À SON ALTESSE MONSEIGNEUR
LE CARDINAL DE BOlflLLON»,
GRA)!«D-ÂUMÔ5IIFR DB PBiNCR.
Monsbigubur ,
Votre Altesse éminentissime ne refusera pas sa protection an poème que je lui dédie : tout^ce qui porte le caractère de piété est auprès de tous d'une recommandation trop puissante. C'est pour moi un juste sujet d'espérer dans l'oôcasion qui s'offre anjourdlmi : mais, si j'ose dire la Térité , mes souhaits ne se bornent point à cet avantage ; je Tondroii que cette idylle , outre la sainteté du sujet » ne TOUS parût pas entièrementdénuéc des beautés de la poésie. Yaos ne les dédaignei pas ces beautés divines, et les grâces de cette langue que parloit le peuple prophète. La lecture des livres saints vous en a appris les principaui traits. C'est là que la sagesse divine rend ses oracles avec plus d'élévation , plus de majesté, et plus de force que n'en ont les Virgile et les Homère. Je ne veux pas dire que ces derniers vous soient inconnus ; ignoreas-vous rien de ce qui mérite d'être su par une persoiUMi de votre rang ? Le Parnasse n'a point d'endroits où voai soyez capable de vous égarer. Certes, Momseig?(eur , il est glorieux pour vous de pouvoir ainsi démêler les diverses routes d'une contrée où vous vous êtes arrêté si peu. Que si votre goût peut donner le prix aux beautés de la poésie, il le peut bien mieux donner à celles de l'éloquence. Je vous ai enleiidu juger de nos orateurs avec un discernement qu'on ne peut assez admirer; tout cela sans autre secours que celni d'une bienheureuse naissance , et par des talents que vous ne tenez ni des précepteurs ni des livres. C'est aux lumières nées avec vous que vous êtes redevable de ces progrès dont tout le monde s'est étonné. Ce qui consume la vie de plusieurs vieillards enchaînés aux livres dès leur enfance , la jeunesse d'un prince l'a fait ; et nous l'avons vu , et la renommée l'a publié. Elle a joint au bruit de votre savoir celui de ces mœurs si pures, et d'une sagesse qui est fille du temps chez les autres , et qui le devance chez vous. Un mérite si singulier a été universellement reconnu. Celui qui dispense les trésors du ciel , et le nio-
'11 étoit duc (i'Albrpt , et beau-frère de la duchesse de Bouillon. Voyez sur ce qvA le concerne notre Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine.
narque qni par ses armes victorieuses t'ett reoda rariiif de l'Europe , ont conconm de fJaveurs et d'estfane pov vous élever. Après des témoignages d'un si grand pôiÉ, mes louanges seroient inutiles à votre gloire. Jeaeàii ajouter ici qu'une protestation respectueuse d'être ma vie,
MONSEIGNEUR
UB VOTRE ALTB86B SKIÉRISSIMB',
Le trâs humble , et très serviteur,
DB LA FONTADCB.
LA CAPTIVITÉ DE SAINT MALC
POEME
Reine des esprits purs, protectrice paissante, Qui des dons de ton fils rends l'ame jouissante, Et de qui la faveur se fait à tous sentir. Procurant Tinnocence , ou bien le repentir ; Mère des bienheureux , Vierge , enfin , je llmplert. Fais que dans mes chansons aujourd'hui je t'hcîioit; Bannis-en ces vains traits , criminelles donceon Que j'allois mendier jadis chez les neuf sonirs. Dans ce nouveau travail mon but est de te plaire'.
* Chardon de La Rochette asstirc (pie La Fontaine fbt àbÊKt de supprimer la première édition de son poème de Saint mir. parceiiue dans la souscription de cette épttre dédicatoivl avoit indueiiient donné au cardinal de Boidlkm le titre d'^f* tfdse sérénixsime. Cette assertion peu probalile nous rnoolir du moins que les choses les plus indifférentes en appartoet ont leur degrt^ d'im|K)rtance , et que les éditeurs de noirr poéir ont eu tort de retrancher cette souscription , que noos rrtablissous ici d'après la première édition; Paris, 1673. io-S»^ cinquaute pages , chez Claude Barbin. Le savant Adrv. daf une note manuscrite qui se trouve en tète de notre exemplarr de cette première édition , nous apprend que ce fat La Fos* taine lui-même qui la supprima, parceiiu'il se proposait 4e r^ toucher ce i)oëme et de le publier de nouveau sons le lorait in-4o, projet qu'il n'a jamais exécuté. Ceci explique pBf■l^ ment pourquoi ce livret est si rare.
* La Fontaine , (fui avoit déjà consenti à laisser
LA CAPTIVITÉ DE SAINT MALC. POEME
ie dianle d'on ii»^ros la vemi «oMlaire ,
>s déserts . ces fort la , ces anlrex ifcartés ,
ïes taiara du ciel autrefuis habiles.
Les lidiu ei In uiiiits ont eu niâme demeure.
LA Malc prloîl . jei^noil , suiipirnit à toute heure;
pleuroil , non ses pécli^ , iniiis ceuiqu*en noire civor
l verst^ le serpent dont ClirUL est le vainqueur.
