d'asile : En vain du coup fatal il veut se détourner; Ne pouvant que mourir, il meurt sans s'étonner. Pour punir son vainqueur toute la troupe approche; L'un lui présente un dard , l'autre un trait lui déco- Le fer ou se rebouche ', ou ne fait qu'entamer [che : Sa peau , que d'un poil dur le ciel voulut armer. Il se lance aux épîeux , il prévient leur atteinte; Plus le péril est grand , moins il montre de crainte. C'est ainsi qu'un guerrier pressé de toutes parts Ne songe qu'à périr au milieu des hasards : De soldats entassés son bras jonche la terre; Il semble qu'en lui seul se termine la guerre : Certam de succomber, il fait pourtant effort, Non pour ne point mourir, mais pour venger sa mort. Tel et plus valeureux le monstre se présente. Plus le nombre s'accrott , plus sa fureur s'augmente : L'un a les flancs ouverts , l'autre les reins rompus ; Il mâche et foule aux pieds ceux qui sont abattus. La troupe des chasseurs en devient moins hardie ; L'ardeur qu'ils témoignoient est bienUM refroidie.

Palmire toutefois s'avance malgré tous : Ce n'est pas du sanglier que son cceur craint les Aréthuse lui fut jadis plus redoutable; [ coups , Jadis sourde à ses vœux , mais alors favorable , Elle voit son amant poussé d'un beau désir, Et le voit avec crainte autant qu'avec plaisir. Quoi ! mes bras, lui dit-il, sontconduitspar les vôtres. Et vous me verriez fuir aussi bien que les autres ! Non , non ; pour redouter le monstre et son efibrt , Vos yeux m'ont trop appris à mépriser la mort. Il dit, et ce fut tout : l'effet suit la parole ; n ne va pas au monstre , il y court, U y vole; Tourne de tous côtés , esquive en l'approchant , Hausse le bras vengeur, et d'un glaive tranchant S'efforce de punir le monstre de ses crimes. Sa dent alloit d'un coup s'immoler deux victimes :

■ Oq l'émouae. I^ mot reboucher a actndlemflot une tout autre «i^^nâflcaUon : mato celle que loi donne Id La Footaine f«t la leule qui te troure Indiquée dam la première éditioQ du DIclloMudre de l'Académie.

L'une eût senti le mal que l'autre en eût reço. Si son cruel espoir n'eût point été déçu. Entre Palmire et lui l'amazone se lance : Palmire craint pour elle, et court à sa défense. Le sanglier ne sait plus sur qui d'eux se venger. Toutefois à Palmire il porte un coup léger ; Léger pour le héros , profond pour son amante. On l'emporte , elle suit , inquiète et tremblante : Le coup est sans danger ; cependant les esprits. En foule avec le sang de leurs prisons sortis, Laissent fiiire à Palmire un effort inutile. U devient aussitôt pâle , froid , immobile ; Sa raison n'agit plus , son œil se sent voiler : Heureux s'il pouvoit voir les pleurs qu'il fait couler! La moitié des chasseurs, à le plaindre employée, Suit la triste Aréthuse en ses larmes noyée.

Non loin de cet endroit un niisseau fiiit son cours , Adonis s'y repose après mille détours.

