‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 507 sur 670 · PARIS, I67M1I-I · texte numérisé non relu

PARIS, I67M1I-I

Parmi les onvrages doDt ce recoefl ■ ei t composé , le lecteur ferra trois fragments d'une description de Taux , laquelle j'entrepris de (aire il y a euTiron douie ans. J'y consumai près de trois années. Il est depuis arrivé des eboses * qqi m'ont empêché de continuer. Je reprendrois ce dessein si j'avois quelque espérance qu'il réussit , et qu'un tel ouTrage pût plaire aux gens d'aujourd'hui : car la poésie lyrique ni l'bérolque, qui doivent y régner, ne sont plus en ?ogue comme elles étoient alors. J'expose donc au public trois morceaux de cette description : ce sont des échantillons de l'un et de l'autre style. Que j'aie bien fait ou non de les employer tons deux dans un même poème , je m'en dois remettre au goût du lecteur, plutôt qu'aux raisons que j'en pourrois dire. Selon le jugement qu'on fera de ces trois morceaux , je me résoudrai. Si la chose plaît, j'ai dessein de continuer; sinon, je n'y perdrai pas de temps davantage. Le temps est chose de peu de prix , quand on ne s'en sert pas mieux que je ne fais; mais , puisque j'ai résolu de m'en servir, je dois reconnottre qu'à mon égard la saison de le ménager est tantôt venue.

« J'ai fait connoitre en détail le contenu de ce recueil dans l'Histoire de la vie et des ouvrages de Jean de La Fontaine. Les pièces qui s'y trouvent sont réparties , dans la présente édition , dans les fables et dans les œuvres dîTerses; mais cet avertissement, qui concerne presque en entier les fragments du Songe de Vaux . a dû être placé ici.

« Ces choses étoient l'arrestation et la condamnation de Fouquet, pour qui La Fontaine a composé cet ouvrage , et qui lui avoit bit remettre . pour cet effet , des mémoires descriptib par les différents artistes qu'il avoit employés à l'embellissement de Vaux. Voyez V Histoire de la vie et des ouvrages de m Fontaine.

Passons è ce qu'il est nécessaire qu'on aadie poorilih telligence de ces fragments. Je ne la amrois dooMr ■ lecteur sans exposer è ses yeux preaqne tout le phB éi l'ouvrage. C'est ce que je m'en vas hâre, moins tement è la vérité que je ne voudrois , nudi pour moi; car par ce moyen j'apprendrai le aenUmeatAi public, aussi bien sur l'invention et sur la eondnlte^e mon poème en gros , que sur l'exécation de chaqoe cidroit en détail , et sur l'effet que le font fmmmnh^m povn produh^.

0)mme les jardins de Vaux étoient tonC noofeaB plates ', je ne les pouvois décrire en cet état, à moins qoeje n'en donnasse une idée peu agréable , et qol , an bout éi vingt ans, auroit été sans doute peu re6wnibiante.II MM donc prévenir le temps : cela ne se poovolt ftdre qne pr trois moyens : l'enchantement , la prophétie, et le soufe. Les deux premiers ne me plaisoient pas ; car, par Im amener avec quelque grâce, je me serois engagé daos ■ dessein de trop d'étendue : l'accessoire auroit été fkm considérable que le principal. D'ailleurs il ne teit recours au miracle que quand la nature est saute pour nous servir. Ce n'est pas qu'on songe soit à suivi , ni même si long que le mien sera; mais fl est permis de passer le cours ordinaire dans ces rencontres; cl j'avois pour me défendre , outre le Roman de la Rose, le Songe de Polypbile, et celui même de Scipion.

Je feins donc qu'en une nuit du printemps m'étant eadormi , je m'imagine que je vas trouver le Sonuael. et le prie que par son moyen je puisse voir Vaox ci songe : il commande aussitôt à ses ministres de me le i trer. Voilà le sujet du premier fragment.

A peine les Songes ont commencé de me Vanx , que tout ce qui s'ofAre à mes sens me semble réd: j'ouf)lie le dieu Sommeil , et les démons qui l'entooreol;

> Ceci nous donne à-peu-prés la date de cette compontioa; car l'on sait que Fouquet fit commencer eo 1633 les travMi du palais et des jardins de Vaux-le- Vicomte % près de Mêla, et sur les bords de la Seine. Ils coûtèrent dix-huit milBoa,* qui valent près de trente-six millions de notre molUMiea^ tuelle.

