‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 527 sur 670 · IL- A M. PELLISSON · texte numérisé non relu

IL- A M. PELLISSON

AfUL 1659.

Je vous l'avoue, et c'est la vérité, Que mouseig^ur n'a que trop mérité La pension qu'il veut que je lui donne. En bonne foi , je ne sache personne A qui Phébus s'engageât, aujourd'hui, De la donner plus volontiers qu'à lui.

Son souvenir, qui me comble de joie, Sera payé tout en belle monnoie De madrigaux, d'ouvrages ayant cours.

(Cela s'entend sans manquer de deux jours Aux termes pris, ainsi que je l'espère.) Cette monnoie est sans doute légère, Et maintenant peu la savent priser ; Mais c'est un fonds qu'on ne peut épuiser. Plot aux destins, amis de cet empire , Que de l'épargne* on en pût autant dire ! J'offre ce fonds avec affection; Car, après tout , quelle autre pension Aux demi-dieux pourroit être assinée ' ? Pour acquitter celle-ci chaque année.

Il me faudra quatre termes égaux.

A la Saint-Jean^ je promets madrigaux, Courts et troussés, et de taille mignonne : Longue lecture en été n'est pas bonne.

Le chef d'octobre ^ aura son tour après; Ma muse alors prétend se mettre en frais : Notre héros, si le beau temps ne change. De menus vers aura pleine vendange.

Ne dites point que c*est menu présent, Car menus vers sont en vogue à présent. Vienne l'an neuf*, ballade est destinée : Qui rit ce jour, il rit toute l'année. Or la ballade a cela , ce dit-on , Qu'elle fait rire, ou ne vaut un bouton 7. Pâques , jour saint, vent autre poésie :

' Cette pièce fut publiée arec ce Utre t ijtttre à M... et précédée d'une note ainsi cooçoe : < M... ayant dit que Je lui derois « donner pension pour le win (fu'U premiit de bire Taloir mes « Ters . j'envoyai quelipie lemi» a|>rès celte lettre à M... >

Matthieu Marais et tous les éditeurs se sont trompés sur l'InUtuléde cette épitre; elle est adressée à PelllMoo, et non pas à Fouqnrt ni à sa femme.

•C'est ainsi qu'on appdoit le trésor public on royal.

3 Vil. Assignée , (lanA les édition» modernes s mais La FMilaine a mis «iMinc^ à dewtein. par licence po(^tl<|iie et pour la rime .

4 C'e8t-4-dirr au ternie qui échoit le l«r juillet, selon l'osa/te des baux , placé à la 2$aint-Jean ou -n 24 Juin , et. confomiéaieut à une locution vulgaire . nonimé le tenue de la Saint-Jean,

s C'efttrà-dire au tenue qui échoira le l^r octobre.

« L'an neuf, c'est-à-dire le nouvel ao on le l«r Janvier. Voyer V Histoire de la rie et des ouvrages de La i-\mtaine, troisième Mitioa.p.26et47à54.

7 Vaut peu de chose. Bxpieirian proverbiale.

ŒUVRES DIVERSES

J'enverrai lors , si Dieu me prête vie y Pour achever toute la pension % Quelque sonnet plein de dévotion.

Ce terme-là pourroit être le pire.

On me voit peu sur tels sujets écrire; Mais tout au moins je serai diligent; Et si j'y manque, envoyez un sergent; Faites saisir, sans aucune remise , Stances, rondeaux , et vers de toute guise : Ce sont nos biens : les doctes nourrissons N'amassent rien, si ce n'est des chansons.

Ne pouvant donc présenter autre chose, Qu'à son plaisir le héros en dispose.

Vous lui direz* qu'un peu de son esprit Me viendroit bien pour polir chaque écrit. Quoi qu'il en soit , je me fais fort de quatre; Et je prétends , sans un seul en rabattre , Qu'au bout de l'an le compte y soit entier : Deux en six mois , un par chaque quartier. Pour sûreté, j'oblige par promesse Le bien que j'ai sur le bord du Permesse ; Même au besoin notre ami Pellisson Me pleigera^ d'un couplet de chanson.

Chanson de lui tient lieu de longue épitre; Car il en est sur un autre chapitre^.

Bien nous en prend; nul de nous n'est fâché Qu'il soit ailleurs jour et nuit empêché.

A mon égard je juge nécessaire

De n'avoir plus sur les bras qu'une affaire;

C'est celle-ci : J'ai donc intention

De retrancher toute autre pension;

Celle d'Iris même : c'est tout vous dire.

