‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 513 sur 670 · SIS · texte numérisé non relu

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SONGE DE VAUX

séjour : il me fut pourtant impossible de quitter sitôt un endroit où il m*étoit arrivé des choses si étonnantes. J'y passai donc tout le reste de la nuit , repensant tantôt à la chanson de FAmour, tantôt aux beautés de Vénus et à celles des nymphes, et rappelant en ma mémoire leurs paroles y leurs actions, toutes les circonstances de Taventure. Enfin je dis adieu à ces prés , et sortis du parc de Maincy, non point par le chemin qui m*y avoit amené : j'en pris un autre , que je crus me devoir conduire en des lieux où je trouverois des beautés nouvelles. Cependant la nuit avoit reployé partie de ses voiles, et s*en alloit les étendre chez d'autres peuples. Quelques rayons s'apercevoient déjà vers l'orient.

Les premiers traits du jour sortant du sein de l'onde Gommeiiçoient d'émailler les bords de notre monde ; Sur le sommet des monts l'ombre s'éclaircissoit; Aux portes du matin la darté paroissoit; De sa robe d'hymen l'Aurore étoit vêtue : Jamais telle à Céphale elle n*est apparue. Je voyois sur sou char éclater les rubis, Sur son teint le cinabre , et l'or sur ses habits : D'un vase de vermeil elle épandioit des roses.

Qui n'eût jugé qu'elle s'étoit fardée tout exprès dans le dessein de me débaucher du ser^ vice que j'ai voué au dieu du sommeil? Les hôtes des bois, qui avoient chanté toute la nuit pour me plaire , n'étant pas encore éveillés, je crus qu'il étoit de mon devoir de saluer en leur place ce beau séjour ; ce que je fis par cette chanson :

Fontaines , jaillissez; Herbe tendre, croissez Le long de ces rivages ; Venez , petits oiseaux , Accorder vos ramages Au doux bruit de leurs eaux.

Vous vous levez trop Uird ; L'Aurore est sur son char, El s'en vient voir ma belle :

Oiseaux , chantez pour moi ; Le dieu d'amour m'appelle , Je ne sais pas pourquoi.

Tandis que je faisois résonner ainsi les échos.

le soleil s'approchoit très sensiblement de nout hémisphère, et me découvroit, les unes après les autres, toutes les beautés du canton oh bh pas s'étoient adressés.

Dans la plus large de ces allées, f apercée loin une nymphe (ce me sembloit) coiidiée vm un arbre , en la posture d'une pensomie qi dort. J'étois tellement accoutumé à la vue des divinités, que, sans m'effrayeren aucune m de la rencontre de cell&<n , je rés<dus de Bapprêcher d'elle : mais, à la première démiide, un battement de cœur me présagea qaehp chose d'extraordinaire. Je ne sais qudetetion, dont je ne pouvois deviner la cause, ne courut par toutes les veines. Et quand je fa assez près de ce rare objet pour le reconniÉi^ je trouvai que c'étoit Aminte, sur qui le a» meil avoit répandu le plus doux ebainneden pavots. Certes, mon étonnement ne fut pai |» til ; mais ma joie fut encore plus grande. GÂ belle nymphe étoit couchée sur des planta è violettes; sa tète à demi penchée sur un deiei bras, et l'autre étendu le long de sa jupe. Sb manches, qui s'étoient un peu retrouflBëe8|V la situation que le sonuneil lui avoit fait pi» dre, me découvroient à moitié ses bras si pob Je ne sus à laquelle de leurs beautés doMr l'avantage , à leur forme ou à leur blandor, bien que cette dernière fit honte à rdUnt Ce ne fut pas le seul trésor que je décomn en cette merveilleuse personne. Les Zq)li}n avoient détourné de dessus son sein une partir du linomplc qui le couvroit , et s'y joûoiei quelquefois parmi les ondes de ses cheieiL Quelquefois aussi ^ comme s'ils eussent vorii m'obÛger, ils les repoussoient. Je laisse ip» ser si mes yeux surent profiter de leur insoleaa: c'étoit même une faveur singulière de pomv goûter ces plaisirs sans manquer au respecLk n'entreprendrai de décrire ni la blancheur ni ks autres merveilles de ce beau sein, ni l'admirtble proportion delà gorge, qu'il étoit aisé de remarquer malgré le linomple, et qu'une respiration douce contmignoit parfois de s'enfler. Encore moins fcrai-je la description du visage; car que pourrois-je dire qui approchât de h délicatesse des traits , de la fraîcheur du teint* et de son éclat? En vain j'emploierois \Mce qu'il y a de lis et de roses ; en >'aîn je cherche-