SONGE DE VAUX

j'oublie enfla que je tonge. Les cours du ebâtetu de Vaui ma peroissent jonchées de fleurs ; je découvre de tous les côtés Tappareil d'une grande cérémonie : j'en demande la raison è deux guides qui me conduisent. L'un d'eux me dit qu'en creusant les fondemenls de cette maison on «f oit trou? é , sous des Toutes fort anciennes , une table de porpbyre , et sur cette table un écriu plein de pierreries, qu'un certain sage , nommé Zirsimir, fils du soudan Zarlaflel» aToit autrefois laissé à un druide de nos profinoes. Au milieu de ces pierreries, un diamant d'une ' beauté extraordinaire, et taillé en cœur, se IS^solt d'abord remarquer; et, sur les bords d'un compartiment qui le séparoit d'avec les autres joyaux , se Usoit en lettres d'or cette devise , que l'on n'avoit pu entendre :

Je suis constant , quoique J'en aâme deux.

On avoit porté à Oronte ' l'écrin ouvert» et au même état qu'il s'étoit trouvé. Il l'avoit laissé fermer en le maniant, sans que depuis il eût été possible de le rouvrir, tant la force de l'enchantement étoit grande. Sur le cou- ▼erdede cet écrin , se voyoit le portrait du roi , et autour ^loit écrit : sorr ooarii à la plus siviim dis peu. Soos l'écrin cette prophétie étoit gravée :

Quand oclle-U qui plus vaut qu'on la prise EU frit de charme . et plus a de pouvoir. Aux asrfstants, dans Vaux eo mainle guiie De ton bd art aura bit apparoir.

Lors s'ouvrira l'écrin de tjrme exquise Que Zinimir forgea par grand saroir, Bt l'on verra le sens de la devise Qu'aucun nortel n'aura Jamais su voir.

Pour satisfaire à l'intention du mage, et pour l'aooompliiaemant de la prophétie , mab plus encore pour attirer lea maltrettes de tous les arts , et leur donner par ce moyen Toocasion d'embellir la maison de Tanx , Oronte «folt Mt publier que tout ce qu'il y avoit de savantes fées dansile monde pouvaient venir contester le prix proposé ; et ce prix étoit le portrait du roi , qui seroit donné par des jafes , sor les raisons que cliaeone apporterait pour pronrer les charmes et l'excellenoe de son art. Plusiem étoient accourues; mais, la phipirt ne pouvant contriboer aux beautés de Vaux , et , par conséquent , le prix ^n'étant pas pour elles apparemment; la plupart, dis-je , pemttdées que la prophétie ne les oegardoit en aucune aorte, s'étoient retirées. Il n'en étoit demeuré que quatre . fareliitecture , hi peinture , rintendance du Jardinage , et la poésie : je les appelle Palatiane, Âpeflanire, Hortésle, et Calliopée. Le lendemain ce grand diflérent se «levoit juger en la présence d'Oraate et de force demidlenx. Voilà ce que l'un de mes deuL guides me dit , et le sujet du second fragment : il contient les harangues des quatre fées.

Et, pour égayer mon poème , et le randre plus agréable ( car une longue suite de descriptions historiques seroit une chose fort ennuyeuse), je les voulois entremêler * d'épisodes d'un caractère ijnlant. Il y en a trois d'ache- .fés : l'aventure d'un écurSiil , celle 'd'un cygne près de

• Fouquet.

mourir, ceUe d'un saumon et d'un esturgeon qui avoieut été présentés vib à Oronte. Cette dernière aventure fait le sujet de mon troisième fragment.

Le reste de ce recueil * contient des ouvrages que j'ai composés en divers temps sur divers sujets. S'ils ne plaisent par leur bonté , leur variété suppléera peut-être à ce qui leiur manque d'ailleurs.

AVERTISSEMENT

QUI PRBCèDB IMMÉDIATEMENT LE SONGE DE VAUX DANS LB EBCDEIL DE i&Ji.

Des pièces suivantes , les trois premières sont des fragments de la description de Vaux , laquelle j'ai fiiit venir en un songe , à l'exemple d'autres sujets que l'on a ainsi traités. Ce n'est pas ici le lieu ni l'occasion de dire savoir les raisons que j'en ai eues. L'avertissement les contient : il est néeessaire de le lire pour bien entendre ces trois morceaux, et pour pouvoir tirer de leur lecture quelque sorte de plaisir. Le premier est le commencement de l'ouvrage. Le lecteur, si bon lui semble, peut croire que l'Aminte dont j'y parie représente une personne particulière; si bon lui semble, que c'est la beauté des femmes en général; s'il lui plaît même , que c'est ceUe de toutes sortes d'objets. Ces trois explications sont libres. Ceux qui cherehent en tout du mystère , et qui veulent que cette sorte de poème ait un sens allégorique , ne manqueront pas de recourir aux deux demièra. Quant è moi , je ne trouverai pas mauvais qu'on s'imagine que cette Aminte est telle ou telle personne :.cela rend la chose plus passionnée, et ne la rend pas moins hérorqne.

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