‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 57 sur 670 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

KS

Noomia odai-d Laridon.

Son frère, ayanl cooni mainte baote aventure , Mb maint cerf aux abois, maint sanglier ' abatta , Fol le premier César qne la g^t* chienne ait en. On eut soin d'empêcher qu'une indigne maltresse Ne fit en ses enfents dégénérer son sang. Laridon négligé témoignmt sa tendresse

A l'objet le premier passant.

Il peupla tout de son engeance:

Tourne-broches ' par bii rendus communs en France Y font un corps à part, gens fuyant les hasards.

Peuple antipode des Césars.

On ne suit pas toujours ses aïeux ni son père :

Le peu de soin, le temps, tout fait qu'on dégénère.

Faute de cultiver la nature et ses dons,

Oh! oombieo de Césars deviendront Laridons!

FABLE XXV

Les deux ChieM et VAne mori.

Les vertus devroienl être sœurs ,

Ainsi que les vices sont frères.

Dès que l'un de ceux-ci s'empare de nos cœurs , Tous Tiennent à la file ; il ne s'en manque guères : J'entends de ceux qui, n'étant pas contraires,

Peuvent loger sous même toit.

A l'égard des vertus, rarement on les voit Tontes en un sujet éminemment placées Se tenir par la main sans être dispersées. L'on ert ?aillant, mais prompt; l'autre est prudent , mais I^umi les animaux, le chien se pique d'être [froid.

Soigneux, et fidèle à son maître;

Mais il est sot , il est gourmand : Témoin ces deux mâtins qui, dans Téloignement, Virent un âne mort qui flotloit sur les ondes. Le vent de plus en plus l'éloignoit de nos chiens. Ami, dit l'un, tes yeux sont meilleurs que les miens : IHirte un peu tes regards sur ces plaines profondes; J'y crois voir qœlqae chose. Est-ce un bœaf , an chef al?

Eh ! qu'unporte quel animal ?

DH Fnn de ces mâtins; voUà toqjours curée. U point est de l'avoir : car le trajet est grand;

'Ce mot n'est id que de deux syUabes. sdoo l'usage de ce inpi. Desmarets, dans la prétêce de son poème de ctovU, se phignoit qne des innorateurs » sans autorité suffisante . voulusnt bire les mots sanglier, ouvrier, bimclier, et d'autres «■biables. de trois sytiabes. afin de les rendre plus faciles à praioooer. « tandb. a^toit4I, que depuis qu'on parle flran- • {oii on a toujours tait ces mots de deux syllabes. • L'usage a àêpak décidé en Eareur de ces innoTateurs obscurs dont Des- Bsvts le plaignoit.

■La nation, la race. L'emploi de ce mot . en ce sens , est fré- Veai chex nos vieux poètes.

1 On appelle ainsi des chiens dressés à faire tourner une rour 9pA net en mourement le tourne-broche.

I Et de. plus y il nous fout nager contre le vent.

Buvons toute eette ean; notre gorge altérée

En viendra bien à bout : oe corps demeurera

Bientôt à sec : el ce sera

Provision pour la semaine.

Voilà mes chiens à boire : Us perdirent l'haleine.

Et puis la vie; ils firent tant

Qu'on les vit crever â l'instant.

L'homme est ainsi bâti: quand un sujet l'enflamme, L'hnpossibilité disparolt à son ame. Combien fait-il de vœux, combien perd-il de pas, S'outrant ' pour acquérir des biens ou de la gloire !

Si j'arrondissois mes états !

Si je pouvois remplir mes coffres de ducats ! Si j'apprenois l'hébreu , les sciences y l'histoire !

Tout cela, c'est la mer à bohre;

Mais rien à l'homme ne suffit.

Pour fournir aux projets que forme un seul e^rit , Il faudroit quatre corps; encor, loin d'y suffire, A mi-chemin je crois que tous demeureroient : Quatre Mathusalem bout A bout ne pourroient

Mettre à fin ce qu'un seul désire.

FABLE XXVI

Démocrtf« et les Ahdéritains.

Que j'ai toujours haï les pensera du vulgaire ! Qu'il me semlde profane, injuste, et téméraire , Mettant de faux milieux entre la chose et lui , Et mesurant par soi ce qu'U voit en autrui !

Le maître d'Epicure en fit l'apprentissage. Son pays le crut fou. Petits esprits ! Mais quoi !

Aucun n'est prof^ète chez soi.

Ces gens étoient les fous , Démocrite , le sage \ L'erreur alla si loin qu'Abdère députa

Vers Ilippocrate , et l'invita ,

Par lettres et par ambassade , A venir rétablir la raison du malade.

Notre concitoyen , disoient-Us en pleurant , Perd l'esprit : ht lecture a gâté Démocrite. Nous l'estimerions plus s'U étoit ignorant. Aucun nombre, dit-U , les mondes ne limite :

Peut-être même Us sont remplis

De Démocrites infinis. Non content de ce songe , il y joint les atomes , Enfiuits d'un cerveau creux, invisibles fluitdmes; Et, mesurant les cieux sans bouger d'ici-bas, Il connoU l'univers, et ne se connott pas. Un temps fut qu'il savoit accorder les débats :

Maintenant il parle à lui-même.