Haie avoil dtuis ers lieux enniinc sa jeunesse,
Pivnit sous les conseils d'un saint plein de sagesse , inservolt avec soin l9 trésor précieux M nout lenoDi d'une ean dont la loiiroe «t im; deux. s auteurs de ses jount descendus sous la tombe,
tux trésors temporels Je jeune saint succombe; n peut en jouir sans être triniinel ;
pue souvent on lient d'eux l'héritage éternel ; n n'a qu'à faire entrer, pur an pieux nia;^ ,
Jjes membres du Seigneur et leur riiefen partage.
Funeste appAt de l'or, uiotear île nus <le&sehis.
Que De peux-tu .sur nous, situ plais ml^me aux saints!
Haie annonce au vieillard censeur de sa jeunesse [Qu'il va de ses aletu recueillir la richesse; Qu'il tâche d'empéchcr que des biens assez grands 14e soient mal dispensés par d'avares parents; Qu'il veut fonder un elollre, et destine le reste A vivre sans éclat , lunjoiirs simple et modeste , Donnant an saint exemple , et par ses soins pieux Peu(-^lre plus utile au siècle qu'eu ces lieux.
n fils, dit le vieillard, il faut qu'avec franchise Je vous ouvre mon cwur louctiant voire entreprise.
isex|K»e/-vous? et qu'allez- vous tenter?
En Je nouveaux périls pourquoi vuiu rejeter ? De trioinptier toujours seriez-vous bien caitahle? Ah! si vous le croyez, l'orgueil vous rend coupable; Sinon votre Imprudence a dcja mérité lies reprochai d'un Dieu justejiient irrité. Foyca , fuyez , mon fils , le monde et »cs amorces : D est plein de dsngers qui surpaMwnt vos forces. Fuyez l'or; mais ftiycï cncor d'iiuircs appas : On ne sort , qu'en fuyant , vainqueur de ces cuiiibats. La paix que nous goittoiisa-t-ellc moins de charmes ? Quoi '. vous hasarderiez; le (t'uil de tant de tannes , £l celai de ce simg qu'un Diru versa pour vous.' A ces mou le vieillard se jette k ses genoux.
Mlle le quitte en pleurant ; triste et funeste alisenre I n abandonne au sort sa fragile innocence; S'engage en des chemins pleins de périls et longs. D'Edesse à Itéroé sont de vastes sablons : L'astre dont les clartt^ «ont esclaves du monde
•no BOa le rrcurU ■!« PoMr* ehiattmui il dinrtet ôr Jt.tkBltouu-, conipoa Ip |iu6nc d« saint llalc, J'ïprw In ^UDca clf MmliTin ilr Purl-Eoyll. VuyEi 1 cf tiijct nolrr
UUMrr il la tii il itrt mr. ngn ilt t.ii fimlaine.
l'atTOurt avec cnniit celle plaine inféconde : S'il y voit quelque objet, c'est un ot^et d'Iiorteur. * Slaint Arabe voisin y portoit la terreur. I>u passant é^rgé le corps sans sépulture l>'un ventre carnassier de^^■noiI la pjlure. On voyoll snccédcr, en ce» cruels séjours. Aux brigands les lions, aux lions les vautours. Marclter seul en ces lienx eAt eu de l'imprudence La fortune joint Malc à des gens sans défense : Peu dejeunesse entre eux, force vieillards craintifs, l''emmes , Emilie , enfants aux cœurs déjà captibÉ Ils Iraversoienl la plaine aus léphyrs inconnue : t'u gros de Sarrasins vient s'offrir à leur vue , Milice du démon , gens hideux et hagards , Engeance qui portoit la mort dans ses regards. La cohorlc du saint d'alrard est dispersée : Équipages , trésors , jeune épouse est laissée, l'elle fuit la colondte, mihliani ses amours, A l'aspect du milan qui menace ses jours. 'l'elle l'ombre d'un loup dans les verts pâturages Ecarte les troupeaux attentifs aux herbages. I.es com|Hignons deMalc,épandu8 [lar ces ctiamptjl Toniboient sans résister sous le fer des brigands. De toutes parts l'horreur régnoil en ce spectacle ; La proie apportoit seule au meurtre de l'obstacle, 1 Ceux que l'amour du gain tira de leur foyer Perdoient d'un an de peine en un jour le loyer. Les pères chargés d'ans, laissant leurs tendres gagetji Tuyolent leur propre mort en ces funestes plages , El pour deux jours de vie abandonnoient tm bien ?nH de qui vivre un siiVIe ani vrais pères n'est rien. L'amant et la oempagne i ses vœux destitua l,>uittoient le dP<» espoir d'un prochain hymént^e ; Malheureux I tva fuyoit ; on eÂt vu sra amours ~ Lui tendre m vain tes bras implorant son secouni. J
l'nc dame encor jeune, et sage en sa conduite.
Aux yeux de son époux dans les fers fut rédaÙe.
Le mari se sauva r^rettant na moitié ;
La femme alla servir un maître sans pitié;
Au chef de ces brigands elle échut en partage.
Cet homme possédoil un fertile héritage,
El lie [ilusicurs troupeaux dans l'anlrute saison <
Vendoit â ses voi«iis le croit et la toison.
