‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 526 sur 670 · VII. - STANCES · texte numérisé non relu

VII. - STANCES

SUR LA SOUMISSION QUE l'ON DOIT A DIEU.

ie94.

Heureux qui, se tJhoilvant trop foible et trop tenté ,

Du monde enfin se débarrasse!

Heiu^ux qui , plein de charité , ^ Pour servir son prochain y conserve sa place ! Différents dans leur vue, égaux en piété.

L'un espère tout de la grâce , L'autre appréhende tout de sa fragilité.

Ce monde , que Dieu même exclut de son partage ,

N'est pas le monde qu'il a feit.

Cest ce que l'homme impie ajoute à son ouvrage , Qui fait que son auteur le condanme et le hait. Observez seulement le peu qu'il vous. ordonne,

Et, sans cesse le bénissant) Usez de son présent , mais tel qu'il vous le donne , Et vous n'aurez rien feit qui ne soit innocent.

Crois-tu que le plaisir qu'en toute la nature

Le premier être a répandu

Soit un piège qu'il a tendu

Pour surprendre la créature ?

Non , non ; tous ces biens que tu vois Te viennent d'une main et trop bonne et trop sage ; Et, s'il en est quelqu'un dont ses divines lois

Ne te permettent pas Tosage, Examine-le bien , ce plaisir prétendu ,

Dont l'appât tâche à te séduire , Et tu verras, ingrat, qu'il ne t'est défendu

Que parcequ'il te pourroit nuire.

Sans ses lois et l'heureux secours

Qu'elles te fournissent sans cesse ,

Comment , avec tant de foiblesse , PoiUTois-lii conserver et tes biens et tes jours? Exposé cliaque instant à mille et mille injures, Rien ne rassureroit ton cœur épouvanté,

< Matthieu Marais incline à penser que cette pièce est de Payilloo; mais le témoijçnai^ de madame Ulrich et rantériorité de pubUcatk» sembîeiit proarer que cette pièce est de La Fontaine.

OEUVRES DIVERSES

Et ces justes décreU contre qui tu murmures Font ta plus grande sûreté.

Vondrois'tu que la Providence Eût réglé l'univers au gré de tes souhaits ,

Et qu'en te comblant de bienfoits Dieu t'eut encor soustrait à son obéissance ?

Quelle étrange société Formeroit entre nous Terreur et l'injustice , Si riionmie indépendant n'avoit que son caprice

Pour conduire sa volonté!

ÉPITRES

A MADAME DE COUCT, ABBESSB DE MOUZON '.

Très révérente mère en Dieu, Qui révérente n'êtes guère.

Et qui moins encore êtes mère, On vous adore en certain lieu D'où l'on n'ose vous l'aller dire, Si l'on n'a patente du sire Qui fit attraper Girardin, Lequel alloit voir son jardin * ,

> U n*y a dans roriginal qiie les iniUales; nons y avons ajouté l'explication . dont nous avons des preuves certaines. Claude- Gabrielle-Angéltque de Coucy de Hailly (ut abbesse du monastère des Bénédictines de Sainte-Marie de Mouzon. depuis 4654 ju$([u*en 1668 , le redevint en 4678 , et fut ensuite exilée à Malnoue par lettre de cachet Voyez V Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine , troisième édition, p. 42 , 37, et 597; et l'Histoire de la ville de Paris, par Félibien, in-folio, tll,p. 45!8.

3 Voici un passage deFouquet dans ses Défenses, t. II. p. 269. ({ui sert d^éclaircissement à ceci : c Reste la mystérieuse dépo- ■ Kition de Tabouret : il est revenu à charge de déposer contre « moi ; à quoi il étoit (leut-étre assez porté par le rcssenUment « de la mort du sieur Barbczière , frère du sieur Chemeraut , « son gendre . le<iuel Barl)czière étant venu à Paris i>our faire » les bourgeois de Paris prisonniers de guerre , par intelligence n avec lesdils Tabouret et Chemeraut, ayant enlevé le sieur • Girardin , le procès fut fait par mes soins , suivant les ordres « du roi et de M. le cardinal , qui sont entre mes papiers. Ledit •* Barbczière fut condamné et exécuté à mort; lesdits Tabouret « et son g(>ndre enfermés k la Bastille, en vertu d'un ordre signé < de mot. a Matthieu Marais nous apprend que Barbczière fut décapité le 4 octobre 4637, et que Girardin avoit été enlevé en allant k Bagnolot , et mené à BruxeUes. Voyez le récit de cette aflaîre dans Monglas , Mémoires , t. UI . p. 38 . ou t. Ll de la collection de MM. PcUtot et Monmcniué.

Puis le mil à grosse finance.

Les llocroix ' , gens sans conscienoe , Me prendroient aussi bien que lui , Vous allant conter mon ennui.

J'aurois beau dire 4 voix soumise:

Messieurs, cherchez meilleure prise; Phébns n'a point de nourrisson Qui soit homme à hante rançon.