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nota lies comparaisons jusque dniis les astres : I cela est foible, et ne peut représenter ■*i(nparlaiiemeU les charmes de cette beauté vtne. Je les considérai lune-temps avec des DSpoiis qui ne peuvent s'imaginer que par tux qui aiment. Encore est-ce peu de dire tBporls : car, si ce n'etoit véntable uncbanmt . c'éloit au moins quoique chose qui en E^noil l'apparence : il sembloit que niun ame fut wrue tout entière dans mvs yeux. Je ne i plus ni à cascades nî à funiaines; et mme, au commencement de mon songe, j'ai oublié Aminte pour Vaux, il m'arriva en uge d'oublier Vaux pour Aminte, dansée »it. Tandis que mes yeux étoient occupi's n exercice si agréable, je ne sais quel dén (le dois-je appeler bon on mauvais?) je ne is , dîs-je , quel démon me mît en l'esprit qu'il f^éUMt pas juste que tout le plaisir filt pour , ; que ma bouche méritoit bien d'en avoir sa ; enlin, qu'un baiser cueilli sur celle d'A- ^uDie devoit être une chose infiniment douce, t aussi douce que pas une de ces délices dont ■JLmour récompense ceux qui le serrent Adèleitt.D'un autre vùlè, la raison inerepréseo- ■Ht quo c'étoil se metti-e au hasard de fôcher ninte, el que, réveillant, je dêtruirois mon isîr uioi-m^me. Ces dernières considérations inl les plus fortes : le respect et la crainte ) m'abandonnèrent point dans cette occasion pilleuse.

Enfin un rossignol éveilla la belle, qui^ s*éit levée avec précipitation , me rcj^rda d'un 3 de colère, et voulut s*cnriiir saus daigner I dire aucune chose. Je crois (|iie l'étonnett et ta honte lui fermoient la bouche, car e s'aperçut incontinent du d(>sordre que les lyrs avoieut Fait autoui' de son sein. Je la s par la jupe ; et aprt^ avoir fléchi un f>e- : Je ne sais [tas, dts-je, en quoi mes yeux wtivcot vous avoir offensée : il n'y a que vous I inonde qui vouliez défendre jusqu'aux rei. I,.es dieux , qui savent le plaisir qiw j'aî i vous contempler, n'en ont donné des ooniloMxlit^ que je n'avois point encore eues .- auf roia-je négligé cette faveur'.' Encore n'en ai-je I pas Tiré tout l'avantage <]ue je pouvois : il m'é- I toît aisé de cueillir un baiser sur vos yeux et ' Bur voire boucJie.

Ces l*vre§ où les «icux ont mis liinl tle tiiervdlJM

Auruient pu urexcuser; El tout autre i|iic mm , les vnyanl si vernurilip» .

EAt voulu les baiser.

Pour voir de ce bel (pil liriller linites les armes ,

On l'auroil é*'ei!W.

Je n'ai point cm l'Amour, le Seinmdl , el vos ctiar- ^

Qui me l'ont conseilla. [mes,

Pourquoi donc vonlez-vous m'ôter votre pn^nce?

