‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 508 sur 670 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

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SONGE DE VAUX

Acanthe s'ëtant endormi une nuit du prioteoipg» songea qu'il étoit allé trouver le Sommeil, pour le prier que, par son moyen, il pût voir le palais de Vaux avec ses jardins ; ce que

< n y avoit en effet beaucoup de variété dans ce recueil . puisque . outre ces fk-agments du Songe de Vaux , H contenoit des lùileii. des épitres . des odes , des épigrammes, des audrigaux , une ballade , imroDdean, des élégies, et enfin le po&ae d'Adonis.

• LaPentaine. dans son recneH de 1671, a mis entité de er fragment ehapiirê pretnier ; mais oonune dans les fragments qui suivent il ne bit plus mention de chapitre , nous avom supprimé ce tltrr.

SONGE DE VAUX

le Sommeil lui accorda , commandant aux Songes de les lui montrer.

Lorsque Tan se renouvelle,

En cette-aîmable saison

Où Flore amène avec elle

Les Zéphyrs sur l'horizon ;

Une nuit que le silence

Gharmoit tout par sa présence,

Je conjurai le Sommeil

De suspendre mon réveil

Bien loin par-delà l'aurore.

Le Sonuneil n'y manqua pas;

Et je dormirois encore ,

■Sans Aminte et ses appas.

Cette fière beauté , qui s'érige un trophée Du cruel souvenir de mes vœux impuissants, Souffrit que cette nuit les charmes de Morphée Aussi bien que les siens régnassent sur mes sens. Il me fit voir en songe un palais magnifique , Des grottes, des canaux, un superbe portique,

Des lieux que pour leurs beauté

J'aurois.pu croire enchantés,

Si Vaux n'étoit point au monde :

Ils étoient tels, qu^au soleil

Ne s'offre au sortir de l'onde

Rien que Vaux qui soit pareil.

C'étoit aussi cette maison magnifique, avec ses accompagnements et ses jaixlins, lesquels Sylvestre m'avoit montrés, et que ma mémoire conservoit avec un grand soin , comme étant les plus précieuses pièces de son trésor. Ce fut sur ce fondement que le Songe éleva son frêle édifice , et tâcha de me £aire voir les choses en leur plus gi ande perfection. 11 clioisit pour cela tout ce qu'il y avoit de plus beau dans ses magasins; et, afin que mon plaisir durât davantage, il voulut que cette apparition fût mêlée d'aventurestrèsremarquabtes.Jevisdespiantes, je vis des marbres, je vis des cristaux liquides, je vis des animaux, et des hommes. Au -commencement de mon songe il m'arriva une chose qui m'étoit arrivée plusieurs autres fois, et qui arrive souvent à <;hacun ; c est qu'une partie des objets sur la pensée desquels je venoîs dem'endormir me repassa d'abord en Tesprit. Je m'imaginai que j'étois allé trouver le Sommeil, pour le prier de me montrer Vaux, dont on m'avoit dit des choses presque incroyables. Le

logis du dieu est au fond d'un bois où le silence et la solitude font leur séjour : c'est un antre que la nature a taillé de ses propres mains, et dont elle a fortifié toutes les avenues ocmtre h clarté et le bruit.

Sous les lambris moussus de ce sombre palais. Echo ne répond point, et semble être assoupie, La moHe Oisiveté, sur le seuil accroupie, N'en bouge nuit et jour, et fait qu'aux envinns Jamais le chant des coqs , ni le bruit des clairo», Ne viennent au travail inviter la nature; Un ruisseau coule auprès , et forme un doux munno- Les simples dédiés au dieu de ce s^our [iti

