‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 562 sur 670 · SUR ESCOBAR · texte numérisé non relu

SUR ESCOBAR

C'est à bon droit que l'on condamne à Rome L'évéque d'YpreS auteur de vains débats;

' La rivière de Marne étoit tréB dangereoM aous le pont de Château-Thierry; mais U n'en est plut ainsi depuis qu'on a construit une <ti|(ue» et qu'en 179B oo a creusé un canal qui sert de décharge aux eaux de cette rivière t lorsqu'elles sont trop abondantes.

* si Tousdenondei. Ellipse commune dans nos vieux auteurs.

' Nous avons coUationné cette ballade sur deux copies manuscrites qui nous étaient inconnues lors de notre pÎMrière édi> tion : l'une , Urée des manuscrits de Tallemant des Beaux , est celle qui nous a paru donner le texte original ; une autre s'est trouvée dans les papiers du savant Adry , et nous avolt été communKiuée par M. Barkiier, qui l'a depuis publiée dans le quatrième volume de son Dictionnaire de* anonymes. Elle diOi^ peu des leçons imprimées.

4 Corneille Jansénius, né en I3SS, nommé évèque d'Ypres enl6S5, mort de la peste en visitant ses diocésains en 163S, a. par la pubUcadon de son livre intitulé Jugustintu , donné naissance à la secte des Jansénistes, et à cette suite de diseuse

870 ŒUVRES DIVERSES

Ses sectateurs nons défendent en somme Tous les plaisirs qne l'on goûte ici-bas. En paradis allant au petit pas , On y parvient y quoi qu'ABNAULD> nous en die : La volupté sans cause il a bannie.

Yeut-on monter sur les célestes tours , Chemin pierreux est grande rêverie, EscoBAR * sait un chemin de velours.

n ne dit pas qu'on |)eut tuer on homme Qui , sans raison , nous tient en altercas, Pour un fétu ou bien pour une pomme, Mais qu'on le peut pour (]ualre on cinq ducats. Même il soutient qu'on peut, en certain cas. Faire un serment plein de supercherie , S'abandonner aux douceurs de la vie.

S'il est besoin, conserter ses amours.

Ne faut-il pas après qne l'on s'écrie : EscoBAR sait un chemin de velours?

Au nom de Dieu , lisez-moi quelque somme' De ces écrits dont chez lui l'on fait cas ; Qu'est-il besoin qu'à présent je les nomme? 11 en est tant qu'on ne les connoit pas. De leurs avis servez-vous pour compas; N'admettez qu'eux en votre librairie^.

Brûlez Arnauld, quittez sa confrérie; Près de ceux-ci ce ne sont qu'esprits lourds. Si , m'en croyez * , ce n'est point raillerie , EscoBAR sait un chemin de velours.

eions religieuses qui occupeot une si graode place dans l'histoire des dix-septit^me et dix-huiUèine siècles.

* Antoine Arnauld, célèbre par ses nombreux écrits, par son oppoiiUon aux jésuites et à leurs doctrines , et par les persécutions qu'il a éprouvées, étoit le vingtième des enfants d'Antoine Arnauld et de Catherine Hariou. Il na(iiiit à Paris le 6 février 1612, et mourut à Bruxelles le S août 1604, à l'âge de quatre-tlngt-troM ans.

a Antoine Escobar y Mendoza, jésuite espagnol, homme d'une conduite irréprochable, et même exemplaire, mais qui a acquis une malheureuse renommée par «luelques écrits où les vrais principes de la morale sont ébranlés par la subtilité des définitions, n naquit à Valtadolid, en I5S9, et mourut le 4 juillet 1669. n avoit donc soixante-quinze ans iorsi^ue La Fontaine composa contre lui cette ballade. Notre poète étoit alors fort indifférent sur tout ce ({ui conccrnuit les disputes religieuses; mais son amitié pour Racine et pour Arnauld lui faboit prendre parti pour les jansénistes, sans rien connoitre de ces questions que le côté plaisant

3 Quelque ouvrage ayant pour titre Somme , ou traité abrégé de toutes les i>arties d'une science.

4 LibraiHe signifloit autrefois bibliothèque , et ce mot avoit encore cette signification dans le dictionnaire de Nicot, en 1606 ; mais dans la première édition du dictionnaire de l'Académie francoLse , ce mot n'exprime plus <|ue l'art et la profession du libraire.

5 Oui. croyez-m'oii. Telle est la signification de ces mots dans le langage du tem^is. Voyez ci-dessus , p. 520, notre note sur la particule «t. Au contraire , aujourd'hui cette phrase , au lieu

ENVOI

Toi que l'orgueil poussa dans la voirie^ Qui tiens là-bas noire conciergerie , Lucifer, chef des infernales cours , Pour éviter les traits de ta furie , Escobar sait un diemin de yelours.

