V. — A M. LE DUC DE BOUILLO
Fils et neveu de favoris de Mars ", Qui ne voyez chez vous de toutes parts
C'est de la naissance de ce dernier qa'il est ici queslio maiid naquit en 1657.
' C'est-à-dire à Fontainebleau , château appartenant le JnpittT dont il est ici question.
* L'oncle de Godefroi-Mauricc de La Tour , duc de B( (^toit le grand Turennc ; et son père étoit Frédéric-llai La Toiu-, qui naiiuit le 22 octobre 1606 , et moumt le 9ao< C'est l'iuiniie même de sa mort <iue Fr(klêric-Mauricc eff le 10 mars, l'échange de la principauté de Sedan om comt<^s d'Auver.qne et d'Évreux » les duchés d'AUiret ft< leau-Thierry. Il fit ses premières armes sous Maurice et Frédéric de Nassau , prince d'Orange , ses oncles uutei
ÉPITRES
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Ni de vertu ni d'exemple vulgaire.
Qui de par vous et de par votre père Avez acquis Tamoar de tous les ccBurs , Digne héritier d'un peuple de vainqueurs , Ecoutez-moi : qu'un moment de contrainte Tienne votre ame attentive à ma plainte : Sur mon malheur daignez vous arrêter; En ce temps-ci c'est beaucoup d'écouter.
La sotte peur d'impormer un prince , Vice non pas de cour, mais de province , Comme Phébus est mauvais courtisan , Bfavoit lié la voix jusqu'à présent :
Une autre peur à son tour me domine , Et j'ai chassé cette honte enfantine ; Je parle enfin , et fais parler encor Non mon mérite , il n'est pas assez fort , Mais mon seul zèle et sa ferveur constante , Car tout héros de cela se contente :
Puis , pour toucher un prince généreux , C'est bien assez que l'on soit malheureux. Je le suis donc , grâces à Vécurie % Et ne suis pas seul de ma confrérie *. Un partisan nous ruine tout net :
Ce partisan c'est la Vallée Comay.
Devons sa griffe il faut que chacun danse ; D'autre Antéchrist je ne connois en France : Homme rusé, Janus à double front, L'un de rigueur, l'autre à composer prompt. Les distinguer n'est pas chose facile ; L'un après l'autre ils exercent ma bile : Quand La Vallée, en se faisant prier.
Dit qu'il me veut manger tout le dernier, Comay poursuit; et quand Ck>may retarde , A La Vallée il me fout prendre garde.
Prince , je ris, mais ce n'est qu'en ces vers. L'ennui me vient de mille endroits divers , Du parlement , des aides , de la chambre %
marcba sur let traces de ces grands capitaines, et s'acquit en peu de temps mie grande A^tation. Son fib Godefroi-Mauriœ, itKiuel cette épttre est adressée, se distingua aussi dans les combats; et les louanges données ici par notre poète sont des Téritéshistoricioes.
> La Fontaine . dans des actes , aToit pris . à l'exemple de ses «DOêtres, la qualité à'écuyer; ce qui n'étoit pas permis, k WÊÊAm de faire preuve de noblesse. Le fisc dirigea contre lui des pmrsuitcs . et en son abwnoe un arrêt rendu par défaut le.condamna à denx mille francs d'amende. H s'adressa au duc de BoaiDoo, comme à son protecteur naturel, puisqu'il étoit ■dignenr de Château- Thierry.
a Les pomviitescontce ceux qui usurpoient le titre de nobles m oonttnnèrent et se renouvelèrent avec plus d'acUvité encore «nf606» ainsi qu'on le voit par un passage de la Muse danfiMii^ de Subligny . vingt-cinquièmp semaine . 1067. in>l 2 . p. 235. >La diambrc de IMrsenal instnilsnit alors le prociVs de Pdaquct
Du lieu fameux ■ par le sept de septembre >, De la Bastille % et puis du Limosiu *; Il me viendra des Indes à la fin.
Je ne dis pas qu'il soit juste qu'on voie Le nom de noble à toutes gens en proie ; C'est un abus , il faut le prévenir, Et sans pitié les coupables punir ; Il le faut, dis-je, et c'est où nous en sommes : Mais le moins fier, mais le mouis vain des hommes, Qui n'a jamais prétendu s'appuyer Du vain honneur de ce mot d'écuyer, Qui rit de ceux qui veulent le paroltre % Qui ne l'est point, qui n'a point voulu l'être ; C'est ce qui rend mon esprit étonné.