Sont les seules moissons qu'on cultive à rcniour: De leurs fleurs en tout temps sa demeure est semée. Il a presque toujours la paupière femu^, Je le trouvai «dormant sur un lit de pavots : Les Songes l'entouroient sans troubler son repos: De fantômes divers une cour mensongère, Vains et frêles enfants d'une vapeur l^ère. Troupe qui sait charmer le plus profond ennui. Prête aux ordres du dieu^ voloit autour de loL Là, cent figures d'air en leurs meules gaidéei, Là, des biens et des maux les légères idées, Prévenant nos destins , trompant notre désir, Formoient des magasins de peine ou de {diîtir. Je regardois sortir et rentrer ces merveilles i Telles vont au butin les nombreuses abdlles; Et tel, dans un état de fourmis composé. Le peuple rentre et sort en cent parts divisé. Confus , je m'écriai : Toi que chacun réclame , Sommeil Je ne viens pas t'ûnplorer dans ma flamne; Conte à d'autres que moi ces mensonges oh^M^^^im Dont tu flattes les vœux des crédules amants* Les merveilles de Vaux me Uendront lieu d'Anûme: Fais que par ces démons ' leur beauté mesoit peinlf. Tu sais que j'ai toujours honoré les autels; Je t'offre plus d'encens que pas un des mortels: Doux Sommeil, rends-toi donc à ma juste prière. A ces mots , je lui vis enlr'ou\Tir la paupière; Et , refermant les yeux presque au même momoA: Contentez ce mortel , dit-il languissammenL l'ont ce peuple obéit sans tarder davantage : Des merveilles de Vaux ils m'offrirent l'image* Comme marbres taillés leur troupe s'entassa • En colonne aussitôt celui-ci se plaça; Celui-là chapiteau vint s'oflrir à ma vue* L'un se fit piédestal , l'autre se fit statue : Artisans qui peu chers, mais qui prompts et snbtik, N'ont besoin pour bâtir de marbre ni d'oatils

' Par ces génies. Le mot dëoMNit ot pris Ici dans raccqitt« que les anciens donnoient à OBnot.

SONGE UE VAUX

iiliir CD un niomciil dttiQeun eti is ruidcdu iein(»,aini|iuseiit leurs

Les vers suivants ne sonl pas de la descrijtlioii de Vaux ; je les envoyai à une [wrsonne «[ui en vouloît voir de inoi , et lui envoyai en nrfmt' temps l« frag^raent qui suit. Comuio ces vers y peuvent servir d'argument en quelque favoii, j'ai cru qu'il ne seroit pas hors de propos de tes mellre eu tétc.

Amlr ', vous rnulez voir des vers de ma main-, \om qui <ln chanire grec ainsi que du ruiiwiin Fiiurriei! tioiu étaler les beauliia eL les (j^races , £t qui nous invitez à marclier sur leurs tracM. Vous ne irtmvertx point clieï moi c*t licoreux art Qui carhe ce qu'il est , cl ressemble nu liasanl *:

l'ai point ce beau tour, ee cliamie inexpritnahle Qui reml te dieu de» vers sur tous aulres aimable: C'ett ce qu'il faut avoir, si l'on veut Olre admis Parmi ceu» qu'Apollon compte entre ses amis. Bomère ^iid toujours ses dons avec larfcessc; Virgile i SCS trésors sait joindre ta sagesse : Mrs vers vous pourroienl-its donner quelque plaisir, Lorsque l'antiqiuté vous eu offre à dioidir? Je ne l'esfière pas ; et étendant nia muse ff'aura jamais pour votu de secr«t ni (l'exeuse; Ce que rons souhaitez , il faut vons l'nrconlcr; Cest i moi d'ol)éir, à vous de («miriander. 2e vous présente donc qnetques traits de ma Ijrrc : Elle les a dans Vaux r^l^ au Zépliyrc. "y fais parler qnatre arts bmcux dans l'univers , es palaû, les tableaux, Ira jardins, et les ver». Ces aris vantent ici lour-à-iour leurs merveilles, e sonpîre en wu^eant au sujet de mes veillest. Vous m'eulendex, Ariste.et d'un cfpur gâidreus Vous [daii^iei comme moi le sort d'art malhniivax. n dif|riut â son roi ; se» amis disparurent : Mille vmtx contre lui liais l'altord nHicounirenl. Mal)^' tout ce lorreul , je lui donnai des p]eurs^ J'accoutumai cliacuu à plaindre ses malheurs '.

■ Soin oc non Je crob qi» L» FuuUiav iMilcna l><ilUBua . ipil Iitwil uad ik \rt» bunn im.