Notre héros univît la dame en servitude.
Ce hil lors , ntais trop tird , qoe pour sa solitude ,-i
l'our son cher directeur et m» Hges avis,
n reprit des traiis[iurts de pleur« en vain suivi
l'oréls, s'écrioil-il , relrailes dn silence.
Lieux dont j'ai romlMttu la douce viirfence.
Angéliques cités d'où je me suis banni ,
Je vous ai nté|irisés, déserts, j'en suis puni.
Ne vous Terrai-jcpliis?Qu<B! Songe, tu t'eni
O Malc '. lu vois le fruit de les dépeins frivoles '
LA CAPTIVITE DE SAINT MALC
Verse des pleun amers , puisque tu t'es privé De «s pleurs bienheureux où ton cœur s'est lavé. Ainsi Malc regrettoit sa fortune passée. Cependant des brigands la proie est entassée. On l'emporte à grand bruit : ils s'en vonttriompbants. Leur chef voulut que Malc adorât ses enfants. Honneur dont on ne doit s'attribuer les marques Qu'en voyant sous ses pieds les têtes des monarques. Un Aral)e exigea ce superbe tribut.
Si Malc s'en défendit, s'il l'osa, s'il le put, S^i\ en subit la loi sans peine et sans scrupule, Cest ce qu'en ce récit l'histoire dissimule '. Bien qu'à peine la dame achevât son printemps , Que son teint eût des jours aussi frais qu'éclatants , L'Arabe n'en fit voh: qu'une estime l^re : Il lui donna l'emploi d'une simple bergère. Avec Malc l'envoya pour garder ses troupeaux. Bientôt entre leurs mains ils devinrent plus beaux.
Le saint couple cherchoit les lieux les plus sauvages, S'approchoit des rochers, s'éloignoit des rivages; Lui-même il se fuyoit; et jamais dans ces bois Les échos n'ont formé de concerts de leurs voix. Aux jours où l'on faisoit des vœux pour l'abondance. Ils ne paroissoient point aux jeux ni dans la danse : On ne les voyoit point à l'entour des hameaux Mollement étendus dormir sous les ormeaux. Les entretiens oisifs et féconds en malices. Du mercenaire esclave ordinaires délices, Étoient fuis avec soin de nos nouveaux bergers; Ils n'envioient point l'heur des troupeaux étrangers. Jamais l'ombre chez eux ne mit fin aux prières. Ni la main du Sommeil n'abaissa leurs paupières. La nuit se passoit toute en vœux, en oraison.
Dès que l'aube empourproit les bords de l'horizon, Ilsmenoient leurs troupeaux loin de toutes approches. Malc aimoit un ruisseau coulant entre des roches. Des cèdres le couvroient d'ombrages toujours verts : Ils défendoient ce lieu du chaud et des hivers. De degrés en degrés l'eau tombant sur des marbres , Mêloit son bruit aux vents engouffrés dans les arbres. Jamais désert ne fut moins connu des humains ; A peine le soleil en savoit les chemms. T^ bergère cherchoit les plus vastes campagnes : Là ses seules brebis lui servoient de compagnes : Les vents en sa faveur leur offroient un air doux :
■ U nous semble que ]e récK de saint Ma]c , tel que saint Jérôme le rapporte , ne dissimule rien. IjC voici : Pervenimu* ad inUriorem solitudinem ubi dominam liberosqve ex more gentis adorare jussi , cerrices flectirmu. Nous faisons cette remarque précisément parceque La Fontaine a suivi très exactement le récit de saint Malc. H s'est montré en vers historien exact . et n'a pas usé ici du priviléjçc qu'Horace accorde aux
Le ciel les préservoit de la fureur des loups, Et gardant leurs toisons exemptes de rapines, Ne leur laissoit payer nul tribut aux épîiies. Dans les dédales verts que formoient les hallien, L'herbe tendre, le thym, les humbles vîolîert, Présentoient aux troupeaux une pâture exquise. Ep des lieux découverts notre bergère assise Aux ii^ures du hâle exposoit ses attraits. Et des pensers d'autrui se vengeoit sur ses traits. Sa beauté lui donnoit d'étemelles alarmes. Ses mains avec plaisir auroient détruit ses cbannes : Mais, n'osant attenter contre l'œuvre des eienx, Le soleil se chai^geoit de ce crime pieux. O vous, dont la blancheur est souvent eoipruntée. Que d'un soin différent votre ame est agitée ! Si vous ne vous voulez priver d'im bien si doux , De ses dons naturels au moins contentez-vous.
Tandis que la bergère en extase ravie Prioit le saint des saints de veiller sur sa vie, Les ministres divins veilloient sur son troupeau. Quelquefois la quenouille et l'artiste fuseau Lui délassoient l'esprit, et pour reprendre haleine De ses propres moutons elle Gloit la laine. Pendant qu'elle goiltoit ce plaisir innocent, Tournant parfois les yeux siir son troupeau paissant , Que vous êtes heureux, peuple doux! disoit elle; Vous passez sans pécher cette course mortelle. On loue en vous voyant celui qui vous a faits : Et nous , de qui les cœurs sont enclins aux forints. Laissons languir sa gloire, et d'un foible sufArage Ne daignons relever son nom ni son ouvrage. Chères brebis, paissez; cueillez l'herbe et les flenn. Pour vous l'aube nourrit la terre de ses pleurs. Vivez de leurs présents ; inspirez-nous l'envie D'éviter les repas qui vous coiltent la vie. Misérables humains, semence de t)Tans, En quoi différez-vous des monstres dévorants? Tels étoient les pensers de la sainte héroïne.
