LIVRE VIII
O TOUS, rois, qu'il vonlnt faire Arbitres de notre sort.
Laissez, entre la colère Et l'orage qui la suit, L'intenralle d'une nuit.
Le dieu dont Faile est légère.
Et la langue a des douceurs.
Alla voir les noires sœurs.
A Tisiphone et Mégère
U préféra, ce dît-on.
L'impitoyable Alecton.
Ce dioix la rendit si fière.
Qu'elle jura par Pluton
Que toute l'engeance humaine
Seroit bientôt du domaine
Des déités de là-bas.
Jupiter n'approuta pas
Le serment de l'Euménidè.
n la renvoie; et pourtant
Il lance un foudre à l'instant
8ur certain peuple perfide.
Le tonnerre, ayant pour guide
Le père même de ceux
Qu'il menaçoit de ses feux.
Se contenta de leur crainte;
n n'embrasa que l'enceinte
D'un désert inhabité :
Tout père frappe à côté.
Qu'arriva-t-il? Notre engeance
Prit pied sur cette indulgence^
Tout l'Olympe s'en plaignit;
Et l'assemblear de nuages
Jura le Styx, et promit
De former d'autres orages :
Ils seroient sArs. On sourit;
On lui dit qu'U étoit père,
Et qu'il laissât, pour le mieux,
A quelqu'un des autres dieux
D'autres tonnerres à faire.
Vulcain ' entreprit l'affoire.
Ce dieu remplit ses fourneaux
De deux sortes de carreaux' :
L'un jamais ne se fourvoie;
Et c'est celui que toujours
L'Olympe en corps nous envoie :
L'autre s'écarte en son cours;
Ce n'est qu'aux monts qu'il en coûte;
Bien souvent même il se perd;
'Vab. Là FonUtne, oomme tons m oontemporains. écrit fOBjfam rmUan. Cette ortliographe, plus oonforme à rétymohgie, introdoiroit dans ce ven une déogréable cacophonie.
«Le eorrfl, ou le earreau, ou quarriau, étoU une flèche iwt gnMK , dont le fer airoit la pointe triangulaire.
Et ce dernier en sa route Nous vient du seul Jupiter.
FABLE XXI
Le Famcon et le Chapon,
Une traîtresse vob bien souvent vous appelle;
Ne vous pressez donc nullement :
Ce n'étoit pas un sot, non, non^ et croyei-m'en,
Que le chien de Jean de Nivdle*.
Un citoyen du Mans, diapon de son métier,
Étoit sommé de comparoltre
Par-devant les lares du maître, Au pied d'un tribunal que nous nommons foyer. Tous les gens lui crioient, pour déguiser la diose, Petit, petit, petit! mais, loin de s'y fier. Le Normand et demi laissoit les gens crier. Serviteur, dîsoit-il ; votre appât est grossier :
On ne m'y tient pas, et pour Cause.
Cependant un faucon sur sa perche voyoit
Notre Maiweau qui s'enfuyoit.
Les chapons ont en nous fort peu de confiance.
Soit instinct, soit expérience.
Celui-ci, qui ne fut qu'avec peine attrapé , Devoit, le lendemain, être d'un grand soupe, Fort à l'aise en un plat , honneur dont la volaille
Se seroit passée aisément.
L'oiseau chasseur lui dit : Ton peu d'entendement Me rend tout étonné. Vous n'êtes que racaille. Gens grossiers , sans esprit , à qui Ton n'apprend rien. Pour moi , je sais chasser, et revenir au maître.
Le voi»-tn pas à la fenêtre?
Il t'attend : es-tu sourd ? Je n'entends que trop bien , Repartit le chapon: mais que me veut-il dire? Et ce beau cuisinier armé d'im grand couteau ?
Reviendrois-tu pour cet appeau?
Laisse-moi fuir; cesse de rire De l'indocilité qui me foit envoler Lorsque d'ua ton si doux on s'en vient m'appeler.
Si tu voyols mettre à la broche
Tous les jours autant de faucons
Que j'y vois mettre de chapons.
Tu ne me ferois pas un semblable reproche.
< Attuaion an prorerbe qui dit t // ressemble au chien de Jean de rrhelle , qui s'enfuit quand an l'appelle, La Fontaine parolt avoir Ignoré l'origine de ce proverbe , qu'on raconte de la manière suivante : Jean n , duc de Montroorenef, voyant que la guerre alloit le rallumer avec Lonia XI et le duc de Bourgogne . fit sommer à son de trompe ses deux fils, Jean de NiMllê et Louis de Fosseuse, de quitter la Flandre, où ils avoient des biens considérables, et de venir servir le roi : aucun des deux ne voulut se rendre à cette sommation. Leur père irrité les traiUde cM^iu, et les déshérita.