' S'excéâant , se minant.

• Df^mocrite étoit le sage. Ellipse.

FABLES

FABLE IL

Les deux Pigeons.

Deux pigeons s'aimoient d'amour tendre :

L'un d'eux, s'ennuyant au logis,

Fut assez fou pour entreprendre

Un voyage en lointain pays.

L'autre lui dit : Qu'allez-vous faire?

Voulez-vous quitter votre frère?

L'absence est le plus grand des maux : Non pas pour vous , cruel ! Au moins, que les travaux,

Les dangers, les soins du voyage.

Changent un peu votre courage '.

Encor, si la saison s'avançoit davantage ! Attendez les zéphyrs : qui vous presse? un corbeau Tout-à-l'heure annonçoit malheur à quelque oiseau, Je ne songerai plus que rencontre funeste. Que faucons, que réseaux. Hélas! dirai-je, il pleut:

Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut.

Bon soupe, bon gîte, et le reste?

Ce discours ébranla le cœur

De notre imprudent voyageur :

Mais le désir de voir et l'humeur inquiète L'emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point; Trois jours au plus rendront mon ame satisfeite : Je reviendrai dans peu conter de point en point

Mes aventures à mon frère; Je le désennuierai. Quiconque ne voit guère N'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint

Vous sera d'un plaisir extrême.

Je dirai : J'étois là; telle cliose m'a>int :

Vous y croirez être vous-même.

A ces mots, en pleiu'ant. Os se dirent adieu. Le voyageur s'éloigne : et voilà qu'un nuage L'oblige de chercher retraite en quelque lieu. Un aeol arbre s'offrit, tel encor que l'orage Maltraita le pigeon en dépit du feuillage. L'air devend serein, il part tout morfondu, Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie; Dans un champ à l'écart voit du blé répandu , Voit un pigeon auprès : cela lui donne envie; Il y vole, il est pris : ce blé couvroît d'un lacs

Les menteurs et traîtres appâts.

1^ lacs éloit usé; si bien que, de son aile, De ses pieds, de son bec, Toiseau le rompt enfin : Quelque plumas y périt; et le pis du destin Fut qu'un certain vautour, à la serre cruelle , Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle £t les morceaux du lacs qui l'avoit attrapé,

Sembloit un forçat échappé.

< Phrase elliptique, pour dire : AffoibUgsent votre courage au point de vous faire changer de résolution.

Le vautour s'en allait le lier *, quand des nues Fond à son toiur un aigle aux ailes étendues. Le pigeon profita du conflit des voleurs. S'envola, s'abattit auprès d'une masure,

Crut pour ce coup que ses mallieurs

Finiroient par cette aventure; Mais un fripon d'enfant (cet âge est sans pitié) Prit sa fronde, et du coup tua plus d'à moitié

La volatile malheureuse, Qui , maucUssant sa curiosité ,

Traînant l'aile, et tirant le pied.

Demi-morte, et demi-boiteuse.

Droit au logis s'en retourna :

Que bien, que maP, elle arriva

Sans autre aventure fàcl^euse.

Voilà nos gens rejoints; et je laisse à juger De combien de plaisirs ils payèrent leurs pemes.

Amants, heureux amants, voulez-vous voyager?

Que ce soit aux rives prochaines.

Soyez-vous l'un à l'autre un monde tonjoors beau ,

Toujours divers, toujours nouveau; Tenez- vous lieu de tout, comptez pour rien le reste. J'ai quelquefois aimé : je n'aurois pas alors,

Contre le Louvre et ses trésors.

Contre le flnnament et sa voAte céleste ,

Changé les bois, changé les lieux Honorés par les pas, éclairés par les yeux

De l'aimable et jeune bergère

Pour qui, sous le nls de Cythère, Je servis, engagé par mes premiers serments. Hélas! quand reviendront de semblables moments! Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants Me laissent vivre an gré de mon ame inquiète ! Ah ! si mon cœur osoit encor se renflammer ! Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête?

Ai-je passé le temps d'aimer?

FABLE m.

Le Singe et Je Léopard.

Le singe avec le léopard Gagnoient de l'argent à la foire.

Ils affichoient ^ chacim à part.

L'un d'eux disoit : Messieurs , mon mérite et ma gloire

> Terme de fauconnerie , qui a ici une exacUtiide rigoureuse. • Lier se dit lonque le foucon enlève en l'air sa proie dans ses « serres, ou lorsque l'ayant assommée il la lie de ses serres, et c U tient à terre. > Laaf^Ujis, Dictionnaire des chasses, 1759, in-l2,p. 117.

3 Pour tant bien que mal. Locutioo qu'on rencontre htîquemment dans nos vieux auteurs.

3 Ces mots prouvent , ainsi que le remarque très bien un des commentateurs de notre fabuliste , que le singe et le léopard . rais en scène dans cette fable , sont derrière le rideau , et sont censés parler par l'intermédiaire de leurs affiches respectives . ou des bateleivs qui les montrent.

Page 1