Pour Malc , il méditoit sur la triple origine De l'homme florissant, déchu, puis rétabli. Du premier des mortels la faute est en oubli : Le ciel pour Lucifer garde toujours sa haine. Dieu tout bon , disoit Malc, si ton fils par sa pane M'a sauvé de l'enfer, m'a remis dans mes droits, Garde-moi de les perdre une seconde fois. [nent. Fais qu'un jour mes travaux par leur fin se couron- Je suis dans les périls, mille maux m'environnent, L'esclavage, la crainte, un maître menaçant; Et ce n'est pas encor le mal le plus pressant. Tu m'as donné pour aide au fort de la tourmente Une compagne sainte, il est vrai , mais cl Son exemple est puissant ; ses yeux le sont
Dk couililire les nijeiiii, Seigneur, prends le souci.
Le ciel conibluit de dinis celle hniiible mudeslie.
nos ben;er« <la péché garanlie Ke se conlcntoil pas de l'avoir évil^.
Qu'avons-tmns, ilisai«iit-ils, jusque-li imhîlri? Nau8 te sommes. Seigneur, serviiears iauliies. Aide-nocu, rends nos ctpurs en vertus plus fertiles. Fais-nous suivre la main qui nous a secoarua. 'ucamlnlUs pour nous, tasoufTm, tu mourus; [oos rivons, nous passons nosjours dans l'espérance: [ç8 délices feront le pris de la soafh-ance. le nous feras-tu point imiter ces travaux f* luand auras-tu . Seigneur, tes enfants pour rivaux ? i celle ambition le semble condanuuble ,
l'amour qui la cause; il rend tout pardonnable. Seiffneur, nous t'aimons , nons l'osons prolesler ; si l'efTel ne suit, que seK de s'en vanter [■ n faut porter la crois, goûter de ton calice, Couvrir son front de cendre , et son coq<s d'un clUoe.
Tandis qu'ils se maloient par ces saintes rigueurs, Leurs Iroupeaiii pi'ospéruient aussi bien que leurs X'Arabeenpnitlloiisanscn savoir la cause. (coHirs. 'Ce brigand , pour le gain employant loule cliosc , Voulut les engai^r par de plus forls liens. n crui que de s'enfuir aynni mille moyens . Us se pourruieni enfin soustraire â l'esrla^Hgc; il (alloil joindre aux lérs Ivs no-uds du mariage : tr amour lui seroil on gage sufllsaiit. I doux fruits dont l'hymen leur fcroil un pr6«iil "ïugniejiteroieni ses biens , l'uuroient encorponr mal- Humains, cruels hunuins, fiiul-il procurer l'Ëlrc ] irc. AHn que ce bienfait enchaîne un ionoceul? Et ne se sauruil-îl anVanchir en naissant P L'Arabe, ayant ainsi double prolil en vue, Donne nui chastes bergen une alarme imprévue) l^ur propose à tous deux un lien plein d'Iiorrcur.
Ne nous fais point , dit Maie , tomber dans cette erf:elleque tu me vt^x joindn- pnr l'hymi^née [reur: D'un légitime éiiou\ suivoit la destiner. Ta la lui vins ravir; tn le pus par lu loi. Nous w. nom plaignons point de nos fers ni de toi. Kedouble la rigueur d'un joug involonUire : Mais puisque notre Dieu nous défend l'adultère, Laisse nous r^isier à ion vouloir impur. Notre iniioceni» t'eut un gage bien plus silr. Quel service altends-tu de nous, quand notre zèle N'aura pour fondement iju'une ardeur criminelle P Si la craini qu'etsiit boni nunt oc quittloiu tm chaïup*. 'Ce fieras-tu sur nous qiuiid nous serons méchants i'
L".4ral)e 4 ce ilîscours se sent Irnniipork' d'ire.
Vil esclave , dit-il , tu m'o&es cunli'edirt^ '
Meurs im cède; obéis , et garde désonuais
De ni'alléguer ton Dieu , que je ne crus jniiiai».
AussLtilt de son glaive il dépouille la lame •-
Et Malc épouvanté s'approclie de la ilaiiie.
Le soir on les enferme en un lieu sans clarlc» :
Leur mariage n'eut que ces formalités.
On n'y vU point d'hymen ui de Junon paroitrc.
Frivoles déités qui nous deve* votre être ,
Vous n'accourfltes pas : comment rauriez-vous pu ?
Vous n'êtes que des noms dont le charme est rompu.
Notre couple étant seul eut recours au\ prières.
Tous deux avoient besoin de grâces siugiiliftres.
Ils ne s'étoient point vus eiii'or dans ces dangers :
Non que , portant Imrs pas loin des aulres bei^ni .