Les nymphes, de qui l'ceil voit les choses futures, L'avoient fait égarer en des routes obscures. Le son des cors se perd par un charme inconnu; C'est en vain que leur bruit à ses sens est venu. Ne sachant où porter sa course vagabonde , n s'arrête en passant au cristal de cette onde. Mais les nymphes ont beau s'opposer aux destins. Contre un ordre fital tous leurs charmes sont vains. Adonis en ce lieu voit apporter Palmire ; Ce spectacle l'émeut, et redouble son ire : A tarder plus long-temps on ne peut l'obliger; Il regarde la gloire, et non pas le danger. Il part , se fait guider, rencontre le carnage. Cependant le sanglier s'étoit fait un passage; Et, courant vers son fort , il se lançoit parfois Aux chiens, qui dans le ciel poussoient de vains abois* On ne l'ose approcher ; tous les traits qu'on lui lanoe. Étant poussés de loin, perdent leur violence. Le héros seul s'avance , et craint peu son courroux : Mais Capys l'arrêtant s^écrie : Où courez-vous ? Quelle bouillante ardeur au péril vous engage ? Ù est besoin de ruse, et non pas de courage. N'avancez pas, fbyei; il vient à vous, ô dieux! Adonis, sans répondre, au del lève les yeux. Déesse, ce dit-il, qu'adore ma pensée, Si je cours au péril , n'en sois point offensée; Guide plutôt mon bras , redouble son effort; Fais que ce trait lancé donne au monstre la mort. A ces mots dans les airs le trait se fait entendre : A l'endroit où le monstre a la peau le plus tendre Il en reçoit le coup , se sent ouvrir les flancs , De rage et de douleur frémit , grince les dents, Rappelle sa fureur, et court à la vengeance. Plein d'ardeur et lég^y Adonb le devance. On craint pour le héros; mais il sait éviter

ADONIS

Les ooa|M qu'à cet abord la dent loi vent porter. Tout ce qae peut l'adresse étant jointe an coonge , Ce que pour se venger tente l'aTeugle rage, Se fit lors remarquer par les chassenrs épars. Tons ensemble au sanglier voudraient lancer leors Mais peut-être Adonis en recevrait Tatteinte. [dards. Du cruel animal ayant cliassé la crainte, En foule ils courent tous droit aux fiers assaillants. Courez, courez, chasseurs un peu trop tard vaillants; Détournez de vos noms un étemel reproche : Vos efforts sont trop lents , déjà le coup approdie. Que n*en ai-je oublié les funestes moments! Pourquoi n'ont pas péri ces tristes monuments! Fant-il qu'à nos neveux j'en raconte l'histoire !

Enfin de ces forêts l'ornement et la gloire , Le plus beau des mortels , Tamour de tous les yeux , Par le vouloir du sort ensanglante ces lieox. Le cruel animal s'enferre dans ses armes , Et d'un coup aussitôt il détruit mille charmes. Ses derniers attentats ne sont pas impunis ; Il sent son cœur percé de Tépieu d'Adonis , Et , loi poussant au flanc sa défense cruelle , Meurt, et porte en mourant une atteinte mortelle. D'un sang impur et noir il purge l'univers : Ses yeux d'un somme dur sont pressés et couverts: n demeure plongé dans la nuit la plus noire; Et le vainqueur à peine a connu sa victoire, Joui de la vengeance et goûté ses transports , Qu'il sent un fraid démon s'emparer de son corps. De ses yeux si brillants la lumièro est éteinte; On ne voit plus l'éclat tlont sa bouche étoit peinte , On n'en voit que les traits; et Taveiigle trépas Parcourt tous les endroits où régnoient tant d'appas. Ainsi l'honneur des prés, les fleurs, présents de Flo- Filles du blond Soleil et des pleurs de l'Aurore, [rc, Si la faux les atteint , perdent en un moment De leurs vives couleurs le plus rare ornement.

I^ troupe des chasseurs, au liéros accourue, Par des cris redoublés lui fait ouvrir la Mie : Il cherche encore un coup la lumière des cieux ; Il pousse un long soupir, il referme les yeux , Et le dernier moment qui retient sa belle ame S'emploie au souvenir de l'objet qui l'enflamme. On fait pour l'arrêter des efforts superflus; Elle s'envole aux airs, le corps ne la sent plus.