Avec cela je me vois condamné, Mais par défout. J'étois lors en Champagne , Dormant , rêvant , allant par la campagne. Mon procureur dessus quelque autre point*, Et ne songeant à moi ni peu ni point , Tant il croyoit que l'affaire étoit bonne. On l'a surpris; que Dieu le lui pardonne f ' Il est bon homme , habile , et mon ami , Sait louslfes tours ; mais il s'est endormi Thomas Bousseau ' n'en a pas fait de même ,
* Nantes.
> c*est le jour o& M. Fûuquet fia arrêté, (Note de la nMin de La Fontaine, écrite en marge à côté de ceven. ) Elle n'en est pas moins Inexacte. C'est le 5 septembre que Pouquet fut arrêté à Nantes. Voyez les Conclusion* de ses défenses . 1668 . in-18, p. asi ; sa requête présentée au pariemcut le 19 Juillet 1662 ; la lettre de Louis XIV à la reine-mère , en date du H M*ptenibre 1661 {Œuvres de Louis X/K, l. V. p. 52). et les registresdc laBastille. {Mémoires Mstoriques sur la BasttUe, I7S9 . in-So, tl,p.26.)
3 PeUissob , l'ami intime de La Fontaine . et premier commis de Fouquet. avoit été arrêté en même temps que le surintendant, et conduit à la BastUle dans le mou de septembre 1661. U n'en sortit que quatre ans après. Voyez les Œuvres diverses de X. Pellisson, 1 1. p. 91.
4 Madame Fouquet a^oll été conduite à Limoges. (Voyez OEuvres de Louis Xir, t V. p. 82.) Un acte reçu par Biaise . notaire royal , le 27 octobre 1661, visé dans une sentence du châtelet.endatedn 25 décembre 1661 . constate la présence de la Cemme du surintendant à Limoges à la fin de 1661. {^oU commwtiquA à Véditeur far M, de Monmerqué.)
i Vai. Parétre, dans le manuscrit, et par licence poétique, et pour rimer aux yeux comme aux oreilles. II y a un grand nombre d'exemptes de même nature dans notre auteur.
s C'estrà-dire mon procureur étoit dessus quelque autre point. On trouYe dans La Fontaine d'assez fréquents exemples de ces sortes d'ellipses , peu d'accord a^ec les règles ordlnairra de la grammaire. Ainsi dans la fable iivi du livre vm 11 a dit:
Le mot élûit se troure encore ici sous-entenin.
7ll« Bousseau , procureur au pariement de Paris, occnpoit pour les traitants (pit, ayant affermé les taUles, aYolent droit aux amendes prononcées contre ceux qui cberchoient à se soustraire an paiement de cet impôt On le voit par la déclaration (lu 8 Janvier 1661. oi'i il est dit que Mc^* Bousseau et du Caution «icront tomis de mettre au greffe on état signé d'cvx. contenant
OEUVRES DIVERSES
Sa vigilance en t«l cas est extrême; Il prend son temps et lait tout ce qu'il faat Pour obtenir un arrêt par défout.
Le rapporteur m'en a donné l'endosse En celui-ci mettant toute la sauce '.
S'il eût voulu quelque peu différer, La cour, seigneur, eût pu considérer Que j'ai toujours été compris aux tailles. Qu'en nul partage , ou contrat d'épousailles , En jugements intitulés de moi , En acte aucun qui puisse nuire au roi , Je n'ai voulu passer pourgentilhonmie; Thomas Bousseau n'a su produire en somme Que deux conUrats *, si chétiOs que rien plus, Signés de moi , mais sans les avoir lus : Et lisez-vous tout ce qu'on vous apporte ? Taurois signé ma mort de même sorte.
Voilà , seigneur, le fait en peu de mpts :
Je vous an-ête à d'étranges propos :
N'en accusez que. ma raison troublée ;
Sous le chagrin mon ame est accablée }
L'excès du mal m'ôte tout jugement. •
Que me sert-il de vivre innocemment ,
D'être sans faste , et cultiver les muses ?
Hélas ! qu'un jour elles sf^ront confuses..
Quand on viendra leur dire en soupirant :
tt Ce nourrisson que vous chérissiez tant,
a Moins pour ses vers que pour ses mœurs faciles ,
a Qui préféroit à la pompe des villes
« Vos antres cois , vos chants simples et doux ,
« Qui dès l'enfance a vécu parmi vous ,
« Est succombé sous une injuste peine ;
et Et d'affecter une qualité vaine
« Repris à faux, condamné sans raison ,
a Couvert de honte , est mort dans la prison ! »
Voilà le sort que les dieux me promettent :
Et sous Louis ces choses se permettent ,
Louis , ce sage et juste souverain !
