POUR MADEMOISELLE DE SILLEHY
J'avois Esope quitté , Pour être tout à Boccace * ; Mais une divmité Veut revoir sur le Parnasse Des fables de ma façon.
Or, d'aller lui dire , Non, Sans quelque valable excuse , Ce n'est pas comme on en use Avec les divinités , Sur-tout quand ce sont de celles Que la qualité de Belles Fait reines des volontés.
Car, afin que l'on le sache , C'est Sillery qui s'atUche A vouloir que , de nouveau , Sire loup , sire corbeau , Chez moi se parlent en rime.
Qui dit Sillery dit tout :
Peu de gens en leur estime Lui refusent le haut bout ; Comment le pourroit-on faue ?
Pour venir à' notre affaire ,
Mes contes , à son avis ,
Sont obscurs : les beaux-esprits
N'entendent pas toute chose '.
Faisons donc quelques récits
Qu'elle déchiffre sans glose :
Amenons des bergers; et puis nous rimerons Ce que disent entre eux les loups et les moulons.
Tircis disoit un jour à la jeune Amarante :
» Gabrielle-Prançoise Brulart de Sillery, nièce , par sa mère r du duc de La Rochefoucauld, l'auteur des Maxime*. Elle ftat mariée le 2S mai 1675 à Louis de Tibergcan. marquis de La Mothe au Maine , et mourut à Paris , le 27 juin 1732, à l'âge de quatre-vingt-trois ans. ( Voyez notre Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine , troisième édition, p. 2».) Ces bit» prouvent que notre auteur a composé cette Cable avant le mois de mai 1675.
«Un grand nombre de fables de notre poète sont tirées d'Bsope, et il a puisé dans Boccace les sujets de plusienrs de ses contes. Il en aroit publié un recueil en 1675 , dont la Yentfi avoit été interdite par sentence de police ; ce qui ne l'èmpèchoit pas d'avouer qu'il s'occupolt encore à composer de nouveaux contes. Peut-être aussi cet aveu prouve-t-il que la composition de cette Cadile est antérieure à l'année 1675. Quoi qu'il en soit . il inséra de nouveaux contes parmi d'autres poésies de lui , publiées postérieurement à cette fable , en 1 682 et en 1 6S5.
s Une demoiselle qui ne craignoit pas d'avouer qu'elle avoit lu les contes de notre poète devoit désirer (aire croire qu'elle ne les coroprcnoit pas bien. Il est étonnant qu'un esprit aussi délié que Ghamfort n'ait pas entendu le sens de cette phrase, ni aperçu l'ironie fine et délicate qu'elle renferme.