Prétez-moi des soupirs, 6 Vents, qui sur vos ailes Porlâles à Vénus de si tristes nouvelles. Elle accourt aussitôt, et, voyant son amant. Remplit les environs d'un vain gémissement. IVlle sur un ormeau se plaint la tourterelle , Quand l'adroit giboyeur a , d'une main cruelle , I

Fait mourir à ses yeox l'objet de ..—w-..,

EUe passe à gémir et les nnits et les jours , De moment en moment renouvelant sa pbinle, Sans que d'aucun remords la Parque toit atteinte. Tout ce bruit , quoique juste , au vent est répandi ; L'enfer ne lui rend point le bien qu'elle a pënh : On ne le peut fléchir ; les cris dont il est cane Ne font point qu'à nos vœux il rende quelque chose. Vénus l'implore en vain par de tristes aceents; Son désespoir éclate en r^rels impuissants ; Ses cheveux sont épars, ses yeux noyés de larma; Sous d'humides torrents ils resserrent leurs channa. Comme on voit au printemps les beautés du soldl Cacher sous des vapeurs leur éclat sans pareil. Après mille sanglots enfin elle s'écrie : Mon amour n'a donc pu te faire aimer la vie ! Tu me quittes , cruel ! au moins ouvre les yenx. Montre-toi plus sensible à mes tristes atlieui; Vois de quelles douleurs ton amante est atteinte' Hélas ! j'ai beau crier, il est sourd à ma plainie : Une étemelle nuit l'oblige à me quitter ; Mes pleurs ni mes soupirs ne peuvent l'arrêter. Encor si je pouvois le suivre en ces lieux sombra! Que ne m'est-il permis d'errer parmi les ombres? Destins , si vous vouliez le voir sitôt périr Falloit-il m'obliger à ne jamais mourir? Malheureuse Vénus, que te servent ces larmes? Vante-toi maintenant du pouvoir de tes channes: Ils n'ont pu du trépas exempter tes amours; Tu vois qu'ils n'ont pu même en {Ht)longer lesjovf. Je ne demandois pas que la parque cruelle Prit à iiler leur trame une peine étemelle ; Hien loin que mon pouvoir rem[)échàt de finir. Je demande un moment et ne puis l'obtenir. Noires divinités du ténébreux empire , Dont le pouvoir s'étend sur tout ce qui respire, Kois des peuples légers , souffrez que mon amant De son triste départ me console un moment. ' Vous ne le perdrez point ; le trésor que je pleure Ornera tôt ou tard votre sombre demeure '. Quoi ! vous me refusez un présent si léger ! Cruels, souvenez- vous qu*Amour m'en peut venger. Et vous , antres cachés , favorables retraites ,

I CcTi est iruiU^ d'Chide . dann le discours ([ue ce poAe prrtr 4 Oqthëc, lorsqu'il supplie les divinités de l'eafer de lui mdre son épouse , Métam,, 1. X . vers 29.

Prr ego h«c loca plcna tîmorîi , Per Chaos boc ingcns, VMtiquc nilcntta rrgnî , Eurydice*, oro , properaU retcsile fiU.

Omoia dcbcmnr vobi* : paulnmqae morati » Serio* aut citini acdein properamu* ad niiaa. TendiiBD* hoc omoee, hac e»t domu» vllna ; Ilnmaot geoerii loagÏMiaM rcgna Icactb.

IIcc qooque, roa jwloi flutara pcfsgtiU «u Juri» erit vcstri.

POËME

los ccran oDt goûté des doaoeon â aecrètes; . tes, qai tant de fois avez yu mon amant aconter des yeox son fidèle toorment, i amis da repos , demeures solitaires, l'un trésor si rare étiez dépositaires , rts , rendez-le-moi : devîez-Tous avec lui TÎr chez vous le monstre autour de mon ennni ? I ne répondez point. Adieu donc , d belle ame;

Emporte cbez les morts ce baiser toot de flamme t Je ne te venrai plus; adieu , cher Adonis!

Ainsi Yénus cessa. Les rochers , à ses cris, Quittant leur dureté , répandirent des larmes : Zéphyre en soupira : le jour voila ses charmes ; D'nn pas précipité sous les eaux il s'enfuit : Et laissa dans ces lieux une profonde nuit.

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