BALLADE VH».

sur la lecture des romans et des livus

d'amour.

Hier je mis y chez Cïhloris , en train de discourir Sur le fidt des romans Alizon la sucrée. N'est-ce pas grand'pitié, dit-elle , de 8oo0nr Que l'on méprise ainsi la légende dorée , Tandis que les romans sont si chère denrée; Il vaudroit beaucoup mieux qu'avec maints vos^ De messire Honoré* l'histoire fût brûlée, [top Oui pour vous, dit Chloris , qui passez cînquanle ai: Moi , qui n'en ai que vingt , je prétends que l'AiIréfr Fasse en mon cabinet enoor quelque sc^oui; Car, pour vous découvrir le fond de ma pensée, Je me plais aux livres d'amour.

Chloris eut quelque tort de parler si crûment, Non que monsieur d'Urfé n'ait fait une onivre exqn- Etant peiîl garçon je lisois son roman , [se :

Et je le lis encore ayant la barbe grise. Aussi contre Alizon je faillis d'avoir prise. Et soutins haut et clair qu'Urfé, par-ci par-là. De préceptes moraux nous instruit à sa guise. De quoi, dit Alizon, peut servir tout cela? Vous en voit-on aller plus souvent à l'église? Je hais tous les menteurs; et, pour vous trandier Je ne puis endurer qu'une femme me dise : [court, Je me plais aux livres d'amour.

(l'être de commandement, seroit dubitative, et djnUierait: « SI vous m'en croyez. »

< Imprimée pour la première fois (mah sans rintHidé ^ nous mettons ici) à la fin de la première éditloo des comLa, 1665, in-12, p. 99, et à la suite d'une note eu pruse qui tinniv un fragment du Songe, de faux, qu'on trouvera en entier page 517 de cette édition. La Fontaine y dit : f Comme le à» « s<ûu de ce recueil (de contes et nouvelles en vers) a été bit à « phisirurs reprises, Je me suis souvenu d'une ballade qui poom « trouver place |)armi ces contes , puisqu'cUc en oonllëiit n « en quelque façon. »

> Honoré d'Urfé , auteur du célèbre roman intitulé /* -Istrèe, qui fit pendant cent cin<iuante ans les délices de tonte rBurf5ff. La Fontaine a tiré de ce romau un opéra qu'on trouvera p. tS et suivantes de cette édiUon.

BALLADES

SU

Alizon dil ces mots avee tant de chaleur, Qae je crus qu'elle éioh en vertus accomplie ; Mais ses péchés écrits tombèrent par malheur : Elle n'y prit pas garde. Enfin étant sortie, Noos vîmes que son fait étolt papelardie ' ; Trouvant entre autres points dans sa confession : J'ai lu maître Louis' mille fois en ma vie; Et même quelquefob j'entre en tentation Lorsque Termite trouve An^lique endormie , Rêvant à tel fatras souvent le lon^ du jour. Bref, sans considérer censure ni demie ' , Je me plais aux livres d'amour.

Ah , ah ! dis-je, Alizon ! vous lisez les romans, El vous vous arrêtez à l'endroit de l'ermite! Je crois qu'ainsi que vous pleine d'enseignements Oriane * prêchoit , faisant la chattemite. Après mille façons, celte bonne hypocrite Un pain sur la fournée emprunta', dit l'auteur : Pour un petit poupon l'on sait qu'elle en fut quitte. Mainte belle sans doute en a ri dans son cœur. Cette histoire, Ghloris, est du pape maudite : Quiconque y met le nez devient noir conime un four. Parmi ceux qu'on peut lire, et dont void l'élite, Je me plais aux livres d'amour.

Glitophon a le pas par droit d'antiquité* : Iléliodore ' peut par son prix le prétendre : Le roman d'Ariairc" est très bien inventé : J'ai lu vingt et vingt fois celui du Polexandre':

> Hypocriile. PapeiartUe ëtoit di^Ja Tieux lonque La FOOtaine éciiToit œtte ballade ; mais an dlsoit encore papelard, et on doit regretter papfler, qui vouloit dire bire l'Iiypocriie , et qu'on trouve encore dans Micot.

* L'Arioite , dont le noin de iMpiéme t^lolt Louis, s C'cst-4*dire sans considérer aucune censure.

4 Oriane est la feinuie d'AiiUNlis.

s C'est-ànlire luit un i'Coinitte sur le mariage avant la oâé^ bration du sacrement.

