IL LE DIFFÉREND
DE BEAtJX-YEUX ET DE BELLE-1
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Belle-Boucbe et Beaux-Yeux plaidoient pour les bon- Devant le juge d'Amatbonte. [neurs
Belle-Bouche disoit : Je m'en rapporte aux cœurs , Et leur demande site font compte De Beaux-Yeux ainsi que de moi.
Qu'on examine notre emploi , Nos traits, nos beautés , et nos charmes.
Que dis-je ? notre emploi ! J'ai bien plus d'un métier;
Mate j'ignore celui de répandre des larmes :
De bon ccrar je le laisse à Beaux-Yeux tout entier.
Je satisftite trote sens; eux, seulement la vue. Ma gloire est bien d'autre étendue;
L'ouie et rodorat ont part k mes plaisirs.
Outre qu'aux doux propos je joins les chansomettes , BcÂle-Boucbe ftdt des soupirs Tels à-pen-prèsqoe les léphyrs En la saison des violettes.
Je sate par cent moyens rendre benreux un amant.
Vous me dispenserei de vous dire comment.
STû s'agit entre nous d'une conquête à foire , On voit Beaux-Yeux se toormenter ;
' Proverbe ploi œrtatai en matière d'amour, dit Martial d* Anvergne, qa'en toute antre eliose. U y a encore cet «lire proverbe t Femme qmi donme s'abamdomme. An reste, la reine Éléonore a prononcé, dans une cause semblable, comme La FCntalne. Voyei Aaynooard , Foétiês du tnmbadomê, t II , p. av.
« Mous avons troovédans le BêcuMl de fiécêê en prose tes flui QçréabUê de ceUmipe, I65S. petUln-IS, cbei Charles de SercT» P- M* UBB P**^ Intitulée Dialogue du yeux ei de la iindke, qui est indnUtablemeat ceUe que La Fontaine a Imitée, n r A saas donte fort erobeUe s on r tnwve cependant des pensées fbtttagéBhMMa, qu'on resratto qnll n'ait pas enpiojrées.
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OEUVRES DIVERSES
Belie-Boache n'a qu'à parier ' ;
Sans artifice elle sait plaire.
Quand Beaux- Yeux sont fermés , ce n'esl]^ grande Belle-Bouche à touteheure étale des trésors : [affoire. La nacre est en dedans , le corail en dehors. Quand je daigne m'ouvrir, il n'est richesse égale. Les pr^nts que nous fait la rive orientale N'approchent pas des dons que je prétends avoir.
Trente-deux perles se font voir^
Dont la moins belle et la moins claire Passe celle que llnde a dans sesr^ons :
Pour plus de trente-deux millions
Je ne m'en voudrois pas défaire.
Belle-Bouche ainsi harangua.
Un amant pour Beaux-Yeux parla , Et, comme on peut penser, ne manqua pas de dire Que c'est par eux qu'Amour s'introduit dans les
Pourquoi leur reprocher les pleurs ? [ cœurs.
Il ne faut donc pas qu'on soupire ?
Mais tous les deux sont bons^ Belle-Bouche a grand
n est des larmes de transport ; [tort :
Il est des soupirs au contraire
Qui fort souvent ne disent rien.
Belle-Bouche n'entend pas bien
Pour celle fois-là son affaire.
Qu'elle se taise, au nom des dieux , Des appas qui lui sont départis par les deux. Qu'a-t-elle sur ce point qui nous soit comparable?
Nous savons plaire en cent façons; Par l'éclat, la douceur , et cet art admirable
De tendre aux cœurs des hameçons.
Belle-Bouche le blâme , et nous en faisons gloire.
Si l'on tient d'elle une victoire , On en tient cent de nous ; et pour une chanson
Où Belle-Bouche est en renom ,
Beaux- Yeux le sont en plus de mille.
La cour, le Parnasse, et la ville,
Ne retentissent tout le jour Que <lu mot de Beaux-Yeux et de celui d'Amour. Dès que nous paroissons chacun nous rend les
Quiconque nous appelleroit [armes.
Enchanteurs, il ne mentiroit,
Tant est prompt l'effet de nos charmes. Sous un masque trompeur leur éclat fait si bien , Que maint objet tel quel , en plus d'une rencontre ,
Par ce moyen passe à la montre.
> L'auteur original fait dire ici à la bouche : « Ce sont mes « paroles qui cliarment quelquefois par leur douceur, qui éton- « nent par leurs menaces , qui attirent par leurs promesses , et ■ qui, quoi qu'elles fassent, gaffent toi^ours quelque empire « sur les âmes, et font connottre qu'il n'y a rien de plus élçvé « qu'elles, puisqu'elles sont fiUes de la raison et de l'intelli- • gence. * {Dialogue des Vev<c et âe la Bouche, dans le Recueil des pièces en prose de Sercy, 1638, in-12, p. 209.)
On demande qui c'est, et souvent ce n'est ri Cependant Beanx-Yenx sont la cause Qu'on prend ce rien poar quelque cbos
Belle-Bouche dit : J'aime; et le disons-nous Sans aucun bruit ? Notre langage , Muet qu'il est, plaît davantage
Que ces perles , ce chant, et ces antres app Avec quoi Belle-Bouche engage.
L'avocat de Beaux- Yeux fît sa péroraison Des regards d'une intervenante.
Cette belle approcha d'une façon charmant Puis il dit en changeant de ton :
J'amuse ici la cour par des discours frivolfi Ai-je besoin d'autres paroles
Que des yeux de Phyllis ? Joge , regardef-k Puis prononcez votre sentence :
Nous gagnerons notre procès.
Phyllis eut quelque honte y et puis sor Y Répandit des regards si rempli d'âoqoeno
Que les papiers tomboient des mains.
Frappé de ces charmes soudains.
L'auditoire inclinoit pour Beaux- Yeux dans Belle-Bouche , en faveur des regards de la < yoyant que les esprits s'alloient préoccupai Prit la parole, et dit : A cette rhétorique Dont Beaux- Yeux vont ainsi les juges com Je ne veux opposer qu'un seul mot pour ré|
La nuit mon emploi dure encor :
Beaux- Yeux sont lors de peu d'usage; On les laisse en repos , et leur muet langagi
Fait un assez froid personnage.
Chacun en demeura d'accord.
Cette raison régla la chose ; On préféra Belle-Bouche à Beaux- Yeux \ En quelques chefs pourtant ils earent gaind Belle-Bouche baisa le juge de son mienx.