L'enfer n'eilt quelqurfois leur perte consjHrtw ;
Mais des yeux du Seigneur leur conduite éclairée
Ne s'écartoit jamais de la divine loL
Le berger cette uuil se délia do soi.
Sa crainte, încunlinent de désespoir suivie.
Pour sauver sa pudeur mil en danger sa vie :
El le même couteau qui dans mille besuins
L'aidoil i s'acquitter de ses champêtres suinii;
Ce couteau , dis-je , alloît du saint couper la trame :
L'imprudent Malc, voulant mettre Aoouvert sou ante,
S'en alloit de sa main la livrer au démon;
Fureur qui n'éloît pas indigne de pardon.
La lueur de l'acier avertit la bergère. Que vois-je?eria-t-ellc.O ciel! qu'alleï-vous faire? Je vais, répondit Hak, prévenir les conibais I
D'un œil loiqours présent, et toujours plein d'sppM, ^ Nous ne nous fbirons plus . notre amc est condanuiéé' .\ux dangers qu'à sa suite entraîne l'Iiyméuée. Malgré nous di'suniiais nous vivrons en commun ; Deux parcs nous hébergeoient, nous n'en aurons plus HétasI qui l'aimût cru que celle inquiétude | qu'un. Nous cherclieniit au fond d'une '[ire solitude ! J'appréhende i la Hu que le ciel irrité N'abandonne nos cœurs à leur fragilité.
Cette faute entre i-pout nous scmlileni li^re.
Il fuut espérer mieux , dit la uliaslc liergère : Dieu ne quitlera pas ses enfants au Ixnoin. Si mon sexe est fragile , il en prvnilra le soin. Vous ai-je donné lieu d'en èlre en délianee f Qo'ai-je fait pour causer cette injuste croyance? Votre soupçon m'oulragc ; et vous avex di) voir Qae je sais sur mes sens garder linéique pouvoir. Quand mon cœur auroil peine à s'en rendre le maître , Etcs-voos mon époux P et le pouvo<vous étreP Nous a-t-on iiu lier satu savoir si la mort M'a ravi ce mari qui m'attaclie i son sort? Vous vous alarmez Irop pour un vain liymcnif.
LA CAPTIVITÉ DE SAINT MALC
Je vous rends cette main que vous m'avez donnée. Dissimulez pourtant, feignez, comportez-vous Gomme frère en secret , en public comme époux. Ainsi vécut toujours mon mari véritable ; Et si la qualité de vierge est souhaitable , Je la suis ' : j'en fis vœu toute petite encor. Malgré les lois d'hymen j'ai gardé ce trésor. Après l'avoir sauvé d'un amour légitime, Yotfdrois-je maintenant le perdre par un crime? Non, Malc; je ne crois pas que le ciel le souffrit. Il m'en empécheroit , quelque appât qui s'offrit. Ne -craignez plus, vivez; l'Etemel vous l'ordonne. Estimez-vous si peu cet être qu'il vous donne ? Yotre corps est à lui; ses mains l'ont façonné : Le droit d'en disposer ne vous est point donné. Quelle imprudence à vous de finir votre course Far le seul des péchés qui n'a point de ressource ! Toute faute s'expie; on peut pleurer encor : Mais on ne peut plus rien , «'étant donné la mort. Vivez donc; et tâchons de tromper ces barbares.
Le saint ne put tronver de termes assez rares Pour rendre grâce au ciel , et louer cette sœur ' Dont la sagesse étoit égale à la douceur. Cette nuit s'acheva comme les précédentes : Dieu leur fit employer en prières ardentes Des moments que l'on croit innocemment perdus Quand le somme a sur nous ses charmes répandus.
Le lendemain l'Arabe en ses champs les renvoie. Là montrant aux bei^rs une apparente joie , Les larmes^ les soupirs, et les austérités. Quand ils se trouvoient seuls faisoient leursvoluptés. En eux-mêmes souvent ils cherchoient des retraites. On ne s'aperçut point de ces peines secrètes. Chacun crut qu'ils s'aimoient d'un amour conjugal. Aucun plaisir au leur ne sembloit élre égal. On se le proposoit tous les jours pour exemple ; Et lorsque deux époux étoient conduits au temple. Que le ciel, disoit-on, afin de vous combler. Fasse à l'hymen de Malc le vôtre ressembler !
Le saint couple à la fm se lasse du mensonge; En de nouveaux ennuis l'un et l'autre se plonge. Toute feinte est sujet de scrupule à des saints : Et, quel que soit le but où tendent leurs desseins. Si la candeur n'y règne ainsi que l'innocence , [ se. Ce qu'ils font pour un bien leur semble élre une offen-
• 11 y a je la suis dans la première édition et dans celle des OEuvre* diverses ûe 1729, et c'est ainsi qu'a écrit La Fontaine. Dans les éditions modernes on a mis je le suis , ce qui est plus conformée la règle des grammairiens;, mais on sait que madame de Sévigné, malgré les remontrances de Ménage , se montroit sciemment rebelle à cette règle.
