MADAME LA PRINCESSE DE BAVIÈRE
JuiixiT 1669.
Votre altesse sérénissime A , dit-on , pour moi quelque estime , Et veut que je lui mande en vers Les affaires de l'univers; J'entends les afikires de France :
J'obéis et romps mon silence.
L'intérêt et l'ambition Travaillent à l'élection Du monarque de la Pologne '.
On croit ici que la besogne Est avancée ; et les esprita Font tantôt accorder le prix Au Lorrain % puis au Moscovite 4, Gondé ' , Nieubourg * ; car le mérite De tous côtés fait embarras.
Gondé, je crois, n'en manque pas.
Si votre époux vouloit , madame , Régner ailleurs que sur votre ame , On ne peut faire un meilleur choix.
Heureux qui vivroit sous ses lois !
■ M anricette^ébronie de La Tour, lœiir du doc de Boufllon , qui, le 2S avril less, épousa à Château-Thierry MaximlUen-Phi- Hppe^érôme. comte palatin du Rhin» duo de«BaTière. Elle étoit tte de Frédéric-Maurice de La Tour, duc de Bouillon, mort en 4CB, etd'éUsabeUi-Fébronie, morte en I6B7. Maurioette-Féhntàd mourut à Turckheim le 20 Juin 1706, à Tàge de dnqoante-quatre ans.
■Casimir, roi de Pologne, ayolt abdiqué la couronne le fSseptembre less, et s'étoit retiré à Paris à l'abbaye de Saint-Geriiiain-de»-Prés.
• Le duc Charles de Lorraine , né le 5 aTril 1614 , mort le f • septembre 1073.
4 Aleiis IfikhalloTitch , czar de Russie, né l'an 1630, et mort le • férrier 1676.
* A Coudé , à Nieubourg : il y a ellipse. Louis U , ou le grand Gondé, naquit le 8 septembre 1621 , et mourut le II dé> eembrel6S6.
< Philippe-Guillaume , duc de Neubourg , né le 23 norembre 1613. Voyez l'Histoire de la vie et des ouvrages de I/n Fontaine, troUième édition, p. 164:
Ceux qui des àlEdres publiques Parlent toujours en politiques , Réglant ced , jugeant cela ( Et je suis de ce nombre-là ) ; Les raisonneurs , dis-je , prétendent Qu'au Lorrain plusieurs princes tendent.
Quant à Moscou , nous l'excluons ; Voici sur quoi nous nous fondons :
Le schisme y règne ; et puis son prince Mettroit la Pologne en province.
Nieubourg nous accommoderoit : Au roi de France il donneroit Quelque fleuron pour sa couronne, Moyennant tant, comme l'on donne.
Et point autrement ici-bas.
Nous serions voisins des Etats ' ; Ils en ont l'alarme , et font brigue.
Contre Louis chacun se ligue.
Cela lui fait beaucoup d'honneur.
Et ne lui donne poirit de peur.
Que craindroit-il , lui dont les armes Vont aux Turcs causer des alarmes*?
Nous.atténdons du grand-seigneur Un bel et bon ambassadeur; n vient avec grande cohorte :
Le nôtre est flatté par la Porte^ Tout ceci la paix nous promet Entre Saint-Marc et Mahomet ^.
Notre prince en sera l'arbitre :
Il le peut être à juste titre ; Et feroit même , contre soi , Justice au Turc en bonne foi.
Pendant que je suis sur la guerre Que Saint-Marc souffre dans sa terre.
Deux de vos frères ^ sur les flots
> C*C8trà^fe de la Hollande. Louis XIY, pour prix de Fappul qu'il acoordoit au duc de Neubourg , espéroit obtenir la cession du duché dé Juliers , ce qui anrolt rendu U France limitrophe deséUtsdeHoUande.
• En guerre atec les Vénitiens, les Turcs asiégeoient Candie. Voyez V Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine, troisième édition , p. 166.
s Les secours que Louis XI V renolt de donner à la république de Venise n'empêchèrent pas que le grand-seigneur ne (Il rendre de grands honneurs à M. de Nointel , ambassadeur de France à la Porte-Ottomane . et qu'il n'envoyât Soliman en ambassade en France. Voyez Beboulet, Histoire du régne de Ijouis XI F, LU. p. 15.