AUenilez un mcment; Car enfin je prétends mériter n^mpense ,

Et non pas cliâlimeni.

Qne je sache du moins qnelle lienreuse aventure

Vous amène en res lieux i L'art y Imlle par-tout; cependant la nalure

EM plu§ belle en vos yeux.

Flore, au prix des appas de vos lèvres ecloses,

N'a rien que de ounmnn :

Telle n'est la beauté nm fralclieur des roses,

Ni niènie leur parfum.

Le soleil peint les flenrs, en la saison nouvelle.

De traits moins édalanli'; Eivolrebouclie, Aminle, elTace la plus belle

Des IHles iln printemps.

Mais n'avez-vous pcùnt vu dans Vaux une merveiU Qui fait, ainsi que vous, admirer son pouvoir? Si YODS ne l'avez vue, Acnnihe vous conseille De ne point partir sans la voir.

Vous voulez , dit Aminie , parler de Sylvie^ C'est elle-même que j'entends , répondis-je. Aminte rasséréna aussitAt son visage. Iteudez grâces, me dit-elle, au souvenir do cette incomparable personne, et rcleve7.-vous ; car, non seulement je vous pardonne: en sa considéi-aiion , mais je veux bien aussi vous appn'ndre le sujet de mon voyage. On vous aura dit Infailliblement ce qu'Oronte a fait publier touchant un écrin qui se doit donner aujourd'hui en sa présence : c'est h la plus grande fée do l'imivers qu'on l'adjuge. J'ai cru quelcchamie dont je me sers éloit assez pul<isant pour i»érî> ter une telle gloire ; el , dans cet espoir, je sois accourue des climaL<> uii il 0.1 particulièrement reconnu. D'abord je n'ai pas voulu me déclarer, ni me mettre sur les ranges uuinme ont Fait les autres : mon dessein a vie d'attendre que la

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cérëmonie fûtcommenoée, et de surprendre les juges et toute l'assistance par ma beauté. Mais, après avoir examiné les paroles d'une prophétie qui doit être ia règle-du différend, j'ai jugé qu'elles regardoient seulement les merveilles que l'art produit : or vous savez que je ne mets point d'art en usage. Il y en a bien un pour se faire aimer, il y en a un aussi pour paroître belle; mais ces sortes d'arts ne sont pratiqués que par des beautés médiocres : jamais ia mienne n'en, eut besoin. Si bien que de me présenter inutilement, vous ne me le conseilleriez pas, outre que le charme qui est en Sylvie m'en empêche. Je ne l'avois point encore vue qu'hier; et, comme elle se promenoit dans ces jardins, je l'aperçus d'un endroit où j'étois cachée. J'en devins d'abord amoureuse , et dis en moi-même : Ou il ne s'agit pas ici de ce charme qui est particulièrement feit pour les cœurs, ou, s'il en est question, c'est à Sylvie que le prix est dû. De feçon ou d'autre, il est inutile à moi de le disputer. J'avois donc fiiit résolution de m'en retourner dès aujourd'hui ; et si vous aviez attendu encore quelques moments, je crois que vous ne m'auriez pas rencontrée.

Je combattis long-temps les raisons d'Aminte, sans pouvoir lui persuader qu'elle demeurât, et que , si elle ne vouloit demander le prix, tout au moins elle fit dans Vaux quelque épreuve de ses appas , puisque l'occasion en étoit si belle, et qu'il y avoit tant de gloire à acquérir. Ce n'est pas, ajoutai-je, que rien m'empêche de vous suivre dès à présent , ni le désir de voir toutes les merveilles de ce séjour, ni celui d'assister à un jugement si célèbre. Que si je veux vous accompagner, c'est moins pour ma satisfaction que parceque vous êtes en des lieux éloignés de votre demeure. Je ne suis pas venue seule, repartit-elle; ma compagnie doit être dans ces jardins, et assez près du lieu où nous sommes ; ainsi je me passerai de vous aisément. Néanmoins , comme je ne serai pas fâchée de savoir à laquelle des quatre fées le prix sera adjugé , soyez présent à cette action , et me la venez tantôt raconter; je vous attendrai dans Maincy.