Elle aura beau me conjurer d'écrire;

En lui payant pour ses menus plaisirs ,

Par an trois cent soixante et cinq soupirs

(C'est un par jour, la somme est assez grande) ,

Je n'entends point après qu'elle demande

Lettre ni vers, prolestant de bon cœur

Que tout sera gardé pour monseigneur'.

* Donc rengagement du poète envers Foaquet ne conunençoit à courir que depuis Pâques , puisqu'à Pâques suivant l'année se trouToit révolue.

^ Ces mots seuls snfBsent pour prouver que cette épttre n'a pas été adressée à Fouquet.

3 Sera ma caution , s'engagera pour moi. Nous n'avons plus ce mot, qui étoit commode et expressif; ou si on l'emploie encore , c'est en terme de praUque. Les Anglois l'ont conservé , et leur verbe io pledge est d'un usage fréquent

4 Le surintendant avoit nommé Pellisson son premier commis en 1657, et il fut reçu mattre-des-comptes à Montpellier eiH639.

5 C'est-à-dire Fouquet , qui est monseigneur le suriotendant dans tous les livres imprimés de ce temps.

m. - A M. FOUQUET'.

Dussé-je une fois vous déplaira , Seigneur, je ne me sauroîs taire.

Celui qui, plein d'affection.

Vous promet une pension , Bien payable et bien assignée* A tous les quartiers defannée; Qui pour tenir ce qu'il promet , Va souvent au sacré sommet , Et, n'épargnant aucune peine, Y dort après tout d'une haleine Huit ou dix heures règlement , Pour l'amour de vous seulement, Tentends à la bonne mesure , Et de cela je vous assure } Celui-là, dis-je, a contre vous Un juste sujet de courroux.

L'autre jour, étant en affaire ,

Et le jugeant peu nécessaire ,

Vous ne daignâtes recevoir

Le tribut qu'il croit vous devoir

D'une profonde révérence.

Il fallut prendre patience,

Attendre tme heure , et puis (Murtir.

J'eus le cœur gros, sans voas mentir.

Un demi-jour, pas davantage;

Car enfin ce seroit dommage

Que, prenant trop mon intérêt.

Vous en crussiez plus qu'il n'en est.

Comme on ne doit tromper personne.

Et que votre ame est tendre et bonne ,

Vous m' iriez plaindre un peu trop fort.

Si, vous mandant mon déconfort'.

Je ne conlois au vrai l'histoire;

Peut-être même iriez vous croire

Que je souhaite le trépas

Cent fois le jour, ce qui n'est pas»

Je me console , et vous exctise :

> La Fontaine alla un jour à Saint-Mandé pour Toir Ftio mais, n'ayant pu être admis, il envoya cette épttre. 1 l'Histoire de la vie et des ouvrages de Jeun de La P^ml troisième édiUon , 1S24 . in-S», p. 59 à 65.

> Je ne doute pas que , de même que dans réptbre p dente , La Fontaine n'ait écrit assinée pour la riine . et <| signée ne soit ici une correction du copiste ou de l'édi mais, comme je n'ai point vu le manuscrit de l'auteur,]' laisser ce mot tel qu'il a été imprimé par le premier édim

3 Affliction accompagnée de découragemenL Nous avoos I)erdre le mot confort, dont les Anglois font un $1 grand v et qu'on trouve fréquemment dans nos vieux poètes et Montaigne; et nous avons cependant conservé les conpa co mot , tels ([ue déconfort et réconfort.

ÉPITRES

SSS

Car, après toat, on en abuse ;

On se bat à qui tous aura.

Je crois qu'il vous arrivera

Choses dont aux courts jours se plaignent

Moines <f Orbaîs ', et sur-tout craignent ,

C'est qu'à la fin vous n'aurez pas

Loisir de prendre vos repas.

Le roi, l'état, votre patrie,

Partagent toute voire vie;

Rien n'est pour vous , tout est pour eux.

Bon Dieu ! que Ton est malheureux

Quand on est si grand personnage !

Seigneur, vous êtes bon et sage.

Et je serois trop familier

Si je foisois le conseiller.

A jouir pourtant de vous-même

Vous auriez un plaisir extrême :

Renvoyez donc en certains temps

Tous les traités, tous les traitants.

Les requêtes, les ordonnances,

Le parlement et les finances.

Le vain murmure des frondeurs,

Hais plus que tous , les demandeurs ,

La cour, la paix, le mariage ,

Et la dépense du voyage*,

Qui rend nos coffres épuisés,

Et nos guerriers les bras crdsés.