Malc à ces sentiments donnoit un joar des ptem : Les larmes qu'il versoit faisoient courber les tan. Il vit auprès d'un tronc des légions nombreoseï De fourmis qui sortoient de leurs cavernes creon. L'une poussoit un faix; l'autre prétoit son dot: L'amour du bien public empéchoit le repos. Les chefs encourageoient chacun par leor exeni|ile. Un du peuple étant mort, notre saint le ooDlcmiiie En forme de convoi soigneusement porté Hors les toits fourmillants de l'avare cité '• Vous m'enseign^ , dit-il , le chemin qu'il faut siûtr. Ce n'est pas pour soi seul qu'ici-bas on doit vivre; Vos greniers sont témoins que chacune de vous Tâche à contribuer au commun bien de tons. Dans mon premier désert j'en pouvais autant Cure; Et sans contrevenir aux vœux d'un solitaire , L'exemple, le conseil, et le travail des nnaiiis, Me pouvoient rendre utile à des troupes de sainb: Aujourd'hui je languis dans un lâche esclavage; Je sers pour conserver des jours de peu d'usage. Le monde a bien besoin que Malc respire encor! Vil esclave, tu mens pour éviter la mort ! Que ne résistois-tu, quand on força ton ame A se voir exposée aux beautés d'une femme.' Lorsqu'il ne fut plus temps tu courus au trépas. Quitte , quitte des lieux où Christ n'habite pis. Avec ses ennemis veux-tu passer ta vie?
Il déclare à la sainte aussitôt son envie ^ Va s'asseoir auprès d'elle , et lui parle en ces raoto: Ma sœur, je me souviens que vos sages propos Déjà plus d'une fois m'ont retiré de peine. Naguère , en conduisant mon troupeau dans la pUiae, Je songeais à l'état où le sort nous réduit. Quelle est de nos travaux l'espérance et le fruit? Rien que de prolonger le cours de nos misères, Et vieillir, s'il se peut , sous des ordres sévères. Voilà dedans ces lieux le but de notre emploi. Nous y vivons pour vivre ; est-ce assez ? (Ûtes-moi. Faut-il pas consacrer à l'auteur de son être Tous ses soins , tout son temps , enfin tout ce qa*ini El qu'un père à-la-fois uniquement chéri [maitit Exige de devoirs d'un couple favori ?
Dieu nous comble tous deux de ses faveurs célestes: Il nous a dégagés de cent picges funestes. Sa grâce est notre guide ainsi que notre appui : Nous ne persévérons dans le bien que par lui. Allons nous acquitter de ce bienfait immense. Ici le jour finit , et puis il recommence,
' Cette description du travail des fourrais est traduite ûntHât de saint Malc dans saint Jérôme. Matliieu Marais* qui ignoroit cela , y a vu une preuve du génie observateur de La FoalvK. Voyez À ce sujet notre Histoire de la vie et des oucraffetàt La Fontaine,
POÉHË.
Sans que nous bénissions le saint nom qu'à dcmi^ Ne vivant pas pour Dieu , mais pour son ennemi. Ma sœur, si nous cherchioiis de plus douces demeu- Je vous ai fait récil quelquefois deces heures [res? Qu'en des lieux séparés de tout profane abord Je passois à louer l'arbitre de mon sort : Alors j'avois pitié des heureux de ce monde. Maintenant j'ai perdu cette paix si profonde : Mon cœur est agité malgré tous vos avis. Je ne me repens pas de les avoir suivis. Mais enfin jetez Tœil sur l'état où nous sommes. Vous êtes exposée aux malices des hommes. Je n'ai plus de mes bois les saintes voluptés. Ne reviendront-ils point ces biens que j'ai quittés? Ah ! si vous jouissiez de leur douceur exquise ! La fuite, direz-vous, ne nous est pas permise : De notre liberté l'Arabe est possesseur. Et quel droit a sur nous un cruel ravisseur? Brisons ses fers; fuyons sans avoir de scrupule : Le mal est bien plus grand lorsque l'on dissimule. Quelque prétexte qu'ait un mensonge pieux, n est toujours mensonge, et toujours odieux. Allons vivre sans femte en ces forêts obscures On j'ai trouvé jadis des retraites si sAres. Ne tentons plus le ciel : ayons une humble peur. Je vous promets des jours tout remplis de douceur. Il se tut. Aussitôt la prudente bergère Approuve les conseils que le saint lui suggère. [ peau, Il bit dioîx de deux boucs les plus grands du trou- I..es tue, dte les chairs, change en outre leur peau. Notre couple s'en sert à traverser les ondes Dont il falloit franchir les barrières profondes. Le courant les poussa bien loin sur l'autre bord, l'ous deux marchent en hâte où les guide leur sort. Ils a voient achevé quatre stades à peine. Quand , trahis par leurs pas imprimés sur l'arène , Ils entendent de loin des chameaux et du bruit. Tournent tête ; et , voyant que leur maître les suit , Se pressent , mais en vain ; tout ce qu'ils purent faire Fut de gagner un antre affreux et solitaire, Triste séjour de l'ombre : en ses détours obscurs Hégnoit une lionne hôtesse de ses murs. Klle y conçut un faon , unique et tendre gage Des bnMantes ardeurs du roi de cette plage. Mère nouvellement , on l'eût vue allaiter (.lelui qu'elle venoit en ces lieux d'enfanter. Mais ctmmient Teùt-on vue? à peine la lumière (.)soit franchir du seuil la démardie première. Par cent cruels repas cet antre difTamé Se trouvoit en tout tem[)s de ramage semé. Le saint couple fn*niit , et s'arrête à l'entrée : Ils n*osent |HMiétrer celte horrible contrée; Ils cliercheut ({uelqne coin eu tàtant et craintifs. L'Arabe croit déjà tenir ses fugitifs.