FABLES
FABLE XXn.
Le Chat et le Rat,
Quatre animaax divers , le chat grippe-firomage, Triste oiseau le hibou, ronge-maille le rat,
Dame belette au long corsage,
Toutes gens d'esprit scélérat, Hantoient le tronc pourri d'un pbi vieux et sauvage. Tant y furent, qu'un soir k l'entour de ce pin L'homme tendit ses rets. Le chat, de grand matin ,
Sort pour aller chercher sa proie.
Les derniers traits de l'ombre empêchent qu'il ne voie Le filet : il y tombe, en danger de mourir; Et mon chat de crier; et le rat d'accourir : L'un plein de désespoir, et l'autre plein de joie; Il voyoit dans les Iihs son mortel ennemi.
Le pauvre chat dit : Cher ami ,
Les marques de ta bienveillance
Sont communes en mon endroit' ; Yieas m'aider à sortir du piège on l'ignorance
M'a fait tomber. C'est à bon droit Que seul entre les tiens, par amour singulière*, Je t'ai toujours choyé, t'aimant comme mes yeux. Je n'en ai point regret, etj'en rends grâce aux dieux.
J'allois leur foire ma prière, Comme tout dévot chat en use les matins. Ce réseau meretient:ma vieesten tesmams; Viens dissoudre ces nœuds. Et quelle récompense
En aurai-je? reprit le rat.
Je jure étemelle alliance
Avec toi, repartit le chat.
Dispose de ma griffe, et sois en assurance : Envers et contre tous je te protégerai ;
Et la belette mangerai
Avec l'^ux de la cliouette :
Ils t'en veulent tous deux. Le rat dit : Idiot ! Moi ton libérateur ! je ne suis pas si sot.
Puis il s'en va vers sa retraite.
La belette étoit près du trou.
Le rat grimpe plus haut; il y voit le hiboa. Dangers de toutes parts : le plus pressant 4'emporte. Ronge-maille retourne au diat, et lût en sorte Qu'il détache un chaînon, puis un autre, et puis tant
Qu'il dégage enfin l'hypocrite.
L'homme parolt en cet mstant; Les nouveaux alliés prennent tous deux la ftnte. A quelque temps de là, notre chat vit de loin Son rat qui se tenoit alerte et sur ses gardes : Ah ! mon frère, dit-il , viens m'embrasser; ton soin
I C'est-lKlire à mon égird. CeUe locution se trouve fMquemment dans Rabelais, et même dans Molière.
* Le mot amow étoit des deui gemw, siniout en versi et Racine a dit ma fotle amour. ( rpkigénie , acte H , se. I .)
Me fait injure; tu regardes .
Comme ennemi ton allié.
Penses-tu que j'aie oublié Qu'après Dieu je te dois la vie?
{ Et moi, reprit le rat, penses-tu que j'oublie
Ton naturel ? Aucun traité Peut-il forcer un chat à la reconnoissance? S'assure-t-on sur l'alliance Qu'a faite la nécessité?
FABLE XXIII
Le Torrent et la Rivière.
Avec grand bruit et grand fracas
Un torrent tomboit des montagnes :
Tout fuyoit devant lui; l'horreur suivoit ses pa
n faisoit trembler les campagnes.
Nul voyageur n'osoit passer
Une barrière si puissante; Un seul vit des voleurs; et, se sentant presser. Il mit entre eux et lui celte onde menaçante. Ce n'étoit que menace et bruit sans profondeur
Noire homme enfin n'eut que la peur.
Ce succès lui donnant courage , Et les mêmes voleurs le poursuivant toujours.
Il rencontra sur son passage
Une rivière dont le cours.
Image d'un sommeil doux, paisible, et traiiqui Lui fit croire d'abord ce trajet fort facile : Point de lM>rds escarpés, un sable pur et net.
n entre; et son cheval le met A couvert des voleurs, mais non de l'onde noii
Tous deux au Styx allèrent boire;
Tous deux, à nager malheureux.
Allèrent traverser, au séjour ténébreux.
Bien d'autres fleuves que les nôtres.
Les gens sans bruit sont dangereux :
Il n'en est pas ainsi des antres.
FABLE XXIV
LÉdueatian.
Laridon et César, frères dont l'origme Venoil de chiens fameux, beaux, bien faits, et lu A deux maîtres divers échus au temps jadis, Hantoient, l'un les forêts, et l'autre la cuisine Ils avoient eu d'abord chacun un autre nom;
Mais la diva*se nourriture ' Fortifiant en l'im cette heureuse nature , En l'antre l'altérant, un certain marmiton
* Ce mot ëloit autrefois, dans le style noUe, synonrii ducation.