• Nul ii'« *ii cualraln uikul panMd rtrl art que ta {''oii- Mur. el en nn aifirime aOiiilraLioaRil liiRD le ctncttsm i\e

> La PonlaUie But Id iOiui-ia l VnHpf* M t IVI^lo alm- ■fr aui n]rm|ibn> de VaiU, V(i|ci \' liutolre dr la tint dit ■aga dt Ht Fontaine, tm. In-rs . L I. p. KSi Mt. !»«.. p.«.

Jadis en sa faveur j'asseoililai quaiie fci»; Il voulut que ma main leur dressdt des traplieesi (Kuvrelong, et qu'alors jeune encor j'entrepris 'J Écoutez ces quatre arts , et décidez du prix.

■/Architecture, la Peinture, le Jatdiiiagc,^ la Poésie, liaranguent leurs ju{;es, et (xjut4 lent le pri\ proposé.

l'n riche balu&tre fatsuil la séfiaraiion de la diambre d'avecl'alcove; l'estrade en ctottao moins élevée (J'uti pied, ce qui donnoit encore plus d'éL'lai à ccito action. Lu, sur des lapis de Perse, on avoît place les sièges des derai-Uieux ; ceux des juges y ètoienl aussi, mais li part, et un peu éloignes de la compagnie. Hors de l'alcove «itoient assises l'une pi-ès dcl'autru les iiuatre fix's. Artsie, Gelasie, et moi, nous étions debout vis-à-vis d'elleit. On lira au sort |>oui' savoir eu quel rang elles jiarieroient. Ce Fut à Palatiane de liaranguer la pit-mière : elle se leva donc; et, après s'iïlrc approcliee du l»aluslre, elle se retourna à demi vers ses rivales, et leur adressant la voix, elle coiiimcn^';;i du celte sorte :

Quoi ' par vous ces honneurs sont aussi conleslt^ ' Vous [iretendex le prix qu'on doit û mes bcauK's? Ingrates, deviez- vous en avoir la [leiisée?

A ces mots d'in^p'atcs toutes se levèrent, et iémoigiiore.iit avoir quelque chose .'■ dire; mais les juges, pour éviter la confusion, ayant ordonné qu'elles no s'iulerromproicnt point, Palalianc continua en ces termes :

Juges, pardonncx-moi celte (ilaînle (bro^ , Je sais qu'en su|ipliante il (hlluit eomraenrrr; C'est i vous que ma vmx se devoit adresser; Mais le 'l^t m'emporte , et paisqutl but tout dire, Rnlln voilt le hruit, trop vaine Apellanire, Dont vous recumioisMiz mes liieiifalls aujiHinl'hui. Contre les aquilons mon art vous sert d'a|ipui : N'eu ayez point déboute; en sauvant votre ouvra^^, J'oliligc auMÎ 1rs dioux dont vous lrar«i l'image, lié bien! vous la tracez ,. mais imparbitenieat;

■ Ln tm*Di i|iHs l>nu>iurt t

vi/coliTk Vii»-l»-VlraaiE(-

tmiil^juatnn ann Je loti adonut lard S I [|ti" ck T^mica, 1)11 'U «iltqirti.

Il Gunimpoc* 1^ wiTngfl i mit U h'tiatci claprtsla toadaclion île l'Euiiiiusv *le Taiii fiit le |ireniler outrtsr