Il n'avoit avec lui pour escorte et pour guide Qu'un esclave fidèle , adroit , et peu timide. Va me quérir, dit-il, ce couple qui s'enfuit. Le cimeterre au poing l'esclave entre avec bruit. La lionne l'entend, rugit, et pleine d'ire Accourt , se lance à lui , l'abat , et le déchire. De son séjour si long le maître est étonné; Et d'un courroux aveugle aussitôt entraîné , Est-ce crainte ou pitié, dit-il, qui te retarde? Quoi ! je n'ai pas encor cette troupe fuyarde ! Enfants de l'infortune, esprits nc^ pour les fers , Je vous irai chercher tous trois jusqu'aux enfers. Dans le gouffre à ces mots l'ardeur le précipite. Sa colère a bientôt le sort qu'elle mérite. A peine il est entré que les cnielles dents Et les ongles félons s'impriment dans ses flancs. Les saints, loin d'en avoir une secrète joie. Du parti le plus fort craignent d'être la proie , Font des vœux pour l'Arabe , et tous deux soupirants Souhaitent un remords du moins à leurs tyrans : Mais des suppôts de Bel l'ame aux feux consacrée , Victime nécessaire à l'enfer est livrée. Le maître et son esclave , attendant le trépas. Gisent ensanglantés, la mort leur tend les bras^ La cruelle moitié du monstre de Libye Trahie en ses magasins leurs deux corps où la vie Cherche encore un refuge, et quitte en gémissant Les hôtes que du ciel elle obtint en naissant. Le lionceau se baigne en leur sang avec joie, n ne sait pas rugir, et s'iastniit à la proie. Digne de ces leçons il commence à goAter Les meurtres qu'il ne peut encore exécuter. Après qu'il a joui du crime de sa mère , Et qu'ils ont assouvi leur faim et leur colère , La lionne repense à ces actes sanglants, Emporte en d'autres lieux son faon avec les dents , Quitte l'obscur séjour; et se sentant coupable, Encor (|ue faite au meurtre et de crainte mcapable. Elle fuit, et confie aux plus âpres rochers Du cruel nourrisson les joiurs qui lui sont chers.
Malc cherche aussi bien qu'elle un plus certain asile : L'abord de ce séjour lui semble trop facile. L'odeur des animaux , la piste de leurs pas, 1^ vengeance et le bruit de ces cruels trépas , Tout lui fait retlouter qu'une troupe infidèle N'évente les secrets que cet antre recèle , Ne trou^'e l'innocent, en chercliant les auteurs De l'attentat conmiis sur ses persécuteurs. La faim même , qui rend les saints ses tributaires , Fait sortir nos héros de ces lieux solitaires. Loin du peuple profane ils vont finir leurs jours. Un bourg de peu de nom fait enfin leurs amours. \À le couple pieux aussitôt se sépare.
LA CAPTIVITÉ DE SAINT MALC. POËME
De leur mensonge saint l'offense se répa|% Cet hymen se dissoat.La dame entre en lin lieu Où cent vierges ont pris pour époux le vrai Dieu.
Dans un cloître éloigné Malc s'occupe en silence;
Et s'il n'alloit parfois régler la violence
Dont la diaste recluse embrasse Toraison,
Sa retraite pourroit s'appeler sa prison.
n y vit dans les pleurs , nectar de pénitence :
C'est le seul dont ses vœux demandent l'abondance.
Plus ange que mortel, il se prive des biens
Qui sont de notre corps agréables soutiens.
Ce jeûne rigoureux n'accourcit point sa vie.
Des deux flambeaux du ciel la course entre-suivie
A long-temps ramené la peine et le repos.
Le repos aux humains, la peine au saint héros,
Sans qu'il semble approcher du terme de sa course.
De son zèle fervent l'inépuisable source
Fœnente la chaleur qui retarde sa mort :
Près d'un siècle d'hivers n'a pu l'éteindre encor.
Jérôme en est témoin , ce grand saint dont la plume Des faits du Dieu vivant expliqua le volume*. n vit Malc , il apprit ces merveilles de lui*;
< Saint Jérôme a traduit la Bible de l'bébreu en latin. C'est cette Tenion qui a été consacrée par le concile dp Trente sous le nom de Fulgate. U a en outre composé des commentaires sur le NouYeau Testament
a Saint Jérdme dit avoir ti!^endu le récit de cette aventure de la bouche même de Malc, dans un petit bourg de Syrie nommé Maronie, à trente milles d*Antloche. Voyez D. IIib- BOiiTHi Epistolœ selectœ, lib. in> epist m , de Vità Màlcbi, copUvi monacM*
Et mes légers aeoords les chantent aojourtfhoL Qui voudra les savoir d'une bouche plus digH, Lise chez d'Andilly cette aventure insigne'. Jérôme l'écrivoit lorsque le peuple franc Du bonheur des Romains arrétoit le torrent*.
