‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 547 sur 670 · IL LE DIFFÉREND · texte numérisé non relu

IL LE DIFFÉREND

DE BEAtJX-YEUX ET DE BELLE-1

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Belle-Boucbe et Beaux-Yeux plaidoient pour les bon- Devant le juge d'Amatbonte. [neurs

Belle-Bouche disoit : Je m'en rapporte aux cœurs , Et leur demande site font compte De Beaux-Yeux ainsi que de moi.

Qu'on examine notre emploi , Nos traits, nos beautés , et nos charmes.

Que dis-je ? notre emploi ! J'ai bien plus d'un métier;

Mate j'ignore celui de répandre des larmes :

De bon ccrar je le laisse à Beaux-Yeux tout entier.

Je satisftite trote sens; eux, seulement la vue. Ma gloire est bien d'autre étendue;

L'ouie et rodorat ont part k mes plaisirs.

Outre qu'aux doux propos je joins les chansomettes , BcÂle-Boucbe ftdt des soupirs Tels à-pen-prèsqoe les léphyrs En la saison des violettes.

Je sate par cent moyens rendre benreux un amant.

Vous me dispenserei de vous dire comment.

STû s'agit entre nous d'une conquête à foire , On voit Beaux-Yeux se toormenter ;

' Proverbe ploi œrtatai en matière d'amour, dit Martial d* Anvergne, qa'en toute antre eliose. U y a encore cet «lire proverbe t Femme qmi donme s'abamdomme. An reste, la reine Éléonore a prononcé, dans une cause semblable, comme La FCntalne. Voyei Aaynooard , Foétiês du tnmbadomê, t II , p. av.

« Mous avons troovédans le BêcuMl de fiécêê en prose tes flui QçréabUê de ceUmipe, I65S. petUln-IS, cbei Charles de SercT» P- M* UBB P**^ Intitulée Dialogue du yeux ei de la iindke, qui est indnUtablemeat ceUe que La Fontaine a Imitée, n r A saas donte fort erobeUe s on r tnwve cependant des pensées fbtttagéBhMMa, qu'on resratto qnll n'ait pas enpiojrées.

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OEUVRES DIVERSES

Belie-Boache n'a qu'à parier ' ;

Sans artifice elle sait plaire.

Quand Beaux- Yeux sont fermés , ce n'esl]^ grande Belle-Bouche à touteheure étale des trésors : [affoire. La nacre est en dedans , le corail en dehors. Quand je daigne m'ouvrir, il n'est richesse égale. Les pr^nts que nous fait la rive orientale N'approchent pas des dons que je prétends avoir.

Trente-deux perles se font voir^

Dont la moins belle et la moins claire Passe celle que llnde a dans sesr^ons :

Pour plus de trente-deux millions

Je ne m'en voudrois pas défaire.

Belle-Bouche ainsi harangua.

Un amant pour Beaux-Yeux parla , Et, comme on peut penser, ne manqua pas de dire Que c'est par eux qu'Amour s'introduit dans les

Pourquoi leur reprocher les pleurs ? [ cœurs.

Il ne faut donc pas qu'on soupire ?

Mais tous les deux sont bons^ Belle-Bouche a grand

n est des larmes de transport ; [tort :

Il est des soupirs au contraire

Qui fort souvent ne disent rien.

Belle-Bouche n'entend pas bien

Pour celle fois-là son affaire.

Qu'elle se taise, au nom des dieux , Des appas qui lui sont départis par les deux. Qu'a-t-elle sur ce point qui nous soit comparable?

Nous savons plaire en cent façons; Par l'éclat, la douceur , et cet art admirable

De tendre aux cœurs des hameçons.

Belle-Bouche le blâme , et nous en faisons gloire.

Si l'on tient d'elle une victoire , On en tient cent de nous ; et pour une chanson

Où Belle-Bouche est en renom ,

Beaux- Yeux le sont en plus de mille.

La cour, le Parnasse, et la ville,

Ne retentissent tout le jour Que <lu mot de Beaux-Yeux et de celui d'Amour. Dès que nous paroissons chacun nous rend les

Quiconque nous appelleroit [armes.

Enchanteurs, il ne mentiroit,

Tant est prompt l'effet de nos charmes. Sous un masque trompeur leur éclat fait si bien , Que maint objet tel quel , en plus d'une rencontre ,

Par ce moyen passe à la montre.

> L'auteur original fait dire ici à la bouche : « Ce sont mes « paroles qui cliarment quelquefois par leur douceur, qui éton- « nent par leurs menaces , qui attirent par leurs promesses , et ■ qui, quoi qu'elles fassent, gaffent toi^ours quelque empire « sur les âmes, et font connottre qu'il n'y a rien de plus élçvé « qu'elles, puisqu'elles sont fiUes de la raison et de l'intelli- • gence. * {Dialogue des Vev<c et âe la Bouche, dans le Recueil des pièces en prose de Sercy, 1638, in-12, p. 209.)

On demande qui c'est, et souvent ce n'est ri Cependant Beanx-Yenx sont la cause Qu'on prend ce rien poar quelque cbos

Belle-Bouche dit : J'aime; et le disons-nous Sans aucun bruit ? Notre langage , Muet qu'il est, plaît davantage

Que ces perles , ce chant, et ces antres app Avec quoi Belle-Bouche engage.

L'avocat de Beaux- Yeux fît sa péroraison Des regards d'une intervenante.

Cette belle approcha d'une façon charmant Puis il dit en changeant de ton :

J'amuse ici la cour par des discours frivolfi Ai-je besoin d'autres paroles

Que des yeux de Phyllis ? Joge , regardef-k Puis prononcez votre sentence :

Nous gagnerons notre procès.

Phyllis eut quelque honte y et puis sor Y Répandit des regards si rempli d'âoqoeno

Que les papiers tomboient des mains.

Frappé de ces charmes soudains.

L'auditoire inclinoit pour Beaux- Yeux dans Belle-Bouche , en faveur des regards de la < yoyant que les esprits s'alloient préoccupai Prit la parole, et dit : A cette rhétorique Dont Beaux- Yeux vont ainsi les juges com Je ne veux opposer qu'un seul mot pour ré|

La nuit mon emploi dure encor :

Beaux- Yeux sont lors de peu d'usage; On les laisse en repos , et leur muet langagi

Fait un assez froid personnage.

Chacun en demeura d'accord.

Cette raison régla la chose ; On préféra Belle-Bouche à Beaux- Yeux \ En quelques chefs pourtant ils earent gaind Belle-Bouche baisa le juge de son mienx.

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