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SONGE DE VAUX

Et moi je leur bâtis un second ûmiament. Ce qae je dis pour vous , je le dis pour les autres ; Toatce qu'eut fait dans Vaux les Le Bruns , les Le Nôtres, Jets, cascades, canaux, et |dafonds si charmants, Tout cela tient de moi ses plus beaux ornements. Contempler les efforts de quelque main savante , Juger d'une peinture, ou muette , ou parlante, Admbrer d'Apollon les pinceaux ou la voix, Errer dans un jardin , s'égarer dans un bois. Se coucher sur des fleurs , respirer leur haleme , Ecouter en rêvant le bruit d'une fontaine , Ou celui d'un ruisseau roulant sur des cailloux, Tout cela , je l'avoue , a des charmes bien doux : Mais enfin on s'en passe, et je suis nécessaire. Ge fut le seul besoin qui d'abord me fit plaire. "pes antres se trouvoient des humains habités ; . Â-vec les animaux ils formoient des cités : Je bâtis des maisons , je composai des villes. Oh ne vouloit alors que de simples asiles ; Sur la nécessité se r^loient les souhaits : Aujourd'hui , que l'on veut de superbes palais , Je contente chacun en plus d'une manière : Des cinq ordres divers la grâce singulière Fait voir conmie il me plaît l'éclat, la majesté, Ou les charmes divins de la simplicité. Je ne doute donc point qu'en présence d'Oronte Je n'obtienne le prix , vous n'emportiez la honte : Confuses, vous allez recevoir cette loi, Si c'est honte pour vous d'être moindres que moi. Tant d'œuvres , dont je rends les savants idolâtres, Colosses , monuments , cirques , amphithéâtres. Mille temples par moi bâtis en mille lieux , Les demeures des rois, celles même des dieux , Rome, et tout l'univers , pour mon art soUicile* Juges, accordez-moi le prix que je mérite; Car on n'auroit pas droit d'y vouloir parvenir. Si de la faveur seule il falloit l'obtenir.

Peu de temps après qu'elle eut cessé de parler, elle retourna s'asseoir. Sa fierté et le caractère de sa harangue n'avoient pas déplu : je le remarquai au visage des assistants. Les seules fées témoignoient beaucoup d'indignation , et secouoient la tête à chacune de ses raisons ; je vis même l'heure qu'Apellanircrinterromproit. Pour moi, ce qui me toucha le plus de tout son discoui*s, ce fut l'épilogue. Apellanire, quidevoit parler la seconde, prit la place que l'autre venoit de quitter, et puis elle conmiença ainsi sa harangue.

Juges, si j'ai souffert des reproches frivoles.

Ce n'est point pour manquer de droit ni de paroles :

Le respect seulement a retenu ma voix.

Palatiane veut vous imposer des lois ; [ta;

Les honneure ne sont faits que pour ses mains sava- Ce seroit trop pour nous que d'être ses snivantei: Elle m'appelle ûigrate, et pense m'ébranler; Mais qui l'est de nous deux , puisqu'il en faut parier? Sans tous ses ornements , serois-je pas la même? Et quant à sa beauté, qui lui semble suprême, Bien souvent sans la mienne on n'y penseroit pas; Seule je sais donner du lustre à ses appas. Contre les aquilons elle m'est nécessaire; Il n'est point de couvert qui n'en pût autant flUre. Où va-t-elle chercher le premier des humains? Quels chefis-d'œuvres alors sont sortis de ses nuôii? Qu'importe qu'elle serve aux dieux mêmes d'aak? Car il ne s'agit pas d'être la plus utile ; C'est assez de causer le plaisir seulement , Pour satisfaire aux lois de cet enchantement; En termes assez clairs la chose est exprimée: Soit donné, dit le mage , à la plus grande tte. En est-il de plus grande, ayant tout bien peaé, Que celle par qui l'ceil est sans cesse abusé? A de simples couleurs mon art plein de nu^ Sait donner du relief, de l'ame, et de la vie : Ce n'est rien qu'une toile, on pense voir deseoqii: J'évoque , quand je veux , les absents et les moUt; Quand je veux , avec l'art je confonds la natnt. De deux peintres fameux qui ne sait l'impoaliiic? Pour preuve du savoir dont se vantoîent leurs maîB, L'un trompa les oiseaux, et l'autre les homalns. Je transporte les yeux aux confins de la terre: Il n'est événement ni d'amour, ni de guerre , Que mon art n'ait enfin appris à tous les yeux. Les mystères profonds des enfers et des deux Sont par moi révélés, par moi l'œil les découvre: Que la porte du jour se ferme, ou qu'elle s'ouvre. Que le soleil nous quitte , ou qu'il vienne nous voir. Qu'il forme un beau matin , qu'il nous montre un beti J'en sais repré^nter les images brillantes : [soir, Mon art s'élendsur tout; c'est par mes mains savantes Que tes chami», les déserts, les bois, et les dlés, Vont en d'autres climats étaler leurs beautés. Je fais qu'avec plaisir on peut voir des naufrages, El les malheurs de Troie ont plu dans mes ouvrages: Tout y rit , tout y charme; on y voit sans horreor Le paie désespoir, la sanglante fureur, L'inliumaine Cloton qui marche sur leurs traces : Jugez avec quels traits je sais peindre les Grâces. Dans les maux de l'absence on cherche mon secours : Je console un amant privé de ses amours, Chacun par mon moyen possède sa cruelle. Si vous avez jamais adoré quelque belle (Et je n'en doute point, les sages ont aimé) , Vous savez ce que peut un portrait animé :