Je suis un homme de Champagne, Qui n'en veux point au roi cPËspagne; Cupidon seul me fait marcher.

Enfin j'aurois beau les prêcher, Mon^l > ne se soucieroit guère De Cupidon ni de sa mère :

Pour cet homme en fer tout confît.

Passe-port d'Amour ne suffit.

En attendant que Mars m'en donne un , et le si Mars ou Condé , car c'est tout un , Comme tout un vous et Cyprine , Je ne bouge ; et j'ai bien la mine De ne vous pas être importun.

Votre séjour sent un peu trop la pondre; Non la poudre à têtes friser.

Mais la poudre à têtes briser; Ce que je crains conune la foudre.

C'est-à-dire un peu moms que vous;

Car tous vos coups

Ne sont pas doux

Comme ils le semblent :

Le cœur dès l'abord ils nods emblenti.

Puis le repos , puis le repas , Puis ils font tant qu'ils causent le trépas.

Je vis pourtant, à ne vous point mentir: Que serviroit de déguiser les choses?

Mais comment vis-je? et qu'il nous faut pâtir Dans vos prisons , où l'on fait longues pauses

> C'est-à-dire les Espagnols , alors maîtres de Bocaroy. t '^aisoient des incursions dans toute la Champagne. Foo t. VIU de ses Défenses, ou t lU de la ContinuuUon, p. 77 c Ce furent ceux de Rocroy qui enlCTèrent Girardin preMp c portes de Paris. >

a Montai commandoit dans Rocroy pour l'Espagne; il je terreur dans toute la Cbanii^agne. Les habitants de 1 avoient conclu avec lui une sorte de trêve , sans TantOR du roi ; et sans l'avantage que remporta sur lui le coa Graudpré , à la Gn d'août 1657. il eût long-temps mis àc bution toute la province, jusqu'aux portes de Beinis.' Montpensicr, Mémoires, année 1637, t UI. p. 194, éd Petitot, 1825, in-8o, t. XLD; etMonglas, Mémoires, p. 35 , ou t. Ll de la collccUon.

3 sine pour signe , par licence poétique et pour la rimeles éditeurs ont laissé ce mot ainsi; ce qui &l asseï sii^ rar dans tous les autres passages de cette nature ils ont aU texte par des corrections intempestives.

4 ILh nous dérobent. Embler ou amhler est un vieux m signifie prendre . voler, fuir, éviter.

& Vah. roses dan» l'édition de 1671 ; et Lia Fontaine a

ÉPITRES

Noires ne sont , et pourtant sont mieux closes Qu'aucun châtel. Quand léans on se voit, Pleurs et soupirs ce sont boutons (le roses; On n'en sort pas ainsi que l'on voudroit. Aussi, quand on vous fit abbesse, £t qu'on renferma vos appas, Qui fut camus >? c'est le trépas.

Que les cliamps libres on leur laisse Un peu, Je gage Qu'on verra, s'ils sortent de cage.

Beau jeu.

Dessous la clef on les a mis Comme une chose et rare et dangereuse; £t pour épargner ses amis Le Ciel vous fît jurer d'être religieuse.

Comme vos yeux alloient tout embraser.

Il fut conclu par votre parentage Qu'on vous feroit un couvent épouser :

Deux ans après se fit le mariage.

De s'y trouver votre bonté fut sage; Sans point de faute Hymen en fit autant; Mot ne sonnoit; et, quant à moi , je gage Que de l'afiaire il n'étoit pas content.

Ce même jour, pour le certain ,

Amour se fit bénédictin ;

Et sans trop faire la mutine,

Vénus se fit bénédictine;

Les Uis, ne bougeants * d'avec vous,

Ik*nédicllns se firent tous ;

Et les Grâces, qui vous suivirent,

Bénédictines se rendirent :

Tous les dieux (|u'en Cypre on connolt

Prirent l'habit de saint Benoit.

Vous vêtir d'or, ce seroit grand dommage , Puisque en habits sans coiUs et sans façon De triompher votre beauté fait rage; Si ' qu'à la cour elle en feroit leçon. Pardonnez-moi si j'ai quelque soupçon Que cet habit dont vous êtes vêtue, En vous voilant , soit receleur d'appas : N'en est-il point dont il puisse à ma vue Se confier ? je ne le dirois pas.

ainsi par licencf po<^Uqiie. et unlquemeiit pour la rime t car le mot pavse , pour m»pm.4(ia , rqMM . 8*écriTalt akm comnie aujourd'hui. Voyez le Dictionnaire de l'Académie françoUe , legs.lo-folio. t. I.p. 114.

■ Coofuodu , étonué.

*Vai. Howyant , dam les ëdlUnos moflernes. d'après la règle établie depub . mais qui n'étoit pas oomtante du temps «le La Fontaine.

s Tellement qu'à la cour. Vofei la note cklesM», p. 520.

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