Renvoyez, dis-je, cette troupe,

Qu'on ne vit jamau sur la croupe

]>u mont où les savantes scenrs

Tiennent boutique de douceurs.

Mais que pour les amants des muses

Votre Suisse n'ait point d'excuses ,

£^ moins pour moi que pour pas un.

Je ne serai pas importun :

Je prendrai votre heure et la mienne.

Si je vois qu'on vous entretienne ,

J'attendrai fort paisiblement

En ce superbe appartement

Où l'on a &it d'étrange terre',

Depuis'peu, venir à grand'erre^

(Non sans travail et quelques frais)

Des rois Céphrim et Kiopès

Le cercueil , la tombe, ou la bière :

Pour les rois, ils sont en poussière.

C'est là que j'en voulois venir.

* Abbaye qui étolt dans le Tolsliiage de Châteao-Thienry.

* Ces f en ont rapport aux éTénenienti du temps; à k paix des Pyrénées , au mariaf^ du roi , et au liesoén d'argent qu'éprouvolt le gouvernement, qui forçoit Maiarin à recourir à des enpronts.

* C'est-à-dire de terre étrangère.

4 Promptement. Cette expression à grand'erre se rencontre Hquemment dans dos vieux poêles , et La Fontaine s'en est Msnrl pipgienrs lois.

Il me fallut entretenir Avec ces monuments antiques, Pendant qu'aux afEnires publiques Vous donniez tout votre loisir.

Certes j'y pris im grand plaisir.

Vous semble-t-il pas que l'nnage D'un assez galant personnage Sert à ces tombeaux d'ornement?

Pour vous en parler franchement , Je ne puis m'empêcher d'en rire.

Messire Orus, me mis-je à dire.

Vous nous rendez tous ébahis :

Les enfents de votre pays Ont , ce me semble, des bavettes Que je trouve plaisamment foites.

On m'eût expliqué tout cela; Mais il follut partir de là Sans entendre l'allégorie.

Je quittai donc la galerie.

Fort content, parmi mon chagrin , De Kiopès et de Céphrim, D'Orus, et de tout son lignage, Et de maint autre personnage.

Puissent ceux d'Egypte en ces lieux , Fussent-ils rois, furaent-ils diaix, Sans violence et sans contrainte , Se reposer dessus leur plinthe Jusques au bout du genre humain !

Ils ont foit assez de chemin Pour des personnes de leur taille.

Et vous, seigneur, pour qui travaille Le temps qui peut tout consumer, Vous que s'efforce de charmer L'antiquité qu'on idolâtre , Pour qui le dieu de Cléopâtre , Sous nos murs enfin abordé, Vient de Memphis ' à Saint-Mandé*,

* La Fontaine parie id, sek» Matthieu Marais, d'on tomlieau de certains rois d'égypte , que l'on avoit fait venir pour satisfaire la curiosité de Fouquet En I6S7, il fit venir de Lyon des statues et des figures antiques de martyre à Vaux . qui provenoient de la démolition d'une vieUle masure de la ville de Lyon, qui lui avoit été donnée par Le TeUier. Voyçt Recueil du défense* de M. Fouquet, 1 1 , p. J08.

* Un des cheb d'accusation dirigés contre Fouquet fiit la somptuosité de sa maison de Saint-Mandé. La bibliothèque étoit une des |>lu8 riches de l'Europe. Fouquet, dans ses défenses, dédare qu'elle lui avoit été donnée par son père , et que le reslo provenoitdeslivresdeMM. deMorangis, LeRago&s. Amoul, Cramoisy, et des dons des auteurs et des libraires. (Voyez La production de M. Fouquet contre celle de M. Talon, 1663. In^S, t. m . p. 139 du necueii de* défen*e*. ) Cette maison de Saint-Mandé se trouve décrite dans le tome I, p. as du même recueil. M. TItoQ l'acheta pour les boqiitalières de Chantilly, et cDes s'y sont établies en 17IKI. MaroUes , dans ses Mémoire*,

OEUVRES DIVERSES

Paissiez-vons voir ces belles choses Pendant mille moissons de. roses !

Mille moissons, c'est on pea trop; Car nos ans s'en vont au galop, Jamais à petites joumées.

Hélas ! les belles destinées Ne devroient aller que le pas.

Mais qaoi ! le ciel ne le veut pas.

Toute ame illustre s'en console, Et, pendant que l'âge s'envole, Tâche d'acquérir un renom Qui fait encor vivre le nom Quand le héros n'est plus que cendre.

Témoin celui qu'eut Alexandre , Et celui du fils d'Osiris , Qui va revivre dans Paris.

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