SONGE DE VAUX

Dans les cœars les plus froidsil entretient des fUimnes. Je pourrois vous prier par celui de vos dames; £n faveur de ses traits, qui n*obtiendroit le prix? Mais c'est assez de Vaux pour toucher vos esprits : Voyez, et puis jugez; je ne veux autre grâce.

Les raisons de cette seconde me semblèrent encx)re plus pressantes que celles de la première ; sur-tout ce qu'elle dit de l'intention du mage fit beaucoup d'effet. Il s'élo'a là-dessus un secret murmure, qui lui donna quelque espérance de la victoire ; et le chagrin qu'en ce moment-là témoignèrent les autres fées , fit une partie de sa joie , aussi bien que la satisfaction qui parut sur le visage des écoutants. Palatiane, ne jugeant pas à propos de laisser plus long-temps dans les esprits une impression si favorable pour sa rivale, se le^-a encore une fois, et, de la place où elle étoit , elle représenta aux juges que si l'art de la peinture trompoit les yeux , celui de l'architecture leur faisoit voir des meneilles bien plus étonnantes. Tel pouvoit-on appeler le puissant effort des machines qu'elle inventoit ; telle, la pesanteur des colosses élevés comme par enchantement ; tels , tous ces ouvrages hardis dont l'imagination se trouve effrayée; tels, enfin, ces amas de pierres qui font croire que TËgypte a été peuplée de géants, et qui ont épuisé les fondes de plusieurs millions d'hommes, aussi bien que lés trésors d'une longue suite de rois. Palatiane ayant ainsi répliqué, ces deux fées reprirent leur (Jace; et incontinent après, IIoptésie, dont le tour étoit venu, approcha des juges , mais avec un abord si doux, qu'auparavant qu'elle ouvrit la bouche ils demeurèrent plus d*ù demi persuadés, et ils eurent beaucoup de peine à ne se pas laisser corrompre aux charmes mêmes de son silence. Voici les propres paroles de sa harangue :

J*ifrnore Tart de bien parier, Et n'enipK>ierai pour tout langage Que ces moments qu'on voit couler Parmi des fleurs et de Foiiibrage.

\A luit un soleil tout nouveau; 1/air est plus pur, le jour plus beau, \jes nuits sont douces et tranquilles; Va ces afnrables séjours (Pliassent le soin hôte des villes.

Kt la crainte hôtesse des oours.

Mes appas sont les alcyons Par qui Ton voit cesser l'orage Que le souffle des passions A fait naître dans un courage :

Seule , j'arrête ses transports; La raison fait de vains efforts Pour en calmer la violence :

Et si rien s'oppose à leur cours, C'est la douceur de mon silence.

Plus que la force du discours.

Mes dons ont occupé les mains D'un eropereiu:' sur tous habile, Et le plus sage des humains Vint chez moi cliercber un asile :

Charles % d'un semblable dessein Se venant jeter dans mon sein, Fit voir qu'il étoit plus qu'un homme L'un d'eux pour met ombrages verts A quitté l'empire de Rome, L'autre celui de l'univers.

Ils étoient las des vains projets De conquérir d'autres provinces :

Que s'ils se Grent mes sujets , De mes sujets je fois des princes.

Tel , égalant le sort des rois, Aristée erroit autrefois Dans les vallons de Thessalie; El tels , de mets non achetés, y ivoit sous les murs d'OEbalie * Un amateur de mes beautés.

Libre de soins , exempt d'ennuis , Il ne manquoit d'aucunes choses; Il détachoit les premiers fruits , Il cueilloit les premières roses; El quand le del armé de vents Arrëtoit le cours des torrents Et leur donnoil un frein de glace, Ses jardins remplis d'arbres verts Conservoient encore leur grâce, Malgré la rigueur des hivers.