Je la diante en un temps où sur tous les moDarqiKi Louis de sa valeur donne d'illustres marques^ Cependant qu'à l'envi sa rare piété Fait au sein de l'erreur régner la vérité. Prince , qui par son chou remis le culte aox templei, Qui t'acquis cet honiKur par tes pieux exemples, Et que le haut savoir, le sang, et la vertu , Ont dès tes jeunes ans de pourpre revéta*, Je t'offre ce récit, toMe fruit de mes vdUes : Mais s'il fout que nos dons égalent tes mervaBo, Quel Homère osera placer devant ses vers Ton nom , digne de vivre autant que l'univen?
* Amanld d'Andilly a donné une tradnetioii de la Mktè S3int Jérdme dans les f^ies de* tainU pères des déterU ëét quelques saints, Voyai les Œuvres diverses de M. d*AndiUy, in-fol., 1675, t II, p. 4S8 à 195.
• Salnf Jérôme a déploré en prose éloquente les rets des invasions des Francs et des autres nattons de I qui de son temps dévastoient l'empire romaia. Voya dasa œuyres, ediU ParisHs in-folio, t IV, p. 748» BpUleLti jigeruchiam. Celte épttre est de l'an 409.
sce poème parut en 1673. et l'année préoédnte Lsiii XH avoit fût la conquête de la Hollande.
4 Lorsque le duc d'Albret eut été gift»»tn^ t»*rMitai , g M si Jeune que dans le monde on l'appeloit par dértsiflo Vettmi rouge.
¥IK DL LA CAPTIVITE DE SAIIVT HALC.
LE QUINQUINA
POEME. — 4682
AVERTISSEMENT DE L'EDITEUR
Loait XIV ayoit acheté en 1679, da cheralier Talbot, Aûgloit» le secret d'an remède pour la guériion dei fién^ef , qui n'étoit que le qoinqnina diîenement préparé. Malgré les preu?es réitérées de l'efflcacité de ce spécifique , plmieart médecins se refusoient à l'employer, et Iraitoient de charlatans ceux qui en Assoient usage. Diyers écrits parurent ponr et contre le qoinqoiiia. La duchesse de Bouillon , qtd a? oit épousé , aree la chaleur qu'elle mettoit en toutes choses , la cause de cette éeorce salutaire, désira que la muse populaire de La Fontaine en préconisât les vertus. 11 ne put résister à ses instances , et il composa son poème sur le quinquina. Déjà d'autres poètes ■foient célébré la pré?oyance ella générosité de LouisXIV» qui, non content d'avoir magnifiquement récompensé rétranger qui lui a? oit donné le secret de la préparation du quinquina , en avoit fait acheter à Lisbonne et à Cadix une quantité considérable pour les hôpitaux de son royaume. Mallement de Mésange avolt composé sur ce aojet un sonnet adressé au roi , auquel il dit :
Ton bras armé d'un foudre a-t-il «emé l'elfroi. D'un mot tu calmes tout, et ta bonté préfère Le laToratile uom de protecteur, de père , Aux titres glorieux de conquéraol , de rDi. C'est peu pour ta vertu qu'une gloire si belle Brave des temps Jaloux l'atteinte criminelle , Et se voie en tous lieux ériger des autels ; D^ vainqueur du Styx et du sombre monarque , ,Tu viens pour nous encore anéantir la parque , Bt tu veux qu'avec toi nous soyons immortels.
Nous avons donné , dans notre Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine , des détails sur la découverte du giiifi^iiina, et sur le volume de La Fontaine qui renferme le poérae consacré à la louange do ce puissant spécifique. Nous y renvoyons les lecteurs qui desireroient sur ce sujet de plus amples éclaircissements.
Nous remarquerons seulement ici que La Fontaine s'est servi principalement , pour la composition de son poème , do traité d'nn médecin de ses amis , intitnlé : De la guérison des fièvres par le quinquina. Ce traité eut une grande vogue, et il s'en fit en peu d'années cinq éditions, savoir, une à L)un en 1679, et quatre à Paris en 1680, lesi » 1685, et 1688. Comme elles parurent toutes sous le voile de l'anonyme, le nom de l'auteur, malg^^ une si
grande publidlé , étolt resté inconnu , jusqu'à oe que noa recherches nous eussent fait découvrir une tradoctioo latine de ce même traité, avec le nom de son auteur. Elle est imprimée dans le Zodiaeus Medico-Gallicus , quatrième édition , in-40, 1682, p. 61 ; et intitulée : TVuctatus de felmum curatione per usum quinqt^na» auotore Monginot. Dans nos notes , nous avons jugé utile defifa^ le rapprochement de ce traité , et d'autres de la même époque , avec le poème de La Fontaine. Nous avons fiiit usage, pour éclaircir plusieurs passages oliscnrs, d'oo travail que le docteur Brescbet a bien voulu , d'après notre invitation, entreprendre sur ce poème.
LE QUINQUINA
POEME
A M" LA DUCHESSE DE BOUnXON.