• C'est-ft-dire AcIiiUe TaUus ou StaUus, qui a composé le roman des amours de Clitophon et de Leueippe. Le savant Hnet prétenl qu'IiéUodore e^t plus ancien (pi'Acliille Tatius. « Pbotius. dlt4t , place à la vOrité l'extrait du roman de TaUus avant celui d'IliiHodore ; mais U reconuolt que TaUus a imité HéUodore : doue il lui est postérieur. > Mai« La Mounoye, dans le Metuigiana, 1 1, p. 133, soutient la thèse coutraire. « Achille Taœ, dlt-U, vivoèt avant Jules Flrmlque, qui le cite. JuIl*!» Firndque écrivoit sous Constance II . vers l'an 334 , comme le jus- Ufie la dédicace de son ouvrage k Lollicn : d'où il s'ensuit que Jules Tace est plus ancien qu'HéUodore, qui vivoit sous le grand Tbëudosc. ■

7 Iléliodore est auteur du roman grec inUtulé les Étkiopiques , ou les Amour* de. Theagrne et de ckariclée, iléliodore étoit né à émèse. dans la Pliénicie; il Oorlssoit sous le rvgne de Théodose et de ses lils, et fut évôiiue de Tricca , en Thessaiie.

» 4rianr , roman de Jean DesmanHs.

9 Polexandre , roman de Marin Le Roy de GomlK>rvillc.

En fait d'événements, Cléopâtre et Gassandre ' Entre les beaux premiers doivent être rangés : Chacun prise Cyrus * et la carte du Tendre % Et le frère et la sœur ^ ont les cœurs partagés. Même dans les plus vieux je tiens qu'on peut appren- Perceval le Gallois ' vient encore à son tour : [dre. Cervantes < me ravit; et pour tout y comprendre, Je me plais aux lîTres d'amoor.

ENVOL

A Rome on ne lit point Boccaœ: sans dispense ' : Je trouve en ses pareils bien du contre et du pour. Du surplus (honni soit celui qui mal y pense ! ) , Je me plais aux livres d'amour.

* cléopdtre et cassandre mM. denx romani de La Calprenède. Je trouve dans les mémoirct manuscrits de Talleiuant des Réanx qne la veuve Amoul de Brague n'épousa La Calprr* nède qu'à condition (|u*ll ftniroit cléopdtre, et qu'eUe fit mettre cette clause dans le contrat

* Artaméne , ou le grand c^frus , roman de mademoiselle de Scndéry, qui eut un pnMligieux succès.

^ Elle se trouve dans le roman de Clélie. Il y a trois rivières sur lesi|uelles se trouvent trois tUIcs nommées Tbndmb : savoir. Tendre sur Eatime , Tendre sur Inelinalkm , et Tendre sur Reconnoissanee. Ces inventions ridicules plaiM)éent beaucoup alors.

4 Georges Scodéry et Madeleine Scudéry, sa sœur, qui tous les deux faisoieut des romans. Scudér)* naquit en 1007, et mourut le U mal 1667. Mademoiselle Scndéry termina ses Jours le 2 Juin 1701, à l'âge de quatre-vingt-iiualone ans. Elle a été encuimuercede lettres avec les plus beaux génies de son temps : on connott l'amour platonique qui exista tui^ours entre elle et Pcllisson. Sa célébrité s'étendit dans toute l'Eimipe : Chrititine de Suède, le chancelier Boucherai, et TamiIs XIV, lui firent des pensions. Voyei les détails qnl concernent le frère et U sœur, dans noUv édition de 1823. t VI» p. 343.

* Pereeval le Gallois , ancien roman de chevalerie qui fait suite aux Aventures de Saint-CraaL C'est dans ce roiium et dans celui de iMncelot du Imc qu'on trouve le conte de la (\)upe enchantée , qne La Fontaine a Imité de l'Arloste.

* Il cibitoit deux traductions Irançoiies du thm QuiehtÊU de Cervantes, lorsque La Fontaine écrivoit cette taUade: l'une de François de Rosset, Paris, 161 S. en deux voliuucs; l'autre de César Oudin, Paris, 1620, iu-ê*. La Iraductiou de Fillirau- Saint-Martin, qui a été tant de fob réimprimée, ne vit le Jour qu'en 1679.

7 II y avolt , kMique La Fontaine écrivoit cette ballade , deux traducttons du nécatnéron île Boccace s celle de Laurent du PremleHait , qui parut à Paris , in-fulio , en I4S3, niais qui fut faite en UI8 par ordre de Jeanne, reine de ïfavarre; et celle d'Antoine Le Maçon, faile par onlre de Marguerite, reine île Navarre . sœur de François l**', qui parut en 1343 et 1545, et a eu un grand noud»re d'éditions.

> Mais on l'imprime libreuicnt. Pendant deux siècles le itécam/ron de Boccace circula eu manuscrit : il fut im|>rimé en entier en 1470, et réinqirimé en entier iiendanl soixante ann. Paul IV et l*lc IV, p:us scrupuleux que leurs vingt-cinq ou vingt-six prédécesseurs, probil>èreut ce livre. On fit alors des éditions corrigées; nuils il fallut revenir aux anri«MuirM, qui fto nmltipUèrent Idkment qu'on ne parla |iius de |>roliilHti(Hi.

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