Je promets un bonheur pareil A qui voudra suivre mes charmes; Leur douceur lui garde un sonuneil Qui ne craindra point les alarmes :

Il bornera tous ses désirs Dans le seul retour des zéph)Ts ; Et, fuyant la foule importune, Il verra du fond de ses bois

•UMicl<^Uen. •Chiriet-Qiiiiit

* yamque êttb ocbaike.,.. Viao. Georg. it.

SONGE DE VAUX

Les courtisans de la (brtune Devenus esclaves des rois.

J'embellis les fruits et les fleurs ; Je sais parer Pomone et Flore :

Cest pour moi que coulent les pleurs- Qu'en se levant verse TAurore :

Les vergers , les parcs, les jardins y De mou savoir et de mes mains Tiennent leurs grâces nonpareilles} Là j'ai des prés, là j'ai des bois; Et j'ai par-tout tant de merveilles.

Que l'on s'^are dans leur choix.

Je donne au liquide cristal Plus de cent formes différentes y Et le mets tantôt en canal.

Tantôt en beautés jaillissantes; On le voit souvent par degrés Tomber à flots précipités :

Sur des glacis je fais qu'il roule.

Et qu'il bouUlonne en d'autres Ueux; Parfois il dort, parfais il coule , Et toujours il charme les yeux.

Je ne flnirois de long^temps Si j'exprimoia toutes ces choses:

On auroit plus tôt au printemps Compté les œillets et les roses.

Sans m'écarter loin de ces bois.

Souvenez-vous combien de fois Tous avez cherché leurs ombrages.:

Pourriez-vous bien m'ôler le prix , Après avoir par mes ouvrages Si souvent charmé vos esprits?

Le discours d'Hortésie acheva de gagner tous les assistants : Oronte et les demi-dieux se regardèrent comme ravis; les juges n*en firent pas moins. Hortésie considéroît tous ces signes extérieurs avec la joie que Ton peut penser, quand Apellanire, ayant parlé tout bas quelque peu de temps aux deux fées qui étoient près d'elle, déploya une toile que les plis de sa robe tenoient cachée , et , la monti*ani de la main aux juges, elle s'écria du lieu ou elle étoit :

Juges, attendez un moment.

Et voyez quelle est cette fée Qui de son visage charmant Devant Oronte fait trophée; En voilà les traits éclatants; Elle étoit telle avant que leprintemiis

Lui rendit ses cheveux avec ses autres dunnet: Lorsque les jours sont inconstants , Elle n'est jamais sans alarmes.

Après ces paroles, elle alla jusque dans Talcove présenter aux juges la toile qu^elle teooit déployée, et leur dit que c'étoit le portrait d'Hortésie, qu'elle avoit fait depuis quelques mois. Ils en demeurèrent étonna; et jetant b vue sur Hoilésie, ils la tournèrent ensuite sur sa peinture. La meilleure partie de ses grâces y sembloit éteinte, il n'y avoitni roses, ni Es sur son teint ; tout y étoit languissant et à demi mort ; on ne voyoit que de la neige et des g^ çons où on avoit vu les plus florissantes musqués de la jeunesse. Les juges auroient soupçonné la fidélité du portrait, s'ils ne se fiisseiK souvenus d'avoir vu Hortésie en cet état-li Chacun commença de douter qu'on voulût a^ corder le prix à une beauté si frêle et si jom^ nalière : elle-même abandonna sa propre dé> fense, et ne sut que' répondre sur ce reproche. Si bien qu'ApelIanire s'en retoumoit toute triomphante , lorsque Palatiane lui dit : Kmsultez point à une beauté qui craint tout, i a que vous dites : si elle languit tous les ans, dk reprend aussi tous les ans de nouvelles forces; quanta vous, qu'est-il demeuré de ce qu'ort foit autrefois vos Apelles et vos Zeuxis , que le nom de leurs ouvrages , et les choses incroj-ables que l'on en dit ? Les miens vivent plus desièdes que les vôtres ne sauroient vivre d années. Apellanirc ne s'étonna point , et se douu bien que Palatiane elle-môme se verroit bientôt coqfondue. Gela ne manqua pas d'arriver.

Ce fut par CaUiopée.