Que ne sait-il qu'un arrêt inhumain
M'a condamné, moi qui n'ai point fait faute!
A quelle amende? Elle est, seigneur, si liaule
les nçms de ceux qu'ils prétendent taire assigner comme usurpateurs de noblesse. {Note communiquée à rédiUur par M. de
Monmerqué.)
' U y a sausse ùaas Iç manuscrit, et La Fontaine a mis à dessein deux ss , par licence poétique et pour rimer aux yeux.
» Nous avons la certitude que La Fontaine s'est qualifié du titre d'écuyer dans yn acte où il éloil partie, passé devant Saint- Vaast, notaire au cliAtelct de Paris, le 15août 1661. liest aassi (lualitié écuyer dans un extrait des registres de la prévôté de ChAteau-Thierry, qui constate (|ue sa femme a renoncé aux biens de la communaulc' : mais cet acte n'auroitpu le faire condamner, parc^u il n'y étoit pas partie. ( ^o^e rommuniqHde à l'cdHeur Tpnr M. de Monmerqti/. )
Qu'en la payant je ne ferai point mal De stipuler qu'au moins dans l'hdpital.
Puisqu'il ne faut espérer nulles graœs , Pour mon argent j'obtiendrai quatre pbees : Une pour moi , pour ma femme mie aosa , Pour mon frère ' une , enoor qae de ceci n soit injuste après tout qu'il pâtisse, Bref, pour mon fils*, y compris sa noumct Sans point d'abus les vottà justement, Ck>mptant pour un la mNtrrice et l'entat; n est petit , et la chose est bien juste. Si toutefois notre monarque auguste Cassoit l'arrêt; cela seroit, seignear.
Selon mon sens , bien plus à son honneur. De lui parler je n'en vaux pas la peine. S'il s'agissoi( de quelque grand dcmuine, De quelque chose importante à l'état, Si c'étoit, dis-je , une affaire d'éclat. Je vous prierois d'implorer sa justice : A ce défont il est bon que j'agisse Près de celui qui dispose de tont , Qui par ses soins peut seul venir à bout' De réformer, de rétablir la France , Chasser le luxe, amener l'abondance , Rendre le prince et les sujets contents. Mais il lui faut encore un pea de temps. Et le mal est que je ne puis attendre ; Moi mort de faim, on aura beau m'apprendi L'heureux état où seront ces climats, Pour en jouir je ne reviendrai pas.
Depiandez donc à ce ministre rare Que par pitié du reste il me sépare.
Il le fera , n'en doutez point , seigneur. Si votre épouse * étoit même d'humeur A dire encore un mot sur cette affoire , Comme elle sait persuader et plaire , Inspire un charme à tout ce qu'elle dît , Touche toujours le cœur quant et l'esprit * , Je suis certain qu'une double entremise
I Ge frère , nommé Claude de La Fontaine , et retiré f;ent-rArtaut, avoit fait à notre poète, par acte §ous «in écrit de sa propre main, en date du 21 janvier 1649, d de tous ses biens moyennant onze cents livres de pensio
* Il se nommoit Charles de La Fontaine • et , d'après trait de baptême que nous avons sous les yeux, il étoit né tobre 1655. Il avoit donc alors neuf ans. Son parrain fu çois de Maucrolx , l'ami intime de notre poète ; et sa nu Herbêlin , femme de M« Jean Josse , avocat au parlcme
3 C'est Colbert que La Fontaine désigne ici.
4 MarifsAnne Mancini , que le duc de BouUlon avoit i cette même année 1662, le 20 avril. Le contrat de mari date du 19 avril, se trouve imprimé dans Baliizc. Nuic néalofjiqur de la m^Uon d' Auvergne , t. II, p. 855.
5 Avec l'esprit Celte tournure est commune dans
j Dans la traduction de Longus , il dit : « ils serrèrent cr , • toit trouvé quand et lui. »
ÉPITRES
De cette amende obtiendroit la remise.
Demandez-la , seigneur , et m'en croyei :
Mais que ce soit si bien que vous l'ayez ;
Et vous l'aurez; j'engage à votre allease
Ma foi, mon bien, mon honneur, ma promesse,
Que ce ministre , aimé de notre roi ,
Si vous parlez , inclinera pour moi.