Je trouvai une bonté si extraordinaire dans le procédé d'Aminte, que je crus pouvoir cette fois l'entretenir sérieusement de ma passion. Je

lui demandai donc si elle seroit toujours n sible. Eh quoi! me réponditrelle, 06eE-nllBf^ nouveler un propos que je vous ai dékaÙÊ m toutes choses de me tenir ? Je ii*av(M8 pas ?orii jusque-là vous dire franchement ma pcMée; mais, puisque vous m'en donnez sujet , acki que l'Amour est un hôte trop dangereux par me résoudre à le recevoir.

Acanthe, voulez-vous que je verse des larmes.

Et soupire à mon tour, Et , lasse d'être belle, abandonne mes charmes

Aux tourments de TAmoar?

Il détruit Tembonpoint , et rend la oooleur bMo»;

Il donne du souci.

J'aime trop mes appas, je m'aime trop moî-inéte

Pour vous aimer aussi.

Hélas ! repris- je, que ne vous êtes-voos tentée de le penser, sans me le dire si ouverte* ment? Au moins me devriez-vous laisser la t berté de me plaindre ; car aifin , puisque vos êtes tellement confirmée dans la résolntioi de ne point aimer, qu'appréhendez-vous de tam mes propos ? J'y suis véritaUement oonfimse, répondit Aminte ; mais je ne ferai que bies de me défier de mcn-même. Je vous ai dit que FAmour étoit un dangereux hôte ; mais je ne vos ai pas dit que ce ne fût un hôte agréable, migré toutes les peines qu'il peut causer. J'ai escore une meilleure raison pour ne le pas loger en mon cœur, que toutes celles que je vous à dites. Quelle seroit-elle, cette raison? disses soupirant; y en peut-il avoir d'assez bomies? C'est, reprit Aminte, qu'il n'est pas toujoss bienséant à notre sexe d'avoir de l'amour. Ydb le plus grand obstacle que vous ayez, ei pénétre que j'aie aussi. Ah ! lui dis-je , ne Met |)oiot passer une erreur pour une raison. CeA une erre*ir, je vous l'avoue , repartit AmiDle; mais elle a pris racine dans les esprits, ei je n'entreprendrai pas la première de la réformer. C'est pourquoi contentez-vous , si vous le potvez , de mon amitié, et de mon estime par conséquent ; car jamais l'une ne va sans Tantie. Je vous ai dit cent fois les moyens de les acquérir, et ne vous ai point dit, si j'en ai méoioire, qa'3 fût besoin pour cela de me regarder si atteitivement quand je dormirai. Mais je denenv

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avec vous plus louff-temps que je n'avoîs it-solu ; 8 Taut que j'aille chercher les pcrsonnesque j'ai quitins : ne me suivez point, et que je ne vous voie <t'3ujourd'hui qu'après la cérémonie.

A ces mois, elle s'en alla; et je la suivis seulement des yeux , ne croyant pss que cela fût compris encore dans la <Iéfensc. Tëlois même fort &3tisliût des dernières choses qu'elle avoit dites; soit qu'elles vinssent de son mouvement, soit que quelque dieu les lui eût fait dire. En l'entreienant de cette pensée , je descendis i-ers la tête du canal , oii je trouvai Ai-isle et Gelasle qui me clierchoient. Ils s'étotmèreni de ce que j'avois voulu passer la nuit au scmn : je leur dis que de ma vie je n'en avois eu une meilleure. I^cssus, je commençai de leur raconter ce qui m'étoit arrivé depuis que je les avoîs quittés ; et , bien que j'abrégeasse mon lécit , II nous fournil fl'enov.tien jusqu'au château.

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