Montrez-moi , dit cette fée^ Quelque chose de plus vieux Que la chronique immortelle De ces murs pour qui les dieux Eurent dix ans de querelle.

Bien que par les flots amers On aille au-delà des mers Voir encor vos pyramides, J'ai laissé des monuments Et plus heaux et plus solides Que ces vastes bâtiments.

Mes malus out fait des ouvrages Qui verront les derniers âges

SONGE DE VAUX

S.ins Jamais se rainer :

Le tf iiips a beau les combattre ■ ; L'eau ne les iHiuroit miner, Le vent ne peut \ts abattre.

Sans nioi tant d'œuvreii rarnetu , IgnorvK lie nus nevenx , Ciïriroieiil sous la poussière :

Au Parnasse seulement Od empltue uiie nwliëre Qui dure éternellenienL

Si l'on conserve les omus , Ce iloit 6lre par mes sons.

Et non jioint par vos macliines :

L'njour, un jour l'univers Cherchera sous vos ruines Ceux <]Lii vivront dans mes vers.

Auwilàt elle s'approcha du balustre, cl laissant Palaliane toute cohIum.-, die adoucit quelque! peu sa VOIX I et parla ainsi :

Jugea, voas le nava, et dans lotit cet empire MoHcbamie est plus connu que Tnir qu'on y reqrire ; Cesl le seul entrelien que l'on prise aujoui'd'hui : Pour comble de bonheur, Alcanilre ' en est l'ajipui. Je n'en dirii pas plus, de jieiir que sa puissance N'oblige VM esjnits à quelque deférenee. Vous jugez bie]i pourbmt quelle est nue beauté Qui [N8sO<le son aenr, et qm l'a mérité; Hais, unsvMisprévenir par les traits du biendire, Je répondrai par wdre, et cela doit suRlre.

On illroii fjne ces arts méritent tous le prix. Chaipie fée a sans doute e'branlË les esprits; Toutes semblent d'abord tenniner la querelle. La première a fait voir le besoin qu'on a d'elle. Si j'ai de son discours marqué les plus beaux traits. Elle li)|^ les dieux , et moi je 1rs ai fnils. Ce mot est un peu rain, et pourUnt vtiriLable : Ceux qui se font servir le nectjir t leur table , Son* le nom de héros ont mérité mes vers; Je les ai déclarés maîtres de l'univers. O vous qui m'éroutex, troupe noble et ciioii'îe, Aimi qu'eux quelijue jour vous vivret d'anibrmie ; Alctndre lui-intl'nie aurolt Iwau l'ecfiérer. Il n'imploroit mou art pour la lui préparer. Ce point tout seul devroit me dimiier pain île cause : Hcndre un tionuue immortel , sans doute est queJigue Apelltnire peut par ses savantes maiiut [diu« : L'exposer pour un temps »ux regards des humains :

W He

Pour moi , je loi bdtts un temple en leur n

M.iis un temple plus beau, sons niarlreet sus ivoire,

Que ceux on d'autres arts, avec tous leurs elTorls,

De l'univers entier (.'puisent les trésors.

Par le second discoor* on voit que la peinture

Se vante de tenir école <rimposture ,

Conmie si de cet art les prestiges puissants

Pouvoient seub rappeler les morts et les absenu!

Ce sont pour moi des jeux : on ne lit point UomËre ,

Sans que laiiliH Achille à l'arae si colère ,

Tantôt Agamemnon au front majestueux,

Le iMen-disant Diyaae, Ajax l'impélueux ,

Et nMinl autre héros oiïre aux yeux son imai^ ;

Je la Aûs tous parler , c'est entor davantage.

iM peinture après tout n'a droit que sur les cwrps;

Il n'appartient qu'à moi de montrer les ressorts

Qui font mouvoir une amc, et la rendent visible-:

Seule j'expose aux sens ce qui n'est pas sensible ,

Et, des mêmes coideun qu'on peint la vérité.

Je leur expose encor œ qui n'a point été.

Si pour faire un portrait Apellanire excelle ,

On m'y trouve du moins aussi savante qu'«Àle;

Mjôsjefais plus encore, et j'enseigne aux amants

A fléchir leurs ainom^ en peignant leurs toarmenls.

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