4 C'est-à-dire entre la république de Venise, qui est sons la protection de saint Marc, et le grand-seignenr, qui est mahométan.
(C'étoient les deux plus Jeunes. L'alné des deux, Constantin- Ignace de La Tour, mourut le 3 octobre 1670, à l'âge de Tingtquatre ans, des blessures qu'U aYOit reçues deux Jours auparavant dans un combat singulier. Son plus Jeune linère , Henri- Maurice, selon Baluze (Henri-Ignace , selon VArt de véiiA^
OEUVRES DIVERSES
Vont secourir les Ondiots." Oh ! combien de sultanes prises f Que de croissants dans nos églises!
Quel nombre de turbans fendu !
Tête et turban , bien entendu.
Puisqu'en parlant de ces matières Me voici tombé sur vos frères , Vous saurez que le chambellan ■ A couru cent cerfe en un an.
Courir des hommes y je le gage, Lui plairoit beaucoup davantage ; Mais de long-temps il n'en courra :
Son ardeur se contentera , S'il lui plait , d'une ombre de guerre.
D'Auvergne* s'est dans notre terre Rompu le bras : il est guéri.
Ce prince a dans Château-Thierri Passé deux mois et davantage.
Rien de meilleur, rien de plus sage , £t de plus selon mes souhaits , Parmi les grands ne fut jamais.
Le duc d'Albret ' donne à l'étude Sa principale inquiétude.
Toujours il augmente en savoir.
Je suis jeune assez pour le voir Au-dessus des premières têtes.
Son bel esprit , ses mœurs honnêtes , L'élèveront à tel degré Qu'enfin je m'en contenterai *. Veuille le ciel à tous ses frères Rendre toutes choses prospères , £t leur donner autant de nom , Autant d'éclat et de renom , Autant de lauriers et de gloire Que par les mains de la victoire L'oncle ^ en reçoit depuis long- temps !
les dates), fiit également tué en duel, et mourui à Golmar le 20 février 1675. Il avoit le titre de duc de Château-Thieiry. Voyez Vffistoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine, trokième édition , p. <67.
t Godefroy-Maurice de La Tour, duc de Bouillon, grandchambellan, l'atné des frères de la princesse, le mari de Marie- Anne Mandnl, duchesse de Bouillon, protectrice de notre poète.
» Frédéric-Maurice de La Tour, comte d'Auvergne , colonelgénéral de cavalerie légère , le second des frères de la princesse.
3 Emmanuel-Théodose , troisième frère de la princesse , par rangd'àge, duc d'Albret, depuis cardinal et grand-aumônier de France, mort à Rome le 7 mars I7i3.
4 Ces vers sont une prédiction du chapeau de cardinal que le duc d'Albret obtint quelque temps après, le 4 aoAt 1669. La Fontaine . ravi de l'accomplissement de sa prophétie , fit à ce fiiûet un sixain , que l'on trouvera ci-après.
s Le grand Turennc.
Si leurs désirs n^en sont contents ,
Et que plus haut leur ame aspire ,
Je serai le premier à dire
Qu'ils aonmt tort , et que les OGnin
Ne sont jamais soâis de grandeurs.
Trouveront-ils en des familles ,
Par les garçons et par les filles ,
Par le père et par les aïeux ,
Un tel nombre de deaû-dieax ,
Et de déesses tout enftres ?
Car demi-déesses n'est guères
En usage , à mon sentiment;
Puis, quand je n'aurois sealemeiit
Qu'à parler de votre mérite ,
L'expression seroit petite.
Veuille le ciel , à votre tour.
Vous donner un petit Arnoor
Qui y par la suite des années.
D'un grand Mars ait les destinées !
Au moment que j'écris ces vers ,
Et m'informe des bruits divers.
Je viens d'apprendre une noavelle :
C'est que ^ pour éviter quereUe ,
On s'est en Pologne choisi
Un roi dont le nom est en ski >.
Ces messieurs du Nord font la nique
A toute notre politique. ^
Notre argent, celui des Etats,
Et celui d'autres potentats
Bien moins en fonds, coname on peut croi
Force santés aura fait boire;
Et puis c'est tout. Je croîs qu*en paix
Dans la Pologne désormais
On pourra s'élire des princes ;
Et que l'argent de nos provinces
Ne sera pas une autre fois
Si friand de faire des rois.
Vn. — A MADAME DE LA FAYET